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Full text of "Comptes rendus des séances"

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ACADEMIE 



DBS 



INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 

ANNÉE 1892 



QUATRIÈME SERIE 

TOMX XX 



jaSS^^^ académie 



DKS 



INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 



COMPTES RENDUS 



DES 



SEANCES DE L ANNEE 1892 



QUATRIÈME SÉRIE 



TOME XX 





PAKIS 
IMPRIMERIE NATIONALE 



M DCCC XGII 



COMPTES RENDUS DES SEANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1892. 

COMPTES RENDUS DES SÉANCES. 
JANVIER-FÉVRIER. 



PRESIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND. 



SÉANCE DU 8 JANVIER. 

M. Oppert, président sortant, s'exprime en ces termes : 

, ff Messieurs, 

ffMa tâche est termiiie'e, et il ne me reste plus qu'à exprimer 
ma profonde gratitude pour l'insigne honneur que vous m'avez 
fait en m'e'Ievant à la pre'sidence de l'Académie. Ce sera pour moi 
la gloire et l'orgueil de ma vie, et l'année que j'ai passée au bu- 
reau doit compter comme la plus honorable de mon existence. Je 
ne vous ferai pas un long discours, je suis très content de pro- 
noncer ces quelques paroles, les seules que, par une circonstance 
fortunée, j'aie eu à prononcer pendant mes fonctions, en dehors 
de mon exposé en séance publique. 

ff Je remercie surtout notre vénéré secrétaire perpétuel, qui a 
bien voulu m'aider par sa longue expérience et me soutenir dans 
des questions difficiles. J'ai à exprimer mes vœux reconnaissants 
à mon vieux camarade d'autrefois, quand nous nous rencontrions 
il y a quarant<'-(jualre ans, au Lycée de Laval, et qui est appelé 
à me succéder. Je remercie tous mes confrères de la grande bien- 
veillance qu'ils m'ont toujours témoignée, et je leur garde un af- 

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feclueux souvenir pour l'indulgence qu ils ont eue pour moi. J'en 
avais besoin, et je suis surtout très touché que vous ayez eu 
égard à cette infirmité, la plus terrible qui puisse affliger un sa- 
vant lorsqu'elle est complète, et la plus gênante et la plus embar- 
rassante quand, heureusement, elle n'est que partielle. Néan- 
moins, je ne crois pas qu'elle m'ait empêché de faire mon devoir 
dans la mesure de mes forces. Étant admis à toutes vos commis- 
sions, j'ai pu apprendre comment cette laborieuse compagnie 
procède pour faire avancer la science française. 

ff Je vous remercie donc tous, et je rentre dans les rangs avec ce 
sincère souhait que la Providence, qui a jusqu'ici protégé nos 
confrères, veuille accorder la même faveur à la gestion de mon 
successeur ! w 

M. Alexandre Bertrand, président de l'Académie pour 1892, 
prend place au Bureau et prononce les paroles suivantes : 

ffMon premier devoir, en prenant place à ce fauteuil, est de 
vous exprimer mes sentiments de gratitude pour l'honneur que 
vous me faites, honneur qui m'effrayerait beaucoup si je ne savais 
quelle indulgence vous savez avoir pour vos présidents. Je m'effor- 
cerai de ne pas mettre celte indulgence à trop rude épreuve. Je 
compte sur votre concours bienveillant, comme mes prédéces- 
seurs. 

ff L'année qui vient de s'écouler, cruelle pour plusieurs des 
compagnies de l'Institut, nous a épargnés. Je fais des vœux pour 
que l'année qui va commencer nous soit aussi clémente. 

ffll me reste, suivant l'usage, à adresser au président sortant 
les remerciements de l'Académie. 

ff J'invite le nouveau vice-président à prendre place au bu- 
reau, t? 

M. Siméon Luge, vice-président, prend place à côté du Prési- 
dent. 

Le Secrétaire perpétuel fait connaître les mémoires et les ou- 
vrages adressés pour les divers concours de l'année 1892 : 

Antiquités de la France : 

Le roman de Tristan, le roman de Palamède et la compilation de 
Rusticien de Pise, par M. E. Lôseth (Paris, 1890, in-S"); 



— 3 — 

Villes antiques : I. \ ienne et Lyon gallo-romains; II. Mîmes gallo- 
romain, par M. Hipp. Bazin (Paris et IVimes, 1891, 2 vol. 

m-8^); 

Monogi^jÂie et histoire de la ville de Saint-Etienne , depuis ses ori- 
gines jusqu à nos jours, par M. Victor Jannesson (Saint-Etienne, 
i89i,in-8°); 

Marseille au moyen âge , par M. Octave Tessier (Marseille, 1891, 
in-8°); 

Etude sur la condition des populations rurales du Roussillon au 
moyen âge, par AI. J.-A. Brulails (Paris, 1891, in-8°); 

Le blason héraldique, par M. P. -P. Gheusi (Paris, 1892, 
in-S"); 

Anonymus Cadomensis, par M. Eug. Chatel (Caen, 1892, m-k", 
extrait des Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie); 

Glossaire de la langue d'oïl (xf-xiv' siècle), par M. le docteur 
A. Bos (Paris, 1891, in-8°); 

Prix DucHALAis (numismatique du moyen âge) : 

Numismatique du moyen âge et moderne, par M. Adrien Blanchet, 
t. Jet II, avec 1 atlas (Paris, 1892, in-12); 

Sigillographie de l'ordre des Chartreux et numismatique de saint 
Bruno, par M. G. Vallier (Montreuil-sur-Mer, 1891, in-8°); 

Prix Gorert : 

Histoire de Charles VII, t. VI : La fin du règne, par M. G. du 
Fresne de Beaucourt (Paris, 1891, in-8°, avec un album); 

Prix Bordin (sujet mis au concours : Rechercher ce que Catulle 
doit aux poètes alexandrins et ce qu'il doit aux vieux lyriques grecs) : 

Trois me'moires portant pour e'pigraplies, le premier : Immi- 
tant les meilleurs aucteurs grecz (J. du Bellay); le deu- 
xième : Ava-yvcoa-is Tpo(pr] Aé^eoos (The'on), et le troisième : 
Amat Victoria curam (Catulle); 

Prix Stanislas Julien : 

Dictionnaire français -chinois, par M. A. Bellequin (Péking et 
Paris, 1891, in-Zi"); 

Chan-IIai-King , antique ge'ographie chinoise traduite pour la 
première fois sur le texte original par M. Le'on de Rosny, t. I, 
(Paris, 1891, in-8°); 



Prix Delalande-Gdéri>eau : 

V abbaye de Bossano, contribution à l'histoire de la Vaticane, par 
M. Tabbé P. BalifTol (Paris, 1891, in-8°); 

Etude sur la diplomatique royale des chancelleries de Castille et 
Léon, d'Aragon et de Navarre, par M. J. DelaviUe Le Roulx (manu- 
scrit de 58 pages); 

Supplément aux Bollandistes pour des vies de saints de l'époque 
mérovingienne , t. I et II (manuscrit de 726 pages); 

Prix Loubat : 

Etudes éti/mologiques sur V antiquité américaine, par M. Ldon Douay 
(Paris, 1891, in-S"). 

Si, aux ouvrages ou me'moires pre'sente's dans la séance de ce 
jour, on ajoute ceux qui ont e'té atlresse's à l'Académie dans les 
séances précédentes, on a, pour les concours de 1892, la situa- 
lion suivante : 

Prix ordinaire de l'Académie [Etudes sur les ouvrages connus sous 
le nom d'Ars diclaminis) : 1 concurrent; 

Antiquités de la France : 3i concurrents; 

Prix Ducdalais (numismatique du moyen âge) : 2 concur- 
rents); 

Prix Gobert : 3 concurrents; 

Prix Bordin [liechercher ce que Catulle doit aux poètes alexan- 
drins, etc.) ; 3 concurrents; 

Prix Fould : 1 concurrent; 

Prix Stanislas Julien : 2 concurrents; 

Prix Delalande-Guérineau {Travail critique sur des documents 
relatifs à l'histoire ecclésiastique ou à l'histoire civile du moyen âge) : 
3 concurrents; 

Prix de la Grange : pas de concurrent; 

Prix Loubat : U concurrents. 

Il est procédé à la nomination des Commissions qui seront 
chargées de juger les concours. 

Sont élus : 

Prix ordinaire dk l'Académie : MM. Delisle, Flauréau, Gaston 
Paris, Paul Mever; 



Prix Dlchai.ais (numismatique) : MM. Deloche, le marquis 
de Vogué, Schlumberger, de Barthélémy; 

Prix Boroi.n : MM. Jules Girard, Weil, Boissier, Croiset; 

Prix Fould : MM. Heuzey, Georges Perrot, Héron de Ville- 
fosse, Saglio; 

Prix Delalande-Guérineau : MM. Delisle, Hauréau, Paul 
Viollct, l'abbé Duchesne; 

Prix Stanislas Julien : MM. le marquis d'Hervey-Sainl-Denys, 
Schefer, Oppert, Maspero; 

Prix de la Grange : xMM. Gaston Paris, PauiMeyer, Longnon, 
Léon Gautier; 

Prix Loubat : MM. Barbier de Meynard, Oppert, Maspero, 
Hamy. 

L'Académie procède ensuite à la nomination de la Commission 
de la fondation Garnier. 

Sont élus : MM. Barbier de Meynard, Schefer, Senart et 
Hamy. 

M. Champoiseau, minisire plénipotentiaire, correspondant de 
l'Institut, présente à l'Académie une belle inscription relevée par 
lui pendant le cours de sa dernière mission dans l'ile do Saïuo- 
thrace et dont l'estampage est du à M. Letaillc'^^. 

Cette inscription, de conservation parfaite, devait se trouver 
originairement placée dans l'un des trois sanctuaires principaux 
dont les ruines ont été explorées à Samolhrace. Comme tous les 
monuments de ce genre, elle mentionne les noms et l'origine 
d'un certain nombre de pèlerins, venus, de l'ile voisine d'Imbros, 
pour se faire initier aux mystères célébrés à Samolhrace, chaque 
année, vers le mois d'août, et qui étaient en si grand honneur 
parmi les peuples de la Grèce. Elle donne la preuve évidente de 
l'existence, pour le culte cabirique, à Samolhrace, d'un double 
degré d'initiation aux mystères, déjà constaté pour ceux d'Eleusis; 
elle se termine par une invocation aux grands dieux de Samo- 
lhrace, les dieux ^abires. 

M. Champoiseau dépose ensuite sur le bureau de l'Académie le 

t') \'(>ir mu (ioMMiiMrvTioNs , rr" I (p. '>i--i5). 



moulage d'un curieux j)clit marbre provenant également do Sa- 
mothrace : cest l'image d'une divinité' domestique, sans doute 
destine'e à protéger quel((ue demeure particulière. Elle représente, 
soit un Hermès, soil un Cabire; elle offre plus d'un point de res- 
semblance avec la figure du dieu cabire Axiokersos, qui fait 
partie du fameux groupe à triple face du Vatican, connu sous le 
nom de marbre de la ducbesse de Cbablais. 



SÉANCE DU 1 5 JANVIER. 



M. Salomon Reinach fait une communication sur l'art plas- 
tique en Gaule et le druidisme. 

H fait observer qu'après l'efllorescence de l'art en Gaule, à 
l'époque du renne, nous trouvons une longue période, depuis 1 ère 
des monuments mégalitbiques jusquà la conquête romaine, où 
les sculptures font presque entièrement défaut. Les passages de 
César et de Lucain qu'on a allégués pour prouver que les Gaulois 
représentaient leurs dieux en pierre et en bois doivent être inter- 
prétés autrement : il s'agit, dans le premier, de piliers de pierre, 
et, dans le second, de troncs d'arbres plus ou moins équarris. 
Comme l'industrie gauloise était fort avancée, on est obligé d'at- 
tribuer l'absence de statues en Gaule à une interdiction religieuse. 
Cette probibition, que l'on retrouve cliez les Romains, les Ger- 
mains et les Perses, ne peut guère avoir été mise en vigueur que 
par une aristocratie religieuse. En Gaule, cette aristocratie est le 
collège des druides, à l'influence desquels M. Reinacb attribue 
les monuments mégalitbiques (dolmens, menbirs, etc.). Ces der- 
niers ne sont pourtant pas celtiques : c'est que le druidisme, 
dans l'Europe occidentale, est antérieur aux Celtes, qui ont 
accepté en partie la religion druidique, comme les Grecs ont 
adopté les vieux cultes des Pélasges. L'aversion du druidisme pour 
les représentations des dieux n'est attestée par aucun texte formel; 
mais Plutarque dit que Numa, élève de Pytbagore, défendit aux 
Romains d'élever des statues, et d'autres écrivains font de Pytba- 
gore l'élève des druides. Ce sont l<à des légendes qui, bien que 



sans autorité eu elles-mêmes, attestent nettement l'affinité des 
doctrines. Ainsi le druidisme, comme le mosaïsme, a été' hostile 
à l'anthropomorphisme, ce qui explique pourquoi les premières 
statues de dieux ne paraissent en Gaule qu'à l'époque de la do- 
mination romaine. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, M. le comte de Lasteyrie 
commence la lecture d'un mémoire intitulé : De V origine des basi- 
liques chrétiennes. 

SÉANCE DU 2 2 JANVIER. 

M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, adresse 
au Président une lettre oiî il mentionne un document perdu, écrit 
par un italien en iZiSa et relatif à l'histoire de Jeanne d'Arc (''. 

Le Secrétaire perpétuel fait connaître, ainsi qu'il suit, le rè- 
glement sur la fondation Piot adopté dans la dernière séance eu 
comité secret : 

cfLes revenus de la fondation Piot seront, suivant les termes 
mêmes du testament, employés ce à toutes expéditions, missions, 
fr voyages, fouilles, publications, que l'Académie croira devoir 
tf faire ou faire faire dans l'intérêt des sciences historiques et 
ff archéologiques, soit sous sa direction personnelle par un ou 
K plusieurs de ses membres, soit sous celles de toutes aulres per- 
« sonnes désignées par elle.'" 

ffUne Commission annuelle de huit membres examinera les 
projets pour lesquels il serait proposé d'allouer une somme prise 
sur les revenus de la fondation. Elle en fera le rapport à l'Aca- 
démie, cjui délibérera et statuera en comité secret. 

ffUn rapport sur les travaux qui auront été exécutés ou encou- 
ragés à l'aide de la fondation Piot sera présenté chaque année à 
l'Académie. 

ffUn résumé succinct en sera inséré dans les actes de la séance 
publique annuelle, n 

('' Voir aux (>ommunioatioim, n" II I p.aS-aô). 



— 8 — 

L'Acadëiiiie pi'ocède ensuite à rélection des nieiubres de la 
(ionimission Piot. 

Sont élus : MiM. Delisle, Heuzey, Perrot, Maspero, Sclilum- 
berger, He'ron de Villefosse, Saglio, de Lasteyrie. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture de son rapport sur les 
travaux des Commissions de publication de lAcadémie pendant 
le second semestre de l'année 1891 ''*. 

Le rapport sera imprimé et distribué selon l'usage. 

M. le comte de Lasteyrie termine sa lecture sur les origines de 
la basilique chrétienne. 

Il montre combien les idées qui ont généralement cours en 
France sur cette question sont peu fondées. Tous nos archéologues 
voient le prototype de nos églises dans les basiliques civiles des 
Romains. Mais on se fait une idée fausse des basiliques païennes. 
Elles n'ont jamais eu un type uniforme que les chrétiens n'au- 
raient fait que copier. On a prétendu aussi que les basiliques 
chrétiennes étaient la reproduction de celles qui s'élevaient dans 
les riches maisons des Romains. 

M. de Lasteyrie admet que l'architecture privée des anciens a 
pu avoir une influence sur la forme donnée à nos plus anciennes 
églises. Mais il pense qu'on a tort de chercher dans un type 
unique de construction un modèle que les chrétiens se seraient 
bornés à reproduire. En réalité, la question est plus complexe, 
et le plus probable est que plusieurs facteurs ont concouru à la 
formation du type de nos premières basiliques chrétiennes. Aux 
basiliques civiles, elles ont du emprunter leur forme oblongue, 
leurs colonnades intérieures, la forme de leurs toitures; aux mai- 
sous romaines, leur atrium; aux exèdres et autres salles de réu- 
nion, si communes chez les anciens, leur abside. 

M. de Morgan rend compte des résultats de sa mission d'ex- 
ploration archéologique et linguistique dans le nord de la Perse, 
le Kurdistan et le Louristan. 11 présente à l'Académie un grand 
nombre de plans et de photographies de monuments achémé- 
nides et sassanides, ainsi que les cartes des pays parcourus par la 
mission. 

-'' Voir ['Appendice n° I (p. '\6-'i-). 



— 9 — 

Le Préside>t l'élicile M. de Morgan des importants re'sultals de 
sa mission. 



SÉANCE DU 29 JANVIER. 

M. SciiLUMBERGER Ht unc uote sur trois magaifiques bulles ou 
sceaux d'or du roi Le'on II de Petite-Arme'nic. 

Ces bulles d'or, appendues à des lettres de ce roi au pape 
Innocent III, lettres des premières anne'es du xiii" siècle, sont 
conservées aux archives du Vatican. Ce sont probablement les 
seuls monuments de ce genre encore existants. Le'on II, en grand 
costume royal, est figure' sur une face. Sur la face opposée est 
gravé le lion d'Arménie. 

M. Schlumberger présente un autre sceau royal d'Arménie, 
aujourd'hui conservé dans le fonds Clairambault à la Bibliothèque 
nationale. C'est celui du dernier roi de cette dynastie, l'infortuné 
Léon VI, qui mourut en exil à Paris, et dont la dalle funéraire 
est aujourd'hui conservée à Saint-Denis. L'inscription de cette 
dalle, comme celle du sceau de la Bibliothèque nationale, dé- 
monlre que ce souverain doit être appelé Léon \\ roi d'Arménie, 
et non Léon VI, comme l'usage s'en est établi par suite d'une 
erreur. 

M. Schlumberger termine sa communication en annonçant à 
l'Académie que l'ivoire byzantin dont il a récemment entretenu 
ses confrères, et qu'il avait vainement tenté de faire acquérir par 
le iMusée du Louvre ou le Cabinet des médailles, vient d'entrer 
au Musée de Berlin. 11 est vraiment bien regrettable que, par 
suite des ressources si modiques de nos musées, tant de monu- 
ments importants nous échappent. Il serait grand temps que la 
caisse des Musées fût enfin constituée. 

M. Edmond Le Blam communique à l'Académie quelques 
fragments de la préface d'un livre intitulé : Nouveau recueil des 
inscriptiotis chréùennes de la Gaule antérieures au vni" siècle, qui va 
paraître incessamment. C'est la suite de son premier ouvrage, 
imprimé en i865. 

L'auteur v constate tout d'abord l'identité des résultats fournis 



— 10 — 

par celte nouvelle suite de monuments avec ceux qu'avaient ap- 
portés les marbres compris dans la première série. 

Leur groupement ge'ographique jalonne, pour ainsi dire, la 
marche de la propagation chre'tienne. Dans la partie de la Pro- 
vence qui confine à la Méditerranée se montrent les inscriptions 
les plus antiques. Comme le Bélis en Espagne, le Rhône est pour 
nous la voie naturelle de la diffusion de la foi. C'est sur les bords 
de ce fleuve que les marbres des fidèles se trouvent les plus 
nombreux. Plus on s'éloigne de la mer, moins ces monuments 
sont anciens et la série de nos sarcophages chrétiens apporte sur 
ce point des données identiques à celles des inscriptions. 

Le libellé de ces légendes peut servir a montrer par quelles 
mains, grecques ou latines, la foi a été répandue dans diverses 
parties de notre sol. 

La façon de les dater n'est pas la même dans toutes nos pro- 
vinces. Même après la conquête barbare, la mention des consu- 
lats se maintient à l'est du Rhône, dans le pays qu'occupent les 
Bourguignons, tandis qu'à sa droite les marbres sont datés par les 
noms des rois francs. 

Trêves apporte un riche contingent à la nouvelle série de nos 
marbres chrétiens. Les épitaphes découvertes dans ces dernières 
années appartiennent comme les autres au temps où les empe- 
reurs résidèrent dans cette grande cité, c'est-à-dire au v* siècle. 
Elles disparaissent quand les barbares s'en sont rendus maîtres. 
C'est ainsi que dès l'heure de l'invasion musulmane, il n'est plus 
d'inscriptions chrétiennes dans le sud de l'Espagne. 

L'antagonisme des fidèles et des juifs se montre par ud trait 
particulier: sauf de très rares exceptions, les chrétiens de l'Occi- 
dent ne portent pas de noms de forme israélite. 

Malgré les enseignements des Pères, l'influence des lettres 
païennes se fait vivement sentir dans les épitaphes métriques. 
Dieu y est appelé le maître de l'Olympe; on y parle du Styx, du 
Ténare; on place dans les Champs-Elysées l'àme d'une femme 
dont on pleure la mort. Plus fréquentes toutefois sont, sur nos 
marbres, les formules qui témoignent de la lecture des livres saints 
et des écrits des docteurs de l'Eglise. 



— 11 — 

Aux temps mérovingiens, la foi n'est pas exempte d'erreurs. 
Deux de nos monuments portent ies noms des anges dont l'Eglise 
condamnait le culte, et l'une des inscriptions trouvées dans la 
sépulture d'un abbé paraît n'être autre chose qu'un phylactère de 
forme magique. 

Après quelques pages consacrées à des questions de philologie, 
l'auteur montre ce que nous valent les efforts faits dans ces der- 
nières années pour rechercher et sauvegarder les monuments, tf Un 
mot, dit-il , sur le nombre des inscriptions chrétiennes que nous 
devrions posséder. Si j'en retranche les pièces épigraphiques dues 
à Sidoine Apollinaire, à Fortunat, la première série des marbres 
que j'ai donnée en comprend environ six cent cinquante. Là se 
borne pour le sol de la Gaule la somme des relevés faits en plu- 
sieurs siècles. 11 y a aujourd'hui vingt-six ans qu'a été publié mon 
travail, et pendant ce temps, relativement si court, quatre cent 
cinquante légendes nouvelles | ont été découvertes et signalées. 
Combien s'en devrait-il donc trouver entre nos mains , si le goût 
des recherches historiques et le souci de recueillir les monuments 
avaient été autrefois ce qu'ils sont de nos jours? 11 

M. Casali, conseiller à la Cour d'appel de Paris, rend compte 
de la découverte faite récemment d'une nécropole dans le voisi- 
nage de cet antique château aux murailles crénelées qui domine 
le lac de Trasimène et qu'on appelle Casliglione del Lago^'^. 

Les tombeaux, creusés dans le tuf, sont séparés par une étroite 
voie sépulcrale. Ils sont composés d'une ou deux chambres et 
renferment des urnes funéraires, sur lesquelles on a relevé plus 
de cinquante inscriptions. M. Casati étudie les plus inqjortantes. 
Quelques-unes concernent des familles déjà connues, comme la 
lamille \ii)ia, en étrusque Vipi, la famille Caia, la famille An- 
charia. Il s'attache particulièrement à l'interprétation d'une in- 
scription ainsi conçue : 

vel. cafate. larthalisa, et il discutela valeur de la terminaison «/wa, 
'•> Voir aux Communications, n" 11.1 (p. 26-83). 



— n — 

qui est assez fre'quente dans les inscriptions funéraires, mais 
dont on n'a pas encore de'termine' le sens. 

On connaît, d'après la belle inscription bilingue du tombeau 
des Volumnius, le sens de la terminaison al. Cette inscription 
est ainsi conçue : 

piip. velimna. au. 'cn/atial 

P-VOLVMNIVS-A-F-VIOLENS 

CAFATIA NATVS 

La terminaison al indiquant la descendance maternelle du pre- 
mier degré', M. Casali voit dans la terminaison alisa l'indication 
de la descendance maternelle au second degré', et il traduit Lar- 
thalisa par Larthiae nepos. Il reconnaît ne'anmoins que l'on ne sera 
fixé sur le sens absolument certain de la terminaison alisa que 
par la découverte d'une inscription bilingue. 

En terminant, M. Casati donne la description de plusieurs bi- 
joux d'or, anneaux, boucles d'oreilles, objets de bronze, candé- 
labres, fibules, vases, miroirs , monnaies primitives, «es rude, trou- 
vées soit à Castiglione, soitàTodi, par suite des fouilles faites en 
cette année sur l'emplacement de l'antique Tutere étrusque. 

M. Julien Havet continue la lecture du mémoire de M. Ro- 
biou sur létat religieux de la Grèce et de ï Orient au /r" siècle avant 
notre ère. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER. 

Le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts adresse 
à l'Académie une communication de M. Degrand, consul de 
France à Andrinople, relative à une découverte faite près de 
cette ville. 

Renvoi à l'examen de M. Georges Perrot (''. 

M. le comte Delaborde, secrétaire perpétuel de l'Académie des 
beaux-arts, informe le Secrétaire perpétuel que l'Académie des 



(i; 



Voir ci-après, p. 17, ol aux Communications, n" VI (p. 35-36). 



— 13 — 

beaux-arls a désigné MM. Gruyer et Dauiuet pour taire partie de 
la Commission du prix. Fould. 

M^"" Livinhac adresse à l'Académie un supj)lément de rapport 
sur ia mission qu'elle lui a confiée dans l'Airique centrale. 

Renvoi à la Commission de la fondation Garnier. 

Le PiiÉsiDEiNT, faisant part à rAcadémie delà mort de M. Ran- 
gabé, notre correspondant, prononce les paroles suivantes : 

'f J'ai le regret d'avoir à annoncer à l'Académie ia perte de l'un 
de nos plus anciens correspondants, Alexandre Rizos Rangabé, 
qui se rattachait à notre Compagnie depuis 1800. 

tr Rangabé fut un de ces hommes à aptitudes multiples, comme 
il en fallait à la Grèce au moment où elle sortait de la servitude 
et commençait à réparer les calamités de la glorieuse guerre de 
l'indépendance. 

rrNé à Constantinople en 1810, d'une vieille famille phana- 
riote, Rangabé fut successivement militaire, directeur de l'Impri- 
merie royale, professeur à l'Université d'Athènes, ministre des 
affaires étrangères, ambassadeur à Constantinople, à Washington, 
à Paris et à Rerlin. D'autres diront les résultats heureux de son 
activité politique, en particulier à l'époque de la guerre de Crimée 
et de l'insurrection crétoise. Nous ne parlerons ici que du savant 
et du littérateur. 

fLe domaine de Rangabé est, à cet égard, des plus étendus. 
La poésie lyrique, le drame, la comédie, le roman, l'histoire 
littéraire, la philologie, l'archéologie ont successivement oc- 
cupé ses loisirs. Son drame intitulé : Plirosyne, sa comédie : Le 
mariage de Koulroidis , ont marqué des dates dans l'histoire de la 
littérature néo -hellénique. Son roman : Le prince de Morée, dont 
le fond est emprunté à une chronique du xin* siècle, a eu un 
succès (|ui dure encore. La philologie lui doit un précis de mé- 
trique, un précis de grammaire du grec moderne et un essai sur 
la prononciation du grec. Ses travaux archéologiques nous tou- 
chent de plus près encore. Ce sont eux qui lui ont valu le titre 
de correspondant de l'Académie. Une histoire de l'art grec, Icrlopîa 
Tïjs àpyalas Kak\n£yyias\ un dictionnaire illustré d'archéologie: 
Apyjxiokoy 1X05 ^-nrravpoç, Xs^ihov tv? dpxaioXoytas, malheureu- 



— l/l — 

sèment resté inachevé, de nombreuses monographies en grec, en 
français, en allemand sur le théâtre d'Hérode Atticus, sur les 
ibuilles pratiquées par lui au temple d'Héra, près Argos, sur 
rÉrechtéion, sur TArcadie et sur le Laurium, publiées depuis sa 
nomination, ont largement justifié le choix de rAcadémie. Doux 
de ces travaux figurent dans les lomcs V et VIH de nos Mémoires. 

ff Un titre plus considérable à notre estime est le grand ouvrage 
en deux volumes, publié à Atbènes de 18/12 à 1855, intitidé : 
Antiquités heUénique s. Rangabéya réuni toutes les inscriptions an- 
térieures à la conquête de la Grèce par les Romains, découvertes 
depuis i83o, en y comprenant souvent d'après de meilleures co- 
pies celles qui avaient été publiées par Ross, Le Bas et M. Cur- 
tius. Non seulement Rangabé a transcrit et commenté ces textes, 
au nombre de 2,^90, mais il les a accompagnés d'une traduction, 
rédigée en français, comme les commentaires. W sulfit de com- 
parer les inscriptions publiées par Rangabé à celles que Piltaki 
donnait à la même époque dans XYi^^-niiepU àçiyjxioXoyiKrj à^ kÛihnQS 
pour constater sa double supériorité d'épigrapbiste et d'helléniste 
sur les savants grecs de son époque. 

«Si l'œuvre de Rangabé est aujourd'hui rendue moins utile par 
le Corpus inscriptionum Atlicarum , on ne doit pas oublier que pendant 
plus de vingt ans elle a été le livre de chevet de tous les épigra- 
pbistes, et qu'elle continuera à leur être nécessaire tant que l'Aca- 
démie de Berlin n'aura pas achevé la refonte générale du Corpus 
de Boeckh. Si la Grèce compte, aujourd'hui , une école nombreuse 
et bien armée d'archéologues, elle le doit en grande partie à Ran- 
gabé, dont le nom restera indissolublement lié à Ihi.sloire de la 
renaissance scientifique de la Grèce, comme à celle de sa renais- 
sance littéraire et politique. •» 

M. FoucART lit un rapport sur des inscriptions grecques copiées 
par M. Séon, vice-consul de France à Sivas, et communiquées à 
l'Académie par le Ministère des affaires étrangères ^^l 

Ces inscriptions fixent définitivement l'emplacement de la ville 
de Sébastopolis et fournissent des indications intéressantes sur la 

(') Voir aux CoMMUNlCATIO^s, n' IV (p. 39-33). 



— 15 — 

constitution de la cité. Les renseignements donne's par M. Se'on 
sur les de'bris de sculpture et d'architecture encore visibles dans 
les ruines peuvent faire penser que des fouilles entreprises sur 
cet emplacement seraient fructueuses. 

M. Sime'on Luge fait une communication sur deux documents 
inédits relatifs à frère Bichard et à Jeanne d'Arc. 

M. Sophus Muller, conservateur du Musée des antiquités du 
Nord, à Copenhague, montre les photographies d'un vase en ar- 
gent trouvé en 1891, au centre du Jutland, dans une tour- 
bière (^). 

La valeur du métal de ce vase atteint i,5oo francs, mais là 
n'en est pas le principal intérêt, qui réside dans les reliefs qui le 
couvrent. Ces reliefs présentent des motifs indubitablement cel- 
tiques, notamment des carmjx {irom\)el[e à tête de dragon), des 
torques, des sangliers-enseigne, de longs boucliers à umbo. 

M. Sophus Muller considère comme des têtes de divinités 
les grandes têtes ornées de torques (quatre hommes et quatre 
femmes), qui forment une frise sur le boi'd du vase. Au centre de 
l'un des bas-reliefs est un de ces personnages à attitude bouddhique 
dont plusieurs représentations ont été depuis longtemps signalées 
en Gaule. 

Parmi les animaux qui figurent sur ce vase, il faut signaler 
des éléphants africains et des serpents à cornes de bélier (type 
celtique). Ce vase, jusqu'à présent unique, paraît avoir été im- 
porté en Danemark. 

Le Président fait ressortir l'importance de cette découverte. 
C'est un reste de la mythologie celtique après la conquête ro- 
maine. 

M. Abel Lefranc, archiviste aux Archives nationales, fait une 
communication sur plusieurs points obscurs de la vie de Guil- 
laume Postel et, en particulier, sur sa détention au prieuré de 
Saint-Martin-des-Chanips, de 1662 à i58i. 

Des documents, restés jusqu'à présent ignorés, permettent de 
jeter un jour nouveau sur la vie de cet homme extraordinaire, à 

") Voir aux Communications, n" V (p. 3/i-35) cl n" Vil ([). 36-37). 



— 10 — 

qui il n'a manqué peul-ètie qu'un peu de bon sens pour être un 
homme de ge'nie. 

M. Lefranc esquisse d'abord la vie du célèbre orientalisle, si 
fe'conde en étranges péripéties. Il montre Postel favorisé par Fran- 
çois 1" et par nombre de personnages influents de la cour. 
Lorsque, en i56o, le Calabrais Agathias Guidacerius, lun des 
premiers lecteurs en liébi-eu, vint à mourir, le roi transmit tous 
les biens de ce dernier à Postel. 11 réserva seulement pour sa 
librairie, c'est-à-dire pour la bibliothèque royale, la collection de 
manuscrits orientaux réunie par le Calabrais. Cette clause de ré- 
serve nous apprend ainsi l'origine d'un certain nombre des manu 
scrits du fonds oriental de notre Bibliothèque nationale. 

M. Lefranc expose ensuite les idées si singulières de Postel, 
idées qui lui valurent d'être maintes fois inquiété par la justice. 
Elles finirent par amener son internement en 1662 au prieuré de 
Saint-Martin-des-Champs, où il termina paisiblement sa vie si 
agitée. Deux arrêts inédits du Parlement prouvent que le séjour 
prolongé de Postel au prieuré n'a pas été volontaire, et qu'il fut 
enfermé, en vertu d'une sentence régulière, à cause de ses écrits 
et surtout de son livre : Les merveilleuses victoires des femmes, publié 
en i553, dans lequel il annonçait que le sexe féminin devait 
avoir son Messie propre, comme le sexe masculin avait eu le sien. 



SEANCE DU 1 9 FEVRIER. 



Le Président annonce à l'Académie la perte douloureuse qu'elle 
vient de faire dans la personne de M. Alfred Mauiy, l'un de ses 
membres ordinaires, et il lève la séance en signe de deuil. 



SÉANCE DU 19 FÉVRIER. 

Le Ministre de l'instruction publique adresse h l'Académie un 
arrêté, en date du 3o janvier dernier, pris conformément aux 
propositions du Conseil de perfectionnement de l'Ecole des 
chartes et portant nomination d'archivistes paléographes. 

La liste des archivistes paléographes nommés par cet arrêté 



sera lue dans la prochoino séance publique annuelle de TAca- 
démie. 

M. Georges Perrot rend compte d'une communication de 
M. Degrand, consul de France à Andrinople, relative à la de'cou- 
verte d'une chambre voûte'e, dans l'inte'rieur d'un tuniulus, à 
Kirk-Kilispeh, près d'Andrinople^^l 

M. Alexandre BERTRA^'D, remplace' au fauteuil par M. Sime'on 
Luce, vice-pre'sident, communique à l'Acade'mie deux notes : 

L'une sur le vase à reliefs celtiques, pre'sente' à l'Académie par 
M. Sophus Muller(2); 

L'autre sur une statuette de leri'e cuite découverte en Serbie (^'. 
M. G.-B.-M. Flamand, préparateur cjiarge' de confe'rences à 
l'École des sciences d'Alger, communique à l'Acade'mie une partie 
des résultats de ses recherches sur les stations de cr pierres écrites ^^ 
ou hadjra mcktouba (dessins et inscriptions rupestres), de l'ex- 
trême Sud-Oranais, visitées par lui pendant les étés des années 
1890 et 1891. 

Le pays parcouru s'étend du bordj d'Allou aux portes de Fi- 
guig, et des Chotts à l'oasis de Benoud sur loued Gharbi, dans 
le Sahara. i\I. Flamand signale dans cette seule région plus de 
vingt stations nouvelles. Les faits relevés par lui concordent, 
ajoute-t-il, avec les idées émises par M. H. Duveyrier et i\I. le 
docteur Hamy. 

Les dessinsetinscriptionsrupestresappartiennentà troisgrandes 
périodes, dont l'une, la deuxième, est susceptible de subdivision. 
Une première époque, préhistorique, correspond à l'existence 
de grands animaux de races aujourd'hui disparues, chassées vers 
le sud ou complètement éteintes : l'éléphant, le rhinocéros bi- 
corne, le bullle à grandes cornes. Les hommes qui se plaisaient 
alors à faire revivre sur les rochers les péripéties de leurs chasses 
étaient armés de (lèches on silex [thi/out] et de grandes liaches 



^'^ Voir ci-dessus, p. 12, et aux Communicatioks, n" VI (p. 35-36). 
^'' Voir ci-dessus, p. i5, ot niix Communicvtio^s, n" \ (p. 3/i-35) o( n* Vil 
(p. 36-37). 

('' Voir aux Communications, u" Vill (p. 36-37). 



rttritiMritB itria-«ALK. 



— 18 — 

polies {ksar el ahmar); ils vivaient en tribus sous des abris natu- 
rels et fabriquaient une poterie grossière. On possède des de'bris 
de leurs foyers. A cette époque, des troupeaux de grands mammi- 
fères parcouraient ces re'gions alors couvertes de ve'ge'lalion , 
arrosées par de grands fleuves, baignées de bassins lacustres. 

La deuxième époque, libyco-berbère, comporte des dessins et 
des signes d'écriture. Les dessins sont contempoiains de l'écriture, 
qui peut chronologiquement se séparer en deux périodes : Tune, 
à forme archaïque, comme l'appelle M. le docteur Hamy; c'est 
cette sous-période que iM. G.-B.-M. Flamand caractérise sous le 
nom de protohistorique; l'aulre, franchement libyco-berbère et 
se mélangeant en certains points à la troisième grande période, 
l'islamique. Toutes les gravures libyco-berbères sont tracées sans 
grâce et sans art, et ne représentent que des animaux vivant 
encore dans l'Afrique du Nord. Elles se superposent très nette- 
ment aux préhistoriques. 

Enfin, la troisième époque, celle des inscriptions arabes, vient 
recouvrir les deux autres. Ce sont des formules coraniques, des 
sentences accompagnées souvent d'invocations et des noms de 
ceux qui les ont tracées. 

L'étude des patines montre, dans la succession de ces diverses 
couches de gravures, un très grand espace de temps entre les ru- 
pestres préhistoriques et les sculptures libyco-berbères. 

M. J. Halévy commence la lecture d'un mémoire sur la bio- 
graphie d'un gouverneur de Jérusalem vers la fin du xv^ siècle avant 
notre ère. 

M. Oppert, à propos d'un passage de la lecture de M. Halévy, 
critique le terme de Cosséens, (ju'un savant allemand a sub- 
stitué mal à propos à celui de Cissiens, employé par Hérodote et 
Eschyle. 

M. Germain Bapst commence une communication sur le 
théâtre en Europe au xvi" et au xvii'^ siècle. 

Il explique comment se produisit, en Italie, la renaissance de 
la littérature dramatique. Il montre le goût du théâtre répandu 
dans toutes les classes de la société italienne, chez les papes et 
les cardinaux comme chez les princes et le peuple. 



— 19 — 

H s'attache ensuite à e'tablir que la construction des the'àtres 
italiens (en opposition avec les the'àtres fiançais, qui sont d'abord 
des jeux de paume) ressemble à celle des the'àtres antiques en 
forme de demi-cercles. 

11 termine ce qui concerne l'Italie en exposant tous les de'tails 
de la mise en scène, et en de'crivant les de'corations théâtrales 
exe'cute'es par Le'onard de Vinci, Raphaël, Jules Romain, André' 
del Sarto et leurs élèves. 



SÉANCE DU 96 FÉVRIER. 

M. Homolle, directeur de l'Ecole française d'Athènes, écrit de 
cette ville, le 90 février, que les opérations préparatoires des 
fouilles de Delphes sont terminées et que les fouilles pourront 
commencer au printemps ('l 

M. Geffroy, directeur de l'École française de Rome, adresse 
au Président deux lettres relatives aux dernières nouvelles archéo' 
logiques (-'. 

M. Deloche annonce que la Commission du prix Duchalais 
(numismatique du moyen âge) a décerné le prix pour 1899 à 
l'ouvrage de M. Adrien Rlanchet, Numismatique du moyen âge 
(9 vol. avec atlas). 

M. Henri Weil présente des observations sur un fragment d'Hy- 
péride, publié par M. Kenyon, à la suite des Mimiambes d'Hé- 
rodas. 

Il essaye de déterminer la date du discours, dont la fin seule 
figure sur le papyrus, l'occasion à laquelle il a été prononcé et 
sa tendance politique. 

L'interprétation de quelques lignes, dont le sens peut sembler 
douteux au premier abord, lui fait croire que Philippidès (c'est le 
nom de l'accusé) avait fait la motion d'honorer d'une couronne les 
présidents de l'assemblée du peuple, qui avaient mis aux voix et 
fait voter la proposition de décerner des honneurs extraordinaires 



'') Voir aux Commlsicvtioxs, n' IX (p. ia). 

'' Voir aux CoMMUNic^Tions, n" X (p. t\9.-l\'i) ol n" XT (p. ^i'i-45). 



— 20 — 

à Philippe do Macédoine. Après la mort de ce souverain, survenue 
bientôt après, Torateur patriote poursuit devant la justice le flat- 
teur du Macédonien. 

M. Hale'vy termine sa lecture sur la biographie du gouverneur 
égyptien de Jérusalem sous Aménophis IV, vers la fin du xv* siècle 
avant notre ère. 

L'histoire de cette époque, qui estanlérieure d'une quarantaine 
d'années à la sortie d'Egypte par les Hébreux, est aujourd'hui 
sutïjsamment connue par suite de la découverte qu'on a faite de 
tablettes cunéiformes à El-Amarna (Egypte). Ces tablettes sont 
des lettres que les gouverneurs égyptiens de la Syrie et de la Pa- 
lestine avaient adressées à leur souverain pour lui demander du 
secours contre les bandes babyloniennes qui dévastaient le pays 
et aussi contre les satrapes rivaux et adversaires qui les accusaient 
et qu'ils accusaient de faire cause commune avec lennemi. Le gou- 
verneur de Jérusalem, qui était originaire d'Asie Mineure, eut 
beaucoup à souffrir des calomnies de ses ennemis et fut proba- 
blement tué en défendant sa capitale. A cette époque, Jérusalem 
était déjà une ville sainte et possédait un temple consacré au dieu 
Adar. 

Ce n'est pas sans étonnement, dit M. Halévy, qu'on entend ces 
révélations inespérées de cette antique histoire, qui jettent un 
jour éclatant sur l'ancienne civilisation de la race sémitique. La 
langue babvlonienne était à ce moment parlée et écrite comme 
langue littéraire, non seulement par les Sémites occidentaux, mais 
aussi par différents peuples de l'Asie Mineure. L'instruction était 
tellement répandue que le bureau des archives royales de Jéru- 
salem était dirigé par une femme. 

M. Edmond Le Blant communique une inscription latine co- 
piée à Rome, sur une petite plaque de bronze, par M. Helbig, 
notre correspondant'^). 

M. Germain Bapst continue la lecture de son mémoire sur le 
théâtre en Europe à ses origines. 

Il montre le théâtre anglais, avec sa mise en scène rudimeu- 

(') Voir aux Communications, n" XII (p. /i5-/i6). 



— 21 — 

taire, jusqu'au milieu du xvii" siècle. Du temps de Shakespeare 
aucune femme ne paraissait sur la scène : la première actrice an- 
glaise n'apparut qu'en 1662. Il n'y avait pas de de'cors; des e'cri- 
teaux indiquaient ce que devait repre'senter la scène. Le principal 
théâtre de Londres, le Globe, était à air libre comme ceux des 
saltimbanques. 

En Espagne, il y avait d'autres habitudes, aussi rudimentaires. 
Les acteurs, même ceux qui jouaient des rôles de femme, ne pa- 
raissaient devant le public qu'affublés de longues barbes. Les al- 
cades se plaçaient sur la scène eu l'ace des spectateurs. Les femmes 
qui assistaient au spectacle avaient un espace réservé à elles seules, 
oh les hommes ne pénétraient pas. 

En Pologne, dit M. Bapst, c'était pis encore. Les auditeurs ve- 
naient en armes au spectacle, et lorsqu'un acteur jouait un rôle 
antipathique à la foule, tel que celui d'un traître, il risquait fort 
d'être massacré avant la fin de la représentation. 

M. Julien Havet continue la lecture du mémoire de M. Ro- 
biou sur létat religieux de la Grèce et de F Orient au iv' siècle avant 
notre ère. 



22 



COIWMUrSKlATlONS. 



N" I. 

NOTK SUR DES ANTIQUITÉS TROUVEES OINS L'ILE DE SAMOTHRACE, 

PAR M. CHA51P0ISEAD. 

(séance DC 8 JAxWIER 1892.) 

Je demande à l'Académie la permission de mettre dès au- 
jourd'hui sous ses yeux, afin de nous assurer la priorité de 
cette découverte, l'estampage, dû à M. Letaille, d'une très 
belle inscription relevée par moi dans l'île de Samothrace, au 
cours de la mission que j'y ai remplie l'été dernier et dont les 
résultats complets formeront l'objet d'une prochaine commu- 
nication, retardée jusqu'ici par la perte momentanée de mes 
notes. Cette inscription, de conservation parfaite et à laquelle, 
comme on le voit, ne manque pas une seule lettre, devait se 
trouver originairement placée dans l'un des quatre temples ou 
sanctuaires élevés à Samothrace en l'honneur des Grands Dieux. 
Mais elle a été recueillie au milieu des ruines d'édifices by- 
zantins construits avec des matériaux provenant des sanctuaires 
antiques, à une certaine distance de ceux-ci. Comme tous les 
monuments du même genre, elle donne une liste de pèlerins 
venus de l'île voisine d'imbros pour se faire initier aux mys- 
tères célébrés chaque année à Samothrace, vers le mois d'août, 
et qui étaient en si grand renom parmi les peuples de la Grèce. 

L'inscription, datant, selon toute apparence, de la première 
moitié du ii' siècle de l'ère chrétienne, et dont la formule 
initiale s'écarte de celles appartenant à l'époque purement 
grecque, lesquelles commencent toujours par les mots Eni 
BAZIAEQZ ZOKAHS. TEIZIAEOY, AYAAMANTOZ, etc.. 



— 23 — 

tandis que nous lisons ici BAEIAEONTOZ ZABEINOY, offre 
quelques particularités clignes d'attirer votre attention, D'abord 
elle fournit la preuve évidente de l'existence, pour le culte de 
Samothrace, d'un double degré d'initiation aux mystères, déjà 
constaté pour ceux d'Eleusis. Le degré inférieur était celui 
des ixva-lai, simples initiés, auxquels s'applique le verbe 
ê(jiur]6ïjaav. Le degré supérieur était celui des è-nÔTclcui^ pluriel 
d'eTTOTT?»;?, fidèles, pèlerins parvenus au plus haut grade de 
l'initiation, admis à la connaissance de tous les mystères, 
pouvant assister à toutes les cérémonies. Aucune des listes 
d'initiés trouvées précédemment à Samothrace ne faisait, 
semble-t-il, mention de ces deux degrés, et nous ignorons encore 
si, comme à Eleusis, une année devait s'écouler entre l'acqui- 
sition des deux grades, ou bien si, vu les difficultés du voyage 
à Samothrace, la collation de l'un ou l'autre des deux grades 
dépendait seulement de la nature des épreuves subies ou de 
la valeur des offrandes apportées. 

Le fait de la qualification du premier initié, Socratès, comme 
statège envoyé à Imbros par la cité d'Athènes, â(/]v twv 
AOïivaicov , démontre que la domination athénienne, rétablie 
sur -Imbros par le traité passé, vers l'an 196, entre Philippe V 
de Macédoine et les Romains ayant Quinctius Flaminus pour 
plénipotentiaire (Tite Live, 1. XXXIILc. xxx), y durait encore 
au temps .des Antonins. Nous voyons, en outre, que les ini- 
tiés, tant (x-varlat qu ê-Tréirl oci , appartiennent tous, sauf un seul, 
le dernier, Ermippos, à la colonie athénienne d'Imbros, dont 
les membres, quoique établis depuis longtemps, nés peut-être 
dans cette île, sont, suivant l'usage, restés inscrits à leurs 
dèracs athéniens d'origine, ainsi qu'il suit: le stratège Socratès, 
fils d'Archélaùs, au dème du Pirée; Philocratès dit Isidoros, 
fils de Philocratès, au dème d'Oïtha; Asclé()iadès, fils de Mi- 
nodoros, à celui de Phlia; Euskimon, fils de Ghriséron, à 
celui (In Pirée: (iornélios., fils d'Adeiniantos, à celui d'Ana- 



— '2^ — 

plillstia. Viennent ensuite deux l'einmes, les premières qui 
figurent, je crois, sur des listes d'initiés de Saniothrace : Cor- 
nélia Alexandra, lille de Cornélios Adeimantos; Cornélia, fdle 
de Philotro[)hon, toutes deux, non pas citoyennes, mais fai- 
sant partie de la population du dème d'Azénia. Puis Sotas, 
fds de Botrys, du dème de Daidalidai. Comme ê-TtoTrlai nous 
voyons : Publios Erennios, fils de Leonteus, du dème d'Azénia; 
Claros, fils de Claros. du dème d'Aixonia: enfin Julios Er- 
mippos, dont on ne nomme pas le père et qui était, sans 
doute, simple citoyen d'fmbros. 

Plus bas se trouve l'invocation aux Grands Dieux de Samo- 
thrace, GEOIZ MEfAAOlZ ZAMOOPAEI, dans la couronne ' 
d'olivier symbolique et suivie du dessin de la feuille d'une 
plante, très probablement consacrée aux Cabires. En effet, 
sur les vases en terre cuite provenant des fouilles exécutées 
en 1888 par les membres de l'Ecole allemande d'Athènes dans 
les ruines d'un temple cabire des environs de Thèbes, temple 
mentionné par Pausanias (livre IX, Béotie, c. 3 5 et 96), on 
voit représentés d'abord plusieurs personnages, dont l'un avec 
l'inscription KABEIPOE, ce qui ne laisse aucun doute sur sa 
qualité, ensuite des ornements courant autour des vases et com- 
posés, en grande partie, de rinceaux déplantes dont les feuilles 
cordiformes sont absolument identiques à celle figurée à la fin 
de notre inscription. L'auteur de l'article des Mitteilungen de 
l'Ecole allemande d'Athènes relatif au temple cabire de Thèbes, 
M. Winnefeld, semble regarder cette plante comme étant le 
tamus, de la famille des Dioscorées, en français tamier ou tami- 
nier, connu vulgairement sous le nom de Sceau de la Vierge. 

Je profite de l'occasion pour déposer sur le bureau le mou- 
lage d'un petit marbre provenant également de Saniothrace 
et dont l'original, acquis par moi à titre privé, a été joint aux 
divers objets antiques d'origine samothracienne que nous 
possédons déjà. Faut-il voir dans cette figure, destinée sans 






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doute à protéger quelque demeure particulière, un simple 
hermès, ou bien une image de dieu cabire? Je n'oserais pas 
formuler une opinion positive à cet égard devant des juges de 
compétence aussi haute et aussi souveraine que la vôtre, me 
bornant à faire observer que, si elle ressemble, comme aspect 
général, à certains hermès, elle rappelle aussi, par beaucoup 
de côtés, le cabire barbu faisant partie du fameux groupe à 
trois faces de divinités cabiriques existant au Vatican et connu 
sous le nom de ik marbre de la duchesse de Chablais», cabire 
barbu dans lequel on croit voir le dieu cabire k^ilnspa-os. 
Quoi qu'il en soit, cette statuette m'a paru assez intéressante 
pour être soumise à votre examen. 

N" II. 

LETTRE DE M. GEFFROY, DIREGTEDR DE L'ECOLE FRANÇAISE DE ROME. 

(séance du a 9 JANVIER 1892.) 

Rome, le 19 janvier 1899. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

Le dernier fascicule de 1891 des Mélanges d'archéologie et 
(l'histoire que publie l'Ecole française de Rome, et qui vient de 
paraître, contient une indication que l'Académie croira peut- 
être utile de recommander aux investigateurs. 

Dans un travail de MM. Francesco Novati, de Milan, et 
George Lafaye, ancien membre de l'Ecole, sur une anthologie 
italienne du xv* siècle, dont le manuscrit appartient à la bi- 
bliothèque municipale de Lyon, il est question de Cômc Rai- 
mondi ou Côme de Crémone, le même qui aurait déchiffré le 
premier le manuscrit presque illisible de XOrator. Raimondi 
se trouvait en i/iSa à Avignon, d'où il écrivait à ses amis 
d'Italie. La plupart de ses lettres, dit M. Francesco Novati, se 
lisaient dans un manusrril aujourd'hui jierdu ou peut-être 



— 26 — 

seulement égaré dans quelque arcliive. Ce manuscrit, qui aj)- 
partenait, au milieu du xvin" siècle, au savant abbé Pierre 
Canneti, contenait le traité de Raimondi De lawlilnis elo- 
quenùœ, et cinq de ses lettres. Une d'elles, datée de i/iSa, 
renfermait des détails sans doute fort intéressants sur Jeanne 
Darc. Cette lettre est ainsi mentionnée : Epistola Cosmœ Ray- 
niundi Cremonmsis supei' nllatis in Itallam rumorihus de Joanna 
ptiella pastorali. (Cf. p. /loi des Mélanges.) 
Veuillez agréer, etc. 

A. Geffroy. 

N" m. 

NOTE SDR LA NÉCROPOLE ÉTRUSQUE 

DKCOUTERTE EN l8()l À CASTIGLIONE DEL LAGO , 

COMMUNIQDÉE PAR M. C. GASATI. 

(séance du 29 JANVIER 1892.) 

Tous les voyageurs allant de Florence à Rome ont remar- 
qué sur les bords du lac Trasimène une ville pittoresque, 
avec ses tours et ses murailles crénelées, trempant ses pieds 
dans le lac, Castiglione del Lago, bien dénommé le grand 
château du lac. C'est sur le territoire de cette commune, à 
quelques kilomètres du petit lac de Chiusi, sur la colline dite 
de Bruscalupo, qu'on a découvert une nécropole étrusque com- 
posée de seize tombes pratiquées dans le rocher [tufû)\ la plu- 
part mesurent de 4 à 5 mètres de profondeur et renferment 
des sarcophages placés sur des bancs de pierre de chaque 
eôté de la tombe . à peu près comme dans la tombe dite del 
Grait Duca, située près de là, à Chiusi. 

D'après les vases et divers objets trouvés dans les tombes, 
on peut assigner à cette nécropole la date du nf siècle avant 
J.-C. environ. Quelques urnes funèbres, du style de Chiusi. 
sont en marbre, la plus grande partie est en terre cuite. 



— 27 — 

On a trouvé dans les tombes mises à jour, dont plu- 
sieurs ont déjà été dépouillées à une époque antérieure, un 
grand nombre de vases ou débris de vases, presque tous en 
bucchero, terre noire, et ne présentant pas grande valeur 
artistique. 

â. 

On a trouvé aussi divers objets de bronze, des bassins ou 
plats creux à double mancbe, une situla, plusieurs statuettes, 
un candélabre assez finement sculpté à tige cannelée, reposant 
sur trois statuettes de lions et portant une statuette d'homme 
qui tient par la main un enfant. 

Parmi les bijoux, anneaux, boucles d'oreilles, spirales, dé- 
couverts dans cette nécropole, on remarque surtout un ma- 
gnifique anneau d'or avec ornements finement ciselés, chaî- 
nettes, granulations, animaux marins, etc., et portant au 
chaton une pierre appelée œil de chat. 

Quelques urnes funéraires avaient été trouvées en cet en- 
droit il y a une quinzaine d'années, et leurs inscriptions pu- 
bliées par M. Fal)retti dans son troisième supplément; elles se 
réfèrent à quelques-unes des mêmes familles dont les tombes 
ont été trouvées dans la nécropole récemment découverte, no- 
tamment aux familles Vibia et Vibenna, en étrusque : 

inim et nn 

Nous pouvons accepter la lecture de ces inscriptions, qui 
ont été relevées par un inspecteur des fouilles très expéri- 
menté; elles sont au nombre de h à. Quelques-unes sont com- 
posées seulement du prénom ou du nom de famille , comme les 
numéros Sa et 33 du rapport de l'inspecteur des fouilles: 

3niW3 
Cusinius; 

3A-D-3JVA 

Aulus, prénom; Caius, nom de lainille. Plusieui's de ces in- 



— 28 — 

scriptions sont composées de mots tronqués dont on ne peut 
lire qu'une partie, n° /ii : 

nA-3JVA 

Aule, An : Aulus, et probablement Anchare, Ancharius, 
nom de famille qui se retrouve dans d'autres tombes voi- 
sines. 

Le n° 38 porte un nom de famille peu commun : Le- 
tharius. 

Voici cette inscription : 

AiaAeaj-Ai-t-^Ag ' 

Fastia Letharia: Faustina Letharia. 

Le n° 4 2 au contraire porte un nom de famille qui se 
retrouve dans un grand nombre d'inscriptions découvertes 
au palazzone : le nom de Cafatius. 

L'inscription est ainsi conçue : 

A^UAOaAJ-3tA8AD-J3^ 

Vel Cafate Larthalisa : Velius Cafatius Larthalisa. On n'est 
pas encore fixé sur le sens exact de cette terminaison, alisa; 
et il est à remarquer que cette terminaison se rencontre dans 
trois inscriptions de cette nécropole : dans l'inscription citée 
plus haut, dans l'inscription n° 29 : 

A$UAOQAJ-AnOA1-OOAJ 

Larth. Parna. Larthalisa ; 

et dans cette dernière, n° 20 : 

A$uAonQA-inim-3nON0A 

Arnthne. Vipini. Arntbalisa. 



— 29 — 

On sait que la terminaison al désigne la descendance ma- 
ternelle; cela a été déterminé par la belle inscription bilingue 
du tombeau des Volumnius : 

jfli'l'flBflo-vfl-flnmu3=i-ivi 

au-dessous de laquelle se trouve l'inscription latine, à la- 
quelle on a ajouté le surnom Violens : 

P. Volumnius. A. f. Violens 
Cafatia natus 

et aussi par une autre inscription bilingue; il ne reste de la 
partie étrusque que ce mot : 

(iainal, tandis que l'inscription latine complète est ainsi conçue: 
C. Alûus A. f. Cainnia natus 

Quant à la terminaison alisa^ je serais porté, pour 
ma part, à lui donner un sens analogue et à l'interpréter 
par l'indication de la descendance maternelle au deuxième 
degré: comme Larthal signifie fils de Lartliia, Lartbalisa 
me paraît signifier petit-fils de Lartliia, et l'on interprétera 
alors : 

Vel. Cafate. Lartbalisa : Velius Cafatius Lartbiœ nepos. 

Arnthne. Vipini. Arnthalisa : Aruns Vibenna Aruntiae 
nepos. 

' Des savants distinfrués ont consitléré alisa comme \\r\ diminutif; Larllialisa, 
dimimilif de Lartliia, aurait le sens de rrla petile Lartliia)) : mais ce sens est inad- 
missible dans les trois inscriptions ci-dessus citées, où Larthalisa et Arnthalisa 
se réfèrent à des hommes. 



— 30 — 
Et le n° 29 : 

Lai'lh. Parna. Lartlialisa : Lars Parna Larlhiœ nepos. 

On remarquera en passant qu'à l'exemple de ce qui se 
passe souvent aujourd'hui, le prénom du petit- fils est le 
même que celui de l'aïeule , (|ui lui sert en quolqife sorte de 
marraine. 

On ne sera fixé néanmoins d'une manière définitive sur le 
sens de ce suffixe que lorsqu'on aura trouvé une inscription bi- 
lingue, ce qui est très possible parmi les nombreuses inscrip- 
tions funéraires que l'on découvre tous les jours dans ce sol 
d'Etrurie, si riche en souvenirs de l'antiquité. 

Plusieurs inscriptions reproduisent les noms de famille 
Caius, Vibenna, Ancharius. Le n° 35 porte : - 

Vel. Cae. : Velius Caius. 

Len° 3o : 

JflltVflJI-aflO-BJVfl 

Aule. Cae. Plautial : Aulus Caius Plautiae filius. 

Le n° 2 : 

Ath. Ancari (Ath. pour Arnth, abrégé): Aruntia Ancharia. 

Le même nom Ancharia se trouve sur une autre tegoJa 
(couvercle d'urne) sous une forme incorrecte : 

N° 29 : 

Tha. Acaria, pour Ancaria. Tha, abrégé de thania, prénom 
de femme assez répandu (en latin Diana): Diana Ancharia. 



— 31 — 

De semblables erreurs sont assez fréquentes. Dans les in- 
scriptions de la nécropole, nous trouvons une erreur sem- 
blable pour un nom de famille étrusque beaucoup moins 
connu que le nom d'Ancliarius. 

Aux n°' 8 et 9 nous voyons le nom Statinei : 

I3ni+fl'l'$ 
Statinia, tandis que le n° i8 nous donne : 

Thania Sainei, oii l'on est porté à voir Statinei. Tbania 
Slatinei : Thania ou Diana Statinia. 

Dans un terrain voisin de la nécropole, on a découvert deux 
urnes sur lesquelles on a lu un nom peu connu jusqu'à ce 
jour, le nom de famille Papathna. 

La première inscription, sur l'urne renfermant les cendres 
du mari, porte : 

Vel- Papathna : Velius Papathna. 

La deuxième urne, renfermant les cendres de la femme, 
porte l'inscription : 

MflnOfl1fl1-l3njV8 
Fulnei Papathnas (pour Papathnasa) : Fulnia Papathnae uxor. 

Ces deux époux Papathna n'étaient de grande famille ni 
l'un ni l'autre, car on ne mentionne aucune descendance, 
alliance ni parenté. 

D'aulres découvertes importantes pour l'antiquité étrusque 
ont été faites, dans le courant de l'année i 8()i. à Cività (ias- 



— :^_> — 

tellana, à Este et parliculièrement à Todi, l'antique 303-^7+ 
Tutere étrusque, sans que néanmoins on pit trouvé aucune in- 
scription intéress;inle; mais on a trouvé un certain nombre 
d'objets et de bijoux d'or et d'arjjent remarquables, des vases 
en forme de paon ou d'oiseau et dont le corps présente les 
traits d'une figure humaine, des vases de cuivre, de plomb, 
de verre aux couleurs à reflets; des armes, épées, lances, un 
casque, une armure d'homme et des fragments d'armures de 
cheval, des bijoux assez nombreux, boucles d'oreilles à cor- 
doncini ou en forme de cornes d'abondance, des anneaux 
d'or avec intagli, des scarabées, des miroirs de bronze, un 
notamment représentant un génie féminin ailé, une lasa, 
un autre représentant deux génies ailés, montés sur des che- 
vaux. On a trouvé plusieurs fragments d'œs rude, mais aucune 
de ces belles monnaies de la Todi étrusque représentant 
la lyre, un aigle ou le chien couché en rond avec l'inscrip- 
tion 3(]^i\/i. 



N° IV. 

rapport' DE M. FOUCART SDR DES INSCRIPTIONS GRECQUES 
COPIÉES PAR M. SÉON, VICE-CONSUL DE FRANCE À SIVAS. 

(séance DC 5 FÉVBIER 1892.) 

Les inscriptions grecques copiées par M. Séon, vice-consul 
deFranceàSivas, et communiquées à l'Académie, proviennent 
du village de Soulou-Séray, situé sur la route de Sivas à An- 
gora. C'est au même endroit qu'avait été trouvée une inscrip- 
tion en l'honneur de l'historien Arrien, qui a donné lieu à un 
savant mémoire de Léon Renier. 

Deux des textes relevés par M. Séon (n°' i et 6) établissent 
que les ruines sur lesquelles s'élève le village sont celles de la 
ville de Sébastopolis. ville importante sous l'empire romain, 



— 33 — 

plus tard siège d'un archevêché. Cette identification est désor- 
mais assurée. 

Les neuf premières inscriptions appartiennent à l'époque 
impériale. 

N°' 1 et 4. Dédicaces de statues élevées par le Sénat et le 
peuple de la ville à deux citoyens. 

N°' 2 et 5. Inscriptions funéraires métriques, mutilées. 

N° 3. Fragment d'une inscription honorifique, datée par 
fère de la province. 

N° 7. Inscription en l'honneur du fils d'un trihun légion- 
naire. 

N° 9. Dédicace de constructions consacrées à l'empereur 
Hadrien et à la ville de Séhastopolis. 

Le n° G (3o lignes) est le plus intéressant. L'inscription 
énumère les services et les dignités d'un M. Antonius Rufus, 
qui avait reçu le titre de citoyen romain : plusieurs fois ago- 
ranome, président de plusieurs sociétés, grand prêtre de la 
province du Pont à Néocésarée, métropole de la province; 
ayant exercé, avec sa femme, la grande prêtrise de l'empe- 
reur Hadrien; ayant élevé à ses frais plusieurs édifices, entre 
autres le gymnase; ayant fait de nombreuses largesses à la 
population. Chacune des tribus de la ville lui élève une 
statue. 

Les inscriptions, dont la lecture semble difficile à cause 
des lettres liées, ont été copiées avec soin par M. Séon; mais 
plusieurs passages ne peuvent être restitués avec certitude. 
Un estampage serait nécessaire pour les publier. 

Les nombreux débris d'architecture et de sculpture que 
M. Séon a signalés attestent fimportance de ces ruines. Il se- 
rait à désirer qu'une petite somme d'argent fût mise à la dis- 
position du vice- consul pour faire des recherches dans cette 
localité et voir s'il n'y aurait pas lieu d'enlrejirendre des 
fouilles dans les ruines de Séhastopolis. 

XX. 3 



u — 



N°V. 

NOTE SUR UN VASE D'ARGENT TROUVÉ DANS LE JUTLAND, 
PAR M. SOPHUS MULLER. 

(séance DC 5 FÉVRIER 1892.) 

J'ai l'honneur d'appeler votre attention sur une trouvaille 
récemment faite dans une tourbière du Danemark, au centre 
du Jutland. C'est un grand bassin en argent repoussé, une 
des plus remarquables pièces de l'antiquité qui ait encore été 
trouvée au nord des Alpes et un des premiers monuments de 
l'art pallo-romain. Le bassin se compose d'un fond bombé, 
fait d'une pièce et sans décorations, et d'une partie supérieure 
faite d'une série de plaques carrées toutes couvertes de repré- 
sentations figurées. La soudure entre les différentes plaques 
n'a pas été conservée; elles ont été trouvées détachées l'une 
de l'autre et entassées dans le fond du bassin. Pourtant, on 
peut, par les traces de la soudure et les trous des clous, parfai- 
tement déterminer la forme originale. La partie supérieure était 
doublée. En dehors, l'on voit une série de grandes têtes mas- 
culines et féminines; en dedans, se suivent des compositions 
plus variées, et dans le fond est placé un disque rond. Il n'y a 
pas de doute que toutes ces représentations n'aient un sens 
religieux; ce sont des divinités, des animaux qui leur étaient 
consacrés, etc. Aussi est-il bien clair, pour tous ceux qui con- 
naissent le magnifique musée de Saint-Germain et les excel- 
lents travaux de MiÂL Bertrand et Reinach, que celte pièce 
appartient bien au domaine des idées gallo-romaines. Je n'ai 
pas besoin d'appeler l'attention sur les détails bien connus du 
symbolisme gaulois : le type de visage, les torques, les ser- 
pents à tête de bélier, les trompettes à tête de dragon, le 
dieu à cornes de cerf, les boucliers hexagonaux, etc., et, 



— 35 — 

d'autre part, les griffons romains, les lions, les éléphants, 
le feuillage de style romain qui couvre le fond des plaques. 
Je n'ose pas ici entrer dans toutes les questions difficiles con- 
cernant la date, l'origine, la signification des figures et la 
destination du bassin. J'ai voulu seulement placer sous vos 
yeux les photographies de ce monument si curieux et ainsi 
soumettre les faits à votre haute appréciation. 



N" VI. 

NOTE SDR UNE COMMUNICATION DE M. DEGRAND, 
CONSUL DE FRANCE À ANDRINOPLE , PAR M. GEORGES PERROT. 

(séance Dr ig février 1899.) 

Dans sa séance du 5 février, l'Académie a eu communica- 
tion d'une dépêche de M. Degrand. consul de France à Andri- 
nople, racontant la découverte et l'ouverture d'une chambre 
voûtée, construite en pierre, dans l'intérieur d'un tumulus, à 
Kirk-Kilisseh, près d'Andrinople. Trois photographies étaient 
jointes à cet envoi. Il est difficile de se prononcer sur l'âge du 
monument, vu l'insuffisance des renseignements; il faudrait 
voir le bas-relief sculpté dans l'intérieur de la tombe, le vase 
de terre orné de peintures jaunes et rouges, surtout le vase de 
bronze décoré d'une tête d'homme barbue et couronnée de 
fleurs, tous les objets, en un mot, qui ont été trouvés dans le 
caveau; d'après le style de ces sculptures et de ces peintures. 
on pourrait sans doute se faire une idée approximative de 
l'époque à laquelle appartient le monument. Faute de ces 
données, nous nous bornerons à appeler l'attention sur deux 
points. Le lit funéraire, avec ses coussins de pierre, rappelle 
les lits du même genre qui ont été trouvés par M. Heuzey 
dans les tumulus qu'il a étudiés en Macédoine, aux environs 
de Pydna, et dont un si curfeux exemplaire a été rapport(' par 

3. 



— 30 — 
lui au Louvre. D'autre part, la présence d'un cheval dans la 
tombe fait penser à la place qu'occupe le cheval sur ces stèles 
funéraires de la Thrace qui ont été décrites par notre regretté 
confrère Albert Dumont. Sous toutes réserves, d'après le peu 
que nous savons du contenu de la chambre, nous inclinerions 
à croire que c'était là le tombeau de quelque chef thrace des 
temps macédoniens. La forme du casque qui figure dans l'une 
des photographies est celle du casque grec de cette période. 

N° VIL 

LE VASE À RELIEFS CELTIQUES PRESENTE PAR M. SOPHUS MULLER. 
COMMDNICATION DE M. ALEXANDRE BERTRAND. 

(séance du 19 FÉVRIER 1892.) 

C'est dans une tourbière du Jutland, à trois pieds de pro- 
fondeur, que des ouvriers exploitant la tourbe pendant l'été 
de 1891 rencontrèrent ces plaques d'argent travaillées au re- 
poussé, et autrefois réunies par la soudure. On en trouva 
d'abord dix. Le soir du même jour, un autre ouvrier passant 
au môme endroit à la fin de sa journée découvrit les trois 
autres. Le vase semble avoir été déposé dans la tourbière déjà 
en fragments. Mais il a été possible de le reconstituer en entier, 
sauf les anses qui ont dû se perdre. Le jour même de la dé- 
couverte, un gendarme avertit la Direction du musée des An- 
tiquités du Nord. La police, conformément à la loi danoise, 
confisqua les objets. M. Sophus Muller se rendit aussitôt sur 
les lieux, vit les ouvriers et se fit montrer l'endroit de la dé- 
couverte. Les ouvriers reçurent comme indemnité unique le 
prix du métal, i,5oo francs (^', plus une légère gratification 
de i5o francs à partager entre eux. 

O Plusieurs comptes rendus ont dit par erreur i5,ooo francs. 



— 37 — 

Ajoutons que l'argent est très fin et contient une proportion 
assez forte d'or, que les reliefs eux-mêmes portent les traces 
d'une dorure superficielle, que la patine, enfin, est la patine 
bien connue des objets d'argent ayant longtemps séjourné dans 
la tourbe. Il est difficile, en présence de ces détails, de ne pas 
conclure à l'authenticité du vase. 



N° VIII. 

STATUETTE DE TERRE CUITE DECOUVERTE EN SERBIE.. 
COMMUNICATION DE M. ALEXANDRE BERTRAND. 

(séance du 19 FÉVBIER 1892.) 

On connaissait déjà, notamment par certaines stations de 
Hongrie ^'', des terres cuites de style primitif présentant cer- 
taines analogies avec celles de Chypre, de ïirynthe et de 
Mycènes. Ces terres cuites, qui appartiennent toutes à la 
période où, dans la vallée du Danube, les armes de fer com- 
mencent à remplacer les armes de bronze, offrent d'autant plus 
d'intérêt qu'on ne peut pas, comme on le fait trop aisément 
pour les objets en métal, y voir des produits d'importation r 
ce sont bien des produits indigènes. Or, leur ornementation', 
d'un type très spécial, accuse une influence orientale manifeste, 
attestant la pénétration graduelle vers le nord de l'Europe, à 
travers l'Europe centrale, de modèles originaires d'Asie Mi- 
neure, acceptés mais modifiés dans chaque pays par les instincts 
décoratifs particuliers des habitants. Des figurines de person- 
nages assis, découvertes dans des tumulus de la Thrace, et 
actuellement au musée de Vienne''^*, indiquent la route que 

''' Station de Lenpyel : Dcis pràhtsiorixche Schanzwerh von Lengyel, seine Er- 
bauer und Bevuohner, von Mauritius Wosinsky. Budapest, 1888. 

(') Ces figures sont encore inédites. Je dois la connaissante de ces découvertes 
à M. Salomon Reinach. 



— 38 — 

cette transmission de types a suivie. Dans l'occident de l'Europe 
(Gaule et Espagne), on n'a en effet rien observé de pareil. 
Les analogues se retrouvent seulement dans l'Italie du Nord 
(en particulier à Este, chez les Euganéensj, en Allemagne 
dans la vallée de l'Oder et jusqu'au Mecklemlîourg, où l'on 
signale ces grossières figurines d'animaux et les urnes à vi- 
sage que Longpérier a déjà rapprochées des découvertes de 
Schliemann à Hissarlik. Ainsi certains motifs d'ornementation 
particuliers en Grèce à l'art mycénien ont suivi la roule de 
l'ambre, se sont propagés de la sorte jusqu'à la mer Bal- 
tique, et y ont persisté jusqu'à une époque où le monde 
hellénique, d'où ils étaient originaires, en avait complètement 
perdu le souvenir. 

Jusqu'à présent la série de ces terres cuites, bien qu'assez 
nombreuses, ne comprenait guère que des pièces mutilées et 
d'un travail très sommaire. M. le docteur Moriz Hoernes vient de 
combler cette lacune par la publication d'une figurine en terre 
cuite parfaitement conservée, décorée à la pointe d'ornements 
très nets et très caractéristiques. Nous en mettons la reproduc- 
tion sous les yeux de l'Académie, d'après une photogravure 
empruntée aux mémoires de la Société anthropologique de 
Vienne. Nous avons fait calquer au trait cette photogravure, 
afin de rendre le style des ornements plus sensible. Je dois à 
M. Salomon Reinach l'analyse en français du mémoire alle- 
mand. 

On ne possède, malheureusement, que de maigres rensei- 
gnements sur les circonstances de la découverte. Vers 1881, 
des paysans nivelaient un tumulus aux environs du village de 
Klitchevac, sur la rive droite du Danube, à l'est de Belgrade. 
La statuette et trois vases qui s'y trouvaient enfouis, peut-être 
avec beaucoup d'autres objets qui n'attirèrent pas leur atten- 
tion parce qu'ils étaient trop altérés, furent recueillis par eux. 
Deux vases, qui portaient, dit-on, des peintures, furent vendus 



— 39 — 

à des étrangers sans qu'on ait pu en suivre la trace. La statuette 
et le dernier vase furent achetés par le musée de Belgrade. 
Ce vase n'est ni peint ni décoré d'aucune manière. Il ne peut 
fournir aucune indication archéologique de quelque valeur. 

La statuette, creuse à l'intérieur, paraît représenter une 
femme vêtue d'une longue robe. Elle a 34 centimètres de haut 
et 1 7 centimètres de circonférence. Toute la partie supérieure 
de la figurine est plate. Elle commence à s'arrondir seulement 
au-dessous de la ceinture. La terre est noire à l'extérieur, par 
suite d'une addition de graphite, et grise à l'intérieur. Les or- 
nements sont gravés au trait et étaient remplis d'une substance 
crayeuse qui les fait ressortir sur le fond noir. On trouve le 
même procédé dans la céramique des dolmens et des stations 
lacustres, ainsi qu'à Chypre, à Hissarlik et dans toute l'Europe 
centrale au début de l'époque des métaux. 

Des statuettes à base évasée comme celle-ci, dont le j)roto- 
type est peut-être un pied de vase , se sont rencontrées à Chypre , 
à Mycènes et à Tirynlhe. Ce qui est nouveau dans celle qui 
nous occupe, c'est la décoration strictement géométrique, dé- 
coration qui représente, en partie, des ornements de métal, en 
partie des broderies appliquées sur l'étoffe. 

Or, les éléments de cette décoration sont d'un emploi con- 
stant et presque exclusif non seulement dans la vallée du Da- 
nube, mais dans tous les pays où les anciens nous ont signalé 
la présence des Celtes antérieurement au if ou m' siècle de 
notre ère. 

La salle VI du musée de Saint-Germain, consacrée aux 
tumulus et à la période dite de Hallstatt, fournit plus d'un 
sujet de comparaison avec la statuette du musée de Belgrade. 

La décoration en échiquier au bas de la robe est fréquente 
sur les vases provenant des tumulus du Wurtemberg et de la 
Bavière. Les dents de loup se retrouvent (associées au rond 
pointé ou non) sur presque tous les bronzes celtiques. Les 



— hO — 

antiquit(5s de Hallstatt en offrent de nombreux exemples. On 
les retrouve également sur les vases et les plaques de ceinture 
des tumulus de la foret de Haguenau (collection Nessel). 

Les grandes pièces de bronze à pendeloques, comme celle 
que la statuette de Belgrade porte sur le dos attachée à une 
espèce de diadème, sont fréquentes à Hallstatt et en Hongrie. 

Rappelons enfin que la décoration en dents de loup est très 
ordinaire sur les colliers ou diadèmes d'or découverts en Ir- 
lande, qui sont incontestablement de travail celtique. L'édi- 
teur autrichien de cette figurine, M. Moriz Hoernes, y voit 
cependant un monument de l'art illyrien. Suivant une théorie 
de M. Orsi, adoptée aujourd'hui assez généralement en Alle- 
magne, la civilisation de Hallstatt, considérée autrefois comme 
celtique, serait, en effet, illyrien ne. 

Nous ne saurions accepter cette manière de voir, dont le 
mobile inconscient nous paraît être un patriotisme italico- 
germanique tout à fait déplacé. En Allemagne et en Italie, 
on ne veut plus entendre parler de l'antique prédominance 
des Celtes dans l'Europe centrale. 

Assurément, les Celtes de la vallée du Danube se sont 
trouvés en contact prolongé avec les lllyriens. Assurément ces 
derniers, par leur situation géographique, étaient mieux en 
état que leurs voisins du Nord de recevoir les influences du 
monde grec. Ils ont pu avoir une civilisation relativement pré- 
coce et exercer sur la haute Italie une action proportionnée à 
cet état précoce de civilisation. Cette action, les Italiens ont 
raison de la rechercher. Mais si l'on admet, ce qui paraît au- 
jourd'hui incontestable, que les premières tribus celtiques ont 
occupé la vallée du haut et moyen Danube avant de pénétrer 
en Gaule et en Italie, on est bien obligé d'admettre aussi, 
avec le baron de Sacken, que la civilisation dite de Hallstatt 
leur appartient. S'ils ne l'ont pas créée, si leurs voisins peuvent 
revendiquer leur part dans l'évolution commune à toutes ces 



-— à\ — 

tribus primitives à l'époque de l'introduction des métaux chez 
elles, ils l'ont adoptée de très bonne heure, l'ont adaptée à 
leurs instincts naturels; ils l'ont portée auv extrémités occi- 
dentales de l'Europe, où n'ont jamais pénétré les Illyriens. 

La théorie illyrienne, qui ne veut admettre la présence des 
Celtes sur le Danube que vers le iv^ siècle avant J.-C, oublie 
que la civilisation celtique de Hallstatt, bien antérieure à cette 
date, rayonne dès le iv" siècle jusqu'en Bourgogne, en Alsace, 
en Angleterre et en Irlande. Peut-on considérer les Illyriens 
comme les importateurs, les propagateurs de cette civilisation? 
Force est donc de revenir à l'hypothèse celtique, qui est celle 
des premiers savants autrichiens qui se sont occupés de la 
nécropole de Hallstatt. 

A côté des œuvres d'art et d'industrie que transporte le com- 
merce, ii est, pour les types et les procédés artistiques et in- 
dustriels, une autre manière de se propager bien plus féconde 
en résultats; c'est la pénétration de proche en proche, de tribu 
à tribu, des procédés et des types nouveaux, à l'aide de mariages 
dans les familles vouées traditionnellement à ces industries, 
La statuette du musée de Belgrade est probablement due à 
une action de ce genre, à laquelle ont concouru des éléments 
divers. Cette statuette nous présente en effet un remarquable 
exemple du système de décoration dit celtique appliqué à un 
type qui, suivant toutes les vraisemblances, avait été donné 
à la Grèce par la Phénicie, pour arriver finalement sur le 
Danube. 



— Û2 — 



NMX. 

LETTRE DE M. HOMOLLE, DIRECTEUR DE L'ECOLE FRANÇAISE D'ATHÈNES. 

(séance du 26 FÉVRIER 1893.) 

Athènes, le 20 février 1892. 

Monsieur le Président, 

J'ai l'honneur de vous informer que les opérations prépara- 
toires des fouilles de Delphes viennent de s'achever et que, 
grâce aux efforts de M. le comte de Montholon et aux miens, 
grâce à la bonne volonté du gouvernement grec et au zèle de 
la mission française des travaux publics, les fouilles pourront 
certainement commencer avec le printemps. 

En me félicitant d'avoir conduit à bien une entreprise dès 
longtemps préparée par mon prédécesseur, j'exprime le vœu 
que les résultats répondent aux espérances qu'on peut si légi- 
timement concevoir, à l'intérêt que l'Académie n'a cessé de 
prendre à cette affaire, à la confiance dont elle a daigné 
m'honorer. 

Veuillez agréer, etc. 

T. HoMOLLE. 

N°X. 

LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'e'cOLE FRANÇAISE DE ROME. 

(séance du 26 FÉVRIER 1892.) 

Rome, le 17 février 1892. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

M. le professeur Sahnas, directeur du musée national de 
Palerme. autorisé à reprendre les fouilles de Sélinonte aux 



— Zi3 — 

frais du gouvernement italien, vient de remettre au jour 
trois nouvelles métopes fort bien conservées. L'une d'elles 
représente Europe sur le taureau et porte des traces de 
peinture. 

L'Académie se rappelle que M. Salinas, correspondant de 
notre Académie des beaux -arts, a déjà donné, en i883, 
dans le recueil des mémoires de l'Académie des Lincei, une 
très curieuse étude sur les sigilli de terre cuite par lui re- 
trouvés sur un des degrés du grand temple de Sélinonte. 

Outre les trois métopes, les travaux de la dernière saison 
de fouilles ont mis à découvert l'allée principale de l'acropole 
de Sélinonte avec les amorces des rues transversales, le sou- 
bassement d'un tempie encore inconnu, vers le sud, et, au 
nord, les fortifications d'Hermocrate : on a retrouvé ici les 
portes sur leurs gonds, les tours, les chambres des gardes, 
les meurtrières, les galeries souterraines. Ces derniers détails 
me sont transmis par un témoin oculaire, M. Millet, inembre 
de l'Ecole française d'Athènes. 

On a découvert tout récemment, près de Rome, à Prima- 
porta, à quelque distance de la villa de Livie, oii jadis avait 
été trouvée la célèbre statue d'Auguste du Braccio nuovo, plu- 
sieurs salles pavées de mosaïques. L'une de ces mosaïques est 
de style égyptien. 

Nulle fouille importante dans Rome. Le lit du Tibre con- 
tinue seul à fournir de curieux objets. Toute l'attention du 
public, celle du parlement et du gouvernement italien, est 
occupée par les conditions de conservation des grandes gale- 
ries romaines. Il faut signaler à ce sujet un livre qui vient 
de paraître : La legislazione délie belle arù , par M. Filippo Ma- 
riotti, ancien secrétaire général du ministère de l'instruction 
publique et des beaux -arts. On v trouve tous les textes à 



— hk — 

consulter sur cette question, la copie de plusieurs actes de 
fidéicommis, et d'anciens catalogues précieux pour l'histoire 
de l'art. 

Agréez, etc. 

A. Geffroy. 

N°XI. 

LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'ECOLE FRANÇAISE DE ROME. 

(séance du 26 FÉVRIER 1892.) 

Rome, le 28 février 1892. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

M. le professeur Salinas, directeur des fouilles de Sélinonte, 
vient d'adresser le rapport ofliciel dans lequel il rend compte 
de la découverte des trois métopes. L'une représente, comme 
je l'ai écrit, Europe sur le taureau, au-dessous duquel un 
dauphin symbolise la mer. Sur la seconde est sculpté un sphinx 
ailé. La troisième a été martelée. Ces sculptures dateraient du 
vf ou du vif siècle avant J.-G. 

Une école hongroise pour les études d'histoire et d'archéo- 
logie va être fondée à Rome par la libéralité d'un prélat hon- 
grois, M^ Guillaume Fraknoi, second président de l'Académie 
de Buda-Peslh. M»"" Fraknoi est connu par plusieurs publications , 
d'après les archives vaticanes, sur les rapports entre la cour 
de Rome et la Hongrie au xv*" siècle, sur l'influence de la Re- 
naissance italienne dans ce pays à la même époque, et sur 
Mathias Corvin. 11 vient d'annoncer par une lettre rendue pu- 
bhque sa résolution de consacrer sa fortune à l'institution 
nouvelle. Il a dès maintenant acquis un terrain sur les pentes 
du Janicule, dans l'ancienne villa Sciarra, près de l'Académie 
espagnole des beaux-arts et de l'église Saint-Pierre in Mon- 



— /J5 — 

torio. L'œuvre de construction est commencée. M^ Fraknoi 
s'est enquis en détail de ce qui concerne l'Ecole française de 
Rome, de sa constitution, de ses conditions de travail et de 
la triple série de nos publications. 

Un rapport officiel de M. le professeur A. Sogliano, de 
Naples, a été lu hier dans la séance de l'Académie des Lincei, 
contenant la réponse à une question de M. Bréal sur un graf- 
fite de Pompéi. M. Sogliano confirme sa lecture, publiée na- 
guère dans les Notizie degli Scavi : 

TVLIX DIIA IIST 
et non 

IVDIX DIIA IIST. 

Je joins à cette lettre le fac-similé. 
Veuillez agréer, etc. 

N° XII. 



A. Geffroy. 



INSCRIPTION LATINE COPIEE PAR M. HELBIG 
ET COMMDNIQUe'e PAR M. EDMOND LE BLANT. 

(séance du a6 février 1892.) 

Notre savant correspondant M. Helbig veut bien me faire 
savoir qu'il vient de copier à Rome, chez un marchand d'anti- 
quités, l'inscription suivante, gravée sur une plaque de bronze 
large de -78 millimètres sur /i5 millimètres de hauteur : 

SANCO-DEO 
FIDIO 
D-D- 

Dans un trou pratiqué près du bord supérieur est passé un 



— AG — 

anneau de fil de bronze ayant servi à suspendre la tablette. Ce 
fd n'est pas soudé, mais simplement tordu par les bouts d'une 
manière très sommaire. 



APPENDICE N° I. 



RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPETUEL DE L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES- 
LETTRES SUR LES TRAVAUX DES COMMISSIONS DE PUBLICATION DE CETTE 
ACADÉMIE PENDANT LE SECOND SEMESTRE DE 189I, LU LE 92 JANVIER 
1892. 

Messieurs, 

C'est le recueil des Notices et extraits des manuscrits qui, dans le der- 
nier semestre, a enrichi d'un volume le nombre de nos publications. La 
1" partie du tome XXXIV vient de paraître. 

Nos autres recueils in -4° nous promettent, la plupart, le même 
résultat pour le semestre courant. 

La i" partie du tome XXXIV de nos Mémoires s'achèvera incessam- 
ment, comprenant les mémoires de MM. de Lasteyrie, L'église Saint- 
Martin de Tours à l'époque mérovingienne ; Deloche, Saint-Bemy de Pro- 
vence au moyen âge; Ravaisson, La Vénus de Milo, et Menant, Eléments 
du Syllabaire hétéen; la 2' partie est commencée. 

Le tome X, 1" parlie, du recneil ouvert anx Mémoires de Savants 
étrangers^ l'Académie, qui a tardé à se coniplétei', n'attend plus r.ucun 
nouveau mémoire. 

Le tome XXXI de Yllistoirc littéraire de la France est à la veille de 
paraître. 

Nos grandes collections, dont la marche est nécessairement plus lente, 
ne tarderont pas elles-mêmes à offrir un nouveau volume au public. 

Dans la collection des Historiens des Croisades , tout le texte du tome V 
des Historiens occidentaux est imprimé. On s'occupe des tables et on 
rédige la préface. 

Même degré d'achèvement pom* le tome II des Historiens arméniens. 

Pour les Historiens arabes, notre confrère M. Barbier de Meynard pré- 
pare un c|uairième volimie, qui commencera par de nombreux extraits 
empruntés à la chronique arabn d Ahoii CJiama intitulée : crLes deux 



— hl — 

Jardins. n Ce document, d'une haule valeur pour l'histoire de la seconde 
croisade, est établi d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale et 
de la Bibliothèque de l'Université de Leyde , coUationnés sur l'édition qui 
a paru au Caire il y a quelques années. Le texte et la traduction forme- 
ront un demi-volume au moins de la collection. Une bonne moitié de ia 
copie est terminée et dix cahiers sont déjà imprimés. 

Le tome XXIV des Historiens de France compte 76 feuilles tirées ou 
bonnes à tirer, et la copie du texte entier a été remise à l'Imprimerie au 
mois d'octobre dernier. 

Quant au Corpus inscriptionum semiticarum , dont les parties diverses 
font l'objet du travail d'autant de sous-commissions prises dans la Com- 
mission générale, voici l'état de la publication : 

1" partie, Inscriptions phéniciennes. — L'impression du tome II se 
poursuit. Un nouveau fascicule est actuellement sous presse. La Com- 
mission espère pouvoir annoncer à l'Académie, d'ici à un an, l'achève- 
ment de la publication de ces inscriptions de Carthage qui rempliront le 
deuxième volume du Corpus. 

Le tome III contiendra les Inscriptions de la province d'Afrique et de la 
Numidie, et, en parliculier, les Inscriptions néo-puniques , qui présen- 
teront, en raison même de leur difficulté et de leur variété, un intérêt 
beaucoup plus considérable. 

a' partie. Inscriptions araméennes. — Le 2* fascicule du tome I" n'est 
pas encore à la veille de paraître. La publication de ce fascicule, qui sera , 
comme le 1 ", très étendu , est retardée par la préparation des insci'iptions 
du Sinaï, qui doivent en former la majeure partie. Le reste du fascicule 
est prêt pour l'impression et les planches sont déjà faites. 

4° partie. Inscriptions himyarites. — Le 2' fascicule du tome I" est 
plus avancé. Les 7 premières feuilles sont déjà tirées; 5 autres le seront 
incessamment. 

Enfin , ia 2' partie du tome IX des OEuvres de Borghesi, qui donnera 
les Préfets du Prétoire, d'Auguste à Constantin, compte 19 feuilles en 
épreuve. La Commission chargée du travail doit clore avec ce fascicule 
cette importante publication. 

H. WALLON, 
Secrétaire perpétuel. 



— liS — 



LIVRES OFFERTS. 



SÉANCE DU 8 JANVIER. 

Sont offerts : 

Les bronzes émaillés de Mostchina , gouvernement de Kaloxtga (Russie) , 
par M. le baron J. de Baye. Communication faite à l'Académie des in- 
scriptions et belles-lettres dans la se'ance du 2 5 avril 1890 (Paris, 1891, 
ïn-h", avec U planches dans le texte et 5 hors texte); 

Les anciennes forlifications de Monthrison : sièges et incursions auxquels 
elles eurent à résister du xiv' au xviï siècle, accompagné d'un plan et de 
trois vues de l'ancien Monthrison, par le lieutenant Victor Jannesson 
(Saint-Etienne, 1891, in-S"); 

Les aventures merveilleuses de Temim ed Dari , texte arabe publié par 
M. René Basset (Rome, 1891, in-8°); 

Essai sur le tiers état rural ou les paysans de Basse- Normandie au 
xviii' siècle, par M. l'abbé P.-D. Bernier (Mayenne, 1891, in-8°). 

M. Croiset présente : Apollonios de Rliodes , les Argonautiques. Tra- 
duction française, par M. H. de la Ville de Mirmont (Paris et Bordeaux, 
1892, in-8°). 

rrLe poème des Argonautiques n'a été traduit en français, avant la 
publication de ce volume, qu'une seule fois, par Gaussin, en 1797, et 
encore d'une manière fort insuffisante. Apollonios n'est pas d'ailleurs du 
nombre des poètes qu'on explique dans les collèges. Il n'est donc pas 
étonnant cpi'on connaisse en général fort peu son œuvre. Un article cé- 
lèbre de Sainte-Beuve, en t8^5, des travaux plus récents de MM. Couat 
et J. Girard, ont signalé l'importance du personnage de Médée dans le 
poème, et la beauté de cette peinture de l'amom* qui a mérité de servir 
de modèle au IV' chant de l'Enéide. La création d'un pareil rôle a même 
un autre genre d'intérêt plus général dans l'histoire de la littérature. G'est 
ie premier exemple de l'analyse psychologique proprement dite appli- 
quée à l'étude de la passion dans une œuvre poétique. Apollonios ne s'est 
pas borné à peindre l'amour de Médée dans la manifestation drama- 
tique de sa puissance ; il en a suivi la genèse, pour ainsi dire, l'évolution 
successive , pas à pas , et presque heure par hem-e. Il a fait ce que per- 
sonne, pas même Euripide, n'avait encore fait à ce degré, l'étude rai- 



— ^9 — 

niitieuse , attentive , mais sans longueurs inutiles , d'une passion prise à 
sa naissance et suivie à travers toutes ses phases jusqu'à son entier ëpa- 
nouissement. 

ffM. de la Ville de Mirmont, qui pré{)are une thèse sur l'œuvre d'Apoi- 
lonios, a commencé par la traduire et a voulu faire profiter le public 
de son travail. Voilà enfin le poème des Argonautiqucs mis en français 
avec savoir et précision; non seulement le poème, mais aussi tout le 
principal des Scolies, dont le consciencieux traducteiu- a fait passer la 
substance dans des notes très étendues et très utiles. La traduction de 
M. de la Ville de Mirmont est, on peut le dire, définitive. Quand elle sera 
complétée par la thèse annoncée, rien ne manquera plus aux lecteurs 
français pour connaître à fond ce côté si curieux de l'alexandrinisme. Le 
public doit ses remerciements d'abord au traducteur, et ensuite à l'impri- 
meur bordelais qui a eu le courage d'élever en l'honneur d'Apollonios de 
Rhodes un véritable monument, d'une exécution typographique irrépro- 
chable, n 

M. le comte de Lastevrie a la parole pour un hommage r 

rfj'ai l'honneur de présenter à l'Académie, de la part de l'auteur, les 
deux ouvrages que M. Corroyer vient de publier dans la collection Quantin 
sous le titre de L'architecture romane et L'architecture gothique (Paris, 
2 vol. in-S"). 

ffM. Corroyer est trop connu pour que j'aie besoin de rappeler tous les 
services qu'il a rendus à la cause de nos monuments du moyen âge. Il 
appartient à ce groupe d'architectes de talent, qui ont continué l'œuvre 
des Lassus, des Viollet-le-Duc , des Ruprich-Robert, et qui, tout en con- 
sacrant le meilleur de leur temps à la conservation de nos édifices du 
moyen âge , trouvent encore des loisirs pour décrire ces monuments et 
pour en faire ressortir les mérites si longtemps méconnus. 

ff Comme ses illustres devanciers dont je viens de rappeler les noms, 
M. Corroyer est un habile dessinateur, et, quelque opinion que l'on puisse 
concevoir des théories qu'il soutient dans ses livres , on ne peut mécon- 
naître le service qu'il rend en présentant sous une forme aussi séduisante 
de fidèles reproductions des monuments les plus propres à faire appré- 
cier l'art de nos pères. 

rrSous ce rapport, les deux volumes qu'il vient de nous donner ne sau- 
raient être trop loués. J'ajoute qu'ils sont d'une lecture facile, que l'au- 
teur expose ses idées avec clarté, qu'il a évité les détails techniques qui 
pourraient rebuter les lecteurs, et qu'il a su donner à son travail tout ce 
qu'il faut pour séduire le grand public. 

XX. A 



t; 







îfje voudrais pouvoir dire du fond même de l'ouvrage, autant de bien 
que de sa forme. Je suis malheureusement gêné pour l'apprécier équita- 
blement, car je suis en complète dissidence avec l'auteur sur des points 
de doctrine trop importants pour qu'il mo soit possible de les passer sous 
silence. 

frJe ne veux pas seulement parler de la date qu'il attribue à certains 
édifices, des analogies qu'il croit voir entre tels et tels autres, de l'in- 
fluence qu'il j)rète à certaines constructions sur le développement de notre 
art national. Je ne veux point notamment discuter cette théorie qu'il 
a empruntée à Viollet-le-Duc , mais en l'exagérant, et d'après laquelle 
nos architectes de l'époque romane auraient été prendre une notable 
partie de leurs inspirations dans les édifices chrétiens bâtis dans la Syrie 
centrale du ii' au vi' siècle. Notre confrère M. de Vogiié a depuis 
longtemps ramené à leur valeur ces inductions plus ingénieuses que 
solides. 

ffMais je ne crois pas superflu de m'arrêter un moment à une autre 
théorie de M. Corroyer, bien autrement importante, car elle obligerait, 
s'il fallait l'admettre, à modifier les doctrines enseignées par la plupart 
des archéologues sur un des points essentiels de l'histoire de l'art au 
moyen âge. 

crTout le monde sait qu'un des éléments principaux de l'architecture 
gothique est la voûte sur croisées d'ogives. Quicherat, Viollet-le-Duc, 
Verneilh ont depuis longtemps montré que ce genre de voûte procède 
directement de la voûte d'arêtes romaine et qu'il en faut attribuer l'in- 
vention ou tout au moins la première application systématique et rai- 
sonnée aux constructeurs de l'Ile-de-France. M. Corroyer n'admet pas cette 
doctrine. Pour lui, c'est de la coupole sur pendentifs que procède la voûte 
sur croisée d'ogives, et les premiers exemples en doivent être clierchés, 
non pas à Saint-Denis, comme le dit M. Viollet-le-Duc, ni à Saint-Etienne 
de Beauvais, ni à Saint-Germer de Fly ou à Saint-Evremond de Creil, 
comme le croyait Quicherat, mais à la cathédrale d'Angers et à la Tri- 
nité de Laval. 

rrje ne puis pour ma part admettre à aucun degré cette théorie 

nouvelle. 

«Que les coupoles sur pendentifs, si répandues à l'époque romane 
entre la Gironde et la Loire, aient inspiré aux architectes angevins la 
forme très particulière qu'ils donnent à leurs voûtes d'ogives, le fait est 
incontestable, et depuis que Félix de Verneilh l'a mis en lumière, per- 
sonne ne songe à le nier. 



> 



— 51 — 

ff Je reconnais bien volonliers que ion ne tient généralement pas assez 
compte encore, dans l'histoire de i'ai-chi lecture gothique, de cette admi- 
rable ëcole angevine, qui a su, dès le milieu du xii' siècle, jeter des voûtes 
d'ogives sur des vaisseaux larges de 1 6 mètres , comme à la cathe'drale 
d'Angers ; mais c'est là tout ce que je puis conce'der à M. Corroyer. Thëo- 
riquement, je ne puis concevoir qu'on fasse dériver la croisée d'ogives 
de la coupole et non de la voûte d'arêtes. Mais le fait serait-il possible en 
théorie, qu'on ne saurait l'admetti-e si l'on tient le moindre compte des 
dates qu'il convient d'attribuer aux premiers édifices voûtés d'ogives dans 
l'Anjou et dans llie-de-f rance. 

ffM. Corroyer regarde , et c'est l'opinion de tout le monde, la cathédrale 
d'Angers comme le premier édifice voûté d'ogives que l'on ait bâti en 
Anjou. Pour montrer les étapes par lesquelles on aurait passé des coupoles 
de Périgueux aux voûtes angevines, il cite les exemples bien connus 
des coupoles à nervures de Saint-Avit-Sénieur et de Saint -Pierre de Sau- 
mur. Or, un texte positif nous apprend que les voûtes de Saint-Maurice 
d'Angers n'ont été bâties qu'aux ea\irons de l'an ii5o, c'est-à-dire à 
une époque où les églises de Saint-Denis, de Poissy, de Saint-Maclou 
de Pontoise étaient déjà bâties, à une époque où depuis longtemps on 
voyait des croisées d'ogives dans une foule de petites églises de la région 
comprise entre fOise, l'Aisne et la Seine. 

Quant aux voûtes de Saint-Avit-Sénieur et de Saint-Pierre de Saumur, 
elles sont peut-être plus jeunes encore. M. de Verneilh, le seul archéo- 
logue qui ail bien étudié jusqu'ici l'église de Saint-Avit, en attribue les 
voûtes à une restauration du xiii" siècle. Quant à celles de Saint-Pierre 
de Saumur, M. d'Espinay, l'auteur qui connaît le mieux les monu- 
ments de toute cette région, les attribue à la seconde moitié du xn' siècle. 
Or, admettrait-on même qu'il les eût un peu trop rajeunies, on serait 
encore bien loin de la date des premières églises de l'Ile-de-France où la 
croisée d'ogives est employée d'une façon systématique : et l'on est certes 
en droit d'affirmer que c'est bien dans l'Ile-de-France que l'art gothique 
est né, quand on y voit des croisées d'ogives, dès le premier quart du 
xii' siècle, dans une foule d'églises de campagne, et qu'on en rencontre 
même dans des monuments comme l'abbatiale de Morienval, qu'il est 
difficile de ne pas faire remonter jusqu'au xr siècle. 

«Mais je demande pardon à l'Académie de me laisser entraîner à une 
discussion qui ne lui paraîtra peut-être pas de saison. Je n'ai en ce mo- 
ment qu'à lui présenter les deux volumes de M. Corroyer. L'auteur ne 
m'en voudra pas d'avoir insisté en passant sur la partie de son livre qui 



— 52 — 

m'a le plus frappé , car je le sais homme à plus apprécier des objections 
pre'sentëes de bonne foi que des éloges dont il n'a que faire. i 

SÉANCE DU 1 5 JANVIER. 

Le Secrétaire perpétuel offre à TAcadémie, au nom de notre associé 
étranger M. Max Miiller, les volumes XXXII , i " partie , XXXIX , i " partie , 
et XL, 2* partie, de sa publication intitulée : Sacred books qf the East, 
contenant sa traduction des hymnes védiques, et celle des testes du Taoïsme 
par M. James Legge (Oxford, 1891, 3 vol. in-S"). 

Sont encore offerts : 

Exposition universelle internationale de 1 88g à Paris. Rapports du jury 
international, publiés sous la direction de M. Alfred Picard, groupe VI, 
Outillage et procédé des industries mécaniques, 1" partie (Paris, 1891, 

in-8»); 

Publications de la section historique de l'Institut R. G.-D. de Luxein- 
lourg, t. XXXIX, XLI et XLII (Luxembourg, 1890 et 1891, 3 vol. 
in-8°); 

The Royal Institute of Rritish Architects. Transactions, nouvelle série, 
vol. VII (London, 1891, in-Zi"); 

Transactions of the Royal Society of Edinhurgh , vol. XXXIV et XXXVI, 
part. I (Edimbourg, 1890 et 1891, 2 vol. in-4°). 

M. Hamy offre à l'Académie, de la part de l'auteur, deux opuscules 
de M. E. Aymonier : 

1° Les Tchames et leurs religions (Paris, 1891, in-8°, extrait de la 
Revue de l'histoire des religions); 

2° Les inscriptions tchames (Paris, 1890, ^1-8°, extrait du Journal 
asiatique). 

M. Hamy, en présentant ces travaux à l'Académie, en donne les ré- 
sumés suivants : 

ff Cette monographie des Tchames modernes est précédée d'une esquisse 
historique de l'ancien Tchampa, d'après les inscriptions récemment dé- 
couvertes et d'après les annales chinoises ou annamites. 

trLe Tchampa apparaît dans l'histoire au iv' siècle; il lutte contre les 
Chinois jusqu'au x°. Les Chinois lui font alors subir des défaites déci- 
sives. Du x' au xv° siècle, il doit se défendre contre ses voisins les An- 
namites, émancipés du joug de la Chine. Ces derniers finissent par le 
conquérir et l'absorber complètement. 



— 53 — 

ff Après ce court historique, l'auteur passe à la description des temples 
et des ruines qui! a visités. Moins grandioses que ceux du Cambodge, 
ces monuments ne sont cependant pas sans mérite. Quelques-uns même 
sont véritablement remarquables. 

ffM, x\vmonier examine, en pai-ticulier, la situation morale et maté- 
rielle des restes des Tcharaes cantonnés dans la province méridionale de 
l'Annam, le Binh Thuan, qui jadis fut un des principaux foyers de la 
civilisation de leurs ancêtres. 

(fil donne des détails sur les trois principales divinités, parmi les- 
quelles nous retrouvons Bhagavati, sous le nom de Pu Nayar, cria Dame 
ffdu Royaume», sur les divinités secondaires, sur les génies locaux, sur 
les prêtres et sur les castes qui se sont maintenues dans le pays , sur les 
funérailles, la crémation, le culte des ancêtres, soit aux tombeaux des 
familles, soit aux fêtes domestiques; les rites agricoles concernant les 
barrages, les prises d'eau, les canaux d'irrigation , la culture des champs 
sacrés; enfin les rites pratiqués à la cueillette du précieux aromate, 
appelé bois d'aigle. 

ff Avant de quitter les Tchames du Binh Thuan, l'auteur décrit l'état 
des Musulmans de cette province, leur clergé, les pratiques religieuses 
qu'ils ont conservées, les cérémonies du mariage, des funérailles, les 
pratiques idolâtres acceptées par ces Musulmans tchames isolés du reste 
du monde islamique. Enfin il passe aux Tchames du Cambodge, beau- 
coup plus nombreux que les autres et tous musulmans. 11 expose leur 
état matériel et moral, la hiérarchie de leur clergé, leurs fêtes, leiu"s 
pratiques, leurs superstitions, donnant ainsi une monographie à peu 
près complète d'un peuple peu connu et que son passé et ses singu- 
larités rendent particulièrement intéressant. 

ffLes inscriptions du Tchampa, relevées et estampées par M. Aymo- 
nier, dans sa mission épigraphique en Indo-Chine, sont l'objet du 
deuxième mémoire présenté par M. Hamy. 

ffCes inscriptions sont tracées en deux langues. Les plus anciennes, du 
u' au x' siècle de notre ère , sont généralement écrites en sanscrit. Ces 
inscriptions sanscrites ont été analysées par Bergaigne peu de temps 
avant sa mort. 

^Lorsque l'étude du sanscrit fut négligée , du x' au xv* siècle de notre 
ère, la langue vulgaire remplaça peu à peu la langue savante dans les 
inscriptions du Tchampa. Ce sont ces documents épigraphiques en langue 
fulgaire que M. Aymonier a étudiés, transcrits et traduits en grande 
partie. 



— 5^ — 

ffDans ces inscriplioas en langue tchame, les termes sanscrits sont 
répandus à profusion. 

frL'(Uude du tcliame épigfii|)hi((ue étant abordée ici pour la première 
fois, M. Aymonier, partant du connu ])Our aller à Finconmi, a pris jiour 
base le Icliame moderne, dont il a jjuhlié une gramniaii'e. 11 établit 
quelques-unes des lois de la transformation de la langue tchame. Puis il 
aborde l'étude des inscriptions en suivant l'ordre chronologique. Ces 
inscriptions donnent des détails sur les champs, les esclaves des deux 
sexes , les ornements et ustensiles d'or et d'argent offerts aux dieux , aux 
temples , aux prêtres. 

rrLes principales divinités sont Çiva et son épouse Bhagavati, appelée 
généralement Pu Nagara, rrla Dame du Royaume». 

ffOn rencontre dans ces documents de nombreuses dates rapportées à 
l'ère indienne Çaka, commençant en l'an 78 après J.-G. Ces textes men- 
tionnent plusieurs faits historiques, des guerres avec les voisins : Chinois, 
Annamites, Cambodgiens. S'ils exaltent les victoires des habitants du 
Tchampa, ils ne dissimulent guère les défaites nationales de ce même 
Tchampa, qui s'étendait sur la côte de i'Annam actuel depuis la Co- 
chinchine jusqu'au Tonkin. n 

M. Hamy présente ensuite! ua recueil factice de divers mémoires sur 
l'bisloire de la géograpliie, dont il est l'auteur. 

«Notre zélé bibliothécaire, M. Tardieu, m'ayant amicalement reproché 
de n'avoir point encore offert à l'Académie la série de mes mémoires sur 
l'histoire de la géographie, je les ai réunis sous une reliure commune, 
et j'ai riionneur de vous les présenter collectivement. 

cr J'en joins ici la liste sommaire : 

nLa mappemonde d'AngeUno Dukerl de Majorque (i33q) ; 

ttCresques la Juheu, noie sur un géographe juif catalan de la fin du 
xiv' siècle; 

rLes origines de la cartographie de l'Europe septentrionale (5 pi.); 

«Notice sur une mappemonde portugaise anonyme de i5o2, récemment 
découverte à Londres (5 pb); 

K L'œuvre géographique des Beinel et la découverte des Moluques (2 pi.); 

«Note sur la mappemonde de Diego Ribero (loag) conservée au Musée 
de la Propagande de Borne; 

nJean Boze, hydrographe dieppois du milieu du xvf siècle; 

«Note sur une carte marine inédite de Giacomo Russo, de Messine (loùjj 

«Note sur une carte marine médite de Dominico ] iglmrolo (iSjj); 



— 55 — 

ff Commenlaires sur quelques cartes anciennes de la Nouvelle-Guinée , pour 
servir à l'histoire de la découverte de ce pays par les navigateurs espagnols 
(i 528- 1608); 

«Le descobridor Godinho de Eredia; 

rr Cook et Dalnjniple. n 

M. VioLLET présente, de la part de l'auteur : Du pouvoir législatif 
en France depuis l'avènement de Philippe le Bel jusqu'en ij8g, par 
M. Raynald Petiet, docteur en droit, avocat h la cour d'appel de Paris. 
Ouvrage couronné par la Faculté de droit de Paris (prix P»ossi : i883). 
Avant-propos de M. A. Duverger, professeur honoraire à la Faculté de 
droit de Paris (Paris, 1891, ia-8°). 

(fCet ouvrage, couronné par la Faculté de droit de Paris, en i883, 
fait le plus grand honneur à son jeune auteur, prématurément décédé 
il y a peu d'années. 

rfll n'a pu, avant sa mort, parachever cette œuvre; mais tel que des 
mains pieuses nous l'ont conservé et l'ont livré à notre sympathique 
curiosité, cet ouvrage constitue une contribution très importante à l'his- 
toire du droit public français. 

frj'ai remarqué, sous ce titre (assez inexact): Pièces justificatives , un 
tableau fort intéressant des arrêts de règlement du Parlement de Paris; 
un tableau des arrêts de règlement de la Cour de Besançon. îi 

J\I. Oppert présente à l'Académie l'ouvrage intitulé : Catalogue of the 
cuneiform tablcts of the Kouyundjik collection in the Brilish Muséum, par 
M. G. Bezold. 

ffCet important ouvrage inaugure une série de publications destinées 
h donner le catalogue de tous les textes cunéiformes du Musée britannique. 
Les deux gros volumes dus à la science approfondie de M. Bezold ne ren- 
dent compte que de la collection de Kouyundjik, dont la découverte est 
due à M. Layard et à ses successeurs. M. Bezold a analysé cette collection , 
qu'on appelle ordinairement les archives de Sardanapale (Asurbanabal); 
il fournit le catalogue de 8,162 numéros, en donnant sur tous ces textes 
des renseignements aussi complets cju'exacts. Il a fallu une grande somme 
ie connaissances assyriologiques , et surtout une science bibliographique 
peu commune. Avec cet ouvrage, on peut se rendre tout de suite un 
compte exact de ce qui est contenu dans chacune de ces tablettes, et, si, 
sur beaucoup de points, l'interprétation est à peine ébauchée, on ne 
saurait nier que cet ouvrage laborieux devra puissamment servir an dé- 
veloppement de nos connaissances dans cette branche d'études. 

ff Mais cette colieclion de Kouyundjik n'est qu'une de celles qui forment 



— 56 — 

la vasle réunion de textes cunëiformes du Musée britannique : ce grand 
établissement contient au moins i!l 0,000 textes assyriens. Nous espérons 
que le savant auteur pourra continuer sa vaste tâche, et qu'il nous don- 
nera bientôt les calalogues des autres collections cunéiformes, paraissant, 
comme ces deux volumes, sous l'autorité des trustées du Musée et de 
M. Thompson, le bibliothécaire principal, notre correspondant, qui a eu 
le mérite d'avoir eu l'heureuse idée de cataloguer les richesses assyriennes 
du Musée britannique, n * 

M. Paul Meyer présente à l'Académie, au nom de l'auteur, le tome V 
du Cours de littéralurc celtique de M. d'x\rbois de Jubaiuville (Paris, 
1892, in-8°). 

ffCe volume a poiu* second titre : L'épopée celtique en Irlande. Il con- 
tient la traduction de divers morceaux de littérature irlandaise qui 
n'avaient pas été mis en français jusqu'à ce jour. Les uns ont été traduits 
par M. d'Arbois de Jubainville, les autres, sous sa direction, par quatre 
de ses élèves, dont il a associé les noms au sien sur le titre de l'ou- 
vrage. » 

M. Delisle fait liommage du livre intitulé : Bibliographie des livres à 
figures vénitiens de la fin du xv' siècle et du commencement du xvi% iù6g- 
i5tî5 , par le duc de Rivoli (Paris, 1892, in-S"). 

ffNous avons dans ce volume la description, souvent détaillée, de plu- 
sieurs centaines de livres, dont beaucoup sont de véritables œuvres d'art. 
Ces notices, rédigées autant que possible d'après l'examen même des 
livres, sont remphes d'observations intéressantes; mais ce qui mérite 
surtout d'être signalé dans l'ouvrage de M. le duc de Rivoh, c'est une 
introduction, dans laquelle l'histoire de la fabrication des livres illustrés 
à Venise est traitée avec beaucoup de goût et de compétence. L'auteur y 
a donné une explication neuve et qui paraît plausible des monogrammes 
qui se voient sur un grand nombre de figures et qui doivent incUquer 
des graveurs et non pas des peintres ou des dessinateurs, r, 

SÉANCE DU 2 9 JANVIER. 

Le Secrétaire perpétuel offre, au nom de M. Paul Delalain, une bro- 
chure intitulée : Notice complémentaire sur Galliot du Pré, libraire parisien 
de î5i2 à i56o (Paris, i8gi, in-8°, extrait de la Bibliographie de la 
France , journal général de l'imprimerie et de la librairie). 

Sont encore offerts : 

Documents rares ou inédits de l'histoire des Vosges, publiés au nom du 



— 57 — 

Comité d'histoire vosgienne par MM. J.-C. Chapelier, Paul Chevreux et 
G. Giey (Paris, 1891, iii-8°); 

D"" Ludwig Sieber, geboren den i-] Màrz i833, gestorhen dm ai Ok- 
tober i8()i (Basai, 1891, in-8°). 

M. DE Barthélémy présente l'ouvrage intitulé : Congrès archéologique 
de France, LVI' session. Séances générales tenues h Evreux , le Bec-UeUouin , 
Dreux et Moniforl-V Amaury en 188g, par la Société française d'archéo- 
logie (Paris, 1890, in-8°). 

tf J'ai ihonneur d'offrir à l'Académie le volume consacré aux travaux 
du Congrès cffchéologique de France, pendant sa 56° session, tenue à 
Evreux en 1 889. Je n'ai pas à rappeler l'heureuse influence de ces réunions 
annuefles, provoquées par la Société française d'archéologie, chaque fois 
dans une région différente du pays, et qui ont pour but de réveiller 
dans chacune de leurs assises le goût des études historiques et archéo- 
logiques, de faire connaître des faits et des monuments souvent ignorés, 
détablir entre les érudits des relations profitables aux études. 

tLc volume de 1 889 , illustré d'un grand nombre de bonnes graMires, 
contient des pages très intéressantes sur la partie de la Normandie dont 
Evreux est le centre , et sur la numismatique normande ; il suffît de citer 
quelques noms des savants qui ont collaboré au Congrès, MM. Anthyme 
Saint-Paul, A. de Dion, E. Caron, etc., pour apprécier la valeur de ce 
livre, dans lequel on trouve une riche collection de documents depuis 
l'époque antéhistorique jusqu'à la Renaissance et au.v temps modernes. 

«Cet hommage est fait par le comte de Marsy, directeur de la Société 
française d'archéologie. ■» 

M. Croiset a la parole pour plusieurs hommages : 

1° La Poétique d'Aristote, manuscrit 1 jâi , fonds grec, de la Biblio- 
thèque nationale. (Préface de M. H. Omont; pliotolithographie de MM. Lu- 
mière. Paris, 1891, un vol. in-8'' de la Collection de reproductions de 
manuscrits, publiée par M. L. Clédat: Auteurs grecs, sous la direction 
spéciale de M. Allègre.) 

ffCe volume est le premier de la série des auteurs grecs. C'est la re- 
production dos .3i pages du manuscrit grec 17/ii qui contiennent la 
Poétique d'Aristote. On sait que ce manuscrit est une des principales 
sources du texte. Il était donc fort intéressant de le mettre à la portée des 
érudits. M. Allègre ne pouvait inaugurer sa collection par un meilleur 
choix. La reproduction est excellente. On croirait voir un original. La 
seule im[)erfection du procédé photohthographique consiste dans l'im- 
possibilité de rendre sensibles les différences de coideurs d'encres qui 



— 58 — 

traliissent chins l'original des mains d'époques différentes. M. Allègre a 
soigneusement remédié à cet inconvénient par une liste d'indications 
précises mises en tète du volume et qui font connaître tontes les diflé- 
rences d'écriture. Enfin une j)réf'ace de M. Oniont, courte et précise, 
complète la publication en faisant connaître tout ce qu'on peut aujour- 
d'hui savoir sur les origines et sur l'histoire du manuscrit, n 

9° Corrections anciennes et nouvelles dans le texte des Problèmes musi- 
eaux d'Aristote, par M. Ch.-Em. Ruelle (Paris, 1891, in-8°, extrait de 
la Revue de philologie) ; 

3° Problèmes musicaux d'Aristote, traduction française avec commen- 
taire perpétuel par le même auteur (Paris, 1891, in-8°, extrait de la 
Revue des études grecques). 

ffLa traduction des Problèmes musicaux d'Aristote forme le U' fasci- 
cule de la collection des auteurs grecs relatifs à la musique entreprise 
depuis bien des années déjà par M. C-E. Piuelle. Les observations qu'il a 
publiées dans la Revue de philologie au sujet des corrections à introduire 
dans le texte des Problèmes ont passé presque entièrement dans les notes 
de la traduction, qui forme ainsi un ensemble très complet. On sait l'im- 
portance des Problèmes musicatix, et l'obscurité aussi qui résulte souvent 
pour nous soit du fond des choses, soit de l'état du texte. M. G.-E. Ruelle 
est connu depuis longtemps par sa compétence toute particulière sur les 
musicographes grecs. H est de plus excellent paléographe et helléniste 
habile. Il était donc bien armé pour sa tâche. Il l'a remplie avec une 
conscience qu'on ne saurait trop louer. De plus , il a eu la bonne fortune 
de pouvoir soumettre son travail à M. Théodore Reinach , qui lui a sug- 
géré mainte excellente observation. Est-ce à dire que cette traduction 
pourtant soit définitive? M. Ruelle lui-même le croit moins que personne. 
Il reste encore plus d'une difficulté dans les Problèmes. Quelques-unes 
peut-être seront résolues un jour ou l'autre. Dans tous les cas, les suc- 
cesseurs de M. Ruelle lui devront de la reconnaissance pour le sohde et 
savant travail qu'il vient de publier. » 

SÉANCE DU 29 JANVIER. 

Le Secrétaire perpétcel dépose sur le bureau de l'Académie le 
tome XXXIV, 1" partie, des Notices et extraits des manuscrits (Paris, 
1899, in-k"). 

Le Secrétaire peupétuel offre ensuite, au nom de M. J.-F. Bladé. notre 
correspondant, un ouvrage intitulé : L'Aquitaine et la Vasconic cispyré- 



— 59 — 

néenne depuis la mort de Dagobert l" jusqu'à l'époque du duc Eudes (Le 
Puy, 1891, in-S"). 

L'Institution Smithsonienne de Washington adresse à l'Académie les 
publications suivantes : 

Meteorologkal observations made at Providence , R. L, par M. Alexis 
CasAveil (Wiishington, 18G0, in-A"); 

Discussion of the magnetic and meteorological observations made at the 
Girard collège observatorij , Philadelphia , in i8âo, i8âi, iSâa , i8â3 , 
iSàà and tSâo , partie 11, par M. A.-D, Bâche (Washington, 1862, 
in-4°); 

New species of North American coleoptera, par M. John-L. Leconte, 
partie 1 (Washington, i863, in-8°); 

List of the coleoptera of North. America, par le même, partie I 
(Washington. i863, in-8°); 

Appendir. Publications of learncd societies and periodicals in the library 
' of the Smithsonian Institution, partie II (in-/i°); 

The scientific éducation of mechanics and artizans , par le professeur 
Andrew-P. Peabody (Washington, 1870, in-8''); 

Catalogue of publications of the Smithsonian Institution , i8â6-i88s , etc., 
par M. William-J. Rhees (Washington, 1882, in-S"). 

Est encore offert : 

Josephi Rossii carmina, 5^ édition (Faenza, 1890, in-8''). 

M. Gaston Paris présente à l'Académie, de la part de M. Tamizey de 
Larroque, notre coiTespondant, une publication intitulée : Instructions 
sur la peste, par le cardinal d'Armagnac (Toulouse, 1892 , in-8°, extrait 
des Annales du Midi, t. IV). 



SKANGE DU FEVRIER. 

Sont offerts : 

Documents et manuscrits. Sainte Chantai et le couvent de Besançon, 
1 620-1 6g5 , bibliothèque Mazarine, ijSô B (Paris, 1892, in-8°); 

Epigraphia Indica and record of the archœological survey of hidiu, 
vol. I, partie VllI, edited by Jas. Burgess (Calcutta, 1891, in-4°). 

j\I. Hamv présente à l'Académie deux notices dont il est l'auteur, 
toutes deux relatives à des cjuestions d'iconographie ethnique. La pre- 
mière a pour titre : Alexander lirunias, peintre ethnographe de la fn du 
xviu' siècle. Courte notice sur son mivre (Paris, 1890, in-S", extrait de 
V Anthropologie); la deuxième est intitulée : L'œuvre ethnographique de 



— GO — 

Nicofas-Martin Petit, dessinateur à bord du Géographe (i8oj-i8oi) 
(Paris, 1891, iii-8°, extrait de la même revue). 

M. Hamv offre ensuite, de la part de l'auteur, M. le vicomte de Caix 
de Saint- Aymour, ï Histoire des relations de la France avec l'Abyssinie 
chrétienne sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, a' édition 
(Paris, 1899 , in-19), que cet auteur l'a prié de présenter en son nom. 

frCe volume est consacré à faire connaître, d'après un certain nombre 
de documents inédits des archives du Ministère des affaires étrang^ères, 
les relations de la France et de l'Abyssinie de i634 à 1706. L'histoire 
de l'ambassade de Lenoir du Roule, massacrée à Sennaar en 1706, en 
est le morceau capital. Cette douloureuse histoire^ est présentée d'une 
manière intéressante, mais elle est incomplète; l'ouvrage de M. de Caix 
de Saint-Aymoiu-, étant imprimé depuis 1886, ne renferme aucun des 
précieux documents retrouvés depuis lors par MM. Lhuillier et le doc- 
teur Bonnet, et publiés par la section de géographie du Comité des travaux 
historicpies. On remarquera, parmi les pièces données en appendice, une 
curieuse lettre de Peiresc à un certain orfèvre , nommé Gaston Vermeil , 
favori de l'empereur des Abyssins, et qui prouve que Peiresc connaissait 
parfaitement l'estampage, si longtemps oubhé depuis. 

ffOn nous fait a croire, dit Peiresc, que non seulement au mont 
rrAmara, mais aussy dans les masures de l'ancienne ville de Rhaxumo 
(r(Axoum), capitale de ce grand empire, il se voit encore grand nombre 
ffde pyramides et colonnes figurées ou escriptes en caractères incogneus 
fraux plus doctes du pais; que s'il s'en pouvoit avoir des portraicts bien 
cr fidèlement représentés et que pour les caractères d'escripture l'on trou- 
ffvast moïen de les contretirer, en y plaçant dessus des feuilles de papier 
fr mouillé doubles ou simples, selon que le papier est plus ou moins mince 
ff ou assez fort pour résistera la mouillure et souffrir qu'avec un mouchoir 
»f pressé dessus quand le papier est encore mouillé, il puisse s'imprimer 
ffdans des lettres et en retenir la figure en la laissant quasi seicher sur la 
rr pierre; possible s'en descouvreroil-il quelque chose un jour, etc.» 

M. Siméon Luge a la parole pour un hommage : 

ffJNotre correspondant M. le marquis de Nadaillac me charge de vous 
présenter un écrit qu'il vient de publier sous ce titre : Intelligence et 
instinct (Paris, 1892, in-8°, extrait du Correspondant). 

ff Gomme vous le savez, Messieurs, les philosophes agitent depuis 
longtemps entre eux cette question : Les animaux autres que les hommes 
possèdent-ils à un degré quelconque la faculté de raisonner, ou bien 
sont-ce, comme disait Descartes, de pures machines mues par une force 



— 61 — 

qui leur est étrangère, étant sensibles et rien de plus? M. de Nadaillac ne 
veut pas, dit-il, s'engager dans la querelle des philosophes. C'est aux 
naturalistes qu'il s'adresse, et de leurs témoignages à peu près unanimes 
il tire cette conclusion, que, chez un certain nombre d'animaux autres 
que les hommes, l'action n'est pas seulement déterminée par l'instinct, 
qu'ils raisonnent avant d'agir et règlent leur conduite sur la diversité des 
circonstances au mieux de leurs intérêts bien entendus. C'est l'opinion 
si vaillamment soutenue par notre regi'etté confrère M. Milne-Edwards , 
et M. de Nadaillac la confirme par une giande abondance de faits très 
intéressants. Si l'on veut bien nous permettre d'intervenir dans ce débat, 
nous dirons que les naturalistes y ont apporté plus de lumière que les 
psychologues. A notre a\is, la distinction des deux âmes, dans Aristote, 
est purement verbale, et c'est pour l'avoir crue réelle que les psycho- 
logues se sont contredits et ont fini pai- ne plus se comprendre, n 

SÉANCE DU 1 2 FEVRIER. 
(Séance levée à cause de la mort de M. Alfred Maury.) 

SÉANCE DU ig FÉVRIER. 

Le Secrétaire perpétuel office à l'Académie, au nom de l'auteur, 
M^' Dehaisnes, Les œuvres des maîtres de l'Ecole flamande primitive 
conservées en Italie et dans l'est et le midi de la France (Paris, 1891, 
in-8°). 

Sont encore olTerts : 

Exposition universelle internationale de 1 88g à Paris. Rapports du Jury 
international, publiés sous la direction de M. Alfred Picard. Groupe VI : 
Outillage et procédés des industries mécaniques , 2° et k' parties (Paris, 
1891, in-S"); 

Coutumes des pays et comté de Flandre , par M. L. Gilliodts Van Se- 
veren, t. II et III (Bruxelles, 1891, in-4°); 

Historia da universidade de (joimbra nas suas relaçôes com a instrucçâo 
portugueza, par M. Th. Braga, t. I, 1289 à i555 (Lisbonne, 1892, 
in-S--); 

Documente privitore la istoria Romànilor, par M. E. de Hurmuzaki, 
vol. Il, partie I, i/iôi-iSyô (Bucarest, 1891, in-h"). 

M. Georges Perrot a la parole pour deux hommages : 

1° Aristote, Constitution d'Athènes, traduite par B. Haussoullier, direc- 



— 62 - 

leur adjoint à TÉcole pratique des hautes éludes, avec la collaboration 
de E. Hourguet, Jean Brunhes, L. Eiseninann, élèves à l'Ecole des 
hautes études et à l'Ecole normale supérieure (Paris, 1891, in-8% 
foi'raant le 89" fascicule de la Bibliothèque de r Ecole pratique des hautes 
études). 

rLa traduction de l'éci'it d'Aristote que je présente à l'Académie n'est 
pas la première qui ait paru en français; peu de temps après la publi- 
cation du texte grec par M. Kenyon, M. Théodore Reinach en donnait 
mie version qui mettait l'ouvrage à la portée de tous les lecteurs. C'était 
un premier et brillant essai: mais une année s'est écoulée depuis; 
M. Haussoullier et ses collaborateurs ont pu profiter, dans l'intervalle, 
des observations et des commentaires que ce texte curieux et difficile n'a 
pas cessé de suggérer, depuis son apparition, aux savants de la France 
et de la Hollande, de l'Angleterre et de l'Allemagne. Nous ne pouvons 
essayer ici, entre les deux versions, une comparaison qui demanderait un 
examen minutieux du détail; nous nous bornerons à signaler ce qu'il y 
a d'intéressant et d'original dans la manière dont a été élaborée cette 
traduction. On a trop peu en France l'habitude du travail collectif; 
chaque savant suit tout seul sa voie, et, comme l'activité du plus labo- 
rieux a ses limites, û ne réahse jamais qu'une faible partie du programme 
qu'il s'est tracé. L'Ecole des hautes études a réagi contre cette disposi- 
tion, et il est déjà sorti de plusieurs de ses conférences des œuvres 
inspirées par le maître et exécutées, sous sa direction et sa surveillance, 
par ses disciples. Telle cette traduction : ce sont trois élèves de l'Ecole 
normale, MM. Bourguet, Brunhes et Eisenmann, qui, dans la conférence 
d'antiquités grecques de l'École des hautes études, l'ont préparée avec 
leur maître, M. Bernard Haussoullier. Celui-ci l'a revue tout entière, et 
il en prend la responsabilité. Prêt h donner une édition critique du texte 
grec, qui doit paraître sous peu, M. Haussoullier était ainsi plus quahûé 
que personne pour fournir à tous ceux qu'intéresse l'histoire grecque une 
traduction de cet ouvrage, si inopinément retrouvé, qui est venu tant 
ajouter à ce que nous savions des institutions d'Athènes et de leur déve- 
loppement graduel. 

fr9° Le sixième numéro d" Bulletin de correspondance hellénique, qui 
termine la quinzième année du recueil (Athènes, 1891, in-8°), contient 
de belles planches et la description de plusieurs monuments importants 
de la sculpture. M. Jvpchat, qui professe aujourd'hui l'archéologie à 
Montpellier, publie pour la première fois une belle statuette de bronze, 
représentant une Aphrodite à la colombe, qui provient de l'Epire et qui 



— 63 — 

est entrée récemment dans la collection de M. Carapanos; elle date du 
v° siècle. On remarquera les observations que présente à ce propos 
M. Lechat sur les raccords qu'a subis, lors de l'exécution, la statuette, 
qui est fondue en deux pièces, et sur la patine, où il voit le reste d'un 
enduit d'une sorle de lacpie métallique que les anciens artistes auraient 
appliquée sur leurs figures; il y a là, sur la techiiique du bronze, des 
remarques et des conjectures qui se reconuuandent à l'attention des 
archéologues. Les admirables vases d'or trouvés par M. Tsoundas, dans 
une tombe à coupole, près d'Amyclées en Lacouie, avaient déjà été 
reproduits dans VÈÇrjixspîs d'Atliènes; j'ai cherché à les étudier d'une 
manière plus complète à propos des beaux dessins que notre confrère 
M. Foucart en avait fait exécuter par M. Défiasse, architecte pension- 
naire de l'Académie de France. M. Heuzey a reproduit ici, avec ia 
planche et les figures qui l'accompagnaient, l'article qu'il avait donné à 
la Revue d'assijriohgie sur ces curieuses figures de style gréco-phénicien 
qui ont été découvertes en Espagne, dans la région montagneuse située 
en arrière d'Alicante et de Murcie, au lieu appelé cerro de los Santos. 
Quant à l'épigraphie, elle est représentée par des inscriptions de l'Asie 
Mineiu-e, des îles d'Amorgos et d'Astypalée, d'Oropos et d'Ahnyros. 
Enfin M. Homolle, dans ses Observations épigraphiques , explique quel- 
ques termes d'interprétation difficile qui s'étaient rencontrés dans des in- 
scriptions, ^i 

M. Delisle présente deux ouvrages offerts à l'Académie : 

i" De l'état des terres et des personnes dans la paroisse d'Amblainville 
(Vexin français), du xii' au xv' siècle, par M. Aymar de Manneville 
(Beauvais, 1890, in-8°). 

ffLe volume que j'ai l'honneur de présenter à l'Académie est une thèse 
qui fut soutenue en 1876 à l'Ecole des chartes. L'auteur, M. Aymar de 
Manneville, qui donnait de brillantes espérances, fut enlevé par une 
maladie peu de mois après avoir obtenu son diplôme. Sa famille et la 
Société académique de l'Oise se sont fait un devoir de publier la thèse 
qu'il avait préparée et dont le manuscrit était à peu près en état d'être 
livré à l'impression. 

"Ce volume est, à vrai dire, le cartulaire d'une simple paroisse : le 
nombre de pièces que l'auteur a pu réunir, [)our une période; de quatre 
siècles (du xu" au xv°), sur un territoire d'environ deux mille hectares, 
est vraiment étonnant, et beaucoup des chartes qu'il rassemblées n'ont 
pas seulement un intérêt local. Dans le mémoire qui précède les textes, 
M. de Manneville a classé et expliqué toutes les données que son cartu- 



— 6/1 — 

laire fournit sur l'étal des terres, la condition des personnes et les usages 
agricoles. Chacun des chapitres de son étude forme un tableau détaillé 
dont tous les traits se rapportent à la petite localité qui est l'objet du 
travail. 11 en résulte un grand avantage : l'intérêt du livre est d'aulant 
plus grand que le champ d'observation est plus étroitement limité, et les 
faits constatés par M. de Manneviile pour le xui' et le xiv' siècle peuvent 
aisément se comparer avec les faits contemporains. 

ffOn doit savoir gré aux personnes qui ont dirigé la publication du 
livre de M. de Manneviile. Cette publication justifiera les éloges qui 
avaient été donnés à la thèse du jeune archiviste et raviveront les regrets 
qu'a inspirés sa fin prématurée.» 

2° Catalogue des manuscrits de la bibliotherjue de l'Arsenal, t. IX : 
Archives de la Bastille, par M. Frantz Funck-Brentano , i" fascicule 
(Paris, 1892, in-8°). 

frCe volume, qui terminera le catalogue des manuscrits de l'Arsenal, 
a été consacré aux papiers de la Bastille; la partie qui en est aujourd'hui 
distribuée contient l'inventaire général, avec une introduction détaillée 
sur la formation et la fUspersion des archives de cette célèbre prison 
d'État. M. Funck-Brentano, fpii a mené à bonne fin la difficile opération 
du classement des archives de la Bastille, a rendu pleine justice aux 
travaux de son prédécesseur, M. François Bavaisson, qui avait le premier 
remis en lumière le précieux dépôt recueilli par la bibliothèque de l'Ar- 
senal. On pourra désormais, grâce au catalogue de M. Funck-Brenlano, 
consulter fort aisément une série considérable de documents fort intéres- 
sants pour l'histoire du xvu' et du xviii^ siècle. r< 

SÉANCE DU 96 FÉVRIER. 

Sont offerts : 

Max Millier and the science of language : a criticism, par M. William- 
Dwight Whitney (New-York, 1892, in-8°); 

Ahhnndlungen der philosophisch - pliilologischen Classe der kôniglich- 
bayerisclien Akademie der Wissenschaften, t. XIX, 2" partie (Munich, 
1891, in-/i°); 

Abhandlungen der historischen Classe der kôniglich bayerischen Akademie 
der Wissenschaften , t. XIX, 3' partie (Munich, 1891, in-/i°); 

Gedàchlnisrede aiif Wilhelm von Giesebrecht, par M. Sigmund Riezler 
(Munich, 1891, in-li"); 

KpiTixai TSûLpaTrjpijdeis, viré B. Aà«wro?, HadrjytJTOv èv tw -sraveTrj- 
alïjixicf} (in-8°). 



— 65 — 

M. Hàmv offre à l'Académie une brochure de M. Arniond Lombard- 
Dumas, intilulée : Trois mégalithes sculptés dans le département du Gard 
(Nîmes, 1892, in- 8°, extrait du Bulletin de la Société d'étude des sciences 
naturelles de Nimes), 

trDans une fort savante lecture, que nous entendions il y a quelques 
semaines, M. Salomon Reinach s'efforçait de prouver que les Celtes 
n'avaient point connu d'idoles. Le mémoire que j'ai l'honneur de vous 
présenter aujourd'hui ne va pas h l'encontre de celte théorie, mais il 
apporte quelques faits nouveaux démontrant une fois de plus l'existence 
d'images sculptées, fort rudimentaires il est vrai, dans notre pays, en 
des temps bien antérieurs à ceux oii les Celtes sont entrés dans notre 
histoire. M. le baron de Baye avait découvert, dès 1872 , dans les grottes 
funéraires artificielles, creusées à Goizard et à Courjeonnet (Marne) par 
des peuplades néolithiques, de grands bas-reliefs, dont le plus remar- 
quable représentait une femme reconnaissable à ses mamelles hémisphé- 
riques et à son grand collier orné au centre d'une grosse pierre ovoïde. 
M. E. Brongniart signalait, quatre ans plus tard, par mon intermédiaire, 
un autre bas-i"elief également féminin à l'entrée de l'allée couverte de la 
Belie-Haie, près Gisors, et M. de Pulligny groupait bientôt après autour 
de cette première figure découverte en Normandie d'autres représenta- 
tions semblables trouvées à Dampmesnil, etc. M. Lombard-Dumas fait 
connaître, dans la brochure que je présente en son nom, trois autres 
ligures encore, dont deux ont fait partie de l'ornementation d'une allée 
couverte au Mas-de-l'Aveugle, à Collorgues (Gard); la (roisième n'était 
plus en place et son antiquité relative pouvait être contestée. Ces deux 
ligures représentent encore le type féminin avec les mamelles et le 
collier. 

ff Voilà donc trois groupes de statues antiques, aussi distants que le 
sont la Champagne, la Normandie et le Languedoc oriental, appartenant 
tous les trois à l'âge de la pierre polie, oii l'on rencontre dans des con- 
ditions similaires des images à peu près identiques et paraissant avoir 
un même caractère religieux. Les bas-reliefs de Collorgues offrent cet 
intérêt de plus, de nous montrer les personnages féminins qu'ils repré- 
sentent, non plus armés de la hache comme l'un de ceux des grottes de 
la Marne, mais ayant à proximité de leurs bras, grossièrement indiqués, 
une sorte de bâton coudé, <[ui rappelle jus([u'à un certain point le boome- 
rang des Australiens du Nord-Est. Je serais disposé à voir dans cette 
arme grossière la cateia , que les anciens mettaient aux mains des Gaulois, 
des Teutons, etc., et dont M. Fergusson, en Angleterre, M. Alexandre 



XI. 



iMf jiMBatii HA 1 10 ..t t 



— G6 — 

Bertrand, en France, ont déjà rapproché l'instrunienl favori des sauvages 
du continent austral, ^i 

« 

Sont encore ofTerts : 

Acadcmia româm. Serbarea aniversarà, de la i (i3) aprilie i8gi 
(Bucarest, 1891, in-Zi"); 

Annales du commerce extérieur, 1891, fascicules ti et 12; 1899, 
fascicules i-h (Paris, 1899, gr. in-8°); 

Annales du Midi, 3° année, 1891; h' année, n" i3, janvier 1899 
(Toulouse, in-8°); 

Arcltivio délia Società romana di storia patrin, vol. XIV, fasc. ui-iv 
(Rome, 1891, in-8°); 

Atti délia Beak Accademia dei Lincei, 1891, Rmdiconli, vol. VII, 
fasc. 11, i'2\ Notizie degli scavi, sept.-oct. 1891 (Rome, 1891, in-V); 

Biblioteca nazionale centrale di Firenze. Elenco délie pubblicazioni perio- 
diche italianc (Florence, 1891, in-8''); 

Bibliothèque de l'Ecole des chartes, t. LII. 5° et 6' livraisons (Paris, 
i89i,in-8°); 

Bolletiino délie opère moderne slraniere , vol. VII, n" i3 (Rome, 1892, 
in-8°); 

Bolletiino délie pubblicazioni italiane, n"' \h^-\h'] (Florence, 1899, 
in-8°); 

Bulletin d'histoire ecclésiastique et d'archéologie religieuse des diocèses 
de Valence, Gap, Grenoble et Viviers, 11^ année, 1891 (Valence, in-8°); 

Bulletin de la Commission archéologique de Narbonne, 1892, 1" se- 
mestre (Narbonne, 1899, in-8°); 

Bulletin de la Société des antiquaires de la Morinie, iSg' livraison 
(Saint-Omer, 1891, in-S"); 

Bulletin international de l'Académie des sciences de Cracovie, dé- 
cembre 1891 et janvier 1892 (Cracovie, in-8°); 

. Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest, S"' trimestre de 1891 
(in-8°); 

Compte rendu des séances de la Société américaine de France, t. I, n" 3 
(Paris, 1892, in-8''); 

Ecole française de Rome. Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1 1^ année, 
fasc. iv-v (Paris, 1891, in-8°); 

Journal asiatique , 8° série, t. XVIII , n° 3 (Paris, 1891, in-8°); 

Proccedings of the Royal Society of Edinburgh , vol. XVII, 1889-1890 
(in-S"); 



— 67 — 

Proccedings of the Society of Biblical archœology , vol. XIV, i' et 
3' parties (Londres, 1891-189-2, in-8"); 

Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique du département 
de Constantine, t. XXVI, 5" de la 3' série (Gonstantine, 189a, in-S"); 

Revue africaine, 35° aiiiiée, n" 202 (Alger, 1891, ia-8°); 

Revue de la science nouvelle, n°' 5i, Sa (Paris, 1892, in-4°); 

Revue des études juives , t. XXIII, n° ho (Paris, 1891, in-8°); 

Revue des questions historiques , 101' livraison (Paris, 189-2, in-S"); 

Revue épigraphique du midi de la France, n° 64 (Vienne [Isère], 
i89i,in-8°); 

Viestnik hrvatskoga arkeologickoga drultva , ih° année, n" 1 (Agrain, 
189-2, in-8°). 



4 



4 
1 



COMPTES RENDUS DES SEANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 

PENDANT LANNÉE 1892. 

COMPTES RENDUS DES SÉANCES. 
MARS-AVRIL. 

PRÉSIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND. 



SÉANCE DU k MARS. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture de la lettre suivante, 
qui lui a été adressée par M. le Ministre de l'instruction publique 
et des beaux-arts : 

Paris, le 2 mars 1899. 
Monsieur le Secrétaire perpétuel , 

J'ai l'honneur de vous annoncer que je viens de recevoir de M. Du- 
treuil de Rhins, chargé de mission dans la Haute Asie, et presque en 
même temps, deux rapports datés, le premier de Kera-Say, le i/i oc- 
tobre, et le deuxième de Khotan, le 28 novembre 1891. A ce dernier 
est jointe une note rédigée par M. Fernand Grenard et résumant ses ob- 
servations et ses travaux , dans le domaine des études philologiques et 
historiques, qui lui est spécialement confié. Ce document me paraissant 
de nature à intéresser particulièrement l'Académie, j'ai l'honneur de 
vous l'adresser sous ce pli en communication. 

Pendant les mois d'août à novembre, M. Dutreuil de Rhins a effectué 
dans les montagnes de l'Altyn Tagh et de l'Ustin Tagh, sur les roules de 
la Kachgarie au Ladak et au Thibel, une exploration très importante au 
point de vue géographique, mais en ni<^Mie temps très pénible et qui na 

«. 6 



tUtAI«P.«C& hk. 



— 70 — 

pas été sans dangers. Ainsi la mission ;i tlù traverser pendant dix-huit 
jours, sans rencontrer un être humain, des plateaux et des montagnes 
couverts de neige et de glace, à des altitudes comprises entre 5,ooo et 
5,800 mètres. Ce massif serait, de l'avis de M. Dutreuil de Pdiins, la 
partie de l'Asie centrale dont la hauteur moyenne est le plus considé- 
rable. Les résultats acquis sont : 1° l'étude de la route de Polour au La- 
dak, jusqu'à la source de la Keria Daria, à la frontière du Thibet; 2" la 
déconverle et l'étude d'une roule nouvelle entre ce point, Sarnk Touz et 
Kara Say. La première partie de cet itinéraire avait déjà été parcourue 
par plusieurs voyageurs anglais et russes. Mais notre chargé de mission a 
constaté, à linspeclion des cartes les plus récentes, que le tracé n'en 
était appuyé sur aucune observation précise. Les levers à l'estime et les 
observations astronomiques, qu'il a faites sans interruption au moins tous 
les deux jours, permettent de donner de la région qu'il a visitée une re- 
présentation assez exacte. 

L'état sanitaire du personnel de la mission est excellent. Notre voya- 
geur continue à se montrer très satisfait de ses relations avec les autorités 
chinoises et les populations. 

M. Dutreuil de Rhins, rentré à Khotan où il prend ses quartiers d'hi- 
ver, a dii s'occuper pendant les mois de décembre et janvier de classer 
et mettre en ordre ses notes et ses observations de toute nature. Il m'an- 
nonce un envoi important de dessins (vues du pays), photographies 
(types, groupes), spécimens d'histoire naturelle, collections ethnogra- 
phiques, poteries, livres, etc. Il s'excuse et me prie de l'excuser auprès 
de l'Académie des inscriptions et belles-lettres , si les travaux et les occu- 
pations de chaque jour ne lui ont pas permis jusqu'ici de vous envoyer 
directement des communications sur les matières d'ordre scientifique 
qui vous intéressent. La mission n'a fait que de coui-ts séjours dans les 
villes , et le temps qu'elle y a passé a été absorbé entièrement par les né- 
gociations avec les fonctionnaires et les raille détails pratiques qu'entraîne 
le soin d'organiser, entretenir et diriger une expédition où il faut tout 
emporter avec soi, et dont le souci retombe sur deux Européens seule- 
ment. Sur la route, du désert de sable aux déserts de glace, il n'y avait 
à recueillir que des documents géographiques ou d'histoire naturelle. 
C'est seulement pendant les deux mois de repos à Khotan qu'il sera pos- 
sible d'utiliser, pour un travail méthodique, les notes prises sur le che- 
min ou à l'étape, de rechercher les livres, les inscriptions, de recueillir 
les ti-aditions historiques et religieuses, les faits et documents linguis- 
tiques M. Dutreuil de Rhins et M. Grenard consacreront ces deux mois 



— 71 — 

à des travaux de ce genre et ils ne négligeront rien pour donner satisfac- 
tion , autant qu'ils leur sera possible , à l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres. 

L'Académie consentira, j'en suis persuadé. Monsieur le Secrétaire 
perpétuel, à tenir compte à nos deux chargés de mission de ces circon- 
stances et à leur accorder un crédit de quelques mois, pour leur per- 
mettre de lui faire parvenir les communications qu elle attend d'eux. 

Permettez-moi d'espérer aussi qu'elle voudra bien continuer à la mis- 
sion le concours financier qu'elle lui a libéralement accordé pour 1890. 
J'ai la plus grande confiance dans le zèle et le dévouement avec lesquels 
M. Dutreuil de Rhins s'acquitte de la mission que je lui ai confiée. Je ne 
doute pas que les résultats obtenus ne prouvent qu'il en est digne, et je 
serai heureux de voir l'Académie partager mon sentiment à cet égard. 

Agréez, etc. 

Le Minisire de l'instruction publique et des beaux-arts , 

Léon Bourgeois. 

Renvoi à la Commission de la fondation Benoît Garnier. 

Le Présidem consulte l'Acade'mie sur la question de savoir 
s'il y a lieu de pourvoir à la place de membre ordinaire iaisse'e 
vacante par la mort de M. Maury. 

L'Académie décide, au scrutin, qu'il y a lieu. 

L'examen des titres des candidats est fixé au vendredi 2.5 mars. 

M. le docteur Verneau fait une communication sur une nouvelle 
découverte de troglodi/tes dans une grotte des Baoussé-Roussé , près de 
Menton (^l 

Trois squelettes humains viennent d'être trouvés, couchés sur 
un lit de terre rouge et recouverts d'une certaine épaisseur de la 
même terre; ils appartiennent l'un à un homme, Tautre à une 
femme, le dernier à un enfant. Ils portaient comme ornements 
des colliers de vertèbres de poisson, de petites coquilles marines 
{nassa 7ierilea) et de dents de cerfs ornées de stries. Autour de la 
tête de l'homme et du jeune sujet, on a rencontré de jolies pe- 
tites pendeloques taillées dans l'ivoire de dents de mammifères. 
Enfin, des vertèbres do poisson ont été trouvées sur le tronc des 

"' Voir aux CouMUKicATiorcs, n" XHI (p. gB-ioj). 

6. 



— 72 — 

tiois cadavres, et riioinme portait au-dessous du genou , de cha(|ut' 
côte' de la jambe, une coquille periore'e [cyprœa). 

D'auties ornemenis ont été recueillis dans le voisinage des 
squelettes; ils consistent princi[)alement en fragments d'os, sou- 
vent informes, perce's d'un trou poui' les suspendre. Les coquilles 
marines servaient aussi de pendeloques. 

Le sujet masculin avait, au niveau de la main gauche, une 
grande lame de silex de o m. 28 de longueur sur o m. o5 de lar- 
geur; le jeune sujet reposait sa tête sur une lame semblable, un 
peu plus courte, retaille'e à une exlre'mité en forme de grattoir. 

Les outils de la tribu consistaient surtout en instruments de 
pierre non polis (grattoirs, pointes, perçoirs, etc. ); quelques ob- 
jets en os se rencontrent au milieu des restes de toutes sortes qui 
remplissent la caverne. 

Les caractères physiques des squelettes ne laissent aucun doute 
sur l'étroite parente' des hommes des Baoussé-Roussé avec ceux 
de Cro-Magnon ; tous les traits essentiels se retrouvent sur les 
crânes et sur les os longs. L'homme était toutefois d'une taille 
peu commune, et sa stature de'passait sensiblement 2 mètres. 

Il était important de déterminer l'âge des hommes des grottes 
de Menton, car les auteurs n'étaient pas d'accord sur ce point. 
Par la faune et l'industrie, M. Verneau est amené à les faire re- 
monter à la période de transition qui s'est écoulée entre l'époque 
quaternaire et notre époque. C'est à cette conclusion qu'était déjà 
arrivé M. le docteur Hamy, en 1872. 

M. Gustave Schlumberger présente à l'Académie un certain 
nombre d'amulettes en métal ou en pierre dure, amulettes 
d'époque byzantine ancienne, destinées à être portées au cou en 
guise de phylactères pour éviter une foule de maladies et de 
maléfices. 

M. Schlumberger lit des extraits d'un mémoire <|u'il a consa- 
cré à ces curieux petits monuments. Tous portent sur une face le 
nom et l'eflîgie du roi Salomon , dans le rôle bienfaisant d'exter- 
minateur de maladies et malélices. A cheval, nimbé, en costume 
militaire antique, il s'élance au galop pour transpercer de sa 
Iflnce un démon fpmelle couché à lerre représtmtant la maladie. 



— 73 — 

Goiîstannueiit aussi la légende de ces phylactères porte une invo- 
cation à la maladie, qui est somme'e de se retii*er, sous peine d'être 
poursuivie par ledit Salomon, auquel se trouve souvent adjoint un 
ange bienfaisant, tel quOuriel et Arlaf ou Archaf. 

M. Georges Perrot communique, delà part de M. Victor Waille, 
professeur à l'Ecole supérieure des lettres d'Alger, un moule en 
terre cuite dont le creux donne un me'daillon en relief qui repre'- 
sente un pan ou un satyre soulevant les voiles qui couvrent une 
nymphe endormie, mais subitement arrête' dans son entreprise 
amoureuse par un jeune homme, peut-être un pâtre, qui le saisit 
par la queue et par la cuisse et le tire en arrière. L'exécution est 
élégante et libre; on a probablement là une copie de quelque 
bronze au repoussé de l'époque hellénistique. Le moule a été dé- 
couvert dans les fouilles qui se poursuivent à Cherchell sous la 
haute direction de M. Waille et sous la surveillance immédiate 
de M. le capitaine Clouet; c'est aussi à cette collaboration qu'a 
été due récemment la découverte de ce diplôme militaire qui a 
été communiqué à l'Académie. 

M. de MauldeLa Clavière lit un mémoire sur les instructions 
diplomatiques au moyen âge. Les instructions données aux am- 
bassadeurs ne peuvent pas être utilisées pour l'histoire sans dis- 
cernement. Il faut les distinguer en deux catégories, les instruc- 
tions montrables, qui tiennent un langage purement officiel et 
très sujet à caution; les instructions non montrables, plus sé- 
rieuses, mais qui souvent restent verbales. M. de Maulde indique 
les procédés qui permettent de classer les instructions dans l'une 
et l'autre catégorie. Il indique ensuite les règles de la rédaction 
des instructions dans les diverses chancelleries, les clauses de style 
ou facultatives, enfin les divers styles employés suivant les cas. 
Il finit par un hommage au style de plusieurs chancelleries de 
la fin du moyen âge, à l'époque classique de la diplomatie, c'est-à- 
dire au commencement du xvi" siècle. 

M. Halévy complète son étude biographi(|uc sur Arad-Hiba, 
le gouverneur égvptien de Jéi'usalem au xv" siècle avant L-C, 
par une note gcographiqne et ethnographique destinée à justifier 
quel<[u(;s points de son travail. ' '' 



— "ilx ~ . 

Le Lîvre (/es /ioîs raconte qu'Ochozias, fils d'Acliab, roi d'Israël, 
fil consulter le dieu Baal-Zebub, d'Acaron, chez les Philistins, 
au sujet de l'issue de sa maladie. Ce nom divin, corrompu plus 
tard eu Belzebulh, est ordinairement traduit par trseifjneur des 
mouchcsn; mais M. Hale'vy a toujours soutenu que le second 
éle'ment de ces sortes de compositions est constamment un nom 
de localité'. Les nouvelles inscriptions confiimenl Topinion de 
M. Hale'vy en mentionnant, chez les Philistins, une ville du nom 
de Zebub. 

Les Cosse'ens e'taient une population du Zagros, le Kurdistan 
actuel, qu'Alexandre le Grand se vit obligé de soumettre avaut 
de pénétrer en Perse. Burnaburiyash, roi de Babylone et con- 
temporain d'Améuophis IV, appartenait à la dynastie cosséenne. 
H ne faut pas les confondre avec le peuple que les Grecs appellent 
Cissiens, qui sont les indigènes du district de Suse, capitale de 
la Susiane. Ce dernier peuple parlait une langue entièrement 
différente de celle des Cosséens,sur laquelle nous sommes suffi- 
samment renseignés par des vocabulaires bilingues. 

M. Oppert trouve les arguments de M. Halévy absolument 
inacceptables : la langue cissienne est une langue nommée Ixassu 
par les Assyriens, et la langue touranienne des Susiens est 
nommée la langue d'Elam. 

Elam est un nom général usité par les voisins et n'a jamais 
été en usage chez le peuple même, pas plus que le nom d'Alle- 
mands n'est celui par lequel nos voisins se désignent eux- 
mêmes. 



SEANCE DU 1 1 MARS. 

M. Heuzey fait connaître les résultats des dernières fouilles 
exécutées en 1891 par M. Holleaux, ancien membre de l'Ecole 
française d'Athènes, dans le sanctuaire antique d'Apollon Ptoïos 
en Béotie. 

Après avoir découvert sur ce terrain, depuis 1880, plusieurs 
sculptures remarquables, particulièrement deux Apollons ar- 
chaïques, M. Holleaux a voulu surtout, dans une dernière cam- 



— 75 — 

pagne, étudier me'thodiqueaient les couches du sol par rapport, 
aux gisements de petits objets qu elles contiennent. H y a trouvé 
une série de bronzes votifs et décoratifs, qui, comparés aux po- 
teries qui les entourent, forment une suite chronologique instruc- 
tive. A 5 mètres de profondeur, dans la couche des poteries à 
décor géométrique, ce sont d'abord de petits animaux votifs re- 
produisant le style primitif de ceux que Ton rencontre sur ces 
poteries. Dans les couches intermédiaires, au milieu des tessons 
de style corinthien , se rencontrent eu grand nombre des bandes 
de bronze très minces, travaillées au repoussé, qui semblent 
avoir été appliquées sur des meubles. On y suit, comme sur les 
vases peints, toute Thistoire de la décoi-ation primitive en Grèce : 
l'influence orientale se marque graduellement par l'introduction 
des rosaces assyriennes, qui se mêlent aux animaux primitifs; 
puis viennent les tresses, les entrelacs, les palmettes. Ensuite se 
montrent les animaux fantastiques d'origine orientale, mais de 
style déjà grec, sphinx affrontés, griffons, oiseaux à tête virile et 
barbue. Enfin la figure humaine fait son apparition, et presque 
tout de suite elle entre dans des compositions légendaires appar- 
tenant au cycle grec, Jupiter et Typhon, Prométhée, Hercule, la 
Gorgone. 

Comme des bronzes semblables se sont aussi rencontrés à 
Dodone, à l'Acropole d'Athènes et particulièrement à Olympie, 
oià l'on y a relevé quelques restes d'inscriptions argivo-corin- 
thiennes, M. Holleaux émet l'hypothèse que toute cette fabri- 
cation de bronzes repoussés doit provenir d'un même atelier 
péloponnésien. 

Il faut ajouter à ces résultats plusieurs statuettes de bronze, 
deux inscriptions sur fragments de même métal, dont une don- 
nant un nom d'artiste : Onasimos de Thèbes, enfin un débris de 
tête plus grande que nature qui appartient au type de l'Apollon 
Isménien du sculpteur Canachus. Par ces recherches conduites 
avec une méthode rigoureuse, M. Holleaux a ajouté une nouvelle 
page à l'histoire de l'art et surtout de l'industrie eu Grèce, de la 
fin du vin' siècle jusqu'aux deux premiers tiers du vi" siècle avant 
notre ère. 



— 70 — 

M. le comte de Mas Latrie lit une noie sur ïojiciuin robarie 
ou bureau de la piraterie, institué à Gênes au xiii" siècle. 

L'existence de cet office, devenu un des grands obstacles à 
Torganisalion de nouvelles croisades, est signale'e dans un nie'- 
moire de Guillaume Adam, archevêque résidant de Sultanieh eu 
Perse, remis au pape à Avignon en iSaS. 

M. Germain Bapst continue la lecture de son me'moire sur les 
origines du théâtre européen. 

Il signale combien les plus grands personnages de la Russie , 
même ceux qui ont voyagé, sont encore ignorants des choses du 
théâtre au milieu du xvn^ siècle; les ambassadeurs qui passent 
en Europe témoignent, dans leur correspondance, une joie enfan- 
tine, en donnant les détails des spectacles auxquels ils ont assisté, 
dans les cours oiî ils sont accrédités. 

Dans les pays Scandinaves, M. Bapst montre les mystères conti- 
nuant jusqu'au commencement du xvii" siècle, où la guerre de 
Trente ans introduit les usages allemands et Irançais. La reine 
Christine, à peine sur le trône, fait représenter les mêmes ballets 
qu'à la cour de France; à partir de ce moment, le théâtre des 
pays du nord imite ceux de l'Europe centrale. 

M. Adrien Blanchet communique un groupe en terre cuite 
récemment trouvé à Saint-Honoré-les-Bains (Nièvre), qui repré- 
sente Vénus debout, entourée de petits génies. Parmi ceux-ci, l'un 
tient un coffret sur ses genoux; un second présente d'une main, 
à la déesse, un alabastron contenant probablement Ihuile parfu- 
mée, et de l'autre main, il tient une colombe, oiseau consacré à 
Vénus. Un troisième Eros porte un arc, et, au-dessous de lui, 
une petite figure féminine tend un miroir à la déesse. M. Blan- 
chet rapproche celte terre cuile de plusieurs autres monuments 
représentant la toilette de Vénus, et il constate qu'aucun n'offre 
une composition aussi importante que la statuette de Saint-Ho- 
noré-les-Bains. 

M. James Darmesteter fait une lecture sur la date d'un des 
chapitres les plus célèbres de i'Avesta, le Hôm Yasht, consacré à 
l'éloge du dieu-plante Haoma. 

Il est dit, dans ce fragment, que Haoma rrenveisa l'usurpateur 



/ y 



Keresàni , qui voulait supprimer la religion de Zoroasfrew. M. Dur- 
mesteter montre que, d'après l'histoire traditionnelle du zoroas- 
Irisme, Alexandre le Grand est le seul personnage à qui cette deTi- 
nition puisse s'appliquer, car c'est lui, et lui seul, que la tradition 
constante du parsisme rend responsable de la de'cadence du zoroas- 
trisme et de la destruction partielle de l'Avesta. D'autre part, une 
série de textes prhlvis prouvent que ce nom de Keresàni a e'të ap- 
plique' aux Grecs. 11 suit de là que le Hôm Yasht a e'té e'crit 
après la mort d'Alexandre, et plus exactement après la chute de 
la domination grecque, qui a été définitive vers l'an i/io avant 
notre ère, époque de la constitution de l'empire parthe. On écri- 
vait donc encore le zend sous la période parthe, et l'Avesta, tel 
que nous le possédons, ne remonte pas tout entier, comme le 
croient les Parsis, à l'époque achéinénide. Par là un point de 
repère est établi pour faire l'histoire de la formation de l'Avesta 
et établir une chronologie relative des parties qui le composent. 



SÉANCE DU 18 MA 



RS. 



Le Ministre de l'instruction publique adresse à l'Académie, de 
la part de M. le Directeur de l'École française de Rome, le mé- 
moire de M. Toutain, membre de cette école, intitulé : Etude sur 
les monuments d'archéologie Jigurée relatifs au culte de Saturne dans 
V Afrique romaine. 

Ce mémoire est renvoyé à la Commission des Ecoles françaises 
d'Athènes et de Rome. 

M. Homolle écrit à l'Académie pour se porter candidat à la 
place de membre ordinaire laissée vacante par la mort de 
M. Maury. 1 

L'Académie d'archéologie chrétienne de Rome, par une cir- 
culaire imprimée, invite la Compagnie à s'associer à l'hommage 
quelle se propose de rendre à notre associé étranger, M. le com- 
mandeur de Hossi , à l'occasion de sa soixante-dixième année. 

'VI. le marquis de Vogiié et M. labbé Duchesne, qui se trouve- 
ront a Rome au moment de cette cérémonie, se feront les inter- 
prètes des sentiments de l'Académie. 



— 78 — 

M. Heuzey est désigné pour lire à la prochaine séance Iriines- 
Iriellc de ilnslitul sa notice sur le costume palmyrénien. 

M. Bkéal annonce la découverte d'un manuscrit étrus(|ue. 

Jusqu'à présent notre connaissance de la langue étrusque re- 
posait uniquement sur la lecture plus ou moins complète des 
inscriptions lapidaires qu'on trouve en Italie. Une découverte des 
plus inattendues vient d'enrichir le monde savant d'un manuscrit 
étrusque. C'est à l'Egypte que nous devons cette trouvaille. Les 
circonstances qui l'accompagnent sont étranges, mais aucun doute 
ne peut raisonnablement être élevé sur l'authenticité. 

Une momie égyptienne avait été offerte, en 1867, au musée 
d'Agram par les héritiers d'un fonctionnaire autrichien qui avait 
passé quelques années en Egypte. Le célèbre égyptologue Brugsch , 
en examinant la momie, remarqua que les bandelettes dont elle 
était enveloppée portaient au verso des caractères d'écriture. Il fit 
démailloter le personnage et constata la présence d'un certain 
nombre de bandes de toiles couvertes d'écriture, lesquelles, mises 
bout à bout, mesuraient une longueur qui n'était pas moindre de 
i4 mètres. Les caractères ressemblaient à l'écriture grecque, 
mais la langue n'était pas le grec. Brugsch, occupé par d'autres 
travaux, signala la découverte à plusieurs savants, mais il se 
passa encore vingt ans avant qu'elle rencontrât l'érudit qui devait 
la mettre dans son vrai jour. 

M. J. Krall, professeur à l'Université de Vienne et bien connu 
comme égyptologue, en lisant le catalogue du musée d'Agram, 
fut frappé de la notice concernant ces bandelettes, notice due à 
M. Ljubic, conservateur du musée. Il obtint qu'elles lui fussent 
envoyées à Vienne, et, après un examen attentif, il reconnut que 
le manuscrit, qui ne comprend pas moins de douze colonnes de 
texte, était non en égyptien, mais en étrusque. Plusieurs spécia- 
listes furent consultés et se rangèrent au même avis. On examina 
la nature de la toile, celle de l'encre : tout fut reconnu authen- 
tique. Quel serait d'ailleurs le savant capable d'écrire douze pages 
d'étrusque? qui surtout en eût été capable dans des temps anté- 
rieurs à 1868, année jusqu'où il faudrait au moins remonter? 
Un voyageur anglais qui a vu les bandelettes en 1879, et qui a 



— 79 — 

publié le fac-similé de quelques lignes, les donne telles quon les 
retrouve aujourd'iiui. Et quel serait le faussaire qui attendrait 
vingt-cinq ans pour tirer parti de son œuvre? 

Il n'y a donc pas à douter de la vérité de cette trouvaille, la 
plus importante à coup sûr qu'on ait encore faite dans cette 
branche de la philologie. Comment une toile, qu'on doit sup- 
poser originaire de l'Italie, nous revient-elle de l'Egypte? Toutes 
les conjectures à ce sujet peuvent être produites. La momie elle- 
même ne parait pas très ancienne : on la suppose du f siècle 
après Jésus-Christ. 

Quant au contenu du manuscrit, il appartient à M. Krall, qui 
a eu le mérite d'en deviner le premier toute l'importance, d'en 
assembler les fragments et d'en opérer la lecture, tâche singu- 
lièrement difficile et laborieuse. Il appartient à M. Krall de parler 
d'abord : c'est un honneur qui lui est dû et que tous les étrusco- 
logues lui reconnaissent. Après que sa publication, qui doit 
paraître prochainement dans les Mémoires de l'Académie de 
Vienne, aura vu le jour, les interprétations diverses pourront se 
donner carrière. 

M. Bréal se contente de faire ressortir un seul point : c'est que 
l'hypothèse d'après laquelle l'étrusque aurait fait partie de la fa- 
mille indo-européenne se trouve définitivement écartée. Vocabu- 
laire et grammaire sont d'un système à part. C'est par la compa- 
raison des passages semblables, qui heureusement se trouvent en 
grand nombre, qu'on pourra essayer le déchiffrement. 

M. Maspero exprime le vœu qu'on examine l'étoffe sur laquelle 
le texte est écrit, pour constater si elle est de fabrique égyp- 
tienne : auquel cas, le livre aurait pu être écrit en Egypte 
même. On sait combien de langues étrangères ont été conservées 
par les ruines égyptiennes, phénicien, aramécn, pchlvi; les 
fouilles d'Akhmîm ont rendu, il y a cinq ans, une vingtaine de 
stèles écrites avec un alphabet d'apparence asianiquo et que per- 
sonne n'a déchiffré jusqu'à présent. Rien ne s'oppose à ce qu'on 
joigne l'élrusque aux langues qui ont pu laisser, par accident, 
des traces en Egypte. 

M. Héron de Villefosse communique un fragment d'inscription 



— 80 — 

lyliue, dei:u(i\{'ii récoimuenl à Home cliez un inarciiaiid d auli- 
quités et dont la copie a e'ié adresSfi'e à l'Académie par rini de ses 
correspoiidanls, M. ie professeur \Volf"gan<j lielbig '1. 

Ce fragment appartient aux actes des frères Arvalos; il fait 
partie d'un procès-verbal du collège qui a dû èlre rédige entre 
les années 169 et 177, après la mort de Lucius Vérus et avant 
Te'poque oii Commode fut associé à fempire. 

Malgré son état de mutilation, il est facile d'y reconnaître les 
formules de la prière habituelbî adressée à Jupiter pour l'empe- 
reur réjfuant; cet empereur est Marc-Aurèle. Parmi les noms des 
frères Arvales assistant à la réunion, on lit celui de T. Flavius 
Sulpicianus, Leau-père de l'empereur Perlinax, qui fut préfet de 
Rome et qui périt en 197, par ordre de Sévère, comme complice 
d'Albin. Le fragment se termine par l'indication des victimes qui 
ont été sacrifiées aux divinités du Capitoie. 

M. le marquis de Vogijé fait connaître à l'Académie les prin- 
cipaux résultais des fouilles que le R. P. Delattre vient d'exécuter 
dans une nécropole à Carthagc et sur lesquelles le savant explo- 
rateur se réserve de faire un travail d'ensemble. Il communique 
le texte d'une inscription funéraire trouvée sur un autre point 
des ruines de cette ville et qui est celle d'un fondeur de fer'-'. 

M. Clermont-Ganneau fait remarquer que ce qualificatif de 
tf fondeur de fer^-» [nosek harzal) n'apparaît pas pour la première 
fois dans l'épigraphie phénicienne. Il ligure déjà dans une in- 
scription phénicienne provenant de Chypre, copiée par Pococke 
et publiée dans le Corpus inscriptinnum Semilicarum, sous le n° 67. 

M. l'abbé Duchesne signale à l'Académie les importantes dé- 
couvertes faites à Tipasa (Algérie) par M. l'abbé Saint-Gérand, 
curé de cette localité'^'. 

Un édifice chrétien en forme de basilique a été déblayé en 
partie. Ces premières fouilles ont permis de constater que l'autel, 
par une disposition singulière, se trouvait à l'opposé de l'abside, sur 
un béma adossé au mur du bas de l'église. Plusieurs inscriptions 

(') Voir aux Comminications, n° XIV (p. 101-109). 
<^' Voir aux (Iommunicatioks, n" XV (p. 109-1 11). 
'^> Voir aux Communications, n° XVI (p. 111-iii). 



ont été mises au jour. Elles sont toutes dans le pavé en mosaïque. 
L'une 'd'elles est Tépitaphe d'un évêque de Tipasa, Alexandre; 
l'autre, une dédicace des travaux entrepris par lui en cet endroit. 
On lui attribue en particulier le mérite d'avoir dégagé et groupé 
jiutour de l'autel les sépultures de certains justes anciens (justi 
priores), qui ne peuvent guère être que ses prédécesseurs sur le 
siège épiscopal de Tipasa, Outre ces renseignements historiques, 
les inscriptions récemment découvertes contiennent beaucoup de 
particularités intéressantes. Il y a lieu de croire que les fouilles 
de M. l'abbé Saint-Gérand formeront un digne pendant de celles 
que M. Gsell a faites l'an dernier dans la basilique de Sainte- 
Salsa. 

M. Pognon, consul de France à Bagdad, communique une 
note sur le pays d'Achnounnak. 

Le pays d'Achnounnak est rarement cité dans les textes cunéi- 
formes. Le vieux roi Agou se vante d'y avoir établi des colonies 
et Cyrus le cite parmi les pays qu'il a conquis, mais rien, jus- 
qu'à présent, ne nous avait fait connaître où il était situé ni 
quelle race l'habitait. 

Un heureux hasard a permis à M. Pognon de découvrir où 
était situé ce pays. Il ne lui a pas été possible de le parcourir eu 
entier et d en reconnaître les limites exactes; il n'a pu y faire que 
de rapides excursions. Il y a constaté l'existence de ruines, dont 
une au moins lui a paru considérable. Pour certaines raisons, 
M. Pognon croit que ce serait rendre un mauvais service à l'assv- 
riologie que de faire savoir dès aujourd'hui où était situé le pavs 
d'Achnounnak; il se contente de présenter à l'Académie des 
briques qui portent les légendes de quatre princes d'Achnoun- 
nak complètement inconnus jusqu'à ce jour. 

(^es princes sont : 

i'' Ibalpil; 

2" Our-an-nin-is-gi-da (ce nom est écrit idéograpiiicfuemont 
et la lecture en est douteuse); 

3" Noulakou ou (îoulakou; 

U° Un prince dont le nom. en partie détruit, se Icrniiunit par 
les syllabes marhnii. 



— 82 — 

Tous ces princes portaient le litre de : c favori de la déesse 
Ichlar(?), prince d'AchnouniialcT'. 

Enfin M. Pognon présente à l'Académie un fragment d'inscrip- 
tion araraéenne, qui ne contient maiheui-eusement que deux 
lettres et qui a probablement été trouvé dans le pays d'Ach- 
nounnak. 

M. Salomon Reinach lit une note sur Vorigine lydienne des 
Etrusques. 

M. Schuchardt a déjà attribué à l'étrusque la paternité du suf- 
fixe latin qui a donné en français les noins comme Henriette, 
Juliette. M. Salomon Reinach fait observer que des noms de 
villes en -cffa, comme Troketta, Baretta, se rencontrent en Lydie, 
le pays d'oij la tradition ancienne faisait venir les Etrusques. Le 
même suffixe paraît se retrouver dans beaucoup de noms géogra- 
phiques des régions occupées par les Pélages-Tyrsènes, comme 
THymette et le Lyeabette en Attique. La diversité des formes que 
prend ce suffixe dans les transcriptions grecques tient à ce que 
la consonne médiane ne correspondait exactement ni au r ni au 
(7 helléniques, mais se rapprochait probablement du 22 phéni- 
cien. Le nom latin de la flèche, sagitta, dont l'étymologie est 
tout à fait obscure, appartient probablement à la même famille 
de mots. M. Salomon Reinach conclut que l'étude des noms de 
lieu vient à l'appui de Topinion des anciens, abandonnée à tort 
par les modernes, qui considère les Étrusques comme apparentés 
aux Pélasges et cherche l'origine des Étrusques en Asie Mineure. 



SÉANCE DU 2 5 MARS. 



Le Secrétaire du bureau de l'Institut écrit à l'Académie pour 
l'inviter à désigner celui de ses membres qu'elle croira devoir 
proposer pour siéger dans le Conseil supérieur de l'instruction 
publique. Il prie, en outre, l'Académie de lui faire connaître au 
plus tôt le choix qu'elle aura fait, afin qu'il puisse convoquer 
dans le plus bref délai l'assemblée générale, qui doit, aux termes 
de l'arrêté ministériel, procéder à l'élection le 98 avril prochain. 



— 83 — 

L'Académie décide qu'elle procédera, dans sa prochaine séance, 
à cette désignation. 

MM. Philippe Berger et Louis Courajod écrivent à l'Académie 
pour se porter candidats à la place de membre ordinaire laissée 
vacante par la mort de M. Alfred Maury. 

M. Geffroy, directeur de l'École française de Rome, adresse 
au président de l'Académie des nouvelles archéologiques ^^\ 

L'Académie se forme en comité secret. 



SEANCE DU !"■ AVRIL. 



Le Ministre de l'instruction publique transmet à l'Académie la 
copie de la lettre suivante, adressée au Ministre des affaires 
étrangères par M. Buet, vice-consul de France à Alméria : 

Alméria, le 29 février 1899. 
Monsieur le Ministre, 

J'ai l'honneur de vous informer qu'au heu dit les Bas-Fonds, entre les 
villages d'Agua-Dulce et Roquetas , à 1 6 kilomètres environ d'Alméria , 
on vient de découvrir les ruines d'une ville romaine dont les rues 
s'étendent sur un front de 2 kilomètres. 

On a mis à jour des colonnes de marbre , des corniches sculptées , des 
amphores. On a recueilli une grande quantité de diverses monnaies dont 
quelques-unes portent les inscriptions suivantes : Gordianus Pius Ckm. 
Imp. Alexander Pius Aug. Maximinus. 

Beaucoup d'inscriptions sont illisibles. On assure qu'on a informé de 
celte découverte l'Académie royale d'histoire et le Musée archéologique 
de Madrid. 

lieste à savoir si les fouilles seront assez importantes pom* mettre à 
découvert cette ville souterraine qui, d'après les remarques, aurait été 
pillée, saccagée et brûlée. 

Les archéologues de la province sont divisés sur le véritable nom de 
cette ville : les uns prétendent que c'est Turroniana, les autres Virgi. 

Agréez, etc. 

BlIET. 

<•' Voir aux Communications, n" XVil (p. iir)-ii8). 



— u — 

M, Geffrov, direcleur de l'École française de Rome, adresse 
au président de TAcadémie des détails sur les dernières décou- 
vertes faites en Sicile (''. 

M. BoissiER donne lecture d'une lettre adressée de Calane an 
Secrétaire perpéluel par M. Gustave Sghlumberger. 

Notre confrère a pu voir les trois métopes de Sélinonte, décou- 
vertes par M. Salinas et déjà signalées à TAcadémie par M. Gef- 
froy. Il en donne la description et en relève le haut intérêt f^'. 

L'Académie procède à la désignation d'un membre qui sera 
présenté comme le candidat de l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres au choix de llnstitut, pour siéger dans le Conseil 
supérieur de Tinstruction publique. 

M. Jules Girard est désigné. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, le Président invite l'Aca- 
démie à procéder à l'élection d'un membre ordinaire, en rempla- 
cement de M. Alfred Maury, décédé. 

Il lit les articles du règlement relatif à l'élection d'un membre 
ordinaire et rappelle les noms des trois candidats , MM. Philippe 
Berger, Courajod et Homolle. 

Le scrutin est ouvert. 

Il y a 36 votants; majorité 19. 

Au premier tour de scrutin, M. Homolle obtient 16 suffrages; 
M. Ph. Berger, i3; M. Courajod, 7. 

Au second tour de scrutin, M. Homolle obtient 20 suffrages; 
M. Ph. Berger, 10. Il y a un bulletin blanc, non marqué. 

En conséquence, M. Homolle, ayant réuni la majorité absolue 
des suffrages, est proclamé élu. Son élection sera soumise à l'ap- 
probation de AL le Président de la République. 

M. Héron de Villefosse présente à l'Académie, de la part de 
M. Thiers, membre de la Commission archéologique de Nar- 
bonne, le texte d'une inscription récemment découverte sur l'em- 
placement du/orum romain de Narbonne. 

.') Voir aux Commumcations, n° XVIII (p. 118-1J9). 
(» Voir aux Commv,mc\tio>s, n" XI \ (i). 1 19-122). 



— 85 — 

C'est le pie'destal de la statue d'un personnage nommé Lucius 
Aponius Ghaeréas, qui avait e'té augure de la colonie de Nar- 
bonne. Il avait exercé aussi la fonction de questeur et avait été 
honoré des ornements de i'édilité, c'est-à-dire qu'il avait le droit 
de paraître au théâtre et dans les représentations publiques avec 
le costume et les insignes des édiles. Ce personnage avait sans 
doute acquis une certaine fortune dans le commerce, car l'in- 
scription indique plusieurs villes de Sicile, Syracuse, Palerme, 
Thermae-Himérœ, dans lesquelles notre personnage avait été 
honoré des ornements de I'édilité, du duumvirat, du flaminat et 
de l'auguslalité. Il est bien évident qu'Aponius Chœréas avait sé- 
journé en Sicile pour y faire des affaires; les villes nommées sont 
des villes maritimes et tout porte à croire que nous avons là 
une preuve des relations commerciales qui existaient, dans l'an- 
tiquité, entre la Sicile et le midi de la Gaule. Narbonne, au 
commencement du ii" siècle de notre ère, époque à laquelle 
notre inscription paraît remonter, était le point le plus impor- 
tant de la Gaule au point de vue commercial. Malheureusement 
les inscriptions de cette ville ne nous font connaître que des 
industries locales et nous n'y trouvons aucune mention du grand 
commerce d'exportation. 

Ce piédestal a été transporté, par les soins de M. Thiers, 
dans l'église de la Mourguier, annexe du Musée archéologique. 

M. Louis Havet, professeur au Collège de France, commence 
la lecture d'un travail sur les origines métriques du n cursus v. 

Le cursus est un agencement euphonique des mots de la prose 
latine, usité au moyen âge dans les bulles des papes; il est 
rythmique, c'est-à-dire fondé sur la considération de l'accent. 
D'après les règles du cursus papal, une phrase peut finir soit 
par un tétrasyllabe paroxyton précédé d'un mot proparoxyton, 
soit par un tétrasyllabe proparoxyton précédé d'un mot paroxy- 
ton, soit enfin par un trisyllabe paroxyton précéiKî d'un autre 
paroxyton. 

M. Louis Havet montre que ces règles d'accent dérivent de 
règles plus anciennes, qui étaient métriques, c'est-à-dire fondées 
sur la considération de la prosodie, et ([u'on trouve observées, 



XX. 



JUVKt'iraii ttr^tf-iim. 



— 80 — 

à la fin du iv" siècle, clans la prose de Symmaque. A la fin d'une 
phrase de Symmaqun, un mot comme âridorum est régulière- 
ment précédé d'un polysyllabe à pénultième brève; un mot 
comme ëlàiïo, un mot comme êlâtus, sont régulièrement pré- 
cédés d'un trochée (ou d'un tribraque); un mot comme àmâham, 
d'un spondée. La prose métrique de Symmaque comporte beau- 
coup d'autres types de fin de phrase, qui n'ont point passé 
dans la prose rythmique des papes; mais ces types sont rares, 
dans Symmaque lui-même, en comparaison de ceux qui ont été 
adoptés et, beaucoup plus tard, transformés par la chancellerie 
papale. 

Celte transformation date du xii° siècle. Au milieu du v' siècle, 
le pape Léon le Grand suit comme Symmaque un cursus métrique 
et non rythmique. 

SÉANCE DU 8 AVRIL. 

M. HoMOLLE, notre nouveau confrère, écrit à l'Académie pour 
la remercier de l'honneur qu'elle lui a fait en l'élisant membre 
de la Compagnie en remplacement de M. Maury. 

Le Président annonce qu'en raison du vendredi saint la pro- 
chaine séance sera, selon l'usage, avancée au mercredi i3 avril. 

M. Siméon Luge commence la lecture d'un mémoire intitulé : 
Jeanne Paynel à Chantilly. 

Fille unique de Foulques IV Paynel, seigneur de Hambye et 
de Bricquebec en basse Normandie, et de Marguerite de Dinan, 
Jeanne naquit vers le milieu de iii3. Quelques semaines seule- 
ment après sa naissance, elle perdit son père; et sa mère, qui 
était Bretonne, retourna dans sa province natale, oii elle se 
remaria dès lAii. Vers le milieu de cette même année, un des 
plus puissants gentilshommes du Vexin, Gui VI, seigneur de la 
Pioche-Guyon, avec l'assentiment du roi de France, gardien de 
droit des mineures nobles d'après la coutume de Normandie, 
enleva l'orpheline au berceau et l'emporta en son château de la 
Roche-(îuyon, où sa femme Perrette de la Rivière, fille cadette 
du premier chambellon de Charles V, qui devait s'illustrer quel- 



— 87 — 

ques années plus tard en re'sistant cinq mois à un corps d'arme'e 
anglais, se chargea d'e'lever la riche he'ritière du seigneur de 
Hambve. Gui et Perrette entreprirent de marier leur fils aîné 
Guyon, qui n'était lui-même qu'un enfant, à cette héritière. Sur 
ces entrefaites, Gui VI fut tué à Azincourt le 9 5 octobre ihio. 
En i/ii6, Marguerite de Dinan fit casser, par le Parlement de 
Paris, le contrat de mariage déjà dressé pour les deux enfants. 
La Cour enleva la garde de Jeanne Paynel à Perrette de la Ri- 
vière et la confia, non à Marguerite de Dinan, qui ne sollicitait 
cette garde que pour marier sa fille avec le jeune Gilles de Rais, 
le futur tf Barbebleue '5 , mais à .lacqueline Paynel, dame de Chan- 
tilly, tante paternelle de Jeanne. 

M. Louis Havet continue la lecture de son travail sur les ori- 
gines métriques du Kcursus-n. 

Une prose mesurée, telle que celle de Symmaque, offre à la 
grammaire et à la critique des textes les mêmes secours que la 
versification. En outre, elle décèle la façon dont l'auteur analy- 
sait ses propres phrases; par là, elle fournit le moyen de consti- 
tuer une ponctuation scientifique, indépendante des caprices des 
éditeurs modernes. 

M. Paul Durrieu signale, dans un manuscrit des Gi-andes 
Chroniques, conservé à la Bibliothèque nationale, une miniature 
de Jean Foucquet, où se trouve représenté, avec une remarquable 
fidélité, l'intérieur de l'ancienne basilique de Saint-Pierre de 
Rome, fondée par Constantin et totalement détruite depuis la 
Renaissance pour faire place à l'édifice moderne de Bramante et 
de Michel-Ange. 

On sait, par le témoignage des Italiens eux-mêmes, que 
Foucquet a séjourné à Rome sous le pontificat d'Eugène IV 
(i 43 1-1^/17). C'est par conséquent à cette époque qu'il a pu re- 
cueillir sur les lieux les éléments dont il s'est servi pour sa mi- 
niature. 

On ne possédait jusqu'ici, en original, aucune représentation 
intérieure de l'antique basilicjue constantinienne qui remontât 
au delà du xvi'- siècle. M. Durrieu montre, par un rapprochement 
avec les textes, combien la vue tracée par l'artiste français est 



— 88 — 

exacte dans ses de'tails. Elle conslilue donc, pour l'arche'ologie 
du vieux Saint-Pierre de Rome, un document figure' de premier 
ordre, le plus précieux peut-être et en tout cas le plus ancien de 
tous ceux qui sont actuellement connus. 

M. The'odore Reinach fait une communication sur un passage 
de la Rhétorique d'Aristole ainsi conçu : rr Quand les crieurs pu- 
blics demandent : Quel £7r/Tp07ros choisit ralîranchi? les enfants 
leur coupent la parole en criant: Cle'on.'» On traduisait êTrnpoTros 
par patron, mais le mot ne peut avoir ce sens et d'ailleurs Taf- 
franchi ne choisissait pas son patron. M. Th. Reinach montre, 
par la comparaison des testaments grecs re'cemment retrouvés 
eu Egypte, qu'il s'agit de la de'signation d'un tuteur pour les 
enfants de l'affranchi. Celui-ci, pour prote'ger ses enfants contre 
la convoitise du patron et de sa famille, les plaçait sous la tutelle 
d'un démagogue influent. Nous avons sans doute ici une allu- 
sion à une scène d'une comédie perdue d'Aristophane. 



SÉANCE DU l3 AVRIL. 
(Séance avancée au mercredi, à cause du vendredi saint.) 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture de l'ampliation d'un 
décret, en date du 8 avrii, par lequel le Président de la Répu- 
blique a approuvé l'élection de M. Homolle comme membre 
ordinaire, en remplacement de M. Maury, décédé. 

Le Secrétaire perpétuel introduit M. Homolle et le présente à 
la Compagnie. 

Le Président invite M. Homolle à prendre place parmi ses 
•confrères. 

Est adressé au prochain concours des antiquités de la France : 

Epigraphie ardemiaise. Les inscriptions anciennes de Varrondisse- 
ment de Vouziers ou relatives à la région, [)ar le docteur H. Vin- 
cent (Reims, 1892, in-8°). 

M. Maspero, au nom de la Commission chargée déjuger le 
concours pour le prix Loubat, lit un rapport ainsi conçu : 



— 89 — 

ffLa Commission a décerné le prix à M. Lucien Adam, pour 
l'ensemble de son œuvre linguistique et philologique. 

rrM. Lucien Adam a publié, depuis vingt ans, quinze volumes 
environ de grammaires, vocabulaires, lexiques de langues amé- 
ricaines, recueillis pour la plupart au siècle passé par les mis- 
sionnaires et demeurés inédits. Toutes ces publications sont 
faites avec un soin minutieux et une grande conscience : où 
M. L. Adam s'était trompé, il l'a avoué avec une bonne foi 
remarquable, comme dans le cas du Taensa. Ce sont des ma- 
tériaux précieux pour la philologie américaine, et, en France 
comme à l'étranger, l'on a été unanime pour reconnaître la va- 
leur de Toeuvre entreprise par M. Lucien Adam. C'est à cette 
œuvre complète que la Commission décerne le prix, à propos 
des deux volumes : 

Arte de la lengua de hs îndios antis o campas (Paris, 1890, 
in-8°); 

Langue tnosquito, grammaire, vocabulaire, texte (Paris, 1891 
in-8°); 

qui seuls rentrent, par la date de leur publication, dans les 
conditions du concours. 71 

M. Siméon Luce, continuant la lecture de son mémoire sur 
Jeanne Paynel et le château de Chantilly, fait la description du châ- 
teau et du domaine de Chantilly tels qu'on peut se les repré- 
seuter d'après les aveux et dénombrements de la première moitié 
du xv'' siècle. Depuis les premiers mois de 1/117 jusque vers la 
fin de 1/121, Jacqueline et Jeanne Paynel restèrent enfermées à 
Chantilly, dont Pierre II d'Orgemont, premier mari, et Jean de 
Fayel, vicomte de Breteuil, second mari de Jacqueline, avaient 
fait une place très forte, pendant que les Bourguignons, maîtres 
de Senlis et de Creil, et la garnison dauphinoise de Chantilly 
guerroyaient sans cesse et mettaient à feu et à sang la vallée de 
l'Oise inférieure. En octobre 1/121, la dame de Chantilly, veuve 
pour la seconde fois, dut se rendre, elle et sa nièce Jeanne, k 
leur cousin Jacques Paynel, seigneur d'Olonde, le seul membn; 
de leur famille qui ne fût pas resté fidèle au parti national 
représenté par le Dauphin, depuis Charles VII. Lorsque \i\ 



— 90 — 

Normandie, eniii-j et iùi8, était tombée au pouvoir des en- 
vahisseurs, tous les autres Paynel, après avoir défendu pied à 
pied le sol natal contre ce flot montant de la conquête anglaise, 
avaient concentré la résistance dans le Mont Saint-Michel 
comme dans un suprême reluge. En moins de dix ans, ils suc- 
combèrent les armes à la main les uns après les autres, de telle 
sorte que, vers i/iSa, il ne restait de cette illustre et patriotique 
famille, naguère si nombreuse, (ju'une jeune femme, Jeanne 
Paynel, fille du feu seigneur de Moyon, mariée à Louis d'Estou- 
teviile, capitaine du Mont Saint-Michel, et une jeune fiUe por- 
tant le même nom, héritière du seigneur de Hambye, cousine 
germaine de la première, qui dut mourir au monde et entrer 
en religion à cette date. Ce qui est certain, c'est que la femme 
du capitaine du Mont Saint-Michel, devenue sans doute l'héri- 
tière de sa cousine, qui. M, Luce le suppose du moins, s'était 
faite religieuse, prit alors pour la première fois les titres de 
dame de Hambye et de Bricquebec. Jeanne Paynel la jeune de- 
vint abbesse des Bénédictines de Lisieux en i^4g et cessa de 
vivre en 1/167. La partie la plus élevée de la pelouse de Chan- 
tilly, dite Normandie depuis le xv'' siècle, conserve encore au- 
jourd'hui le souvenir du long séjour de JacqueHne Paynel dans 
cette splendide résidence. 

M. Hamy communique à l'Académie, de la part de M. Car- 
lailhac, des renseignements sur la découverte que vient de faire 
cet archéologue d'une sculpture féminine, placée à droite de la 
cloison de pierre, séparant les deux chambres de l'allée couverte 
d'Epônc (Seine-et-Oise). Cette sculpture rentre dans le type de 
celles des monuments déjà décrits en Normandie et en Cham- 
pagne, qu'elle relie les uns aux autres. C'est une grossière figure 
où l'on reconnaît assez bien l'ovale de la face, les yeux et le nez, 
le collier de perles à trois rangs et les deux seins, petits, rap- 
prochés et saillants. 

Sur l'autre face de la pierre est représentée une hache, le 
tranchant tourné vers la terre. 

M.Cartailhac rapproche ce monument, non seulement de ceux 
déjà connus des environs de Gisors, de la Marne ou du Gard. 



— Dl — 

mais encore d'une se'rie nouvelle découverte re'cemment par 
M. l'abbé Hermet en diverses localités de l'Aveyron, et dont 
M. Hamy présente à l'Académie des reproductions fidèles. 

M. Hamy termine cette communication on annonçant que 
M. Bertin, propriétaire des bois de la Garenne, où la sculpture a 
été déconverte, vient d'offrir, à la demande de M. Cartaiihac, le 
monument où elle se trouve au Musée des antiquités nationales 
de Saint-Germain-en-Laye. 

M. Héron de Villefosse fait observer que les sculptures décou- 
vertes dans l'Aveyron par M. l'abbé Hermet se distinguent de 
celles qui ont été relevées dans les dolmens et les grottes de la 
vallée du Petit-Morin.Les figures y sont accompagnées de jambes 
et de bras et ont été trouvées en dehors des dolmens et des grottes 
funéraires. 



SEANCE DU 2 2 AVRIL. 

M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, adresse 
au Président de l'Académie des détails sur les travaux entrepris 
par M. Chedanne, architecte pensionnaire de l'Académie de 
France à Rome, pour l'étude des voûtes du Panthéon d'Agrippa^^l 

M. Maurice Holleaux, ancien membre de l'École française 
d'Athènes, chargé de cours à la Faculté des lettres de Lyon, fait 
connaître un monument qu'il a découvert dans les ruines du 
sanctuaire d'Apollon Ptoios, en Béotie. 

C'est un socle circulaire, formant la partie inférieure d'un 
piédestal qui supportait une offrande votive, probablement une 
statue. Une inscription dédicatoire, en caractères attiques du 
vi' siècle, est gravée sur ce socle; elle doit être restituée comme 
il suit : 

HinnAPXOI ANEOE[KEN HO nElZlEjTPATO. 

Le donateur serait Hipparque, le fils de Pisistrale : son nom, 

f'' Voir aux Commdnicatioks, n" X'X (p. la-j-iaS). 



— 9l> — 

jusqu'à ce jour, ne s'ëtait rencontré sur aucun monument épi- 
graphique. 

La présence, dans le sanctuaire thébain du Ptoïon, d'une 
offrande consacrée par le Pisistratide, n'a rien de surprenant, si 
l'on se rappelle les relations étroites qu'entretinrent Pisistrate et 
ses fds avec l'aristocratie thébaine, pendant leur second exil. 

Au Ptoïon, en 1886, a été trouvée une tête de femme, de 
lype archaïque, fort exactement semhlable auxhgures féminines, 
contemporaines de l'époque des tyrans, découvertes en grand 
nombre à Athènes {Bulletin de correspondance hellénique, 1887, 
planche VII). M. Holleaux reconnaîtrait volontiers dans cet im- 
portant fragment un débris de la statue consacrée par Hipparque. 
Peut-être cette statue représentait-elle Athéna : Athéna était adorée , 
sous le vocable de Wpovaia, dans le téménos d'Apollon Ptoïos. 

M. Siméon Luge commence la seconde lecture de son mémoire 
sur Jeanne Paynel et le château de Chantilly. 

M. Julien Havet termine la lecture du mémoire de M. Ro- 
biou sur l'état religieux de la Grèce et de l'Orient au iv" siècle avant 
notre ère. 



SÉANCE DU 29 AVRIL. 

M. BoN.\AT, membre de l'Institut, président de la Société des 
artistes français, écrit au Secrétaire perpétuel pour lui annoncer 
que le Conseil d'administration de cette Société a décidé que les 
membres des différentes Académies de l'Institut pourront visiter 
le Salon de cette année, sur la présentation de leur médaille, à 
partir du 00 de ce mois. 

M. Puvis de Chavannes, président de la Société nationale des 
beaux-arts, fait savoir également que les membres de l'Institut 
seront admis, sur la présenlation de leur médaille, à visiter 
l'Exposition des beaux-arts organisée par cette Société au Palais 
du Champ-de-Mars. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture à l'Académie de l'ex- 
trait d'un testament en date du 22 janvier 1886, par lequel 
M"" Fre'maux, veuve de M. Gabriel de Chénier, lègue à l'Aca- 



— 93 — 

domie des inscriptions et belles-lettres une somme de quatorze 
mille francs, trpour le revenu être donne' en prix tous les cinq ans 
à Tauteur de la me'thode que ladite Acade'mie aura reconnu être 
la meilleure, la plus simple, la plus prompte, la plus elficace 
pour l'enseignement de la langue grecque. Si TAcadémie ne ju- 
geait aucun ouvrage digne de cette l'écompense, le montant 
accumule' de ce prix pourrait être, par elle, de'cerné dans Tune 
des pe'riodes quinquennales suivantes. ■« 

L'Acade'mie se forme en comité' secret. 

La séance redevient publique. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture d'une lettre et d'un 
téle'gramme de M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de 
Rome, relatifs principalement aux recherclies de M. Cbedanne 
sur le Pantbe'on d' Agrippa (^). 

M. Maspero, au nom de la Commission du prix Stanislas 
Julien, fait le rapport suivant : 

ffLa Commission, après avoir examiné les ouvrages adressés 
au concours, a décerné le prix à M. Léon de Hosny, pour son 
ouvrage intitulé : Clian-Hai-King, antique géographie chinoise 
traduite pour la première fois sur le texte original, dont le pre- 
mier volume seul a paru.i^ 

M. Champoiseau, ministre plénipotentiaire, correspondant de 
l'Institut, fait une communication sur l'emplacement du sanc- 
tuaire d'Apollon à Actium, si célèbre dans l'antiquité'. 

Cet emplacement précis est resté longtemps ignoré. M. Cham- 
poiseau pense avoir résolu la question, grâce aux fouilles exé- 
cutées par lui à la pointe d'Actium, fouilles dont il rend compte 
à l'Académie, avec plans à l'appui. Ces travaux ont mis au jour 
des vestiges importants de plusieurs temples d'époques succes- 
sives, qui étaient évidemment les fameux édifices dédiés à Apol- 
lon, nombre d'inscriptions, d'objets anciens et surtout les deux 
si curieux torses de statues archaïques d'Apollon qu'on voit au- 
jourd'hui dans la salle grecque du Louvre. Le plus récent des 
édifices sacrés ainsi découverts, de construction romaine en opus 

''■' Voir aux Communications, n" XXI (p. la/i-iay). 



— O'i — 

reticidutum, fut, selon loiile apparence, élevé par Aiifjuslc en 
riionneur d'Apollon, au Iciidenialn de la victoire navale qu'il 
remporta à Actium sur Antoine (3i avant notre en;), fondation 
que nous fait connaître Suétone, lorsqu'il dit, dans sa Vie d'Au- 
guste (§ xviii) : cfPour perpétuer la mémoire de la journée d'Ac- 
tium, il fit bàlir sur cette même côte Nicopolis et y fonda des 
jeux qu'on devait célébrer tous les cinq ans. il agrandit l'ancien 
temple d'Apollon Actiaque et le lieu où avaient campé ses troupes 
de terre fut consacré à Mars et à Neptune et orné d'un trophée 
naval. » 

M. Lecoy de la Marche commence la lecture d'un mémoire 
intitulé : Interrogaloire d'un enlummeur par Tristan VErmite. 



95 



COMMUNICATIONS. 



N" XIII. 



NOTE SUR UNE NOUVELLE DECOUVERTE DE TROGLODYTES DANS UNE 
GROTTE DES BAOUSSÉ-ROUSSÉ, COMMUNE DE VINTIMILLE (iTALIe), 
PAR M. LE d'' R. VERNEAU. 

(séance Dn 4 MARS 1899.) 

Lorsque après avoir quitté Menton on franchit la frontière 
italienne en longeant le rivage, on ne tarde pas à rencontrer 
une importante masse de rochers, qu'on désigne sous le nom 
de Baoussé-Roussé ou Rochers Rouges. Ils sont situés sur le 
territoire de la commune de Vintimille (en italien Ventimiglia) , 
a 200 ou 3oo mètres de la France. C'est dans ce massif ro- 
cheux que sont creusées les fameuses grottes, dites à tort 
Grottes de Menton. 

Il y a quelques années, plusieurs de ces grottes ont été 
soigneusement fouillées par M. Rivière, qui y fit d'abon- 
dantes récoltes présentant un grand intérêt au point de vue 
archéologique. Tout le monde sait notamment qu'il y rencon- 
tra le squelette humain que possède actuellement le Muséum 
d'histoire naturelle et les deux squelettes d'enfants qui furent 
achetés par l'Institut catholique. 

La cinquième grotte à partir de la frontière est connue 
dans le pays sous le nom de Barma-Grande, c'est-à-dire la 
Grande-Grotte. Lorsqu'il y commença ses recherches, M. Ri- 
vière la trouva presque intacte; il y rencontra un assez grand 
nombre de restes d'animaux et un fragment de mâchoire hu- 
maine. Mais le sol en était humide, et ce fut peut-être cette 



— 90 — 

circonstance (jui cmpéclia l'explorateur tic la fouiller profon- 
dément. 

Depuis lors, le prince de xMonaco y fit j)rati([uer quelques 
excavations, et le 5 février i88/i MM. Julien et Boufds y ren- 
contraient un crâne et quelques ossements humains, à une 
profondeur de 8 m. ho. Enfin, dans ces dernières années, un 
maître carrier, M. Abbo, a extrait de la caverne une si grande 
quantité de terre que le sol se trouve actuellement à 6 mètres 
environ au-dessous de son ancien niveau. En même temps, il 
faisait sauter une partie de la façade pour en tirer des pierres 
de construction qu'il vendait dans la ville de Menton. 

Il y a quelques semaines, un enfant de M. Abbo, en creu- 
sant avec une pioche le sol de la caverne, rencontra à un peu 
plus de 2 mètres au-dessus de son niveau actuel un crâne 
humain qui fut fortement endomraaji^é par l'outil. Bientôt on 
mit à découvert deux squelettes complets, et, quelques jours 
après, on aperçut un troisième squelette. 

Votre honorable président, M. Alexandre Bertrand, ne 
tarda pas à être informé de cette intéressante découverte par 
M. Delerot, conservateur honoraire de la bibliothèque de Ver- 
sailles, qui habite actuellement Menton, et, à son tour, il en 
avisa votre confrère M. le docteur Hamy. Celui-ci, après en avoir 
référé au Ministère de l'instruction publique, me demanda de 
me transporter immédiatement aux Baoussé-Roussé, oii, mal- 
gré des difficultés sans nombre, j'ai pu faire des observations 
qui ne me paraissent pas dénuées d'intérêt. 

La Grande-Grotte se trouve à une trentaine de mètres du ri- 
vage et à 2 mètres à peu près d'altitude. Elle est orientée presque 
exactement du nord au sud; son ouverture regarde au midi. 
Sa profondeur est aujourd'hui de i6 mètres, et sa largeur 
atteint un plus de h mètres à l'entrée; à partir de ce point elle 
va en se rétrécissant insensiblement jusqu'au fond. La voûte, 
fort étroite, se trouve à environ 1 7 mètres au-dessus du niveau 



— 97 — 

actuel, fie sorte que la grotte mesurait à peu près i i mètres 
(le hauteur, lorsqu'on n'en avait pas encore extrait de terre. 

D'après les renseijjnements que j'ai pu obtenir, le sol était 
constitué clans toute son épaisseur par une couche de terre de 
couleur brune, parsemée de petits foyers, d'ossements d'ani- 
maux, de coquilles, de nombreux silex et de fragments de 
roche détachés de la voûte; c'est ce qu'on peut encore obser- 
ver dans la partie qui n'a pas été déblayée. A première vue, 
on ne voit pas de couches nettement délimitées : les foyers 
n'occupent que de petites surfaces et ils ne sont séparés verti- 
calement les uns des autres que par de faibles intervalles; ils 
ne constituent pas de lignes de démarcation tranchées dans 
une couche d'aspect homogène. Il semble donc que la caverne 
ait été habitée sans interruption pendant un temps fort long 
et qu'il n'y ait pas eu de remaniements. 

Je viens de dire que c'est à un peu plus de 2 mètres au- 
dessous du niveau actuel cju'ont été rencontrés les trois sque- 
lettes humains; 'ils étaient donc couchés à plus de 8 mètres de 
profondeur, lorsque le sol était encore intact, c'est-à-dire qu'ils 
se trouvaient au même niveau que le crâne extrait en i88/i 
par MM. Julien et Bonfils. 

Les trois cadavres appartenaient, l'un à un homme, l'autre 
à une femme peu âgée, et le dernier à un sujet jeune, mais déjà 
grand , dont les dents de sagesse n'étaient pas sorties des alvéoles 
et dont les épiphyses des os longs n'étaient pas encore soudées. 
L'homme est placé du côté de l'entrée et la femme au milieu. 
Les squelettes sont couchés sur le côté gauche et reposent sur 
un lit de terre ferrugineuse, de couleur rougeâtre, qu'on ne 
rencontre pas au delà de l'endroit ([u'ils occupent; elle a donc 
été placée dans ce point pour y déposer les morts '^'. Une 
couche de même nature avait été jetée sur les cadavres; les 

''^ Au-dessous se reucontrenl les traces d'un ancien fover. 



— 98 — 

matières colornntos qu'elle contenait ont teinté tous les os en 
rouge lorsque la putréfaction eut accompli son œuvre. 

Quoique couchés sur le mémo côté et ayant tous la tête 
tournée vers l'est-sud-est, les trois cadavres n'affectent pas la 
même attitude. L'homme a les membres supérieurs allongés 
le long du corps, tandis que la femme et l'enfant les ont re- 
courbés de telle manière que les mains se trouvent à la hau- 
teur du menton. 

Au niveau de la main gauche de l'homme, on a rencontré 
une grande lame de silex de 28 centimètres de longueur sur 
5 de largeur, plane sur une face, grossièrement taillée sur 
l'autre; vers l'extrémité la plus large, quelques grands éclats 
ont été enlevés sur la face travaillée. Une lame analogue, 
longue de 1 7 centimètres et large de 5 , était placée sous la 
tête du jeune sujet, dont elle dépassait l'occiput; sa face tra- 
vaillée a été plus soigneusement retouchée à un bout, de façon 
à faire de l'outil un grand grattoir. Quant à la femme, sa 
tête reposait sur un fémur de ruminant, et une lame de silex 
avait été placée dans sa main gauche. 

Les débris du crâne masculin avaient été enlevés avant mon 
arrivée ; mais j'ai pu obtenir l'autorisation d'extraire les frag- 
ments de la tête du jeune sujet, sur ma promesse de la re- 
constituer. Au cou, j'ai rencontré un collier composé de deux 
rangées de petites vertèbres de poisson et d'une rangée de 
petites coquilles perforées {iiassa neritea). De distance en dis- 
tance, une pendeloque en canine de cerf était suspendue au 
collier; la couronne de ces dents est ornée de petites stries 
parallèles. L'homme portait au cou une parure qui comprenait 
quatorze dents semblables. Sur le thorax et l'abdomen de 
chaque cadavre, on a recueilli un certain nombre de vertèbres 
de poisson, beaucoup plus volumineuses. L'homme et l'enfant 
avaient, autour de la lête, quelques johes petites pendeloques 
taillées dans l'ivoire de dents de mammifères et ornées de 



— 99 — 

plusieurs rangées do stries parallèles. Au-dessous du genou 
gauche de l'homme, il a été trouvé, pendant mon séjour aux 
Baoussé- Rousse, deux coquilles perforées appartenant au 
genre cyprœa, placées l'une en dedans, l'autre en dehors de 
la jambe. Enfin, plusieurs objets en os, décorés de stries et 
affectant la forme d'une double olive, me paraissent avoir été 
des pendeloques. Le sillon médian qu'ils présentent permet- 
tait de les porter suspendus. 

Tels sont les ornements rencontrés jusqu'à ce jour au ni- 
veau des squelettes; mais ce n'étaient pas les seules parures 
dont se servaient les troglodytes de la Barma-Grande. A i mètre 
ou 1 m. 5o au-dessus des cadavres, on a recueilli de nom- 
breuses pendeloques consistant en anneaux sciés transversale- 
ment dans la diaphyse d'un os long, en astragales et en frag- 
ments osseux de toutes sortes. Il semble que tout morceau 
d'os, quelque informe qu'il fût, constituât une parure dès 
qu'on y avait percé un trou de suspension. Les coquilles ma- 
rines n'étaient pas dédaignées, elle pectunculus glycimeris était 
porté comme ornement. 

L'industrie des vieux habitants de la Grande-Grotte consis- 
tait surtout dans la fabrication des instrmnents en pierre; par- 
fois quelques grossiers outils en os ont été trouvés dans la 
caverne. A aucun niveau, on n'a rencontré un seul objet en 
pierre polie. Les outils les plus communs sont des grattoirs 
simples ou doubles rappelant ceux qu'on a trouvés en si grand 
nombre à la Madeleine, des pointes en silex qui offrent 
quelquefois de très petites dimensions, des perçoirs dont l'ex- 
trémité seule a été légèrement retaillée. 

La race qui vivait alors dans ces parages était robuste et de 
haute stature. Les sujets nouvellement découverts, l'homme 
surtout, rappellent le type de celui découvert par M. Rivière, 
c'est-à-dire qu'ils appartiennent à la race de Cro-Magnon. 
Néanmoins notre homme était d'une taille tout à fait exagé- 



— 100 — 

réc : son fémur mesure au moins 5/i5 millimètres, ce qui 
doit correspondre à une taille supérieure à 2 mètres '^l La 
femme et le jeune sujet avaient environ i m. G5 de hauteur. 

Il m'a été permis de (^ratter légèrement la terre à côté du 
fémur du squelette masculin de la Barma-Grande, et j'ai pu 
constater qu'il possédait en arrière une forte colonne de ren- 
forcement. Les humérus dénotent aussi une vigueur peu com- 
mune' : leur extrémité inférieure mesure 65 millimètres de 
largeur. 

Les crânes étaient en trop mauvais état pour pouvoir être 
reconstitués avec précision. Celui du jeune sujet est entière- 
ment déformé par la pression des terres et ses diamètres se 
trouvent sensiblement modifiés; celui de l'homme est fort in- 
complet. Toutefois, nous avons pu constater sur ce dernier, 
aussi bien que sur la tête que possède le musée de Menton , 
les caractères essentiels de la race de Cro-Magnon : dolicho- 
céphalie très marquée, face basse, méplat fort étendu en ar- 
rière du crâne, renflement de l'occipital, bosses pariétales 
accentuées, orbites bas, larges, à angles à peine atténués. 
Les dents sont usées, même chez le jeune sujet, et chez 
l'homme l'usure intéresse jusqu'à la racine de la première 
grosse molaire de la mâchoire supérieure '^l 

En somme, la découverte nouvelle vient confirmer et com- 
pléter ce que nous avaient appris les fouilles pratiquées dans 
les grottes voisines. Aux Baoussé-Roussé vivait une tribu re- 
marquablement homogène, dont les divers membres présen- 
taient les mêmes caractères physiques et les mêmes coutumes. 

Il était du plus haut intérêt de déterminer l'âge de la sé- 



(" Pour les tailles élevées, nous ne possédons que fort peu de termes de 
comparaison. Au Muséum existe un squelette de géant dont la taille atteignait 
2 m. 16; son fémur droit mesure 5^3 millimètres. 

<*' Depuis la communication de cette note, j'ai pu réparer la tête de la 
jeune femme; elle leproduil les mêmes caractères ethniques. 



— 101 — 
pukure. En eftel, M. Rivière n'avait pas hésité à regarder les 
hommes des Rochers- Rouges comme franchement quater- 
naires, tandis que d'autres avaient voulu les rajeunir sensible- 
ment. 

Les animaux dont lés restes ont été recueillis dans la couche 
placée immédiatement au-dessus des squelettes de la cin^ 
quième grotte appartiennent exclusivement à des espèces en-- 
core existantes à l'heure actuelle. Ceux dont les ôs étaient 
en contact avec les restes humains appartiennent à une faune 
h peu près identique. S'il existe quelques débris d'animaux 
disparus, il est certain qu'ils ne s'y trouvent que dans une 
infime proportion. Nous pensons être bientôt en mesure de 
le démontrer d'une façon irréfutable. L'homme dont on 
trouve les restes aux Rochers-Rouges vivait donc à l'époque 
ou les animaux anciens étaient remplacés par les espèces 
actuelles, c'est-à-dire dans la période intermédiaire à l'époque 
(juaternaire et à notre époque. Cette conclusion se trouve- 
rait confirmée par fexamen détaillé de l'industrie de ces tro- 
glodytes ^ qui ne savaient pas encore polir leurs outils de 
pierre, mais qui, cependant, taillaient des instruments rela- 
tivement assez beaux. C'est l'opinion qu'avait émise, des i 87a, 
M. le docteur Hamy, et la nouvelle trouvaille lui donne plei- 
nement raison. 

N° XIV. 

\}H NOUVEAU t^RAGHENT DES ACTA PRÀTIWM ABVALIVKT, 
PAR M. HÉRON DE VILLEFOSSE. 

(séance m 18 MARS 1892.) 

M. le professeur Wolfganp Helbig, notre correspondant^ a 
adressé à M. G. Perrot, pour être présentée à l'Académie, la 
copie d'un fragment d'inscription qu'il a acheté récemment à 
Rome chez un marchand d'antiquités. M. W. Helbig a joint à 

XX. 8 



IHmtVXHtll AArl^^ALI. 



— 10-i — 

sa copie deux estampages, l'un à l'e.iu. l'autre à la mine de 
plomb, que j'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Aca- 
démie. Notre savant confrère M. G. Perrot m'a remis cet inté- 
ressant envoi, en me priant de vous en entretenir. 

Voici d'abord le texte tel qu'il est transmis par M. Helbig : 

I • M • SERVAVE 
p\RTH • MAX • FRATRI • DIV/ antoninif 
MIVM • REM • PVBL • P • R • Q- K^Glonesqne 
ICET-COMMODO-CAES CETERISQV 
ISTV • EA • ITA • FAXIS • TVNC • TIBI • NO/ 
«(//ufRVNT • In COLLEGIÔ • T • FL • SVLPICI ANV.S 
IVS • CELSVS • VALERIVS • IVN 
M-B-M-IVNONI KEginae 

A celte copie est jointe la note suivante : rr Fragment des 
Acta fratrum Arvalium du règne de Marc-Aurèle et de Vérus. w 

L'attribution est absolument certaine, et M. Helbig a très 
justement reconnu la nature et l'intérêt de ce petit fragment. 
Je demande la permission d'ajouter quelques mots à la note 
trop brève de notre savant correspondant. 

Tout le monde sait que le bois sacré où les Arvales accom- 
plissaient les cérémonies de leur culte était situé hors de 
Home, au cinquième mille de la voie Campana, à l'endroit où 
se trouve aujourd'hui la vigne des frères Ceccarelli. On y 
a retrouvé des archives lapidaires d'une richesse considérable 
qui ont fourni à l'érudition moderne les renseignements les 
plus précieux pour l'histoire des sacerdoces romains. Les pre- 
mières découvertes, faites sur l'emplacement de ce bois sacré, 
remontent à l'année 1570. 

En 1796 Gaetano Marini'^' publia dans son grand ouvrage 

(>) GH ath e monumenti de' fratfilli Arvali, Roma, a vol. in-i°. 



— 103 — 

sur les frèros Arvales, ouvrage qui a une importance capitale 
pour l'histoire et les antiquités romaines, soixante-sept pro- 
cès-verbaux des réunions de ces prêtres. 

A la suite de fouilles méthodiques entreprises en 1867 dans 
la vigne Ceccarelli, sous les auspices et aux frais de la maison 
royale de Prusse, M. W. Henzen '^' put réunir et commenter 
quatre-vingt seize inscriptions se rapportant à autant de procès- 
verbaux annuels, dont le plus ancien est de l'an i4 après J.-C. 
et dont le plus récent remonte à l'année adi. Le texte de 
ces actes, classés chronologiquement, a été reproduit en 18 -y 6 
dans le volume du Corpus latin consacré aux inscriptions de 
Rome '^^ 

Depuis cette dernière publication, de nouveaux fragments 
ont été découverts; on en signale presque chaque année : 

1° Année ai. Fragment trouvé sur la voie Flaminienne, 
près de la basilique de Saint- Valentin (monts Parioli), à en- 
viron un mille de Rome'^'. 

a" Année 37. Fragment trouvé dans la vigne Ceccarelli^*'. 

3° Année q8. Fragment retiré du Tibre '^'. 

k" Année S y. Fragment trouvé dans les travaux de la via 
de' Bmdlari^'^K 

5° Année lâS. Fragment trouvé dans une vigne, aux en- 
virons de la basilique de Saint-Laurent, près la voie Tiburtine. 

'•' Acta fratrum Arialium quae supersunt. Restiluit et illustravit Guilefinus 
Henzen. Accediint fragmenta Jastorum in luco Arvalium effossa. Berlin, 187^, 
iri-8°. 

'') Corp. inxa-. Latin., vol. VI, 11°' aoaS à 211g. 

^*' G. Gatti, Bull, délia Comm. arch. comunnle di Borna , 1 889 , p. 1 1 9, 

'*' Henien, Ephem. epigr., l. Il, p. ai 1-212. 

"' Henzen, BuU.deW Inst. archeoi, i88Q,p. yoi. 

''' Henzpn, Bull, delln Comm. nrrh. comunnle di Bnma , 188/1. p. 9 ko. 

8. 



— \i)h — 

Le procès-verbal est du i-j inui, ('|)0(jue à la(|urlle un cé\é- 
l)rait les fêtes de la déesse l)ia. Parmi les frères présents 
lifjure M-VALERIVS-IVNIANVS dont nous aurons à repar- 
ler plus ioin^''. 

6° Année lâo. Fragment trouvé dans une vigne derrière 
Saint-Laurent-hors-ies-Murs -'. 

'j" Année ]i>5. Deux fragments trouvés dans la vigne (]ec- 
carelli^^'. 

8° Second siècle. Fragment trouvé dans les fouilles du cime- 
tière de Saint-Hippolvte '''. 

()" et 10°. Second siècle. Deux fragments de l'épofpie des 
Antonins, trouvés à Conco, dans le bois de Mentana. (j'est 
l'endroit le plus éloigné de Rome où l'on en ait jusqu'ici ren- 
contré '^', 



1 1 



" Le fragment nouveau découvert par M. W. Helbig. 



On voit que le chiffre des procès-verbaux, connus au moins 
en partie, s'élève aujourd'hui à plus de cent. 

"' G. Galti, Bull, délia Comm. arch. cunianale di Romii, i886, p. 36i. 

('' G, B. de Rossi, Bull. delV Inst. archeoL, 1882, p. 7'>.. 

(^' Henzen, Ephem. epii^r., t. II, p. 21 3-3 1 5. 

'*' Henzen, Bull. deW histit. archeoL, i883, p. 110-111. 

(*' G. Tomasetti, Bull, délia comm. arch. Comnnale di Ronia, 1890, p. 1 10. 
— La dispersion des fragments des Actes dos Arvales est inrroyal)io! M. le 
commandeur J.-B. de Rossi a démontré que l'emplacement du bois sacré des 
Arvales, avec tous ies édifices qui en dépendaient, avait été donné à l'Eglise 
romaine par les empereurs chrétiens et (jue le pape Damase y avait élevé un 
oratoire autour duquel avait été établi un cimetière. Les chrétiens ne se 
firent pas faute, au v' et au vf siècle, d'employer, pour couvrir leurs tom- 
beaux, les marbres qui provenaient de ce point. Les actes de l'époque des Anlo- 
iiins o:it élé particulièrement pillés et on ne les retrouve plus qu'à l'état de 
petits fragments. Cf. J.-B. de Rossi, Bull, di arch. crist., 1868 et i8tJ9; Rotna 
soUerranea, 111, p. 689 el suiv. 



— 105 — 

Le nouveau fragment, il est facile de le reconnaître au 
tvpe des caractères, appartient à un procès-verbal de la se- 
conde moitié du ii* siècle. Comme tous les procès-ver- 
baux de cette époque, il nous parvient dans un état de muti- 
lation très regrettable. Deux mentions chronologiques, insérées 
aux lignes 2 et h . permettent de préciser la date d'une ma- 
nière assez étroite et d'allirmer que ce fragment faisait partie 
d'un acte rédigé après l'année 1 69 et avant l'année 177, c'est- 
à-dire après la mort de Lucius Vérus et avant le règne simul- 
tané de .Marc-Aurèle et de Commode. 

— L. 1 . Le mot SER.VAVEm, dont le complément est 
certain, indique que le texte renfermait une prière adressée à 
Jupiter par les Arvales en faveur de l'empereur régnant. Sur 
l'estampage, avant ce niot, je vois les lettres EM, ce qui s'ac- 
corde avec la formule ordinaire de ces prières : [si 

iiicolumjem servaveh^ts . . . 

— L. 2. L'empereur en faveur duquel les .\rvaies prient 
en commun est appelé Partluci maximi [rater. Il s'agit évidem- 
ment de Marc-Aurèle; le Parthicus Maximus est Lucius Vérus. 
Mais Marc-Aurèle n'aurait pas élé désigné de cette façon du 
vivant de son frère *^'; Lucius Vérus était donc certainement 
mort quand l'acte a été rédigé. Il en résulte que la seconde 
ligne peut être ainsi complétée : 

[divi veri p\art]ii{ci) max{tmï) fratri , div[i antonini ptif. . .] 

Le procès-verbal auquel appartient ce fragment est donc 
postérieur à l'année 169, date de la mort de Vérus. 

— L. 3 rem j>ubl{icam) p{opuli) r{omani) (j^uiritium) 

regi[ones(pie quae sunt sub dicione j){opuU) r{omarn). . . .1 

' (A. l'inscription de Zannizegeliisa , Corp. inscr. Latin., vol. 111, n" iltoc 



— lOG — 

Dans un [)iocès-verbai contem[jorain '^ on lit : t^Jnpiler op- 
tinie maxime, si res publica populi Romani Quirilium, impe- 
rium romanum, exercitus, socii, nationes qua? sub dicionc 
populi Romani Quiritiuni sunt, incolumes erunt,?' etc. 

— L. /i et Commndo Cacs(ar't) . . . Cette mention 

prouve que l'acte est antérieur à l'année 177, à partir de 
laquelle Commode fut défmitivement associé à l'empire. — 

cetensqu[c il s'agit des autres membres de la famille 

impériale. 

On peut se demander si l'absence du nom d'Annius Vérus, 
nommé César en 166 en même temps que Commode et mort 
en 170, ne permettrait pas de resserrer l'péoque de la rédac- 
tion de l'acte entre les années 1 70 et 177. 

— L. 5 . . . . n]s tu ea itafaxis, tune tibi no\imne colhgnfra- 

trum arvalium ]. C'est la formule qui termine la prière. 

Suivait l'indication du nombre des victimes qu'on devait im- 
moler à Jupiter et aux autres dieux si les vœux des Arvales 
étaient exaucés. 

L. 6 et 7. [adfue\mnt m collcgio T. Fl.(^avlns) Sulpicia- 
nu\s ]m5 Celsus, Yalerms Jun[ionus. . .] 

Le procès-verbal se termine par la mention des membres 
du collège, présents à la cérémonie. Le premier nommé est. 
ordinairement le magistcr, ])résident du collège. Mais ce mn- 
ghter se faisait quelquefois remplacer; il n'est donc pas pos- 
sible de dire avec une certitude absolue de quel titre était 
suivi le nom de T. Flavius Sulpwianus. 

Ce personnage est très connu. C'est le beau-père de l'empe- 
reur Pertinax, le père de l'impératrice Flavia Tiliana '-'. Il fut 

C Henzen, Acia , p. clxxviii. 
'^' Capiloliniis, Pcrlliuix, c. v. 



— 107 — 

préfet de Rome pendant le court principal de son gendre ^^'. 
Le 28 mars 198, appelé par Pertinax dans le camp des pré- 
toriens pour calmer la sédition, il tenta de se faire proclamer 
à la place de l'empereur; mais les soldats, séduits par l'or de 
Dide Julien, lui préférèrent ce dernier, auquel ils enjoignirent 
néanmoins de ne faire aucun mal à Sulpicianus. Cette pro- 
messe fut tenue. Sulpicianus ne périt qu'en 197, après la 
bataille de Lyon, par ordre de Septime Sévère. Le vainqueur 
le lit mettre à mort avec plusieurs autres personnages accusés 
d'être partisans d'Albin '^'. 

T. Flavius Sulpicianus apparaît plusieurs fois dans les 
Actes des frères Arvales. H est mentionné en i83, 186, 198. 

En i83 il assiste aux cérémonies des ly, 19 et 20 mai. H 
est nommé llamine le 1 9 mai. 

En 186 il officie en qualité do promagisler le 7 janvier, 
les 27, 29 et 3o mai. 

En 1 98 , le 1 2 janvier, il figure parmi les frères Arvales qui 
assistent au Capitole, devant la cella de Junon, à la lecture 
solennelle des vœux pour le salut de Pertinax. 

Le fragment retrouvé par M. W. Helbig nous montre (ju'il 
appartenait au collège des Arvales au moins six ou sept ans 
plus tôt que les fragments, antérieurement connus, ne l'indi- 
quaient. Il est probable qu'il figurait sur ce dernier fragment 
en qualité de magisler. 

Des noms des frères Arvales présents à la cérémonie, qui 
suivaient celui de Sulpicianus, il ne reste que deux, malheu- 
reusement incomplets. 

Le premier ne se retrouve dans aucun des fragments des 
Actes découverts jusqu'ici. On peut songera un personnage con- 
temporain, [.4e/]<ws Cclsus qui fut tué par ordre de Septime 

'" Voir la notice qui lui est consacrée [ar Rorgbe?i, OEiivroa, t. l.\. p. ^; 
pt 3a8. 

W Dion, livre LXXV, c. viii. . 



^ 108 — 

Sévère et dont le nom nous a été conservé par Sjjarlien ''l Ce 
n'est là qu'une hypothose. 

Le second, au contraire, est très connu. (î'est M. Valerius 
Junionm. Il apparaît dans les actes depuis le règno d'Hadrien. 
On constate sa présence dans le collège en 119. en 122, 
en i/i5, en i55. Vers l'année 170, époque à laquelle peut 
remonter le nouveau fragment, il devait élro âgé de près de 
quatre-vingis ans, si l'on suppose qu'il est entré dans le coU 
lège des Arvales à l'âge de trente ans, en 1 1 (j. 

En 1 1 q il assiste à la cérémonie du 1 9 mal. 

En 122, il ligure le 29 mai en (jualité de jiromao^ister, 
remplaçant le magister P. Cornélius Gémi nus; il accomplit le 
sacrifice en l'honneur de la déesse Dia. 

En 1 /i5 il assiste à la fête du 1 j mai. 

En 1 55 il est présent, le 3 janvier, à la lecture solennelle 
des vœux pour le salut de l'empereur; il apparaît cette même 
année à toutes les cérémonies des fêtes de mai. 

— L. 8. La dernière ligne contient la mention des vic- 
times immolées aux dieux à l'occasion de cette réunion. Ces 
victimes sont presque toujours les mêmes et les noms des 
divinités se succèdent dans un ordre connu. Il est très pro- 
bable qu'il y avait ici : 

[?(or()] o{pliiiio)] miaximo) h{ovcm) m[arein), iunoni re\giuae h{ovem)f[e- 
minam) , minenme b[oveni) /[eminamy. . . oie. 

Les compléments sont certains, au moins en ce qui concerne 
les divinités du (>apitole. D'autres divinités sont ordinairement 
nommées.. 

On voit par cette courte note l'intérêt cpie présente la dé- 

'■) Sparlien , 5ej)e|-(« , c. viii. 



— 109 — 

couverte faite par M. le professeur W. Helbig. Je suis cer- 
tain d'être l'interprète de tous mes confrères en remerciant 
notre savant correspondant d'en avoir réservé la primeur à 
notre Académie. 



P^" XV. 

NOTE DE M. LE MARQUIS DE VOGÛÉ 
SDR LNE INSCRIPTION PUNIQUE TROUVEE PAR LE P. DELATTRE À CARTHAGE. 

(séance du i8 mars 1892.) 

J'ai l'honneur de communiquer à l'Académie l'estampage 
d'une petite inscription punique que je viens de recevoir du 
P. Delcttre. son actif et zélé correspondant. Le texte est gravé 
sur la petite face supérieure d'une stèle funéraire en pierre 
noire dite sawân, matière qui a servi à un grand nombre 
des stèles votives que l'on trouve par milliers dans le sol do 
l'antique Carthage. La stèle mesurait de 70 à 80 centimètres 
de longueur : ia petite face, qui porte l'inscription, mesure 
i3 centimètres sur 10. Le texte est encadré d'une moulure r 
il est ainsi conçu : 

Tombeau d'Aklsanm. fondeur de fer, (ils de HaaisiUek. 

Les lettres sont d'une bonne époque; elles appariicnneni 
à la période qui a produit les beaux textes de la Carthage in- 
dépendante : tarifs de sacrifices, stèles votives, il est dillicile 
de lui assigner une date positive, l'écriture carthaginoise 
s'étant peu modifiée pendant cette période; on peut néan- 
moins considéicr furdle ost (\\\ ni' ou du iv" siècle avant 
notre ère. 

(le petit texte, malgré sa brièveté, n'est pas sans olFrir \\\\ 



I lU — 

certain intérêt : d'abord, il est funéraire, ce qui le fait sortir 
de la banalité des stèles votives; ensuite il renferme la men- 
tion d'une profession industrielle. Le défunt était fondeur de 
fer. Les inscriptions votives trouvées à Carthage mentionnent 
plusieurs fondeurs d'or et de cuivre, ynnn ~{Dj et nDnjn "^d: 
[Corpus F. S., n"" 327-339), mais elles n'ont pas jusqu'ici 
donné d'exemple d'un fondeur de fer. Le mot employé pour 
désigner ces professions, malgré les différences pratiques qui 
les distinguent, est le même : ip:. Ce mot exprime spécialement 
la notion de fusion, de liquéfaction, car il s'applique également 
à des libations de liquides. Le participe nzDD se rencontre 
souvent dans la Bible avec le sens ^idoles fondues en bronze. 
Néanmoins il ne faudrait pas, dans le cas présent, prendre ce 
mot absolument à la lettre, les anciens n'ayant pas connu le 
moyen d'employer la fonte de fer. Ils tiraient directement le 
fer du minerai par un procédé de réduction qui porte le nom 
de «méthode catalane 55, parce qu'il s'est perpétué presque 
jusqu'à nos jours dans les petites forges des Pyrénées. 

Le minerai était traité dans un petit creuset, sous un cou- 
rant d'air continu. Le fer produit ne dépassait pas l'état pâ- 
teux : néanmoins il sidiissait un commencement de fusion, qui 
suffit ù justifier l'emploi du mot "jc:. Le creuset qui servait à 
cette opération porte dans la Bible le nom de iiD : ce mot 
s'applique aussi bien à la métallurgie du fer qu'à celle de l'or : 
bî-)3n ^1D [DeuL, TV, 20; / Rerr., viii, 5i); nn'b niD (Prov., 
XXVII, 3, et xxvii, 21) : le même mot pouvait indiquer les 
deux opérations, quoique leur résultat fût un peu différent. 
Notre Carthaginois n'était donc pas un simple forgeron tra- 
vaillant au marteau des barres de fer; c'était un métallur- 
giste traitant un de ces beaux et riches minerais de fer qui 
abondent dans la province de Constantine. Le travail du mar- 
teau est désigné généralement par le mot ^yîSD et ses congé- 
nères :yi2:, u;î:V : ce dprnier est celui appliqué par la Genèse 



— 111 — 

à Tubal-Caïn, b'n2 Z'in ^2 u^b , malleator omnis operis ferrei , 
i'ancétre de notre Carthaginois. 

Le nom de ce forgeron et celui de son père sont déjà 
connus par les inscriptions. 

Cette petite stèle ne provient pas des fouilles dirigées avec 
autant de zèle que de succès par le P. Delattre sur la colline 
de Byrsa : elle a été trouvée près de l'ancien cirque. Quant 
aux fouilles, elles sont poussées avec activité et continuent à 
donner des résultats intéressants. Les différents étages de la 
nécropole punique sont successivement mis au jour : une 
grande tranchée pratiquée dans le flanc de la colline permet 
de les reconnaître, dans leur ordre chronologicjue; aux tom- 
beaux primitifs, dont nous avons communiqué la description 
à l'Académie, se superposent les tombeaux contemporains des 
guerres puniques, puis ceux de l'époque romaine. La seconde 
période a fourni un grand nombre de médailles grecques et 
carthaginoises qui servent à établir des dates. Le P. Delattre 
se propose d'adresser prochainement à l'Académie un compte 
rendu détaillé de ces fouilles, avec dessins à l'appui : nous 
nous bornons pour le moment à en signaler l'intérêt. 



N° XVI. 

LES DÉGODVERTES DE M. L'ABBÉ SAINT-GKRANÎ) À TIPASA (aLGÉRIe), 
PAR M. L'ABBÉ DUCHESNE. 

(séance du i8 mars 1895.) 

J'ai l'honneur de communiquer à l'Académie, de la j)art du 
curé de Tipasa (Algérie), M. l'abbé Saint-Gérand, les pre- 
miers résultats des fouilles entreprises par lui dans lès ruines 
d'un ancien édihce chrétien de sa localité. Cet édifice, situé 
sur un promontoire, à deux cents mètres en dehors des murs 
do |;i vdb' antique, du côté de l'ouest, n la forme d'ime basi- 



— 112 — 

liqiie; mais l'autel, au lieu d'elre situé clans l'abside, s'élève 
sur une estrade adossée au mur du bas de l'église, à celui 
dans lequel on s'attendrait à voir s'ouvrir les portes. Il y a 
trois nefs; le pavé est en mosaïque; il s'y trouve plusieurs 
inscriptions. Trois d'entre elles ont été déblayées par M. l'abbé 
Saint-Gérand. La plus courte se lit dans un entre-colonne- 
ment; c'est une sentence morale : Clmimh mstitiae est mai-iij- 
rium votif} optnrc; Iinhcs et ahnm smulem, aolemosinam virilnoi 
facere. Le mot pro a peut-être été oublié avant virihiis. 

Une autre inscription en treize lignes se développe sur une 
surface de 5 m. 5o de long et de 2 m. 60 de liauteur. occu- 
pant presque toute la largeur de la nef centrale. Elle se pré- 
sente juste au pied du snggeshim qui supportait l'autel. C'est 
une commémoration des travaux accomplis dans l'édifice par 
un Alexmider rector, c'est-à-dire évêque , de Tipasa. Par ses soins 
les restes des personnages qualifiés de msti priores avaient été 
retrouvés et réunis sous l'autel splendidement décoré. 

L'épitaphe de cet évéque Alexandre, la troisième des in- 
scriptions déblayées par M. le curé de Tipasa, se trouvait aussi 
dans la nef majeure, mais à quelque distance de la précédente, 
du côté de l'abside. Elle comprend neuf lignes, de même 
dimension que celles de l'autre inscription. 

Ces textes sont métriques; on y sent le rythme de l'hexa- 
mètre, mais la mesure de ce vers est rarement observée. C'est 
la métrique de Coramodien et de bien d'autres versincateurs 
de la décadence latine. Deux hémistiches virgiliens se trouvent 
réunis dans le même vers, d'une façon assez bizarre: 

Undique visendi studio chrlstinna actas circumfusa venk. 

L'évêque Alexandre n'était pas connu: le seul évêque de 
Tipasa dont le nom se soit conservé est Réparatus. qui fut 
mandé en /i8^ à la conférence réunie par le roi Hunéric. Les 
uiati prlorcs dont les tombeaux furent déterrés et groupés 



— 113 — 

dans le lieu saint par les soins d'Alexandre ne peuvent guère 
être que les anciens évèques de Tipasa. 11 y a lieu de croire 
qu'en poursuivant ses fouilles M. l'abbé Saint-Gérand décou- 
vrira leurs épitaphes. 

Il faut remarquer dans l'inscription dédicatoire le dernier 
vers, où il est question de la foule pieuse qui vient, en chantant 
des cantiques, tendre la main pour recevoir la connnunion; 

Sacra canens , sacramento vianus porn'gere gaudeus. 

A noter aussi le début de l'épitaphe de l'évêque : 

A lexandcv episcopus , legibus ipsis et allavibus natus , 
Aetatibus honoribusque in aeclesia catholicafuncUis. 

Si le second vers rappelle la formule classique : oinntbm 
honoribus in patria funclus , le premier fait songer à une in- 
scription romaine où l'on dit du pape Damase : 

Natus qui autistes sedis aposlolicne. 

A Tipasa comme à Rome on aura voulu dire ainsi que 
Févéque était né dans une famille sacerdotale. (>'était le cas du 
pape Damase, dont le père avait fait toute sa carrière dans 
l'Eglise. Quant à l'expression legibus, je serais disposé à l'in- 
terpréter comme si elle était au singulier, connne s'il y avait 
lege; le vers suivant, où aelatibus est évidemment pour aelate , 
fournit une analogie. Alexandre est né dans la loi, dans la lex 
sacrosancta, lex chrisliana, c'est-à-dire dans la religion chré- 
tienne; cette façon de parler est très commune au iv" et au 
v* siècle. 

Aucun indice, jusqu'ici, ne permet de rapporter à une date 
un peu précise l'édifice, les inscriptions et l'évèquc Alexandre, 
(iependant, comme on a cru devoir mentionner dans l'épitaphe 
de l'évêque qu'il était né de parents chrétiens, il est à croire 
que, lors de sa naissance, il \ avait encore beaucoiq) de 



— ll'l — 

païens à Tipasa. D'autre pari certaines expressions de l'in- 
scription métrique semblent avoir été suggérées par les in- 
scriptions romaines du pape Damase. Remarquer surtout le 

vers : 

Alexandn rectoris ovat per saecula nomen. 

La finale per saecula nomen se rencontre souvent dans l'épi- 
graphie damasiennc; le pape Damase se désigne constamment 
et désigne aussi ses prédécesseurs par le terme rector : Dama- 
sus reclor, Hic posilus rector. 

Il V a d'autres exemples d'inscriptions romaines imitées ou 
mêmes copiées en Afrique. Pour s'en tenir à Tipasa, l'inscrip- 
tion métrique trouvée par M. Gsell dans la basilique de Sainte- 

Salsa , 

llis mmpUis laborquc iiiest cl cura Poienti, 

dérive de l'inscription dédicatoire de la basilique romaine de 
Saint-Pierre-ès-Liens : 

Presbijleri tamen hic labor est et cura Philippi. 

Ces considérations nous interdisent de rapporter nos in- 
scriptions à une date plus ancienne que le règne de Théo- 
dose. 

Au temps oïl elles furent composées. Tipasa était une ville 
florissante, car il est dit de l'évêque Alexandre : 

Ciiius doctrina foret innumera plebs Tipasemis. 

Il est clair que le monument découvert par le curé de Ti- 
pasa est d'une grande importance pour l'histoire de cette 
ancienne cité, et que les inscriptions se classent au nombre 
des monuments les plus intéressants de l'épigraphie chré- 
tienne. Il faut souhaiter que ces fouilles se continuent. Elles 
formeront un digne pendant à celles que M. Gsell a faites 
l'année dernière dans la basilique de Sainte-Sslsa. 



115 



N° XVII. 

LETTRE DE M. GEFFROV, DIRECTEIR DE L'KCOLE FRANÇAISE DE ROME. 

(SBAKCE Dl 90 MARS l8y3.) 

Rome. 2 3 mars iSga. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

En signalant les trois métopes archaïques, du vif ou du 
VI* siècle, découvertes récemment à Sélinonte, j'ai dit qu'une 
d'entre elles avait été martelée. M. le professeur Salinas, en 
poursuivant les fouilles, a retrouvé des fragments qui per- 
mettent de reconstituer, en partie du moins, la scène primi- 
tivement représentée. Le principal de ces fragments permet 
de conjecturer que la métope figurait l'un des travaux d'Her- 
cule, sa lutte contre le Minotaure. 

M. le sénateur Baracco s'apprête à publier, avec le concours 
de M. Helbig. la précieuse collection bien connue de sculp- 
tures antiques qu'il a réunies si habilement à Rome. Un texte 
en français sera joint à des héliogravures. 

L'Académie sait quels marbres importants et inédits font 
partie de cette collection : tête trouvée à Tarente . réplique 
peut-être la meilleure du Doryphore de Polyclète ; tête attiquo 
de Minerve, de style archaïque, type immédiatement antérieur 
à la Parthénos de Phidias; magnifique tête d'Alexandre le 
Grand; portrait de César authentique, portant au front l'étoile : 
Simulacro ejiis in vertiro additur Stella (Suétone, Drvns Jii- 
lius, 88). 

Un collier d'esclave a été trouvé à Rome, vm Arcnula , 

portant cette inscription : revoca me ad domnm pul- 

veraiam . indication topographique inédite, à joindre aux 



~ H6 — 

précieuses indications de ce genre qu'ont déjà données Ces 
petits monuments : m Celimonlio ad domiim Klpidi; — in septis', 
— in area Callisti; — in lia lala, etc. La via Arenula est voi- 
sine du Tibre et de la via del Poherone. Il y avait sur la rive 
gauche du fleuve, de l'église Saint-Jean-des-Florentins au 
Ghetto, des amas de limon sablonneux qui expliquent ces dif- 
férents noms et celui de la domm pulverata. 

M. Piacentini, propriétaire d'un grand domaine rural à 
Prima-Porta. à neuf milles au nord de Home, avait déjà dé- 
couvert en 1878 les belles mosaïques, avec inscriptions, qu'a 
si bien commentées M"' la comtesse Lovatelli en 1879, dans 
la collection des Mémoires de l'Académie des Lincei. Depuis 
quelques mois, il trouve de nouveau, à la distance d'un kilo- 
mètre environ de Prima-Porta^ des chambres ornées de pareils 
pavements. J'en ai visité jusqu'à neuf dans la journée d'hier. 
Plusieurs olfrent une simple ornementation en noir et blanc, 
toujours élégante; mais deux sont très remarquables, soit par 
le sujet représenté, soit par leurs couleurs éclatantes. La pre- 
mière de ces deux mosaïques représente, au milieu, une tête 
de Méduse avec les serpents; tout l'entourage est de rinceaux 
brillants au milieu desquels se jouent des oiseaux. La seconde 
mosaïque est de style égyptien. Au centre, un cadre présente 
une scène d'adoration (?). Un personnage royal, ou divin, à 
droite pour le spectateur, est assis sur un trône. Il porte au 
front l'uréus. De la droite, il offre un gâteau ou bien une 
coupe de lait au serpent, dont les replis entourent une sorte 
de vase au couvercle non soulevé, ([ui parait rappeler la ciste 
mystique. A gauche pour le spectateur est un personnage 
debout. Il est tout entier de couleur verte, avec une haute 
coifl'ure (jui semble se terminer par un disque. Il présente au 
serpent un oiseau. Il tient de la droite un long instrument qui . 
se termine en forme de gril. Un cartouche sans inscription est 



— 117 — 

comme suspendu dans la partie supérieure du cadre, entre les 
deux personnages. M. le sénateur Baracco, rappelant le récit 
de Plutarque dans la vie d'Antoine, conjecture que la scène 
représente l'esclave apportant à Cléopâtre l'aspic dans un 
panier de figues. 

Une des mosaïques en noir et blanc représente, en divers 
médaillons, un Bacchus(?), un personnage ailé qui tient un 
pedum, et deux têtes d'homme, vues de face. 

La plupart de ces chambres sont munies de tuyaux en terre 
cuite fixés aux parois par de forts clous en fer, et qui servaient 
au chauffage , peut-être pour des thermes. 

Les fouilles, presque à fleur de terre, ont donné, outre ces 
mosaïques, un grand nombre de menus débris : un beau reste 
de peinture très soignée et bien conservée ; plusieurs briques 
avec leurs marques. Je recueille celle-ci, dont je joins à cette 
lettre l'estampage : 

A-ATI-PHIL-ERONS 
A{tî) Ati{di) PhU(eti) Eronis 

Il ne semble pas, sauf meilleure information après une 
recherche moins rapide, que le Corpus, XV, i, ait enregistré 
cette marque. Cf., ibid., les n°' 2286, 2237 et 2288. 

Il faut ajouter, parmi les débris, des stucs avec couleurs, 
des fragments de marbre sculpté, de petits chapiteaux ioniens, 
des amphores brisées, des morceaux de verre irisés, un poids 
et un moulin de fer, tout ce qui dénonce enfin des habitations 
riches et confortables. 

Toutes les chambres découvertes sont de moyenne dimen- 
sion; les deux principales mosaïques ont de cinq à six mètres 
sur chaque côté. Elles se partagent en trois groupes peu éloi- 
gnés l'un de l'autre. Elles s'étagent sur le penchant d'une 
colline; de l'une des chambres un escalier dont reste l'amorce 
conduit au plan inférieur. Il paraît donc évident qu'il y avait, 



XX. 



n>>ikii>»«ja . 



_ 118 — 

autour de la célèbre Villa de Livie où les fouilles de i863 ont 
fait découvrir la salle peinte et la statue d'Auguste du Braccio 
nuovo, une autre villa avec pavillons épars. 

Veuillez agréer, etc. 

A. Geffroy. 

N° XVIII. 

LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'ÉCOLE FRANÇAISE DE ROME. 

(séance du l" AVRIL 1892.) 

Rome, 23 mars 1899. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

C'est seulement par une gracieuse faveur de S, E. M. le 
ministre de l'instruction publique d'Italie, M. Pasquale Villari, 
que j'ai pu adresser à l'Académie un exemplaire des photo- 
graphies représentant les trois métopes de Sélinonte. Elles sont 
encore inédites. A Sélinonte même, ces sculptures sont encore 
invisibles, l'administration italienne se réservant de les pu- 
blier la première. Et, de fait, cette publication est tout à fait 
imminente. 

Les fouilles continuent. On a dégagé actuellement le flanc 
nord de l'acropole. On y a mis au jour quelques constructions 
en pierres de taille : c'est comme matériaux de ces constructions 
évidemment postérieures que les nouvelles métopes étaient 
employées. Un monument de forme demi-circulaire, que l'on 
prenait pour un théâtre antique, a été fouillé : c'est simplement 
une abside, qui a été transformée en maison d'habitation, et 
qui est divisée en une série de petites pièces communiquant 
les unes avec les autres. Dans l'intérieur même de l'acropole, 
la rue dirigée du nord au sud a été à peu près complètement 
déblayée. 

Dans la région de Syracuse, de récentes fouilles ont exploré 



— 119 — 

ia nécropole de Mégara Hyblaea; elles ont donné un assez 
grand nombre de vases peints. 

Je tiens ces informations de M. Jules Toutain, membre de 
l'École française de Rome, qui les a recueillies pendant son 
récent passage en Sicile. M. Toutain se rend en Tunisie pour 
une nouvelle mission archéologique. Nous publierons dans 
quelques jours le rapport étendu qu'il a rédigé sur sa mission 
tunisienne de l'an dernier. Ce rapport, intitulé : Le sanctuaire de 
Saturnus Balcaranensls au djebel Bou Kourneïn, fait partie de 
notre premier fascicule des Mélanges d'archéologie et d'histoire 
pour 1892, que je vais pouvoir adresser dans quelques jours 
à l'Académie. 

Veuillez agréer, etc. 

A. Geffroy. 

N° XIX. 

LETTRE DE M. G. SCHLUMBERGER 
SUR LES MÉTOPES DÉCODVERTES PAR M. SALINAS À SÉLINONTE ( SICILE ). 

(séance du 1" AVRIL 1893.) 

Gatane, 26 mars 1893. 

Monsieur le Secrétaire perpétuel et très honoré confrère, 

Au cours d'un voyage en Sicile, j'ai eu l'occasion, il y a peu 
de jours, de voir les trois nouvelles métopes que M. A. Sali- 
nas, l'éminent directeur des musées et fouilles de l'île, corres- 
pondant étranger de l'Académie des beaux-arts, vient de re- 
trouver à l'acropole de Sélinonte. Comme ce sont encore des 
monuments entièrement inédits qui n'ont été vus de personne, 
j'ai pensé que quelques renseignements précis pourraient inté- 
resser les membres de l'Académie. J'ai d'abord visité à Séli- 
nonte même l'emplacement où ces précieux bas-reliefs ont été 
retrouvés, non point dans les riiines d'un des temples, mais bien 

9- 



— 120 — 

dans les fortifications mêmes de l'acropole, dans la portion 
nord-ouest de la muraille. Ils y ont été utilisés en guise de 
matériaux à une époque ancienne. C'est même ce fait qui ex- 
plique la mutilation d'un d'entre eux. 

A mon retour à Palerme, M. Salinas, par une faveur très 
spéciale, puisque son rapport vient seulement de partir pour 
Rome, a bien voulu me faire voir les métopes mêmes qui sont 
encore cachées à tous les yeux dans les caves du musée. Elles 
sont, vous le savez, au nombre de trois. Je vous parlerai sur- 
tout de la plus belle comme de la plus importante, qui pré- 
sente un intérêt saisissant. Europe y est représentée assise sur 
le taureau, et ce groupe d'un dessin très archaïque et si vivant 
sera certainement l'objet de l'admiration de tous les archéo- 
logues. On croirait presque voir le revers grandi de quelque 
monnaie Cretoise de l'époque la plus ancienne. Certainement 
on retrouve une influence orientale très évidente. Le person- 
nage un peu raide et fluet d'Europe est plein de grâce et de 
vie. La pose de la jeune femme assise sur le dos du taureau 
est charmante. D'une main elle se retient à une des cornes de 
l'animal. Vêtue d'une tunique collante, ses longs cheveux 
dénoués et épars, elle laisse pendre ses pieds dans une atti- 
tude pleine de vérité. Le taureau est figuré la tête de facCe 
plein de force. Ses poils frisés sont fortement indiqués sur le 
garrot et entre les cornes surtout; la queue, démesurément 
longue, plonge dans les flots qui sont indiqués par deux gros 
poissons. 

La seconde métope représente un sphinx à tête féminine 
très fine, d'un dessin également très archaïque, avec une in- 
fluence asiatique prononcée. On dirait encore le revers de 
quelque monnaie grecque des premiers âges. 

Sur la troisième métope, Hercule est figuré domptant le 
taureau, tel qu'il est du reste représenté sur quelques belles 
monnaies de Sélinonte. Malheureusement ce groupe est très 



— 121 — 

mutilé. Pour le faire entrer plus facilement dans la muraille 
en construction, on a enlevé à coups d'instrument tranchant 
la plus grande partie de la figure d'Hercule. On n'aperçoit 
plus guère que ses pieds et la croupe du taureau. 

Un détail est fort intéressant : avec un peu d'attention on 
retrouve facilement de nombreuses traces de peinture sur 
ces beaux fragments. Mon examen a été nécessairement fort 
sommaire, mais M. Salinas a pu déjà constater que les fonds 
étaient peints en rouge. Il a retrouvé également des traces 
certaines de peinture sur différentes parties du corps du tau- 
reau de la première métope. 

Les trois métopes découvertes par M. Salinas se rapprochent, 
par l'âge et par le type, des trois plus anciennes métopes si 
connues, conservées depuis longtemps au Musée de Palerme 
et qui, si je ne me trompe, ont été retrouvées vers iSaS 
dans le temple C de l'acropole sélinontienne; mais, et ceci 
est encore un point bien intéressant, ces nouvelles métopes 
n'appartiennent nullement à ce même monument; elles sont 
de dimensions très différentes, bien plus petites. Je répète 
qu'elles n'ont pas, du reste, été retrouvées dans un temple, 
mais bien dans les fortifications, où elles ont naturellement 
été placées à une époque postérieure à la démolition de l'édi- 
fice auquel elles appartenaient. Il appartient à la sagacité de 
M. Salinas de nous dire bientôt de quel monument fai- 
saient partie ces précieux débris d'une si haute antiquité, dont 
la découverte va valoir à ce savant la gratitude de tous les 
archéologues. 

J'aurais naturellement fort désiré pouvoir vous adresser en 
même teujps des photographies de ces métopes. Malheureuse- 
ment M. Salinas n'a pu m'en donner. Il vient à peine d'en- 
voyer les clichés au Ministère à Rome, et il lui est interdit 
de distribuer auparavant aucune épreuve. J'ai dû me borner 
à vous expédier avec cette lettre une photographie du lieu de 



— 122 — 

la découverte des métopes dans les fortitications de l'Acropole. 
Je l'envoie par le même courrier. 

J'aurais à vous parler de bien d'autres richesses nouvelles 
du beau musée de Palerme, mais le temps me manque et je 
craindrais d'abuser des moments de mes confrères. 

Veuillez agréer, etc. 

Gustave SCHLUMBERGER. 



N'XX. 

LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'ÉCOLE FRANÇAISE DE* ROME. 

(séance du 22 AVRIL 1893.) 

Rome, le 12 avril 1892. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

M, Chedanne, architecte pensionnaire de l'Académie de 
France à Rome, — le même qui a si bien reproduit les pein- 
tures de la maison romaine retrouvée naguère en avant de la 
Farnésine, — vient de commencer des recherches sur le mode 
de construction de la voûte du Panthéon de Rome, qui pro- 
mettent et donnent déjà des résultats inattendus. 

A rencontre de l'opinion reçue que la coupole actuelle 
serait l'œuvre d' Agrippa, réparée seulement à diverses époques 
sous l'empire, voici que les premières études de M. Chedanne, 
après qu'il a enlevé Vintonaco et pratiqué quelques ouvertures 
au-dessus de la corniche, à la naissance de la voûte, offrent 
de grandes briques bipédales détachées çà et là de l'œuvre vive, 
et portant des marques du temps d'Adrien. Tout un appareil 
s'est montré d'arcs fondamentaux inconnus de Piranesi, dont 
le dessin célèbre (^Raccolta di Templi antichi, 2* partie) faisait 
jusqu'à présent autorité. Les pieds-droits de ces arcs corres- 
pondent aux colonnes inférieures dont on a dit qu'elles étaient 



— 123 — 

une décoration parasite, tandis qu'elles sont absolument prin- 
cipales. 

La question se pose, de savoir si la voûte du Panthéon n'a 
pas été entièrement reconstruite par Adrien. 

M. Chedanne se propose au reste d'étudier dans sa con- 
struction primitive le monument tout entier. 

Le ministre de l'instruction publique, M. Pasqualc Villari, 
a mis très libéralement à la disposition de M. Chedanne tous 
les moyens de recherche. Un échafaudage de 22 mètres permet 
dès maintenant le travail au-dessus de la corniche; on en 
prépare un autre qui s'élèvera jusqu'à l'œil de la coupole. La 
coupole sera étudiée au dehors comme au dedans du temple. 
Le travail se poursuivra dans l'appareil des murs et dans le 
sous-sol. Plusieurs problèmes archéologiques trouveront peut- 
être là leurs solutions. 

M. Guillaume, directeur de l'Académie de France à Rome, 
a envoyé au sujet de ces intéressantes recherches une note de 
M. Chedanne et ses propres informations à l'Académie des 
beaux-arts. 

Nous nous préparons à la fête anniversaire de sa soixante- 
dixième année en l'honneur de M. de Rossi; elle sera célébrée 
ici le 20 avril. L'Ecole française de Rome lui offrira un volume 
intitulé : Mélatjges G.-B. de Rossi, qui formera un supplément 
au 1 2'' volume de nos Mélanges d'archéologie et d'histoire. 

Nous sommes heureux d'apprendre que l'Académie des in- 
scriptions a délégué, pour la représenter dans cette journée, 
M. le marquis de Vogué et M. l'abbé Duchesne. 

Veuillez agréer, etc. 

A. Geffroy. 



— 12/1 — 
N" XXI. 

LETTRE DE M. GEFFROY , DIRECTEUR DE L'ECOLE FRANÇAISE DE ROME. 

(séance Dn 29 AVRIL iSqq.) 

Rome, le 26 avril 1892. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

Les habiles recherches de M. Chedanne au Panthéon exci- 
tent ici au plus haut point l'attention des architectes et des 
archéologues. A la dernière séance de l'Académie des Lincei, 
dimanche, un rapport officiel de M. le député Beltrami, ar- 
chitecte, délégué ainsi que son collègue M. Sacconi par l'ad- 
ministration italienne, a été lu sur ce sujet par l'ordre de 
M. le Ministre de l'instruction publique Villari. 

Plusieurs résultats importants paraissent acquis : 

1° L'édifice rond que nous voyons aujourd'hui n'est pas du 
même temps que le portique dont la célèbre inscription atteste 
la date. Cet édifice rond a été appliqué au portique, et non le 
portique à l'édifice. 

2° Les grandes briques, faisant partie des œuvres vives, 
qui ont été extraites en plusieurs endroits de la coupole et du 
mur circulaire, sont dû temps d'Adrien. On avait déjà trouvé 
naguère, entre autres documents semblables, une plaque de 
marque au nom de Sabina, femme d'Adrien, dans le mur cir- 
culaire. 

3° Un système d'arcs soutenant la coupole apparaît, que ne 
connaissait pas Piranesi, et que ne montre pas celle de ses 
gravures qui, sur ce point, faisait autorité. 

li° L'architecte qui a dirigé la malheureuse réparation de la 
voûte en ly^iy, sous Benoît XIV, n'a pas compris ce système; 



— 125 — 

ii a coupé quelques-uns de ces arcs pour pratiquer des fenêtres, 
et la voûte en a été ébranlée. Il y a aujourd'hui plusieurs cre- 
vasses qu'il est urgent de combler. 

5" Au système d'arcs soutenant la coupole correspond, dans 
l'épaisseur du mur circulaire, qui a une épaisseur de six mètres 
environ, un système d'arcs-boutants. 

M. Chedannc a déjà recueilli quelques indices qui donne- 
raient à croire que le temple primitif était de forme carrée; il 
devait être construit en pierre, comme les autres monuments 
de la fin de la République. Aujourd'hui même, on s'occupe de 
lever quelques-unes des dalles du pavage pour rechercher s'il 
I y a trace d'un mur latéral de la cella. 

Partout se rencontrent les preuves d'un travail admirable 
de régularité sévère et précise. Le Panthéon actuel de Rome 
serait-il l'œuvre d'Apollodore, l'architecte du forum de Trajan? 

La fête du 2 avril en l'honneur de M. le commandeur de 
Rossi a eu son plein succès. L'Académie en sait déjà les prin- 
cipales circonstances. L'Ecole française de Rome a présenté le 
volume de Mélanges qu'elle offre en hommage à M. de Rossi 
et qui va paraître sous peu. La députation de l'Académie, 

(composée de M. le marquis de Vogué et de M. l'abbé Duchcsne, 
a été acclamée. 

La publication de la carte topographique-archéologique de 
Rome, par M. le professeur Rodolfo Lanciani, va commencer 
sous les auspices, et avec l'aide de l'Académie des Lincei. C'est 
un immense travail, préparé depuis vingt-cinq ans, et pour 
lequel l'auleur a réuni près de 100,000 fiches. Il paraîtra en 
^6 planches, par livraisons de six planches. Le plan est au 
millième. Des couleurs différentes marqueront les ruines des 
diverses époques, les édifices antiques dont la situation peut 



— 126 — 

être connue exactement, soit par la forma Urbts, soit par les 
itinéraires, par les inscriptions ou les documents d'archives. 
On y trouvera indiqués les fouilles les plus importantes du 
xiv" au xix^ siècle, les conduites d'eaux, les égouts, les aque- 
ducs, etc. 

L'administration italienne fait poursuivre, par les soins de 
M. le professeur Ermanno Ferrero , les fouilles au Grand-Saint- 
Bernard. On y a trouvé récemment, entre autres objets, une 
statuette de bronze représentant le Jupiter Optimus Maximus 
Penninus auquel le sanctuaire célèbre était consacré. Il est 
permis de conjecturer que cette statuette reproduit la statue 
principale du temple. 

Des recherches dans la nécropole de l'antique Olbia, dans 
la province de Sassari en Sardaigne, ont fait retrouver une 
inscription intéressante. Ce texte rappelle un certain C. Cassius 
Biésianus , decurio coJtortis Ligurum etprinceps equitum. L'inscrip- 
tion a été dédiée par un affranchi de la célèbre Acte, la con- 
cubine de Néron, qui possédait en Sardaigne des latifundia. 

Une nécropole sicule a été visitée près de Syracuse; elle 
a fourni tout un mobilier funéraire des diverses époques, à 
commencer par les armes de silex, jusqu'à un âge romain 
avancé. Les fouilles continuent sur l'acropole de Sélinonte et 
près de Mégara Hyblaea. 

Le cimetière de Saint-Sébastien, sur la voie Appienne, re- 
lève du Ministère de l'instruction publique. Des fouilles ont 
été commencées tout près de ce cimetière, au lieu dit la Pla- 
tonia. C'est là que, lors de la persécution de Valérien, en 2 58 , 
ont été déposés les corps des apôtres Pierre et Paul. A côté 
des tombes vides des deux apôtres, on a trouvé deux caisses 



I 



— 127 — 

(le pierres scellées en plomb. Dans quelques jours sans doute, 
les recherches se continuant, on aura de plus précises infor- 
mations sur un lieu si important au point de vue de l'archéo- 
logie chrétienne. 

Sur la Via Portuense, près de la Vigna Jacobini, on a 
trouvé un lieu de sépulture de la fin du iv* siècle après J.-C, 
avec les tombes construites selon ce système de formœ, ana- 
logue au système de construction des aqueducs, sur lequel 
M. de Rossi a donné des informations étendues dans le 3' vo- 
lume de la Roma sotterranea. 

Je ferme en hâte cette lettre, pour le départ d'aujourd'hur. 
J'enverrai dans la journée un autre pli si la fouille du Panthéon 
donne le résultat cherché. M. Guillaume prend soin d'informer 
l'Académie des beaux-arts. 



Agréez, etc. 

A. Geffroy. 



ANNEXE A LA LETTRE PRÉCÉDENTE. 



Télégramme de M. Geffroy, directeur de V Ecole française de Borne, « 
1^ M. Wallon, secrétaire 'perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres. 

Rome, 99 avril 1892. 

h Chedanne trouve à 9 mètres mur et pavage antique. 

Geffroy. 



— 128 — 



LIVRES OFFERTS. 



SÉANCE DU U MAnS. 

Le Secrétaire perpktuel ofTre , nu nom de l'auteur, M. Henry Jouin , 
secrétaire de l'Ecole des beaux-arts, Anloine-Clmjsostome Quatremère de 
Quincy, deuxième secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts (Paris, 
1892, in-Zi"). 

ffJe m'empresse d'autant plus, dit M. Wallon, de me faire auprès de 
l'Acade'mie l'interprète de M. Jouin , qne j'ai eu l'honneur de succéder à 
M. Quatremère de Quincy dans son fauteuil à l'Académie des inscriptions 
et belles-lettres : et ce fauteuil m'a porté bonheui', puisque voilà quarante- 
deux ans que je l'occupe, n 

Sont encore offerts : 

Un ivoire byzantin du ix' siècle, représentant le couronnement de l'em- 
pereur d'Orient Léon VI, par M. Gustave Schluraberger, membre de 
l'Institut (in-8°); 

Les bibliographies locales, par M. l'abbé Ulysse Chevalier, corres- 
pondant de l'Institut (Lyon, in-8°). 

L'Académie des sciences de Gracovie adresse les publications sui- 
vantes : 

Roc mile zarzadu Ahademii umiejetnoéci w Krakowie, année 1889 
(Gracovie, 1890, in-8°); 

Jatta Sehlucyana œconomia albo gospodarstwo , i5â6 , texte pubhé par 
le D' Zygmunt Gelichowski (Gracovie, 1890, in-8°); 

Krzysztofa Pussmana historyja barzo cudna slworzeniu nieba » 
ziemi, j55i, publié par le même (Gracovie, 1890, in-8°); 

Jana Mrowinskiego ploczywlosa stadlo Malzcnslcie , i56i, publié par 
le même (Gracovie, 1890, in-8"); 

Rozmowa Polaka z Litainem, i56à, publication du D' Jozef Korze- 
niowski (Gracovie, 1890, in-8°); 

Hislorya Praixdziwa ktôra sie stnta w Landzie Miescie Nienuechiem, 
i568, publication du D' Zygmunt Gelicliowski (Gracovie, 1891, in-8°); 

Hcnryka Korneliusza Agryppy slachetnosci a zacnosci ptci Mewies- 
ciej przcklud micieja Wirzbiety, jS-jo., publication du D' Slanislaw 
Tomkowicz (Gracovie, 1891, in-8''); 



— 129 — 

Teodora Zawachiego memoriale œconomicum , 1616, publié par le 
D' Jozef Rostafinski (Cracovie, 1891, in-8°); 

Spravcozdania Kornisyi do badania historyk sztuki w Polsce, tome IV, 
fasc. U (Cracovie, 1891, in-fol.); 

Spraœozdania Komisiji zezykowej Akademii U miejelnosci , t. IV (Cra- 
covie, 1891, iii-S"); 

Rozprawy i Sprowozdania z posiedzen ivydzialu jilologicznego Aka- 
demii urniejetnosci, t. XIV et XV (Cracovie, 1891, 2 vol. in-8°). 

M. Siméon Luge a la parole pour un hommage : 

«•J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom des auteurs, MM. Lucien 
Jeny et P. Lane'ry d'Arc, un petit volume intitule': Jeanne d'Arc en 
Bcrry (Paris, 18912, in-16), avec des documents et des éclaircissements 
inédits. Les deux auteurs de ce volume ont publié les premiers, et c'est 
ce qui fait surtout la valeur de leur publication, le procès-verbal en 
date du 2 1 mai 1719, ff dressé par i'Eclopé et Masson . notaires h Bourges , 
ffcontenant que nuls de Messieurs des églises collégiales de Bourges ne se 
«sont présentés en l'égHse cathédrale de Saint-Etienne, pour faire la pro- 
(fcession annuelle et solennelle, dite de la Pucelle, en l'église des Carmes 
ffde la ville de Bourges, oii se célèbre la messe instituée par ordonnance 
ffdes rois de France, pour ré|)ondre au vœu des habitants de ladite ville 1. 
MM. Jeny et Lanéry d'Arc ont en outre habilement groupé tous les faits 
qui se rapportent de près ou de loin aux divers séjours de Jeanne d'Arc 
en Berry et en particulier à Bourges. » 

SÉANCE DU 1 1 BIARS. 

Est offert : 

Eugène Burnouf, ses travaux et sa correspondance , par M. J. Barthélemy- 
Saint-Hilaire, membre de l'Institut (Paris, 1891, in-8°). 

M. Gaston Paris présente l'ouvrage posthume d'Arsène Darmesteter, 
Cours de grammaire historique de la langue française , 1" partie : Phoné- 
tique, publiée par les soins de M. Ernest Muret (Paris, 1899 , in-i 2). 

rrCe petit livre est dans son genre un véritable chef-d'œuvre, en même 
temps qu'un tour de force. Chargé d'enseigner la grammaire historique 
du français, à l'Ecole normale supérieure de Sèvres, à des jeunes tilles 
qui ne savaient pas le latin, A. Darmesteter réussit, non seulement à se 
faire comprendre d'elles, mais à les intéresser, à les passionner même, 
en leur traçant le tableau du développement du latin en Gaule, depuis 
le jour où il y fut importé jusqu'à notre époque. L'histoire de la langue 
française, qui forme le tiers du présent volume, est le premier essai de 



— 130 — 

ce genre qui ait été fait avec quelque compétence, je dirai même avec 
([uelque connaissance de ce que veut dire un pareil titre. Le lecteur le 
plus instruit rencontre à chaque page de cet exposé clair et vivant des 
faits nouveaux ou des idées intéressantes; pour le lecteur qui n'est pas 
au courant des acquisitions de la linguistique historique dans ces derniers 
temps, ce doit ^tre un véritable émerveillement que le spectacle de celte 
évolution à la fois si variée et si logique. Vient ensuite une phonétique 
très savante, et, par bien des côtés, très personnelle, mais toujours pré- 
sentée avec une simplicité lumineuse qui la rend extrêmement attrayante. 
Il a fallu pousser la clarté jusqu'à un point à peu près inconnu pour que 
des personnes non fann'liarisées avec les éléments mêmes du latin pussent 
comprendre l'msensible transformation qui a amené le matériel phoné- 
tique du latin h devenir le matériel phonétique du français. A force d'in- 
géniosité et de connaissance intime et profonde du sujet, Darmesteter est 
parvenu à réaliser ce qui pouvait sembler chimérique; mais combien ceux 
qui liront son livre en sachant déjà le latin y trouveront plus de plaisir 
encore et de profit! Je ne puis entrer ici dans des détails; sur quelques 
points naturellement j'aurais des objections à présenter ; la science n'est 
jamais faite, et déjà depuis la mort de Darmesteter il s'est produit des 
découvertes ou des théories qui l'auraient amené à modifier certains 
paragraphes de ses cahiers. M. Mui'et, qui s'est chargé de mettre en 
état de paraître les notes laissées par Darmesteter ou prises par les plus 
intelligentes de ses élèves, a procédé à ces relouches, là où elles étaient 
nécessaires, avec autant de discrétion que de compétence, et il est juste 
d'associer son nom à celui du maître qui n'aurait assurément pas sou- 
haité un réviseur plus intelligent et plus respectueux en même temps. Sou- 
haitons que les volumes suivants, qui doivent contenir la morphologie et 
la syntaxe, ne se fassent pas trop attendre. La connaissance historique de 
notre langue pourra , grâce à cette œuvre d'une simphcité et d'une clarté 
vraiment magistrales, être désormais partout répandue, et par là même 
notre conscience nationale s'éclairera d'un jour nouveau. Avec l'inap- 
préciable Dictionnaire de la langue française , ce cours de grammaire 
historique méritera à notre bien regretté ami la longue reconnaissance 
de la patrie. « 

M. Weil présente, de la part de M. le D' G.-A. Costomiris, l'édition 
que ce savant vient de pubher du 12' livre du médecin grec Aétius : 
Àst/ou Xbyo? SwS^KaTos (Paris, 1 892 , in-8°). 

«Il y a trois ans M. Costomiris exposa devant l'Académie le plan qu'il 
avait formé de publier la partie encore inédite de la littérature médicale 



— 131 — 

de ia vieille Grèce. Personne n'était mieux qualifié pour pareille entre- 
prise qu'un médecin à la fois hellène et helléniste. M. Costomiris se mit 
à l'œuvre avec un zèle, un dévouement au-dessus de tout éloge. 11 fit 
des voyages, fouilla les bibliothèques, coUationna les manuscrits, et dès 
aujourd'hui il a pu , grâce à la munificence du Gouvernement hellénique 
et de l'université d'Athènes, terminer la publication du volume que j'ai 
l'honneur d'offrir en son nom à l'Académie. L'attention de M. Costomiris 
s'est d'abord portée sur un médecin du vi' siècle, Aétios, dont l'ouvrage 
est vanté par le patriarche Photios, qui le juge plus utile, ou tout au 
moins plus abordable, aux praticiens que l'immense encyclopédie eu 
soixante-dix hvres d'Oribase. Tout en étant très complet pour ce qui 
regarde la thérapeutique, Aétios laissa de côté les données anatomiques 
et physiologiques et parvint ainsi à renfermer en seize livres un résumé 
de ia science des anciens médecins, où il fît entrer quelquefois, ce qui 
donne un prix particulier à son ouvTage, des extraits textuels de leurs 
écrits. L'ouvrage d' Aétios n'est pas tout à fait inédit. Les Aide en impri- 
mèrent les huit premiers livres , le onzième a été publié par MM. Darem- 
berg et Ruelle. M. Costomiris nous donne, comme premier spécimen, 
le livre XIP. Le texte est établi sur un grand nombre de manuscrits, 
examinés par M. Costomiris avec un soin minutieux. Les notes critiques 
et la savante discussion des passages qui pouvaient laisser un doute témoi- 
gnent de la conscience de l'éditeur et de sa double compétence de médecin 
et de philologue , rarement réunie chez la même personne et cependant 
indispensable pour ime puhhcation de ce genre, n 

SÉANCE DU 18 MARS. 

Sont offerts : 

Toi boioM tscnpàs ri\t(t>v xai ôfioXoyyJTOV Qeohœpov, etc., fxjxpà 
:iaTrj)^t]<7i5. Sancti patris nostri et confessons Theodori Studitts prœpositi 
parva Catechesis, etc., edidit Emm. Auvray (Paris, 1891 , in-8°); 

Studii d'epigrafiafenicia, par Astorre Pellegrini (Palerme et Turin, 
1891, in-/t°); 

Archœolou-ical survey of India. South-lndian inscriptions, Tamil inscrip- 
tions of Rajaraja , Rajendrachola , and others , etc., edited and translaled 
by E. Huitzsch, vol. II, part I (Madras, 1891, \n-U°). 

M. DE Barthélémy présente, au nom de l'autiur, M. le comte de Cha- 
rcncey, un opuscule intitulé : Sur quelques étywolofpes dp la langue basque 
(Paris, 1891, in-S"). 

rrDans ce travail, lu au Congrès scientifique international des catho- 



— 13t> — 

liques, en avril 1891, M. de Charencey rappelle que M. Schuchardt avait 
établi que la langue basque conlienl aujourd'hui un nombre considérable 
de mots latins ou romans. Il pense que la proportion des neuf dixièmes 
de l'ensemble est au-dessous de la vérité; selon lui, outre ces emprunts 
au lalin et au roman, on peut reconnaître, dans la langue basque, des 
emprunts au gaulois, au grec et aux langues germaniques; ici, le sol est 
moins solide, mais si M. de Charencey n'a pas résolu les questions d'une 
manière définitive, on ne peut lui contester le mérite de les avoir posées." 

M. le marquis d'HERVEY-SAiNT-DENVS a la parole pour un hommage : 

tfj'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de l'auteur, un vo- 
lume intitulé: Textes taoïstes, traduits des originaux chinois, par G. de 
Harlez (Paris, 1891, ia-li". formant le t. XX des Annales du musée Gui- 
met). 

ffPauthier a été le premier à entreprendre la traduction du Tao-te- 
king , ouvrage qui renferme la doctrine du philosophe Lao-lse; mais il 
n'a publié son travail qu'en partie. Lorsque Stanislas Julien donna la 
version complète de ce livre d'une importance capitale, ce fut un véri- 
table événement, non seulement dans l'orientalisme, mais dans tout le 
monde lettré qui se préoccupe de l'histoire de la philosophie. 

ff Bientôt cependant l'interprétation littérale de l'illustre sinologue sou- 
leva des doutes parmi les penseurs et plusieurs savants crurent devoir 
la prendre en sous-œuvre. Trois traductions nouvelles furent tentées, 
deux en allemand, une en anglais. Elles différaient profondément de 
celle de Stanislas Julien, mais en matière de sinologie elles décelaient 
une grande insuffisance. 

trOn chercha la lumière dans les écrits des disciples de l'école de Lao- 
tse. Il parut des traductions anglaise et allemande de Tchoang-tse , dont 
on ne connaissait encore que le chapitre de la pérégrination {Siao-yao- 
yeou), traduit par M. Léon de Rosny, puis de Lie-sse, dont la première 
version européenne fut celle de Faber. 

trM*''' de Harlez a résolu d'attaquer de nouveau ce terrible texte du 
Tao-te-king , si ardu dans son extrême concision, et de l'élucider, non 
seulement à l'aide des œuvres de Tchoang-tse et de Lie-sse, mais en 
consultant aussi les autres écrivains taoïstes. 

(T Ce qui frappe tout -d'abord dans le résultat de ce travail , c'est le fait 
intéressant que le taoïsme fut évidemment à l'origine une religion pro- 
fondément monothéiste et qu'elle était de beaucoup antérieure aux en- 
seignements de Gonfucius. 

crM^' de Harlez, en publiant ce nouvel ouvrage, nous donne une preuve 



— 133 — 

de son étonnante activité littéraire, puisque nous le voyons successive- 
ment pénétrer les idiomes les plus importants du monde asiatique. 11 
s'était placé au premier rang des iranistes par ses travaux sur la religion 
deZoroastre; il s'était fait connaître déjà comme sinologue par de très 
judicieuses études critiques; il aborde maintenant avec autorité la sino- 
logie dans ses plus hautes difficultés. i 

M. l'abbé Dochesne présente à l'Académie, au nom de M"" Albert Du- 
mont, un volume intitulé : Mélanges d'archéologie et d'épigraphie, où 
sont réunis des mémoires publiés par M, Albert Dumont dans diverses 
revues. 

crOutre ["intérêt qui s'attache au groupement des travaux d'un savant 
aussi distingué que notre regretté confrère, ce volume offre un intérêt 
scientifique présent. Le mémoire de M. Dumont sur l'épigraphie de la 
Thrace a été mis au courant par M. Th. Homolle, qui a complété la ré- 
daction primitive tant au point de vue de la bibliographie qu'au point de 
vue des découvertes épigrapliiques. Grâce à M. Homolle, la Thrace pos- 
sède dans ce mémoire un Corpus complet de toutes ses inscriptions, la- 
tines, grecques, byzantines. Aucune contrée de l'Orient n'est aussi "favo- 
risée à cet égard, r 

M. Hamv offre à l'Académie le volume des actes du lo' Congrès 
international d'anthropologie et d'archéologie préhistorique , qu'il vient de 
publier (Paris, 1891, in-8°). 

Le même membre offre un mémoire inséré par lui dans ce même vo- 
hune et intitulé : Nouveaux matènaux pour servir à l'élude de la paléonto- 
logie humaine (Paris, 1891, in-8°). 

SÉANCE DU 90 MARS. 

Sont offerts : 

Nuove métope arcaiche selinuntine , par M. le professeur A. Saiinas 
(Rome, 1892, in-fol.); 

GU Ebrei in Egitto , par M. C. Cavagnaro (Gênes, 1892, in-8°). 

M. Saglio présente à l'Académie le 1 ^' fascicule du Dictionnaire des 
antiquités grecques et romaines (du mot epiorkia au mot eupatr ides) {Var'xs , 
1892, in-Zi"). 

11 y signale divers articles : ceux de MM. Albert Martin, Gagnât, La- 
fave, abondants en renseignements sur fout ce qui concerne les che- 
vaux, les cavaliers, l'équitation, les écuries; un article de feu Fusfel 
de Coulongos sur les repas religieux (epula); un autre où M. Jules 
Martha a fait un résumé succinct, mais substantiel, de ce que l'on sait 

XX. 10 



— i:u — 

aujoiinrimi sur les Etrusques; des articles iinporlaiits celatits îi la relifjion 
et aux institutions grecques et romaines, de MM. Bloch, Lécrivain , llaus- 
soullier, Ghavannes. Alired Jacob. Hild, Théodore et Saloinon Rei- 
nach, etc. 

M. Lk Blant a la parole pour un hommage : 

ffjai l'honneur de présenter à l'Académie un nouveau livre de M''' Jo- 
seph Wilpert : Die ffoUgeiveihten JunffJ'rnueti in dcn erslen Jalirlmnderteu 
(1er Kirche (Fribourg, 1899 , in-A°). 

fr C'est un savant travail sur les vierges qui, aux premiers siècles, se 
sont consacrées à Dieu. Textes et monuments sont également familiers au 
jeune et infatigahle archéologue et sa publication vient henreusemenl 
traiter d'un point trop négligé dans l'histoire de l'Église prin)ilive. Les 
vœux de ces saintes tilles, la rude simplicilé de leur vie y sont longue- 
ment étudiés. Leurs épitaphes, dont plusieurs, et des plus importantes, 
sont de notre pays, apportent un riche contingent à ce nouveau volume. 
Elles nous montrent les vierges chrétiennes s'empressant, comme celles 
de la parabole , au-devant de l'époux céleste et recevant de ses mains la 
couronne incorruptible. Une large illustration due au crayon de M'' Wil- 
pert met sous nos yeux les antiques images, fresques et bas-reliefs qui 
représentent les saintes filles en prière, les chœurs des vierges reçues 
dans le ciel. Au premier rang il faut citer la belle hthochromie d'une 
peinture des catacombes, au milieu de laquelle se détache une vierge 
es veux au ciel, les bras jetés en croix, dans cet élan qui. au milieu 
d'une foule, faisait, comme le disent les actes des martyrs, recomiaître 
la présence d'un chrétien, n 

M. Siméon Liioe offre à l'Académie, de la part de M. le baron de 
Ruble, le tome V de son édition de V Histoire universelle d' Agrippa d'Au- 
bigné, publiée pour la Société de l'histoire de France (Paris. 1891, 
in-8°). 

M. Siméon Luce a ensuite la parole pour un second hommage : 

ffj'ai l'honneur d'olTi'ir à l'Académie, au nom de l'éditeur, M. Ar- 
mand Gasté, professeur à la Faculté des lettres de Caen, une brochure 
où l'on donne pour la première fois le texte dun opuscule inédit de Bos- 
suet, intitulé : Témoignage sur la vie et les vertus émimntes de M. Vincent 
de Paul {? avis, 189-2, in-t2 ). 

pGet opuscule provient des papiers du regretté M. Floquet, qui Tavait 
copié à la bibliothèque du Louvre avant l'incendie de cotte bibliothèque et 
en avait même pidili(; plusieurs extraits dans ses remarquables Eludes sur 
la vie de Bossuel (1, 397; II, i-ioV L"('vêque de Meaux !<» composa vers 



— 135 — 

la fin de ijo'i , deux ans par conséquent avant sa mort. Comme il y avait 
un cadre tracé à l'avance par la congrégation des rites pour les attes- 
tations de celte nature, l'auteur du Témoignage a eu grand soin de s'y 
conformer; mais un écrivain de génie, qu'il le veuille ou non, brise tou- 
jours plus ou moins par la vigueur même de son inspiration le moule 
étroit où il s'efforce en vain de s'enfermer. Et c'est ainsi que l'on 
trouvera dans une humble pièce de procédure canonique une sorte de 
croquis des r derniers moments de M. Vincent « tel que le crayon d'un 
Bossuet pouvait seid le tracer. Les amis des lettres doivent donc se féli- 
citer de ce que l'une des plus précieuses épaves du riche cabinet de 
M. Floquet soit tombée en des mains vraiment dignes de la recueillir, et 
l'Académie nhésitera point, j'en ai la ferme confiance, à joindre ses fé- 
licitations à celles du public lettré. '^ 

M. Delisle présente les Catalogues des livres grecs et latins imprimés 
par Aide Manuce à Venise [làgS, i5o8, i5i3), reproduits en photo- 
typie avec ime préface par M. Henri Omont (Paris, 1892. gr, in-fol.). 

rrAlde Manuce, à qui nous devons tant d'éditions princeps d'auteurs 
grecs, a successivement publié, de 1^98 à i5i3, trois catalogues sur 
lesquels sont indiqués, avec le prix de vente, les ouvrages sortis de son 
imprimerie. 

n-Par un heureux hasard, il s'est conservé à la Bibliothèque nationale 
un exemplaire de ces trois catalogues. Ce sont là des reliques infiniment 
précieuses, qui méritaient bien le travail que leur a consacré M. Omont. 
Il nous donne une excellente reproduction des trois catalogues et de la 
circulaire par laquelle Aide Manuce dénonçait en i5o3 les contrefaçons 
lyonnaises qui faisaient concurrence à ses éditions. 

fM. Omont, dans la préface, a mis, en rehef l'intérêt des documents 
et résumé avec beaucoup de clarté la part qui revient à Aide Manuce dans 
le développement des études grecqufs. Il y a décrit avec un soin minu- 
tieux le recueil dans lequel sont conservés les trois catalogues et la circu- 
laire, recueil qui nous est venu de la bibliothèque de Golbert. 'i 



SEANCE DU l*"" AVRIL. 

Kst offert : 

Exposition universelle internationale de i88ff à Paris. Rapports du 
Jury international , publiés sous la direction de M. Alfred Picard. Gwupe 
de l'Economie sociale, 1" partie, •>' fascicule (Paris. 1891, in-8°). 

M. Gporges Perrot |)résente, de la part de l'auteur. Les monuments 

1 0. 



— 136 — 

primitifs des tics Baléares, par M. Kiiiilt! (lyrhiilluic ( Tmilfuisc. iHc^a, 
'm-li" avec 5i planclies en phololypie). 

■ ffM. Cai'tailliac, dëjà bien connu do lAcadt-mie pour les recherches 
qu'il a entreprises sur les antitpiités préhistoriques de la France et 
d'autres pays de l'Europe méridionale, lui oiïre aujourd'hui les résultais 
obtenus dans l'exploration des îles Baléares, qu'il a exécutée pendant les 
trois (leniici-s mois de l'année 1881. 11 élait surtout allé y chercher des 
renseifinenients, qu'il n'y a pas trouvés, sur l'âge de la j)ierre et les 
populations vi'aiment primitives de la Méditerranée; mais, en revanche, 
il en a rapporté tout un précieux ensemble de documents qui. bien qu'ils 
n'aient point trait à une époque aussi reculée, n'en ollreul pas moins un 
très vil" intérêt. Le premier, il présente à la l'ois des ])liotographies métho- 
diques et des plans détaillés de villes, de lemparls et aulies monuments 
auxquels il est impossible d'assigner une date précise, mais qui, comme 
on le constate d'après les traces que l'outil a laissées sur la roche qu'on 
l'employait à tailler, sont tous contemporains du bronze. Parmi ces mo- 
numents, M. Cartailhac distingue les catégories suivantes : 1° les villes 
ou bourgades; 2° les murailles ou remparts; 3° les constructions qui ont 
pu servir de lieu de réunion, ce qu'il appelle les caves mégalithiques, 
des bâtiments où étail employé le même procédé d'encorbellement que 
dans les tombes à coupole de Mycènes ou d'Orchomène. en Grèce, avec 
cette différence qu'il y avait ici d'énormes piliers qui aidaient à soutenir 
'e toit; li" les tours ou lalayots , qui ressemblent si fort aux nouraghes de 
la Sardaigne; 5° les tombeaux dits naus ou navetas , qui rappellent ce 
que l on nomme en Sardaigne ies tombes des géants; 6° les puits dits 
polavias ; 7° les grottes artificielles creusées dans les rochers et dans le 
sol , grottes qu'il y avait d'autant plus lieu d'étudier avec soin que les 
anciens avaient remarqué, comme nous l'apprenons par Diodore, le rôle 
que jouaient dans la vie des insulaires des Baléares ces habitations sou- 
terraines. Au sujet de l'âge de ces monuments et de la destination de 
certains d'entre eux, des talayots par exemple, M. Cartailhac s'abstient 
de toute hypothèse, et l'on est presque tenté de trouver qu'il exagère la 
prudence; il n'est pas possible que, pendant les trois mois qu'il a passés 
à examiner ces édifices et à en relever le plan, quelques conjectures ne 
lui soient pas venues à l'esprit, conjectures que nous aurions toujours 
plaisir et profit à connaître, formées comme elles le seraient par un ob- 
servateur d'un esprit juste et sagace. d'une expérience très étendue. 
L'auteur, s'il l'avait voulu, aurait eu. sur ce terrain, bien des idées in- 
génieuses et suggestives à nous communiquer; mais il a mis une sorte 



— 137 — 

(le coquetterie à se couleiiler de nous fournir des laits bien classes. On 
ne saurait imaginer de répertoire plus substantiel et mieux ordonné. Les 
descriptions sont claires et sobres, les plans et croquis nombreux et bien 
présentés; les épreuves photographiques ont été prises avec une habileté 
rare et très bien reproduites par la pho(oty])ie. En publiant ce mémoire 
et le bel album qui l'accompagne. M. Cartailhac a rendii un nouveau et 
signalé service à ces études d'archéologie auxquelles il s'est donné avec 
une passion sincère et où il est dès maintenant sûr de laisser sa trace. n 

M. Mena^jt a la parole pour un hommage : 

rrj'ai riionneur de présenter à l'Académie, au nom de M. Henri Jouan, 
ancien capitaine de vaisseau de la marine française, plusieurs brochures 
qui ont paru à différentes époques dans les Mémoires de l'Académie de 
Cherbourg. 

ffLa première est intitulée : .1 propos du peuplement de la Polynésie 
(Cherbourg, 1886, in-8°). Elle a été provoquée par un article publié 
dans la Revue scientifique, qui soutient l'opinion que les races se sont ré- 
pandues sur le globe en parlant d'un centre unique, contrairement à 
celle d'Agassiz qui admet autant de centres d'apparition de l'homme qu'il 
y a de races humaines. Or, l'auteur de l'article appelle, pour éclairer la 
question, l'attention des voyageurs. qui ont exploré la Polynésie, (rcelte 
ffterre, dit-il, dont le peuplement tout récent est accompli à la lumière 
ff de l'histoire. » 

ff Je n'ai pas besoin de faire ressorti!' l'importance de cette question , 
qui intéresse à la fois l'ethnographie et la philologie. La présence des 
hommes dans ces îles isolées et séparées les unes des autres, f[iielque- 
fois par de grandes distances, appartenant à la même race et parlant le 
même idiome, mérite d'autant plus de fixer l'attention que la civilisation 
de notre Occident pénètre de plus en plus dans ces régions, et tend, de 
jour en jour, à faire disparaître, avec les habitants autochtones, les 
mœurs et la langue des populations primitives. 

ffM. le capitaine de vaisseau Henri Jouan a vécu pendant de longues 
années dans les îles de l'Archipel du Pacifique. Il a publié d'importants 
travaux sur la navigation dans ces niers lointaines. Il connaît les habi- 
tants du grand archipel, il parle leur langue et leurs différents dialectes; 
il a étudié la faune et la flore de ces régions. Il s'est trouvé, pour ainsi 
dire, rais en demeure d'apporter le contingent de ses observations per- 
sonnelles dans une discussion d'un si haut intérêt. Il ne songe pas à faire 
pencher la balance, lors(pie les savants les plus énn'nenls sont divisés; 
ni;iis il enregistre des faits bien observés et bien mis on liiinièi-e. 



— 138 — 

rrLa seconde brochure (|ue j'ai l'honneur de présenter, une étude sur 
Les légendes des îles Hawai [lies Sandwich) ollre un intérôl à la lois 
philosophique et philologique, en faisant connaître certaines traditions 
qu'on est surpris de trouver chez ces peuples sauvages, ainsi que la 
forme dans laquelle elles se sont conservées et transmises dans leurs dia- 
lectes, avant qu'ils aient e'té visités par les Européens. Sans entrer dans 
l'analyse des autres brochures, je dois au moins en faire connaître les 
litres : c'est d'abord une petite brochure sur La littérature orale de la Po- 
lynésie qui n'est que le résumé d'un travail plus étendu antérieurement 
publié. Je dois citer encore, sous ces litres : A propos du pcuplcinenl de 
Madagascar ; — La JSouuelle-Zélande et le peuplement de la Polynésie 
(Gaen, i885, in-8°); — Littérature orale des Polynésiens (Cherbourg, 
1890, in-8°), trois brochui-es jileines de faits. 

rfLa haute position que M. Jouan a occupée dans les îles du Paci- 
fique et le long séjour qu'il y a fait donnent une grande autorité à ses 
observations, qui fournissenl des éléments précieux, dont les savants spé- 
ciaux sauront tirer parti; aussi j'ai pensé qu'il pouvait être utile de trou- 
ver ces documents dans notre bibliothèque.'" 

M. DE Barthélémy offre, de la part de l'auteur, M. Pierre de Vais- 
sière , La découverte à Augsbourg des instruments mécaniques du inonnayage 
moderne et leur importation en France en i55o, d'après les dépêches de 
Charles de Marillac , ambassadeur de France (Montpellier, 1892. 
in-8°). 

rr Pendant toute l'antiquité et jusqu'au milieu du xvi° siècle, les mon- 
naies furent l'rappées au marteau. Sous le règne de Henri II , on songea h 
profiter des moyens mécaniques qui avaient été signalés en Allemagne 
et devaient remplacer l'usage du marteau, dont les produits étaient sou- 
vent défectueux. M. de Vaissière, archiviste paléographe, a trouvé à la 
Bibliothèque nationale , dans un volume du fonds Brienne , la correspon- 
dance diplomatique relative aux démarches faites par Charles de Maril- 
lac, ambassadeur de France en Allemagne, pour doter son pays d'un 
nouveau système de fabrication dont l'inventeur avait le secret. Le nom 
de cet inventeur, que l'on connaîtra probablement plus tard, n'est pas 
prononcé; il est désigné simplement par le litre de chevalier du Saint- 
Sépulcre et reçut 3, 000 livres de gratification. Cette découverte faite 
par M. de Vaissière est intéressante poui' l'histoire de la fabrication des 
monnaies; il est le premier à faire connaître de précieux documents qui 
apprennent comment fut introduit en France le procédé qui substituait 
au marteau des engins mus par une force hydraulique; ce procédé amé- 



— 139 — 

lioré et perfectionné est toujours en usage, seulement depuis 18/16 la 
vapeur a remplace' la force motrice employée jusque-là. w 

SÉANCE DU 8 AVRIL. 

Sont oll'prls : 

Notes sur quelques formules cabalistiques , par M. Edmond Le Blant, 
membre de l'institut (Paris, 1892, in-8°, extrait de la Revue archéolo- 
gique); 

Le comté d'Astenois et les comtes de Dampierre-le-Chàteau , par M. Ana- 
tole de Barthélémy, membre de l'Institut (Arcis-sur-Aube, 1891, in-8°, 
extrait de la Revue de Champagne et de Rrie); 

Annuaire des bibliothèques et des archives pour i8g2 , publié sous les 
auspices du Ministère de l'instruction publique (Paris, i8(j9, in-i>j); 

Du prétendu polythéisme des Hébreux, essai critique sur la religion du 
peuple d'Israël, suivi d'un examen de l'authenticité des écrits prophétiques , 
par M. Maïu-ice Vernes (Paris. 1891, -i vol. in-8°, formant les louies II 
et 111 de la Ribliothèque de l'Ecole des hautes études, sciences religieuses); 

Histoire monétaire de Genève de ijg2 à i8â8, par M. Eugène Demole, 
t. II, cahier 1 (Genève et Paris, 1892, in-4°, extrait des Mémoires et 
documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève) ; 

Romania e Germania , ovvero il mondo gcrmanico secondo le relazioni di 
Tacito e nei suoi veri caratleri, rapporti e injlucnza sul muudo romano, par 
le professeur D' Giuseppe Mtiiina, 2' édition (Trieste, 1892, in-S"). 

M. Maspero présente trois ouvrages de la part des auteurs : 

1° Games ancient and Oriental and hoiv to play them, par M. Edw. 
Faikener (Londres, 1892, in-S"). 

"M. Faikener a réuni les documents connus jusqu'à présent sur les 
jeux de l'Egypte et de TOrient ancien; il a essayé d'en reconstituer la 
marche et il y a réussi au moyen des peintures et des inscriptions éparses 
sur les monuments. Ou trouvera plusieurs des parties (ju'il a rétablies do 
façon fort ingénieuse, à la lin du chapitre relatif à l'Egypte. La fin du 
volume est consacrée aux différenles façons de jouer aux échecs dans 
les différentes jiarlies de l'Orient moderne, » 

2" Le cédratier dans l'antiquité, par M. Victor Loret (Paris, 1891, 
in-8°, extrait des Annales de la Société botanique de Lyon). 

ffLe cédratier a fourni à M. Loret la matière d'un long article où il a 
commenté les uns par les autres les textes égyptiens , les ligures des mo- 
numenls et les passages des naturalistes et médecins grecs ou romains 
(((li pouveni se rapporter à cet arbre. CVsl inn- élud.- d'archéologie et do 



— UO — 

botanique combinées, présentée d'un style ygréabie et avec une grande 
persjjicacité. M. Loret nous promet bientôt une nouvelle édition de sa 
Flore pharaonique : le Cédratier y reparaîtra à sa place, r, 

3° Les variations de la doctrine osiriaque , depuis l'âge des pyramides 
jusqu'à l'époque romaine , pai" M. Félix Robiou (Leide, i 891, in-8", extrait 
des Actes du 8' congrès international des orienlaUstes). 

M. Delisle olft-e, de la part do l'auteur, Un pape belge, histoire du 
pape Etienne X, par M. Ulysse Robert (Bruxelles, 1899 . in-16). 

M. DE BoiSLisLE présente ^Histoire du pays de Villequiers en Berry, par 
M. Max. de Laugardière, ancien magistrat (Paris, 1899. in-8°). 

ffVillequiers est une commune du département du Cher, arrondisse- 
ment de Bourges. Son nom primitif était Montlaucon ; mais, en 1666, 
le duc d'Aumont, acquéreur du prince de Conti, fit substituer au vo- 
cable de Montfaucon celui de Villeqnier, en souvenir de son aïeule ma- 
ternelle, de même que son arrière-petit-fds, sous le règne de Louis XVI, 
fit ériger en duché de Viilequier le marquisat de Genlis, près Cliauny. 
C'est ainsi que nous possédons maintenant trois Viilequier, celui de 
Normandie, qui est d'origine première, et ceux du Berry et du Sois- 
sonnais. 

rr Montfaucon ou Villequiers du Berry n'a jamais joué un rôle consi- 
dérable dans l'histoire de cette province, et le livre que j'ai été chargé 
de présenter à l'Académie ne révèle aucun fait à signaler comme im- 
portant ou nouveau; mais, au point de vue local, parfois aussi pour 
l'histoire des usages, des mœurs, des familles de toutes classes, ces mo- 
nogra[)hies rendent service, et elles doivent être bien accueillies, alors 
même que l'auteur ne les aurait pas préparées avec toute la méthode 
désirable et selon les principes de la science historique, n 



SÉAÎNCE DU 1 3 AVRIL. 

Sont offerts : 

Notices et extraits de quelques manusciits latins de la Bibliothèque na- 
tionale, par M. Hauréau, membre de l'Institut, t. IV (Paris, 1892, 
in-8°); 

Actes de la Société philologique {^organe de l'œuvre de Saint-Jérôme) , an- 
née 1891, t. XXI (Paris, 189-3 , in-8°); 

Des suffixes en langue quichée , par M. le comte de Gharencey (Caen, 
1892, in-8"); 

La bijouterie des Goths en Russie, par M. le baron J, de Baye (Paris, 



— Ul — 

189-2, in-8°, extrait des Mémoires de la Société nationale des antiquaires 
de France); 

Supplément à l'inventaire de la collection Godefroij, par M. Ludovic La- 
lanne (Paris, 1892, iu-8°, extrait de \ Annuaire-Bulletin de la Société de 
l'Histoire de France); 

SaniiCKii BOCToquaro oxA-fe-ieBia lliineparopcKaro pyccKaro apxeojorn- 
HecKAro OomecTBa, recueil publie' sous la directiou du baron V.-R. Rosen, 
t. M, livraisons 1-6 (Saint-Pétersbourg, 189-2, gr. iu-8''). 

L'Institution Sniitbsonienne adresse à l'Académie les deux publica- 
tions suivantes : 

Catalogue of prehistoric woj-ks east of the Rockij Mountains , par M. Gy- 
rus Tlionias (Washington, 1891, in-8°); 

Omaha and Ponka letters , par M. James Owen Dorsey (Washington, 
1891, in-8°). 

SÉANCE DU 3 2 AVRIL. 

Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le dernier fascicule des 
Comptes rendus des séances de l'Académie pendant l'année 1891, no- 
vembre-décembre (Paris, 1892, in-8''). 

Sont encore offerts : 

Exposition universelle internationale de iSSq à Paris. Rapports du Jury 
international. Groupe V. Industries extraclives , produits bruts et ouvrés, 
i" partie (Paris, 1891, gr. in-8°); 

A propos des articles de MM. de Marchéville et Blanchard sur le rapport 
de l'or à l'argent au temps de saint Louis, par M. M. de Vieime (Paris, 
i8()i, in-S", extrait de Y Annuaire de la Société de numismatique). 

M. BoissiER présente à l'Académie un livre de M. Gamille Jullian, 
|)rofesseur à la Faculté des lettres de Bordeaux, intitulé : Gallia (Paris, 
189-2, 10-8°). 

Il appelle l'attention de ses confrères sur ce i»etit Uvre, (pi lui 
semble un modèle de ce que doit être de uos jours un ouvrage de vul- 
garisation. L'auteur connaît à fond ce dont il parle, et c'est parce ({u'il 
le connaît bien qu'il le raconte avec beaucoup d'intérêt. Il veut nous 
montrer ce qu'a été la Gaule sous la flomination romaine. Il di'peint la 
façon dont elle était gouvernée; il descend dans le détail de la vie pu- 
liliquo et privée des Gaulois à ce moment; il nous donne la preuve de la 
prospérité puhliquo pendant trois siècles, en reproduisant les monuments 
magnifiques qui nous on restent. Le livre de M. Jullian sera fort utilo 
aux jpuiips gons qui vpulnnt connaître à fond noliv histoire et ronionlor 



— U2 — 

aux leiii|js les plus anciens. Il serait bien à souhaiter qu on eu eût de 
semblables sur les diverses périodes de la vie de la France. 

M. IIeuzey oirrc à TAcadémie, au nom de M. Paul Gii-ard, maître de 
conférences à la Facult(! des lettres de Paris , un volume intilidé : La 
peinture antique (Paris, i89':t, in-8°). C'est un nouvel apport l'ait par 
notre Ecole (rAtbcnes à la Bibliothèque de renseignement des beaux-arts . 
publiée sous la direction de M. Juies Comte. 

ffll n'y a pas longtemps que M. P. Girard nous donnait, dans un 
plus grand format, un ouvrage important, plein de faits et d'idées, de 
recherches minutieuses et poussées à fond, sur V Education athénienne. 
Aujourd'hui il nous montre la variété de ses études et l'heureuse sou- 
plesse de son talent, en traitant, sous une forme plus rapide et plus po- 
pulaire, mais avec non moins de succès, de l'une des ])arties les plus 
délicates de l'archéologie et de l'histoire de l'art, la peinture antique; 
chacun sait que la difficulté capitale de ce sujet vient de ce que les 
œuvres mêmes des grands peintres de l'antiquité nous manquent absolu- 
ment pour nous permettre d'apprécier leurs procédés et le degré de 
maîtrise où ils étaient parvenus. Les érudits qui ont cherché à tracer 
cette histoire ont dû la refaire surtout avec des textes, en particulier 
avec ceux de Pline , en les éclairant de leiu- mieux par l'étude des vases 
peints, où l'on suit au moins le progrès général de l'art du dessin 
chez les Grecs, par la comparaison avec les peintures des tombeaux 
étrusques et des maisons de Pompéi , qui ne nous donnent quun reflet 
très lointain de la grande pemture, sans aucun contact direct avec le gé- 
nie personnel des maîtres. 

ffCes éléments très insuffisants, où l'induction tient beaucoup trop de 
place, sont encore ceux que M. P. Girard a dû mettre en œuvre. Cepen- 
dant, se tenant au courant des découvertes les plus récentes, il a pu y 
ajouter quelques informations nouvelles, dont il a tii-é un remarquable 
parti. Ce sont d'abord plusieurs stèles grecques de différentes époques, 
dont les figures , au lieu d'être sculptées , étaient tracées au pinceau et 
conservent des vestiges de peinture polychrome. Parmi les iécylhes athé- 
niens aux couleurs variées, il emprunte aussi le premier au Musée de 
Berlin deux curieux spécimens où les tons ne sont plus étendus à plat, 
mais présentent des essais de modelé. Pour l'étude du portrait, les ta- 
blettes peintes, substituées par les Grecs de l'époque ptolémaïque aux 
mas({ues des momies, lui fournissent tout un chapitre nouveau. Le pro- 
blème longtemps insoluble de la peinture à l'encaustique se trouve ainsi 
élucidé, fort à propos, par les recherches pratiques et décisives qui ont 



— U3 — 

été faites sur cette question, eu particulier par notre compatriote Henry 
Gros. Les sculptures peintes récemment découvertes à l'Acropole 
d'Athènes sont le point de départ d'une étude d'ensemble sur une autre 
question, non moins controversée, celle de la coloration des statues. 

tr D'autre part, M. Paul Girard, n'ignorant rien des études incessantes 
et chaque jour plus mmutieuses qui se l'ont sur les vases grecs, s'en est 
servi avec plus de pénétration, avec une intuition plus vive et plus nette 
que ses devanciers, pour caractériser, autant que possible, les progrès 
individuels apportés dans la peinture grecque par les chefs d'école dont 
les œuvres ont péri. Il se trouve ainsi que ce petit livre, écrit d'une 
plume alerte pour l'instruction des jeunes artistes et illustré d'un grand 
nombre de figm-es dans le texte, est de l)eaucoup en avance sur tous les 
grands ouvrages qui ont cherché jusqu'ici à nous retracer l'histoire de 
la peinture antique. ^ 

M. Gaston Paris présente l'ouvrage intitulé : Essai sur la langiœ vul- 
gaire du Dauphiné septentrional au moyen âge. Thèse présentée à lu Faculté 
des lettres de Grenoble, pai' l'abbé A. Devaux (Paris et Lyon, 189-2, 
in-8°). 

pfLa thèse de M. l'abbé Devauxestun des produits les meilleure et les 
plus intéressants de la jeune école linguistique française qui , dans l'étude 
dialectologique de la France romane, reconnaît pour ses principaux 
chefs MM. Paul Meyer, GilJiéron et A. Thomas. L'auteur a soumis les 
trop rares documents du dialecte qu'il voulait étudier à une investigation 
complète, dirigée par une excellente méthode. Il a toujours eu soin de 
rapprocher du témoignage des textes anciens celui des parlers actuels, 
qu'il connaît h fond, et en même temps il a ramené tous les phéno- 
mènes à leur origine latine, en sorte qu'il tient fortement les deux bouts 
de la longue chaîne dont il a soumis un anneau à son observation sagace 
et lucide. Son livre, bien disposé et bien écrit, ne jette pas seulement 
sur les faits qui en sont l'objet propre toute la lumière qu'il était pos- 
sible d'y répandre; il apporte une importante contribution à notre 
connaissance de l'iiisloire du lutin vulgaire en Gaule, et il fournit un 
document de grande valeur à ce quon peut appeler la philosophie de 
cette histoire. Une fois de plus se trouve mise en pleine évid(!iice, et par 
la seule force des faits, la vérité de la théorie d'après laquelle il n'existe 
pas, du moins en gallo-roman, de dialectes proprement dits, tandis 
que l'évolution du latin vulgaire présente d'innombrables faits phoné- 
tiques ou JHorphologiques dont chacun a son expansion régionale propre 
•^l ne suppose qu'exceptionnellement la roncninilance constante d un 



— l/4/i — 

autre ou de plusieurs a^utres. L'Etude sur la langue vulffaire du Dauphiné 
septentrional nu moyen âge peut êlre présentée comme un modèle aux tra- 
vailleurs qui entieprendront de dresser la carte linguistique de notre pays 
d'après la mëtiiode historique. Elle méritait, à coup sûr, l'accueil extrê- 
mement favorable que lui a l'ait la Faculté des lettres de (Jrenoble, qui 
avait eu l'excellente pensée de demander, pour la juger, le concours du 
savant professeur de philologie romane à Paris, M. Antoine Thomas. n 

M. Renan offre, de la part des auteurs : 

1° Les sources du Pentateuque, par M. Alexandi'e VVestphal. t. H. 
Le problème historique (Paris, 1892. in-8°); 

-i" L Histoire politique , religieuse et littéraire d'Iùlesse, jusqu'à la pre- 
mière croisade, par M. Ilubens Duval, ouvrage dont le manuscrit a été 
couronné par l'Académie (Paris, 1899, in-8°). 

M. Delisle offre le tome VI du Catalogue des manuscrits de la Bi- 
bliothèque de l'Arsenal, par M. Henry Martin (Paris, 189a, in-8°). 

SÉANCE DU 99 AVRIL. 

Le Secrétaire perpétcel offre à l'Académie, de la part de M. Gustave 
Humbert, sénateur, premier président de la Cour des Comptes, le 
tome IX du Manuel des antiquités romaines de Mommseu et Marquardt , 
traduit en français sous la direction de ce savant magistrat. Les volumes 
précédents ont été, en leur temps, offerts à l'Académie. Celui-ci contient 
V Organisation de l'Empire romain, par J. Marquardt, traduite par 
MM. Paul-Louis Lucas et André Weiss (Paris, 1899 , gr. in-8''). 

M. Wallon rend hommage au zèle de M. Humbert, qui sait, au mi- 
lieu des soins que réclament ses hautes fonctions, trouver du temps 
pour la poursuite de cette œuvre scientilique. 

Le Secrétaire perpétuel signale aussi, parmi les ouvrages adressés 
à l'Académie, une fort belle publication, intitulée : Antiquités mexi- 
caines, publiées par M. Henri de Saussiu-e, 1" fascicule : Le manuscrit 
du cacique (Genève, 1891, m-h" oblong). 

Sont encore offerts : 

Sur quelques inscriptions du temps d'Amenemhait I" au Ouadij Hamma- 
mât, par M. G. Maspero, membre de l'Institut (Loide, 1891, in-8°, 
extrait des Actes du 8' congrès international des orientalistes, tenu en 
188g à Stockholm et à Christiania); 

Notes au jour le jour. IV, par le même (in-8% extrait des Proceedings 
(if ihe Society oj' Biblical archœology): 



— H5 — 

Sur l'Ennéade , bnlletiu critique de la religion égyptienne, par le même 
(Paris, 1899, iu-8°, extrait de la Revue de l'Iiistoire des religions); 

Amulettes hijzantius anciens destinés h combattre les maléfices et les ma- 
ladies , par M. Criistave Scblaml)erger, membre de riiislitul (Paris, 
1892, in-8"); 

Phoenix seu nuntius latinus internationalis linguae latinae ad usus ho- 
diemos adhibendae sicut documentum editus, fasc. A, avril 1899 (Londres, 
in-/."); 

Catalogus codicum manuscriptorum praeler graecos et orientales in 
bibliotheca Angelica olim coenobii sancti Augustini de Urbc , publié par 
H. Nanlucci (spécimen) [Rome, 1899 . in-4°]. 

Ont encore été offerts : 

Académie d'Hippoiie. Comptes rendus des réunions , année 1891 (Bone, 
in-8°); 

Annales du commerce extérieiir, année 1899, 5' l'ascicule (Paris, 
gr. in-8"): 

Archiv fur ocslerreichische Geschiclite, l. LXXVI, 1" et 9' partie, et 
lAXVII, Impartie (Vienne, 1890-1891, iii-8''); 

Atti délia R. Accademia dei Lincei, novembre 1891 (Rome, in-4°); 

Bollettino dcllc opère moderne straniere, vol. VI, table; vol. VII, n° ih 
(Rome, 1899, iu-8°); 

Bollettino délie pubblicazioni italiane, n"' i/j8-i5i (^Florence, 1899, 
in-8°); 

Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie, année 1 891 . n°' 9 , 3 
(^Amiens, in-8°): 

Bulletin international de l'Académie des sciences de Cracovie, février- 
mars 1899 (Gracovio, in-8°); 

Bullettino d'archeologia cristiana, 5' série, 2" année, n° 1 (Rome, 
i89i,in-8°); 

Ecole française de Rome. Mélanges d'archéologie et d'histoire , 19' an- 
née, fasc. i-ii (Paris et Rome, 1892, in-8°); 

Fontes rerum Austriacarum , 9'' section, t. XLV (Vienne, 1891, 
in-8"); 

Journal asiatique , n° i, janvier-février 1899 (Paris, in-8''); 

Mémoires de l'Académie des sciences , inscriptions et belles-lettres de Tou- 
louse, 9" série, t. III (Toulouse, 1891, in-8''); 

i Mémoire de la Société nationale d'agriculture , sciences ri aris d'Angers , 

h' série, t. V. année 1891 (Angers. 1899, in-S"); 



— UG — 

Pwceeding's oj Oie Society of Biblical avchœologij , vol. \IV, i°el 5* par- 
ties (Londres, 1899. in-S""); 

Bcvuc africaine, n" ao3 (1891 , in-8°); 

Revue archéologique , ]dim'\ev-{é\TieT 1892 (Paris, in-8°); 

Revue lin lu science nouvelle , n" 53-5^1 (Paris, 1899, in-8°) ; 

Revue (le la Société des études historiques, k' série, L 1\ (Paris, 1891, 
in-8°); 

Revue des éludes juives , n° /i6 (Paris, 1891, in-8°); 

Revue des Pyrénées, t. III, h' trimestre (Toulouse, 1891, in-8°); 

Revue des (juestions historiques, \oi° livraison (Paris, 1899, in-8°); 

Silzungsherichte der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften , philo- 
sophisch-liistorische Classe, l. CXXII, GXXIII (Vienne, 1890-1891, 
in-8"); 

Società reale di Napoli. Rendiconto, etc., nouvelle série. 5' année 
(Naples, 1891, in-8"); 

Société centrale des architectes français. Bulletin mensuel, juillet-dé- 
cembre 1891, et Annuaire ])our 1892 (Paris, in-8"); 

Société des antiquaira de la Morinie. Bulletin historique, 160" livraison 
(Saint-Omer, 189-2 , in-8°); 

Viesttiik hrvatskoga arkeologickoga druitva, i k' année. n° 2 (Agram, 
i892,in-8°); 

Wesldeutsche Zeitschrift fur Geschichle und Kunst , 10" année, tx^ fasci- 
cule (Trêves, 1891, in-8°). 



COMPTES KKNDUS DES SÉANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1892. 

COMPTES RENDUS DES SÉAÎVCES. 
>ÏAI-JUI>. 

PRÉSIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND. 



SÉANCE DU 6 MAI. 

Le Ministre de Pinstruclion publique et des beaux-aris adresse 
à r Académie : 

1° De ia part de M. le Directeur de l'École française d'Athènes, 
les mémoires suivants : 

La civilisation primitive de la Crète, d'après les monuments , par 
M. Joubin; 

Le temple d'Hécate à Logina, par M. Cliamonard; 

Catalogue des vases peints de la Société archéologique, par 
M. L. Couve; 

Catalogue des bronzes de la Société archéologique , par M. de Ridder ; 

Et enfin la copie d'un rapport de M. Homolle sur ces mémoires 
et sur l'ensemble des travaux des membres de l'Ecole d'Athènes 
pendant le premier semestre de l'année scolaire iSqi-iSq-i; 

9." De la part de M. le Directeur de l'Ecole française de Kome, 
un mémoire de M. (îourbaud, intitulé : } a-t-il eu à Borne, eu 
sculpture, un art proprement romain? Sculpture d'histoire et sculpture 
du portrait ; 



— 'U8 — 

3" Un nouveau rapport de M. J)utreuil de JUiiiis, dalé de 
Khotan, \h janvier, sur sa mission dans la liaule Asie. 

Ces divers documents sont renvoyés aux CQinmissions conij)é- 
lentes. 

L'Acade'mie se forme en comité' secret pour entendre la lecture 
du ra[)port de la commission du pi'ix Gobert sur le concours i\o 
cette anne'e. 

La séance étant redevenue publique, le Vice-Présidem annonce 
que l'Académie a accepté j)rovisoirement le legs qui lui a été fait 
par M""' de Cbénier, pour la fondation d'un prix en faveur d'un(! 
méthode destinée à l'enseignement du grec. 

M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, annonce 
la découverte d'une borne milliaire du règne des empereurs 
Constance Chlore et Galère (3o5-3o6), trouvée à Chenitou 
(Tunisie) par M. Jules Toutain (^'. 

M. Senart donne connaissance à l'Académie de trois nouvelles 
inscriptions de Piyadasi-Açoka récemment découvertes dans le 
nord du Mysore par M. Lewis Rice. Elles représentent une version 
nouvelle et plus étendue d'un édit d(>jà connu par les inscriptions 
de Sahasaràm et de Rûpnâsh. M. Senart en donne une traduction 
et insiste sur les cas nombreux où elles permettent de compléter, 
de préciser ou d'assurer les traductions antérieures. 11 insiste 
surtout sur le grand intérêt historique que présente cette décou- 
verte, et sur les modifications qu'elle ne pourra manquer d'in- 
troduire dans des vues généralement reçues. Elle atteste en effet 
la diffusion de la civilisation aryenne au centre même du Dekhan 
méridional, à une époque de beaucoup antérieure à tout ce qu'il 
était permis d'admettre jusqu'ici. Cette trouvaille autorise d'ail- 
leurs l'espoir de beaucoup d'autres découvertes qui viendront la 
compléter. 

M. Delisle dépose sur le bureau : 

1 - Cinq lettres de Descartes au P. Merscnne; 

2" Un fragment de deux pages écrit de la main de Descartes, 

(') \'oir aux Commimcatio>s, n" XXll (p. 169-170). 



— 1/j9 ~ 

sur la façon dont quelques parties du sang sont portées dans 
Testomac et les intestins; 

3° Une leltre de Joseph Scaliger à Sainte-Marthe, en date du 
(j mars 1G08. 

Ces sept pièces ont été' remises, pour être restitue'es à la Biblio- 
thèque de l'Institut, par M. Cuisinier, ingénieur, héritier de 
M. Dubrunfaut. 

M. Siméon Luge achève la seconde iedure de son mémoire 
sur Jeanne Paynel et le château de Cliantilli/. 



SÉANCE DU l3 MAI. 

M. Daumet, menibie de Tlnstitut, président de la Société cen- 
trale des architectes français, écrit au Secrétaire perpétuel pour 
le prier de lui faire connaître le nom du membre de l'Ecole 
française d'Athènes ou de celle de Rome à qui devra être décernée 
la médaille que la Société accorde tous les ans pour travaux 
archéologiques. 

La Commission des Ecoles d'Athènes et de Rome présentera 
un candidat dans la prochaine séance. 

!\f. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, adresse 
au Président de nouveaux détails sur les fouilles de M. Chedanne 
dans le Paulhéon d' Agrippa à Rome. Par la même leltre, 
M. GeffrOy annonce l'ouverture au Vatican de deux nouvelles 
salles dans les locaux occupés par les archives (''. 

L'Académie procède à la nomination d'un membre de la Com- 
mission des travaux littéraires, en remplacement de M. Maury, 
décédé. 

M. Edmond Le Blant est élu. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, le Président annonce 
que la commission du prix Gobert propose pour le premier prix 
M. le marquis G. du Fresnc de Boaucourt, auteur de l'ouvrage 
intitulé : Histoire de Charles l //, tome VI et dernier, et pour le 

'■> Voir aux Commumcations. n" \XIH (p. 171-173). 



— \:a) — 

second prix M. Fcrtlinand Loi, auleur de roiivragt' iiililulé : L-s 
ilcrniers Carolingiens; Lotha'uc, Louin \ , Cliarles de Lorraine {()^i''>- 

99')' 

Il est procédé au scrutin {)our le premier prix. 

Il y a 33 volants. Majorité 17. 

M. du Fresne de Beaucourl oblienl 3o sulFrages, contre 
3 donnés à M. Lot. 

En conséquence, le premier prix Gobert est décerné à i\L du 
Fresne de Beaucourt. 

Il est procédé au scrutin pour le second prix. 

Il y a 32 votants. Majorité 17. 

M. Lot obtient 3o suffrages. Il y a 2 bulletins blancs non 
aianjués. 

En conséquence, le second prix Gobert est décerné à M. Fer- 
<!inand Lot. 

M. d'Arbois de Jubaixville fait une communication sur les 
noms anciens de la Grande-Bretagne. 

La Grande-Bretagne, dit-il, a eu originairement deux noms: 
Albio et Qrtanis. De ce second nom dérive Tadjeclif Qrtanicos, en 
irlandais Cniithiech, nom des Pietés, maîtres de la Grande- 
Bretagne au temps de Pvthéas. Cet adjectif, prononcé Pretanicos 
en gaulois, a été employé avec cette prononciation par Pytliéas, 
qui, l'accordant avec le substantif féminin vrjcros. Va inlioduit 
dans la géograpbie grecque en désignant ]»ar le singulier, 
UpsTaviHï) vijaos, la Grande-Bretagne; par le pluriel, UpsToc- 
vtxa) vÇ]<70i, les îles Britanniques. 

Un siècle au moins après Pytliéas, les BriUani, groupe de 
peuples gaulois du rameau belge, firent sur les Pietés la conquête 
de la plus grande partie de la Grande-Bretagne. Une conséquence 
de cet événement fut que les géographes grecs amalgamèrent le 
nom des Briltani avec celui de Tîle Prétanique; de là chez eux les 
orthographes défectueuses : Uperlavoi, avec H initial et £ mé- 
dial, pour Briltani, par B initial et i médial; BpsTlaviKrj, J^psrla- 
viKctî^ avec B initial et double t, pour JlpetaviHrj et WpeTavi- 
Kai, avec IT initial et t simple. 

M. Heuzey rappelle qu'il a étudié précédemment, devant 



I 



— 151 — 

l'Académie, raulhenlicité de toute une se'rie de sculptures de'- 
couvertes en Espagne, dans la région au delà de Murcie, en un 
lieu nommé la Colline des Saints. Tout en adr.ieltant que des fal- 
sifications avaient pu se glisser dans la collection, il y avait 
reconnu les restes d'un art gréco-phénicien, qui s'était naturalisé 
parmi les anciennes populations de Tlbérie. Il ajoutait qu'une 
enquête sur place était nécessaire pour élucider complètement la 
question. 

Son appel a été entendu, et l'enquête a été poursuivie avec 
beaucoup d'habileté et de dévouement à la science, par un ar- 
chéologue français, M. Arthur Engel, déjà chargé d'une mission 
en Espagne. 

Grâce à M. Engel, l'Académie peut examiner, non plus seu- 
lement des moulages, mais quelques fragments originaux, trouvés 
directement dans les fouilles. Des têtes, des tronçons de statues, 
très mutilés sans doute et d'un travail plus rustique que celui 
■ même de la sculpture chypriote, mais d'un caractère local bien 
accusé, donnent de curieux détails sur les modes bizarres des 
anciens habitants, particulièrement dos femmes. Ce qui augmente 
l'intérêt de ces spécimens, c'est qu'ils n'ont pas été tous exhumés 
sur le terrain des premières fouilles, mais aussi sur d'autres 
points de la région, assez distants les uns des autres, comme 
Montealegre et Albacete. Dans cette dernière ville, M. Engel 
signale un curieux taureau à face humaine, dans la représen- 
tation duquel M. Heuzey montre divers détails de technique, 
rappelant les monuments de la Chaldée et de la Perse. 

Le développement des découvertes sur plusieurs points fait 
augurer que les gisements de cette ancienne sculpture s'étendent 
encore au delà de la région jusqu'ici explorée. M. Heuzey est 
plus que jamais convaincu que c'est de ce côté que les archéo- 
logues curieux de retrouver l'antiquité ibérique doivent porter 
leurs recherches; s'ils savent contrôler sévèrement les décou- 
vertes nouvelles, ils trouveront là une source d'infornration? sur 
la demi-civilisation qui a précédé en Espagne la colonisation 
romaine. 



:>!> 



SEAiNOE DL 3 MAI. 



Le Miiiislre de rinstruction publique et des beaux-arts transmet 
à rAcadémie, de la part de M. le Directeur de lEcole française de 
Home, les mémoires suivants: 

Niccolo Peroiti, archevêque de Siponto, par I\I. Le'on Dorez; 
Les lieux saints de Rome, d'Alaric à Tolila [hio-56o), par 
M. Jean Guiraud. 

, Renvoi à la Commission des Ecoles françaises d'Athènes et de 
Rome. 

M. GEb'FiioY, directeur de l'Ecole française de Rome, par une 
lettre qu'il adresse au Président, sollicite une subvention sur les 
fonds du legs Piot en faveur de M. Toutain, membre de cette 
école, pour lui permettre de continuer des fouilles commencées à 
Chemlou (Tunisie). 

La lettre de M. Gelfroy a été communiquée à la Commission du 
legs Piot, qui fera, aujourd'hui même, son rapport en comité 
secret. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, le Vice-Préside.m fait 
connaître, ainsi qu'il suit, les conclusions des rapports des com- 
missions du legs Garnier et de la fondation Piot : 

Une seconde annuité des arrérages du legs Garnier est attri- 
buée à M. Dutreuil de Rhins, pour la continuation de sa mission 
dans la haute Asie; 

Une somme de 1,000 francs, prise sur les arrérages du legs 
Piot, est allouée à M. Toulain, membre de l'École française de 
Rome, pour ses fouilles à Chemtou (Tunisie). 

Sur le rapport qui lui est fait, au nom de la Commission 
des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, par M. Georges 
Perrot, l'Académie désigne à la Société centrale des architectes, 
pour la médaille qu'elle donne à un membre des Écoles d'Athènes 
ou de Rome, M. Jamof, ancien membre de l'École française 
d'Athènes, aujourd'hui attaché au Musée du Louvre (département 



— 153 — 

des antiquités orientales et de la céramique antique). M. Jan^ol a 
l'ait eu Béotie, sur le territoire de Thespies, dans la vallée des 
Muses et sur remplacement même de la ville, en 1889, 1890 
et 1891, trois campagnes de fouilles qui ont amené la décou- 
verte de plusieurs édifices intéressants, dont plusieurs temples, 
parmi lesquels celui des Muses, un théâtre et une sloa ionique, 
de nombreux morceaux de sculpture, en bronze et en marbre, et 
de plus de deux cents inscriptions, sans couipter les funéraires. 
Un bras de bronze devait appartenir à une statue d'homme, un 
peu plus grande que nature, qui, si elle était complète, compte- 
rait parmi les plus beaux monuments de la sculpture en métal que 
nous ayons conservés de l'antiquité; on s'est demandé, en rap- 
prochant ce bras de queb^ues autres débris retrouvés en même 
temps, s'il n'aurait pas appartenu à un groupe de Lysippe que 
nous savons avoir existé à Thespies. En tout cas, c'est un des 
fragments les plus précieux que possède aujourd'hui le Musée 
central d'Athènes. 

Le R. P. C. Tondiai do Quarenghi, barnabite, fait une com- 
munication sur la question de la Pâque dans la réjonne du calen- 
drier russe ''). 

M. Lecoy de la Marche continue et termine la lecture de sou 
mémoire sur l'enlumineur arrêté et interrogé par Tristan TErmite. 
Cet obscur artiste, soupçonné d'être un espion du duc de Guyenne, 
à raison des voyages qu'il avait faits dans cette province pour 
l'exercice de sa profession, fut mis à la question et soumis à trois 
interrogatoires successifs par le terrible prévôt en personne. Après 
avoir donné sur les fonctions de Tristan des détails nouveaux, 
M. Lecoy de la Marche fait l'analyse de ces interrogatoires, pièces 
d'une nature très rare pour ré[)oque et fort curieuses par elles- 
mêmes. Il y relève des indications sur la vie et le métier des en- 
lumineurs j)opulaires, qui, à l'instar des grands artistes du 
temps, avaient des ateliers et des élèves, voyageaient de ville en 
ville et allaient travailler ou étudier dans les grands centres artis- 
tiques, à Paris, en Flandre, en Italie. Celui dont il s'agit, nommé 

C' \(>ii imx floMMiiNinATin^s, n" X'XfV (p. i7'i-iHM- 



— 15A — 

Jean Gilleiner, colportait, avec des livres d'heures, une collectioD 
de recettes de charlatan pour {juérir dilFe'rents maux. Le dépouille- 
ment des petits papiers saisis sur lui monlie qu'il était aussi super- 
stitieux que zélé pour son art. 

M. ViOLLET demande si M. Lecoy de La Marche a eu l'occasion 
d'examiner un manuscrit ayant appartenu au duc de Guyenne et 
dont les miniatures ou sont restées inachevées ou n'ont pas été 
faites. Ce manuscrit, qu'a signalé M, Vallet de Viri ville, aurait-il 
élé interrompu par suite de l'arrestation de Gillemer? On s'est 
déjà posé cette question. 

M. Salomon Reinach lit une note sur Yétain celtique. 

Il pense que le nom des îles Cassitérides, d'où les Phéniciens 
liraient l'élain, ne doit pas être expliqué par celui de xcKjairepos, 
que les Grecs donnaient à cette substance et qu'on retrouve en 
sanscrit et en arabe. Remarquant que divers noms de métaux, tels 
que cuivre, bronze, s'dher (crargentn en allemand), kalay (frétainii 
en turc), ont été empruntés par divers peuples aux régions d'oij 
provenaient ces métaux (Cypre, Brundisium, Alybé, Kalali), il 
suppose que le mot xa(T(Ths.po$ vient du nom des Cassitérides et 
que ce dernier, d'origine celtique, signifierait fftrès lointain 15. Le 
premier terme, cassi, se retrouve dans de nombreux noms cel- 
ti(jues comme Cassivellaunos , Cassitalus, les dieux Casses, le peuple 
dos Cassi. Les îles Britanniques, identiques aux Cassitérides des 
Phéniciens, étaient appelées tries îles très lointainesii par les 
Druides qui renseignèrent l'historien grec Timagène. Le mot 
xaa-a-hepos se rencontrant déjà dans Homère, il s'ensuivrait que 
la Gaule occidentale avait une population celtique dès le vin' ou 
le ix^ siècle avant notre ère, conclusion en désaccord avec les 
opinions généralement reçues au sujet de l'occupation de la 
Gaule par les Celtes. 

M. Meivam fait remarquer que l'étain était connu par la com- 
position du bronze, chez les Egyptiens et les Assyro-Chaldéens, 
longtemps avant l'époque des grandes migrations des Phéniciens 
dans la Méditerranée. Dès lors, on est fondé à croire que ce n'est 
pas exclusivement des iles Cassitérides et par l'intermédiaire des 
Phéniciens que les peuples des pays du nord de l'Afrique et de 



— 155 — 

l'Asie occidentale se sont approvisionne's de l'e'tain nécessaire 
pour la fabrication de leur bronze. 



SEANCE DU 27 MAI. 

M. Geffroy, directeur de TÉcole française de Rome, remercie 
par lettre l'Académie de la de'cision qu'elle a prise, à la dernière 
se'ance, en faveur de M. Jules Toutain, membre de l'École fran- 
çaise de Rome, chargé d'une mission archéologique à Chemtou 
(Tunisie). 

M. Geffroy adresse en même temps au Président de l'Aca- 
démie diverses nouvelles archéologiques ^^\ 

Est adressé au concours de numismatique (Allier de Haute- 
Roche) de 1898 : 

Syracusan tf medallions v and their engravers m the light of récent 
jinds, par M. Aithur-J. Evans (Londres, 1899, in-8°). 

M. Le Rlant communique à l'Académie, au nom de M, Max- 
well Sommerville, de Philadelphie, un large bracelet de bronze 
trouvé près de Jérusalem , et portant sur une seule ligne l'inscrip- 
tion suivante : SIC OeOC CCJCON 0YAAEON THN AOYAHN 
COY CeYHPINAN. En tête de cette légende est un lion courant 
à gauche; à la fin un serpent rampant vers la droite. 

A l'extrémité gauche du bracelet est soudée une petite plaque 
ronde sur laquelle est gravé un sujet qui se retrouve plusieurs 
fois dans la série d'amulettes que vient de publier M. Schlum- 
berger dans la Revue des études grecques (janvier 1899) : un per- 
sonnage nimbé, sur un cheval au galop, perce de sa lance une 
femme étendue à terre et qui est, selon toute apparence, la figu- 
ralion d'un démon. 

Cette représentation, fort effac(;e, ne se comprendrait pas si 
l'on n'avait comme point de comparaison les amulettes dont il a 
été question plus haut. Ce sont aussi ces amuloltos qui permettent 
de retrouver dans ces (juelques lettres fort mutilées qui entourent 

C Voir .IIIX CoMMl MCATIONS, u" XW (|). iHô-iX-). 



— lôG — 

le cavalier : SIC 060. . . KAKA la formule : SIC OeOC. NIKON 
TA KAKA. 

r 

M. Maxwell Sommerville lient de M. le Consul des Etats-Unis 
à Jérusalem le bracelet qui fait l'objet de cette communication. 

M. Groiset, au nom de la commission du prix Bordin, fait le 
rapport suivant : 

tfLe sujet mis au concours de cette année était ainsi conçu: 
Rechercher ce que CcUuUe doit aux poètes alexandrins et ce qud doit aux 
vieux lyriques grecs. 

f:La Commission avait à examiner trois mémoires. 

ffElle décerne le prix au mémoire inscrit sous le n° 3, et qui 
porte la devise suivante : Amat Victoria curam. v 

Le Si'CRÉTAiRE PERPÉTUEL ouvre le pli cacbeté joint à ce mémoire. 
Il y lit le nom de M. Georges Lafaye, maître de conférences à la 
Faculté des lettres de Paris. 

Le nom de M. Lafaye sera proclamé dans la séance publique 
annuelle de TAcadéraie. 

M. Le Blant annonce en ces termes un méjnoire qu'il compte 
lire procbainement à l'Académie : 

«Si l'Académie veut bien m'y autoriser, j'aurai l'honneur de 
lui soumettre procbainement un court mémoire intitulé : Notes 
sur quelques anciens talismans de bataille. 

te Ce sujet, dont personne ne me semble s'être encore oc- 
cupé, m'a mis en présence de documents qui remontent au 
vi^ siècle de notre ère. J'ai étudié notamment une légende inscrite 
sur les monnaies d'or d'Edouard 111 et qui a été l'objet des inter- 
prétations les plus diverses. J'ai recherché en même temps si, en 
dehors des textes que j'ai pu réunir, les monuments ne nous ré- 
véleraient pas l'usage fait dans l'antiquité même d'amulettes par 
la vertu desquelles les guerriers espéraient sortir de la mêlée 
vainqueurs et sans blessures. Je m'estimerais heureux que ce 
court programme pût m'altirer, de la part de mes confrères, des 
observations et des conseils dont je serais fort reconnaissant.'» 

M. Heuzey ajoute quelques observations à celles qu'il a prér 
sentées dernièrement sur la sculpture gréco-punique en Espagne. 
Il s'élève surtout contre l'opinion (pii voudrait attribuer ces statues 



0/ 



à l'ëpoque visigotliique, vers le vji*^ siècle de notre ère. On a cru 
trouver des preuves en laveur de cette hypothèse dans les livres 
d'Isidore dé Se'ville. M. Heuzey expose que cette partie des Origines 
ou des Ehjmologies du savant évèque d'Hispalis n'est pas du tout 
une description des usajjes et des modes de son temps : c'est une 
compilation à l'usage des e'coles, une sorte de lexique, de manuel 
encyclopédique de l'antiquité classique et surtout latine, dont les 
éléments, de troisième main, sont puisés dans les grammairiens, 
dans les commentateurs, dans les écrivains ecclésiastiques de l'âge 
précédent. Les allusions à répo([ue contemporaine y sont très 
rares, et l'ensemble de ces renseignemenis n'a pas plus de rapport 
avec les usages de la période visigothique qu'ils n'en ont avec la 
période beaucoup plus reculée où les iniluences grecques et phé- 
niciennes se combinaient en Espagne pour y créer une sculpture 
d'un style particulier. Nulle autre ne peut nous donner une idée 
plus approchante de ce que pouvait être le vrai costume cartha- 
ginois, vers l'époque dont un roman célèbre a tenté la résur- 
rection. 

Au cours de ces observations, M. Heuzey insiste particulière- 
ment sur le mot mitra , qui ne désignait pas du tout chez les anciens 
une coifl'ure élevée, mais une écharpe, une sorte de turban qui 
ceignait la tête. La coiffure haute et rigide était la tiare; c'est jmr 
une déformation très tardive que l' écharpe orientale est devenue 
le haut bonnet épiscopal, dont les l'anons pendants trahissent en- 
core l'origine. 

M. l'abbé DuGHKSNE signale, à ce propos, un passage de saint Op- 
tât de Milève,où le terme de mitella est employé pour désigner 
la coiffure caractéristique des vierges chrétiennes, laquelle ne 
pouvait être autre chose qu'une modification ou adaptation du 
voile virginal. 

il ajoute, à pr<)[)0s d'une remar(|uc laite en passant par M. Heu- 
zey, (|ue l'histoire des deux, coillures ecclésiastiques ap[)elées tiare 
et mitre ne paraît pas autoriser un rapprochement étroit avec la 
hiérarchie de ces insignes dans l'usage des cours orientales. La 
tiare semble bien être une coiffure grecque; c'est la même chose 
(|U(' le rnmUovki plus ou moins orné que portent on Orient tous 



— ir)8 — 

les Jiieinbres du cierge. La mitre, dont Torigine est obscure, nu 
jamais été en Occident un insigne spécialement réservé aux 
évêques. (le n'est pas à Rome qu'il apparaît d'abord; il semble y 
avoir été importé de France et d'Espagne. Le pape se sert actuelle- 
ment de la tiare et de la mitre; de la tiare, comme autrefois, 
dans les processions et autres cérémonies extérieures; de la mitre, 
pendant la messe et autres offices célébrés à l'intérieur de l'église. 

M. de iVIély communique à l'Académie les remarques qu'il a 
faites sur le traité des Fleuves faussement attribué à Plutarque, 
dont on n'a pu jusqu'à présent préciser la date. 

M. de Mély, après avoir expliqué que, par sa composition her- 
métique, le traité paraît se rattacher à l'École d'Alexandrie, en 
extrait un lapidaire oii certaines pierres gravées sont regardées 
comme un produit de la nature; une telle idée n'a pu naître 
qu'après la disparition totale de la glypti(jue, c'est-à-dire après 
le iJi" siècle. D'un autre côté, l'énumération complète du Pan- 
théon païen, des punitions qui ont atteint ceux qui avaient méprisé 
les dieux, doit porter à croire que l'ouvrage a été composé à un 
moment oii l'École d'Alexandrie luttait contre le christianisme; ce 
ne peut être après le v" siècle. Entre ces deux dates extrêmes, c'est 
au moment du règne de Julien qu'eut lieu la plus forte réaction. 
M. de Mély croit pouvoir placer à ce moment la composition du 
traité des Fleuves. 

M. Théodore Reinach fait une communication sur la date de la 
naissance d'Hypéride, le célèbre orateur athénien, dont on a re- 
trouvé récemment de si notables fragments. Cette date était in- 
connue jusqu'à présent et l'on discutait pour savoir si Hypéride 
était l'aîné ouïe puîné de Démosthène. M. Th. Reinach , par le rap- 
prochement d'un texte de la République athénienne d'Aristole et 
d'une inscription attique anciennement connue, montre qu'Hypé- 
ride exerça les fonctions d'arbitre public en .33o avant notre ère, 
à l'âge de cinquante-neuf ans. Il était donc né en 38(), six ans 
avant Démosthène. 



~ 151) — 



SÉANCE DU 3 Jl IN. 

Le Ministre de riiistructioii publique invite l'Académie à s'oc- 
cuper, dans l'une de ses prochaines se'ances, de la désignation de 
deux candidats à la chaire de géographie historique de la France, 
vacante au Collège de France. 

Il adresse en même temps à l'Académie l'extrait du procès- 
verdal de la séance dans laquelle l'assemblée des professeurs du 
Collège de France a présenté, en première ligne, M. Longnon, 
et, en seconde ligne, M. Auguste Molinier. 

L'Académie procédera aux présentations dans sa prochaine 
séance. 

M. l'abbé DucHESNE donne lecture du rapport suivant : 

rj'ai l'honneur de faire connaître à l'Académie, au nom de la 
Commission chargée de juger le concours Delalande-Guérineau, 
les résultats de ce concours. Deux mémoires ont été soumis à 
notre appréciation. La Commission a cru devoir décerner le prix 
à l'ouvrage de M. Pierre Baliffol, intitulé : U abbaye de Bossano, 
coniribution à Vhistoirc de la Vaticane. Dans sa décision, sans se dissi- 
muler certains défauts de composition et de rédaction, elle a cru 
devoir prendre en considération l'importance des renseignements 
donnés par l'auteur sur la provenance d'une partie des manuscrits 
grecs du Vatican. w 

M. Hkron de YiLLEFossE a la parole pour un rapport: 

tfDans la séance de ce jour, la Commission du prix Fould a pris 
la décision suivante : 

fr 1° Un prix d'une valeur de 6,ooo francs est accordé à M. Eu- 
gène Mûntz, conservateur de l'Ecole nationale des beaux-arts, 
pour son ouvrage en deux volumes intitulé : Histoire de l'art pen- 
dant la lienainsance , et pour l'ensemble de ses travaux antérieurs; 

tf 2° Un second prix d'une valeur de i,ooo francs est accordé 
à M. Louis Gonse, pour son ouvrage intitulé : Histoire de Varcldtec- 
ture (jfothique.ri 

Le Président donne acte à chacune de ces deux commissions 
des conclusions de leur rapport.- 



— IGO — 

M. Kdmond Lk Bl\nt donne lecture de son mémoire intitulé : 
Notes sur quelques anciens talismans de halaille. 

Au sujet de celte lecture, diverses observations sont présentées 
par MiM. Berthfclot, secrétaire perpétuel de TAcadémie des sciences, 
Siniéon Luge, Gaston Paris et Tabbé Duchksnk. 

M. de Mély termine sa communication sur le traité des Fleuves, 
faussement attribue; à Plutarque, et sur le lapidaire qui s'y trouve 
contenu. 

M. Fabia, maître de conférences à la Faculté des lettres d'Aix- 
en-Provence, lit un mémoire sur cette question : Pline l'Ancien 
a-t-il assisté au siège de Jérusalem par Titus? 

D'une inscription d'Arados, restituée et commentée par 
M. Mommsen, il résulterait, entre autres renseignements sur le 
cursus de Pline, qu'il a été dvTeTriTpoTros de Tibérius Alexander. 
chef d'élat-major de Titus. M. Fabia combat les objections faites 
par M, Hirschfeld contre la restitution de M. Mommsen. Il montre 
que ni le texte de .losèphe sur le conseil de guerre de Titus, ni 
les Lettres de Pline le Jeune, ni ï Histoire naturelle ne contiennent 
rien qui soit incompatible avec l'opinion de l'illustre épigraphisle. 



SEANCE DU 10 JUIN. 

Notre confrère M. de Rossi, associé étranger de l'Acadénne, 
adresse au Président la lettre suivante : 

Monsieur le Président, 

Les fêtes que mes amis ont organisées pour célébrer le 70' anniver- 
saire de ma naissance ont été noblement rehaussées par la jîrésence de 
deux illustres rejirésenlants de fAcadémie des iascriplions et belles- 
lettres. Ma reconnaissance est très vive envers riiistitut de France, qui, 
m'ayant tant distingué et encouragé dès mes jeunes années, a voulu me 
combler d'honneur au moment de Xinitium seneclutis. J'ai apprécié d'une 
manière spéciale la délicatesse du choix des deux savants qui ont été 
chargés de représenter l'Académie. L'un, mon ami intime depuis la jeu- 
nesse, à tant d'autres mérites scientiliques, joint celui qu'il nous a 
fourni, par ses découvertes inattendues, des monuments admirable- 
ment conservés d'architecture chi-élienne tles premiers siècles a])i-ès la 



— loi — 

paix chrétienne, dans la Syrie centrale. L'autre, malgré la distance 
dàge qui nous sépare, confrère aimé et assidu collaborateur, a acquis, 
depuis les débuts de sa carrière scientifique, une renommée si brillante 
et une autorité si universellement reconnue, que je devrais être fier de 
la modestie avec laquelle il voudrait attribuer à mes écrits quelque part 
dans la préparation à ses éclatants succès, si je ne savais combien cela 
est peu conforme à la vérité. 

Veuillez ilonc, .Monsieur le Président, témoigner à vos honorables 
collègues mes sentiments de reconnaissance afrectuouse pour leur inépui- 
sable bonté envers moi, couronnée par l'homieur dont ils viennent de 
me combler. En même temps, veuillez agréer l'hommage de ma grati- 
tude et de mon attachement personnel très respectueux et dévoué. 

J.-B. DE ROSSI. 

Rome, 2 mai 1899. 



L'Acade'mie se forme en comité secret. 

La séance redevient publique. 

L'Académie procède à ia désignation de deux candidats à la 
chaire de géographie historique delà France, vacante au Collège 
de France. 

M. Longnon est présenté en première ligne, par l'unanimité 
de 97 votants. 

M. Auguste Molinior est présenté en seconde ligne, par ao suf- 
frages. Il y a 3 bulletins blancs. 

M. Léon Gautier donne lecture du rapport suivant : 

fLa Commission du prix de La Grange (fondé pour encou- 
rager la publication de poèmes en vieux français) a décerné le 
prix à M. Constans, professeur à la Faculté des lettres d'Aix-en- 
Provence, pour ses deux volumes intitulés : Le Roman de Thèbes, 
publiés pour la Société des anciens textes français. 11 

M. Paul Meyer fait un rapport au nom de la Commission 
chargée de juger le concours ouvert pour le prix ordinaire, sur 
celle question : r Etude sur les ouvrages composés en France et en 
Angleterre, qui sont généralement connus sous le nom d'Ars dic- 
tnmbm.-n Un seul mémoire a été déposé; la Commission lui dc'- 
cerne le prix. 



— 102 — 

Le Secrétairk perpéti fx ouvre le pli cacheté qui contient le 
nom de Tauleur. Le lauréat est M. Charles-Victor Langlois, chargé 
de cours à la Faculté des lettres de Paris. 

Les noms de MM. Constaus et Ch.-V. Langlois seront proclamés 
dans la séance puhlique annuelle de l'Académie. 

M. le comte de Charencey fait une lecture sur la chronologie 
ancienne du Mexique. 

Il distingue deux courants civilisateurs dans ce pays: l'un venu 
par mer de l'Est à une époque qui doit correspondre à la deuxième 
moitié du i" siècle de noire ère; l'autre parti du Nord-Ouest et 
d'origine mexicaine proprement dite. Celui-ci, dont la présence 
en Californie doit être reportée à peu près à la même époque, ne 
paraît avoir pénétré dans les régions du Sud que vers la moitié 
du II" siècle de notre ère au plus tôt. 

M. Ch.-Ém. Ruelle lit une communication de M. Cari Wessely, 
docteur de l'Université de Vienne, sur un fragment de l'Oreste 
d'Euripide, avec notation musicale. 

Ce fragment, écrit sur papyrus au i" siècle de notre ère, donne 
à l'auteur l'occasion de présenter des vues nouvelles sur l'usage 
pratique de l'art musical et de la métrique dans l'antiquité 
grecque. 

M. Wessely communique en outre une inscription grecque 
trouvée à Aïdin (Tarse), oii le texte est pareillement accompagné 
d'une notation musicale dont le déchiffrement est donné ici pour 
la première fois. 

A propos d'un passage de cette lecture, M. V^^^eil remarque que 
les mots de l'antistrophc, xaToXo(pûpo{xai xar oXo(pvpofxai, semblent 
devoir correspondre à ceux-ci, xa$ixsTevo(xai KaSixeTSiJOixat, qui 
se lisent dans la strophe, mais non à la [)lace correspondante. 
Kirchhoff et M. Weil ont cru devoir établir ou rétablir la symétrie 
en transposant les mots de l'antistrophe. Le papyrus insère ces 
mots à une autre place, où Ton est étonné de les voir figurer. 
Malheureusement le papyrus ne donne pas la strophe. 

M, de Maulde La Clavière fait une communication sur les di- 
verses espèces tVamhassades au moyen a^e. 

L'auteur passe en revue d'abord les appellations usitées. La 



— l(i;î — 

cliancelleiie romaine divise ses envoyés en légats et en nonces, 
selon rétendue des pouvoirs. Les aulres chancelleries n'ont pas de 
classificalion analogue; elles se servent de termes de droit com- 
mun (messager, orateur, procureur, envoyé, mandataire, etc.), et 
l'étendue des pouvoirs résulte de Taccumulation des épithètes, 
suivant le style notarial, dont la trace est demeurée dans le titre 
dV envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire^^. Cepen- 
dant le terme d'ambassadeur prévaut. 

Les ambassades se subdivisent en spéciales (ou temporaires) 
et en résidentes (ou permanentes). 

Une opinion universellement admise ne fait remonter qu'au 
xvi° siècle les ambassades permanentes. C'est une erreur. Le moyen 
âge a connu les ambassades permanentes et elles sont au xv"" siècle 
de l'usage le plus courant. Ce qui est vrai, c'est que la France 
n'envoyait guère de résidents, mais elle en recevait sans cesse. 
Le résident, du reste, n'a (ju'un rôle d'observation, et à ce titre 
il est assez mal vu. Il ne peut rien décider sans pouvoirs spéciaux. 
La l'onction est dilTicile, effacée et peu recherchée. 



SKANCE DU t- JUIM. 

Le Skcrkture pkrpétlel donne connaissance à l'Académie d'un 
extrait du testament ologiaphe de M. Maury, en date du lo no- 
vembre 188/4, contenant un legs ainsi conçu : 

ff Je lègue mes mémoires manusciits en cinq volumes in-folio et 
mes lettres autographes à la bibliothèque de Tlnslitut de France, 
à la condition que ces mémoires ne seront publiés qu'après avoir 
été revus et corrigés pour le style par celui qui se chargerait béné- 
volement de cette publication. 11 

M. de Maulde La Clavière informe par lettre l'Académie que le 
Comité des travaux histoiiiiiics et scientifiques a été saisi, sur sa 
demande, d'un |Tojet de pti!)licalion des Ordonnances des rois 
de France, avant i5i5, relatives à l'étranger. 

MM. de Barthélémy et Croiset sont élus membres de la Com- 
mission de vérification des comptes de l'Académie pour «Sq!. 

M. IIamv annonce (pi«' M. J. -Martin, conservateur du Must'e- 

\K. 19 



— [U — 

lîil)liotli('((ue (le la ville de Tourniis, a dëcouverl dai)s ces derniers 
lenips à Fnrgcs-lez-Mâcoii, à Dulpliey et àTournus des cimetières 
burgondes où se sont rencontrés divers objets intéressants. 

M. Hamy présente à l'Académie des aijiiarelles soigneusement 
exécutées, représentant ces objets. On y voit notamment des armes 
et outils en fer, couteaux, scramasaxes, clc. , remarquables à la 
lois par leur taille et par leur bonne conservation, et de grandes 
et belles boucles de ceinturons habilement plaquées en argent sui' 
fer. Ce qui est surtout remarquable, c'est la présence, au milieu 
d'un matériel funéraire parfaitement caractérisé comme méro- 
vingien, d'objets assez nombreux, vases de terre et autres, sem- 
blables ou peu s'en faut à ceux que l'on trouve habituellement 
dans les sépultures de l'époque romaine en (iaule. M. Béquet avait 
été jusqu'ici à peu près seul à signaler dans les environs de Na- 
mur de telles transitions entre le romain et le franc, si nettement 
distincts presque toujours par leur céramique comme par leurs 
autres industries essentielles. Il est intéressant de constater 
(juelque chose de fort semblable dans les tombes burgondes de 
la Mort-Pierre de Dulphey. 

L'un des sujets inhumés dans ce dernier cimetière avait une 
sorte de trousse composée d'un briquet de fer avec sa pierre à feu, 
d'un couteau et de diverses pièces à anneaux d'un usage diflicile 
à reconnaître. Deux bagues de bronze portent Vs barré, abréviation 
du mot signtim. 

M. le comte de Lasteyrie rend compte à l'Académie des résul- 
tats du concours des antiquités de la France: 

cfLa Commission décerne les trois médailles réglementaii-es aux 
auteurs suivants : 

V 1^" médaille. — M. Brutails , pour son Elude sur la condition des 
populations rurales du Roussillon au moyen âge. 

ff 2^ médaille. — 1\1. Coyecque : UHotel-Dieu de Paris au 
mmjen âge. 

ff 3' médaille. — M. Ernest Langlois : Origines cl sources du 
Roman de la Rose. 

ff La Commission, considérant la force du concours, a été d'avis 
de demander à M. le Ministre l'autorisation de disposer d'une 



— 165 — 

quatrième médaille eu laveur de M. Loseth : Le roman de Tristan, 
le roman de Palamède et la compilation de Rmticien de Pise. 

ftLes mentions honorables ont e'te' dislribue'cs ainsi quil suit : 

K i'" mention. — M. Virey : fJ architecture romane dans V ancien 
diocèse de Mâcon. 

ff 2* mention. — M. Ed. Beaudouin : Le culte des empereurs dans 
les cités de la Gaule narhonnaise. 

ff 3* mention. — M. A. Blancliet : Etude sur les figurines en tei-re 
cuite de la Gaule romaine. 

cri" mention. — M. Jacquetou : Documents relatifs à l'administra- 
tion Jinancière en France de Charles Ml à François I". 

ff5* mention. — M'^'" Louise (luiraud : Les fondations du pape 
Urbain V à Montpellier. Le collège des Douze médecins. Le monastère 
Saint-Benoit et ses diverses transformations depuis son érection en cathé- 
drale. 

ff 6* mention. — 1V1M. Bulliot et Thioliier : La mission et le culte 
de saint Martin d'après les légendes et les monuments populaires dans 
le pays éduen. 

cfLa Commission a de'cidc' quelle exprimerait publiquement le 
regret que la force du concours el le petit nombre de re'compenses 
dont elle dispose ne lui aient pas permis de donner une men- 
tion à M. Chatel, pour son e'dition de YAnonijmns Cadomensis, et à 
M. Tabbé Me'tais, pour son Cartulaire hlésois de Marmoutier. 

ffEUe aurait également accordé une récompense à [M. Bort-l 
pour son livre sur Les foires de Genève, si l'ouvrage lui avait paru 
rentrer davantage dans le programme du concours, w 

M. Siméon Luce est désigné pour lire à la prochaine séance 
trimestrielle des cinq Académies un extrait de son mémoire sur 
Jeanne Paijnel à Chantilhj. 

Est adressé au concours de numismati(|ue (Ailier de Haute- 
roche) : 

Abridged historij qf the copper coins oj Japan, par M. Léon 
Van de Polder (I^ondres, 1891, in-S", extrait des Transactions qf 
the Asiatic Society qf Japan, vol. XIX, part. ii). 

M. le comte de Cliarencey continue! la Iccliire de son mémoire 
sur la chronologie ancienne dij Mexique. 



— IGG — 

M, de -Maiildc La (lla\i('re comniuniquc une cliitlc sui' le syslèmc 
des représailles intemutionales usile au moyen âjje, dans ses rap- 
porls avec la diplomatie. 

H expose la nature des repre'sailles, leur proce'dure, la défa- 
veur qui s'v attache ù la lin du moyen âge. La diplomatie peut, 
en tout état de cause, inteivenir, et elle intervient pour les pré- 
yenir, pour dc'savouer et régler amiahlement les excès. 

Les représailles donnent lieu, en elï'el, à tant d'abus, (pTon 
(init par les proscrire. 

M. de Maulde indique les diverses formes de je[)résailies, (jui 
elles visent et de qui elles émanent, le rôle de la diplomatie dans 
leur liquidation. Il donne ensuite (pielques détails sur les prises 
de mer et la piraterie. 

M. N. Valois lit une note sur une ambassade alletnande à Paris en 
i38i. 

Le roi des Romains Wenceslas, (|ui, jiendant le grand schisme 
d'Occident, avait pris parti pour le pape de Rome, envoya une 
ambassade à Charles VI pour l'exhorter à se séparer du pape 
d'Avignon, ajoutant que, dans le cas contraire, il se verrait obligé 
de dénoncer les traités conclus entre les deux maisons de Valois 
et de Luxembourg. Cette circonstance était jusqu'ici inconnue, 
bien que le récit de l'ambassade se tiouve tout au long dans la 
chronique du Religieux de Saint-Denis. Mais ce chroniqueur, par 
une étrange confusion, dont M. Valois fournit les preuves et ex- 
plicjue la cause, avait substitué le nom du roi de Castille à celui 
du roi des Romains. 



SÉANCE DU -2 h. JUIN. 

M. Héron de Villefosse présente à l'Académie quatre bustes en 
plâtre peint, trouvés dans la grande oasis d'El-Kargeh (Egypte) 
et envoyés au Musée du Louvre par les soins de M, Bouriant'^l 

M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, adresse 
au Président de l'Académie des détails sur les fouilles de M. ïou- 

(') Voir aux Communications, n° XXVI (p. iMy-igo). 



— \{\1 — 

tain à Cliciiitou (Tuiii.si(^) el sur diverses découverles faites en 
Italie ('). 

M. FouGART Ht une élude sur le rôle du poète Sophocle dans 
le changement de constitution qui suivit le désastre des Athéniens 
en Sicile, en /ii3. 

Sophocle fut élu membre du collège de dix magistrats qui 
furent chargés de proposer les mesures pour le salut de la répu- 
bli(jue; par leurs soins, Athènes fut mise en état de continuer la 
lutte, qui semblait désespérée. Puis il fit partie d'un comité de 
trente membres qui rédigea une constitution établissant une démo- 
cratie modérée et se rapprochant de celle de Clisthène. Sophocle 
accepta ensuite la constitution oligarchique des Quatre-Cents, 
mais comme un pis-aller, et lorsque ceux-ci voulurent gouverner 
sans consulter l'assemblée des Cinq-Mille, il n'hésita pas à s'op- 
poser à leur entreprise. 

M, DE LA BoRDERiE Ht unc nole intitulée : La destinée de Jeanne 
de MoiitJ'oit. 

Cette duchesse de Bretagne, après avoir conquis une grande 
illustration par ses exploits dans la guerre de Blois et de Mont- 
fort, en i3^2, disparaît absolument, dès l'année suivante, de la 
scène historique; on ne la voit plus figurer dans aucun événement, 
ijuoiqu'elle vécût encore et que Froissart semble même, à tort ou 
à raison, mentionner sa présence en Bretagne en i35i, i355, 
iSb-y. Il résulte des recherches faites récemment à Londres, au 
Record Ofiice, par M. Lemoine, élève de l'Ecole des chartes, que, 
de i3/t3 à 1370, Jeanne de Montfort résida constamment en 
Angleterre, en divers châteaux, sous la garde d'officiers chargés 
par le roi d'Angleterre de lui donner leurs soins. De ces faits el 
de diverses circonstances ([ui s'y rattachent, M. de la Borderie 
conclut que Jeanne de Montfort, qui, en i3/i3, en passant de 
Bretagne en Angleterre, avait été victime d'une elfroyable tem- 
pête, fut peu de temps après frappée d'aliénation mentale et resta 
dans cette triste situation jus(ju'à sa mort, dont on ne connaît pas 
la date précise, mais ([ui eut lieu certainement de 1870 à 1377. 



— i(;8 — 

M. Salonion Reinach signale, dans un ancien ouvrage, un 
passage l'osté inaperçu, qui, combine' avec la de'rouverte lécente 
d'une inscription, permet de fixer remplacement d'un sanctuaire 
athénien encore inconnu, dans lequel existaient encore, au com- 
mencement de ce siècle, plusieurs œuvres d'art qui ne semblent 
pas avoir e'te' transporte'es ailleurs. M. HomoUe, directeur de l'Ecole 
française d'Athènes, étudiera prochainement sur place le temple 
en question. 






lao 



COMMUNICATIONS. 



N" XXII. 

LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'ECOLE FRANÇAISE DE ROME. 

(SÉ1^CE DU MAI 1893.) 

Rome, le 3 mai 1 899. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

M. Jules Toutain, qui dirige en ce moment une fouille de 
l'École française de Rome à Chemtou en Tunisie, vient de 
trouver au lieu dit la Zaoïiia khedima, à 26 kilomètres en- 
viron de Tunis, sur la route de cette ville à Zngliouan, une 
borne milliairc dont l'inscription paraît être inédite et qui 
peut oflVir un double intérêt, historique et topogrnj)hique. 

Étant donné le lieu où il l'a découverte, M. Toutain pense 
qu'elle ne peut appartenir qu'à la route transversale, signalée 
par la Table de Peutinger, qui allait de Thuburbo Majus à Tunis 
ou à Carlhage, en passant par Oiiellana et Uthina. (lli. Tissot 
identifiait Onellana avec la ville moderne de Zaghouan, et 
croyait que celte voie transversale suivait la même direction 
que la piste arabe qui mène de Zaghouan à Tunis, en pas- 
sant à Aïn-Safsaf et près d'Oudna (Uthina). La nouvelle 
pierre parait démontrer que ce tracé n'est pas exact. IVul-èirc 
aussi Onellana n'cst-il pas Zaghouan. 



— 170 — 
Voici le texte de l'iiiscriplioji . (jue M. ïoulain a copiée et 

estampée : 

D^^N^ilMP CAES 

FLAVIVS VALERIVS 
CONSTANTIVS PF IN 
Vie • AVG • PM • TPXIIII 
COS VI PP PROCOS ET 




D(omini) n(ostri) I iiip(eratov) Caesfmj Flavius Valerius (lonstantms p(ius) 
f(elix) {nvic(tiis) A%tg(ustiis) p(ontife.v) ni(aximus) t(ribunilia) p(otestate) XIIII 
co(n)s(ul) VI p((iteij p(atriae) proco(ii)s(ul) et 

Cette borne milliaiie date de la très courte période pen- 
dant laquelle, Dioclélien et Maximien Hercule ayant abdiqué 
solennellement, Constance Chlore et Galère furent empereurs 
Augustes (i'^'' mai 3o5-2 5 juillet 3 06). 

Les deux lignes martelées contenaient le commencement du 
nom de l'empereur Galère. 

A la première ligne, il y avait, avant le martelage : 
DD NN = d(om'mi) n(ostri). 

M. Toutain a en outre relevé les traces d'un système de 
barrages, de bassins et de citernes destiné à alimenter d'eau 
de pluie une petite ville romaine, dans le voisinage de laquelle 
ne se trouvait aucune source. Les ruines de la ville s'appellent 
a uj u rd'ii n i B a b-K h a 1 led . 

Agréez, etc. 

A. Geffrov. 



— 171 



N" XXIII. 

LETTRE DE M. GEFFllOV, DIRECTEUR DE L'ECOLE FRANÇAISE DE HOME. 

(SKA>nK DU l3 MAI 1899.) 

Rome, le lo mai 1892. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

C'est à une profondeur de 2 m. 1 5 au-dessous du pavage 
actuel que M. Chedanne a trouvé des assises de tuf et l'amorce 
d'un pavage de beaux marbres antiques. On sait qu'en avant 
de l'édifice, six ou sept degrés, aujourd'bui recouverts par le 
sol de la place, conduisent au portique qui porte l'inscription 
d'Agrippa. Il fallait donc en descendre, dans l'intérieur du 
monument, jusqu'à une profondeur de -2 mètres. S'agit-il 
d'une salle souterraine, d'une piscine? A-t-on le mur de la 
cella d'un temple carré? 

Le Tibre, à son embouchure, continue d'exercer des ravages 
sur la côte occupée par les ruines d'Ostie. Il va falloir de nou- 
veaux et dispendieux travaux de fortificalion, spécialement 
aux lieux situés entre le camne del sale et les antiques maga- 
sins ou horrea. 

Au Vatican, deux salles jiouvelles vont s'ajouter aux locaux 
occupés par les archives. L'une recevra Varchivio Burghese, 
récemment acquis par Léon XllI. L'autre contiendra le vaste 
dépôt des Suppliques, faisant partie des papiers de la Daterie, 
(léj)ôt qui sera ouvert à l'étude. 

La salle dite (le consuhal'wn, qui doit oflVir aux travailleurs 
de la l)il)liotliè(|ue et des archives vaticanes les livres à la matn 
nécessaires aux vérifications de chaque instant, est disposée 



1-2 



en ce iiiomciit par les soins du savant P. ElirJe. Des le mois 
prochain, 2 5,ooo volumes seront en place. La salle de con- 
sultation sera entièrement prête pour l'ouverture de la prochaine 
saison de travail. 

Agréez, etc. 

A. Geffroy. 



N° XXIV. 

LA QUESTION DE LA PAQUE DANS LA RÉFORME DU CALENDRIER RUSSE, 
PAR LE R. P. C. TONDINI DE QUARENGHI. 

(séance du 20 MAI 1899.) 

Depuis quelque temps on s'occupe , dans la presse russe , de 
la réforme du calendrier julien. Le sujet m'a paru digne de 
votre illustre Compagnie, et c'est pourquoi, laissant de côté 
ce qui, dans la question, serait plutôt du ressort d'une autre 
Académie, j'ose appeler votre attention sur un point qui est du 
domaine de l'histoire et qui, en même temps, constitue l'ob- 
stacle en apparence insurmontable (|u'on fait valoir en Russie 
pour se refuser d'accepter à aucun prix notre calendrier. C'est 
la prescription du Concile de Nicée défendant de célébrer la 
Pâque soit avant celle des Israélites, soit conjointement avec 
cette dernière. 

Voici d'abord un passage du LlepKOBHbiâ B'Ïîcthhk'b (mes- 
sager ecclésiastique) de février dernier, rapporté par la Gazette 
de Moscou du 10/22 du même mois et formulant, avec la plus 
grande clarté, l'objection capitale des Russes : 

«Dans la réforme du calendrier chrétien, — ainsi s'ex- 
prime l'organe officieux de l'Académie ecclésiastique de Saint- 
Pétersbourg, — on ne doit pas seulement avoir en vue le côté 
scientifique de la question, mais il faut envisager aussi le côté 



— 173 — 

ecclésiastique. L'Eglise, en adoptant le style julien, l'a adapté 
à ses besoins, c'est-à-dire à la commémoration des événements 
les plus importants de la vie du Sauveur, et elle a atteint ce 
but en y joignant l'exactitude mathématique. En tête du cycle 
annuel des fêtes chrétiennes se trouve la solennité de la Pàque, 
et on doit en tenir compte dans tous les calculs. Le Concile 
tenu à Nicée en 3 a 5 a statué à cet égard : 

V. 1° Que la Pâque serait invariablement célébrée après 
l'équinoxe du printemps; 

"• 'j° Qu'elle serait célébrée le premier dimanche après la 
pleine lune du printemps, soit qu'elle coïncide avec le jour 
même de l'équinoxe, soit qu'elle arrive quelque temps après 
l'équinoxe. A son tour, le Concile particulier d'Antioche (3^i) 
confirma, dans son premier canon, cette disposition ç^sous 
et peine d'excommunication et d'exclusion de l'Eglise w et, 
d'accord avec le septième canon des Apôtres, défendit de célé- 
brer la Pâque «avant l'équinoxe du printemps, ensemble avec 
«les Juifs ?n II en résulte évidemment que la Pâque chréticnn*^ 
ne doit, en aucun cas. devancer la Pàque juive, ni coïncider 
avec cette dernière. » 

Et le LlepKOBHbiH B-fecxHHK-b conclut en déclarant que, 
puisque le calendrier grégorien amène l'infraction de ces 
prescriptions : 

«Jamais, ni sous aucun prétexte (HHKorAa hh 0041» ku- 
KHM-B BH40M't), Ics Russcs ne pourront accepter le calendrier 
grégorien. » 

Telle est l'objection dans toute sa force. D'autre part, il 
est vrai, et j'appelle moi-même là-dessus votre attention, que, 
d'ici à l'an '>ooo. c'est-à-dirf dans l'espace d'un peu plus 



— IT'i — 

d'un siècle, iiolic Pàquc devancera la l*à(|Ut; des Israélites seize 
fois, et coïncidera avec elle cinq fois. Voici la liste de ces viiifjt 
et une infractions aj)|)arentcs aux prescriptions du Concile de 
Nicée, rien qu'en cent huit ans; je commencerai par les seize 
premières. 



ANNÉES. 


P À QUE 

CATHOLIQUE, 


pAque 

JUIVE. 


189/1 


a 5 mars. 
3() mars. 
97 mars. 
9 3 mars. 
27 mars. 
3i mars. 

97 mars, 
ai mars. 

98 mars. 
9 5 mars. 

99 mars. 
a(i mars. 
96 mars. 
3o mars, 
a G mars. 
3o mars. 


9 1 avril. 
9 2 avril. 
9/1 avril. 
93 avril. 
93 avril. 
■>5 aviil. 
9 1 avril, 
a 3 avril. 
9/1 avril. 
9 1 avril. 
90 avril. 
9 avril. 
9 2 avril. 
9 A avril. 
90 avril. 
9 9 avril. 


l')02^t..w. 


1910 


1913 


1921 


1929 


1932 


19/i0 


1948 


1 95 i 


1959 


1967 


1978 


1986 


1989 


1997 





Quant aux cinq années où notre Pàque coïncidera, d'ici à 
l'an 2000, avec celle des Israélites, elles sont les suivantes : 
1908 (ly avril), 1933 (1"' avril), 1927 (17 avril), 195/1 
(18 avril), 1981 (19 avril). 

Avant de résoudre la dilVicullé, en a[)parence formidable, 
créée par ces données, dont chacun peut contrôler l'evacti- 
tude, je remarque en passant que (pioiqne nous ne possé- 



— 175 — 

(lions pas le texte du décret de ^'icée concernant la P.ique, 
la littérature ecclésiasti<[ue offre assez de documents qui ap- 
puieraient, au besoin, l'exactitude de la double prescription 
rapportée plus baut dans la citation du HepKOBHbiîi B-fecTiniKb. 
Il me suffit de citer la lettre de l'empereur Constantin aux 
évêques, qu'on peut lire chez Eusèbe et Théodoret, et la lettre 
de saint Ambroise : Ad Episcopos per /EmUiam constitutos. C'est 
pour(|uoi je ne saurais mieux répondre à l'objection de la 
presse russe qu'en examinant si, et dans quelle mesure, ladite 
prescription est gardée dans la célébration de notre Pâque. 

Voici d'abord la première règle : «La Pàque sera invaria- 
blement célébrée après l'équinoxe du printemps. 55 Venons à 
raj)plication. 

L'équinoxe du printemps arrive maintenant le 20 mars. 
Or, d'ici à l'an 9000, notre Paque ne tombera qu'une seule 
fois le 93 mars (en i 91 3), jamais avant; nous sommes donc 
assez éloignés de l'équinoxe. De plus, même en l'an 2 285, où 
elle tombera le 29 mars, notre Pâque ne coïncidera pas avec 
l'équinoxe; beaucoup moins y a-t-il à craindre que jamais elle 
le devance. En voilà assez, je crois, pour la première règle; 
voici la seconde : 

«La Pâ([ue sera célébrée \e premier dimanche après la pleine 
lune du printemps, soit qu'elle coïncide avec le jour même de 
l'équinoxe, soit (|u'elle arrive quelque temps après l'équinoxe. v 
Passons ù l'application. 

Si, pour aller droit au nœud de la difficulté, nous prenons 
comme ])oint de départ la Pâque des Lsraélites, nous n'avons 
pas, évidemment, à nous inquiéter de la nôtre chaque fois 
qu'elle tond)(> après la leur, mais uniquement de tous ces cas, 
relativement assez nombreux, et j'en ai cité seize d'ici à 
l'an 2000, où nous célébrons la Pâque avant les Israélites. Or, 
un regard au tableau de seize années dans lescpielles, d'ici à 
la lin du xx" siècle, notre Pâque devancera la Pâcpic juive. 



— 176 — 
montre (jue tettc dernière ne tombe qu'une seule fois (en 1989) 
le 9.0 avril; toutes les autres fois elle arrive après cette date. 
Mais, si le .qo avril est jour de pleine lune, la pleine lune pré- 
cédente ne saurait absolument arriver avant le 2 1 mars. Même 
en supposant, donc, qu'en 1989 elle tombe le jour même 
de l'équinoxe, notre Pâque, qui sera célébrée le 26 mars, 
sera, par là même, célébrée comme le prescrit le Concile de 
Nicée, le premier dimanche après la pleine lune du printemps. 
Aforliori, si vous me permettez cette expression , serons-nous en 
règle avec le Concile de Nicée, les quinze autres années, oîi la 
Pàque des Israélites tombera du 21 au 2 5 avril. Ce sont là 
des données que tous peuvent aisément contrôler. 

On se demande, en présence de ces faits, comment il est 
possible que de graves écrivains russes puissent sérieusement 
nous reprocher l'infraction des règles du Concile de Nicée. Le 
problème est assurément intéressant, et d'autant plus intéres- 
sant que, contre l'intention nettement exprimée par les Pères 
de Nicée, notre Pâque non seulement coïncide parfois — et 
j'y reviendrai tout à l'heure — mais assez souvent devance, 
de fait, celle des Israélites. 

En d'autres mots, c'est en nous tenant aux prescriptions du 
Concile de Nicée que nous violerions les prescriptions du 
Concile de Nicée. 

Voici la clef de l'énigme. Rarement, peut-être, la nécessité i 
de faire attention aux époques ne s'est mieux affirmée que 
dans le cas actuel. 

En défendant la coïncidence de la Pàque chrétienne avec i 
celle des Israélites, le (Concile de Nicée n'avait en vue et ne 
pouvait avoir en vue que la coutume des Israélites dans la 
première moitié du iv' siècle, en d'autres termes, une Pâque 
effectivement célébrée en conformité avec les prescriptions de 
Moïse, le jour même de la pleine lune de nisan ou du prin- 1 
tenq)s. Voilà pourquoi, en prescrivant aux chrétiens de celé- 



— 177 — 

brer la leur le diiiiaiifho qui suit la pleine lune du printemps, 
le Concile les mettait, par cela seul, dans rim])ossibilité de 
jamais la célébrer le même jour que les Israélites, moins en- 
core de devancer celle de ces derniers. Mais, outre que le calen- 
drier Israélite actuel ne peut, en aucune hypothèse, être con- 
sidéré comme antérieur à l'an 3G/i, les savants israélites sont 
les premiers à reconnaître, pour me servir de l'expression de 
l'un d'entre eux qui en a fait l'objet d'une étude a[)profondie, 
(|ue «ni les lunaisons, ni les saisons de ce calendrier ne sont 
plus d'accord avec le Ciel'^^''. Ainsi, pour ne citer qu'un seul 
exemple, .la pleine lune de nisan, censée la pleine lune du 
printemps, tombait l'an dernier, i8()i, le 28 avril, c'est-à-dire 
3/1 jours après l'équinoxe. 

Tous m'accorderont, je crois, qu'en ces circonstances ce se- 
rait vraiment enfreindre les prescriptions du Concile de Nicée 
que de vouloir déterminer notre Pàque, non pas d'après l'équi- 
noxe, mais d'après ce que ^^vnùc^uent aujourd'hui les Israélites. 
Si telle avait été la pensée des Pères de Nicée, ils ne nous 
auraient certainement pas parlé de l'équinoxe; cela me paraît 
sauter aux yeux. Et c'est pour ne pas faire attention à l'équi- 
noxe, mais à ce qui se prati(pie aujourd'hui chez les Israélites, 
([ue l'Eglise russe célébrera, d'ici à l'an 2000, trente-cinq fois 
sa Pâque non pas le premier dimanche ({ui suit la pleine lune 
du printemps, mais un dimanche venant après la première 
lune suivante, et il lui arrivera même plusieurs fois de la 
célébrer plus de (piarante jours après l'équinoxe. Peut -on 
croire que telle était la pensée du (ïoncile de Nicée? 

Je dois maintenant, avant de conclure, faire une remarque 
sur la coïncidence, si rare qu'elle soit, de notre Pâque avec 
celle des Israélites. Quatre causes différentes peuvent amener 

'> Wvder die Moledolli nuch die Tekuphol mil dcm Iliihiiirl iibei-einstimme)i . 
Sdnvniz (1)"' Adolf), Der jïulixchc Knkndrr liixlnri.scli iiml (lalronovmrh miifr- 
suclit, Brosliiii, iS-y-), p. i^o. 



— 178 — 

celte coïncitlencc : l'incoiToclioii du ciileiulrior israc'litc; lu 
règle, chez les Israélites, de ne roininencer leur année ni un 
dimanche, ni un mercredi, ni un vendredi; le déplacement du 
i" tishri et, par c()nsé(|uen[, du i" et du i 5 nisaii ([uand la 
nouvelle lune arrive après une certaine l)eure; et, enfin, i'ini- 
possihilité de faire coïncider les lunaisons ecclésiastiques, 
déterminées par des cycles, avec les lunaisons asironomiques. 
Je ne m'occuperai point des trois premières causes, vu qu'elles 
ne nous concernent pas ici, mais je ferai une seule remarque 
au sujet des cycles. 

Nous en avons emprunté l'usage à l'Eglise grecque, à une 
époque où les irrégularités de la longueur de l'année, comptée 
d'un éfpiinoxe vernal à l'autre, et, plus encore, les irrégula- 
rités de notre satellite, étaient loin d'être aussi connues qu'au- 
jourd'hui. Dès qu'on s'en est rendu sufïisanmient compte et 
qu'on a constaté cpi'une des conséquences du déplacement de 
ré((uino\e et desdites irrégularités pouvait être aussi de faire 
quelquefois coïncider notre Pâque avec ia pleine lune du prin- 
temps et, par conséquent, avec la Pàque juive, même célébrée 
régulièrement, — comme cela est arrivé en i SaS , — on s'est 
demandé s'il ne valait pas mieux renoncer à l'usage des cycles 
pour adopter, à leur place, des observations astronomiques. 
L'Eglise catholique n'a pas cru que, tout calculé, une coïnci- 
dence tout à fait exceptionnelle avec la Pâque juive, même cé- 
lébrée le jour où tombe etfectivcment la pleine lune du prin- 
temps, fût un tel mal à l'emporter sur les avantages prati(pies 
des cycles, qui sont employés aussi par les Orthodoxes et qui 
permettent de déterminer la Pàque plusieurs milliers d'années 
d'avance. Même les prolestants d'Allemagne, qui, tout en adop- 
tant, en 1700, notre calendrier, s'étaient réservé de déterminer 
la Pâque par des calculs astronomiques, ont fini, eux aussi, 
par reconnaître que c'était là une interprétation tant soit peu 
forcée de la règle de l'Eglise primitive à partir du Concile de 



— 17*1 — 

\icéo. Quoi qu'il en soit do ce dernier point, j'ai à peine besoin 
d'oliserver qu'autre chose est le calendrier grégorien et autre 
chose la détermination de la Pâque, et je viens de le prouver 
par l'exemple des protestants d'Allemagne. Une autre preuve, si 
besoin était, qu'on ne saurait absolument confondre deux choses 
aussi distinctes que la Pâque et le calendrier, nous est fournie 
par le Japon, Etat païen, qui, en acceptant en 18 7 3 notre 
calendrier, ne s'est pas. à coup sûr, engagé à célébrer aussi la 
Pàque chrétienne. 

Si donc toute la ditîiculté gît, pour la Russie, dans la déter- 
mination de la Pâque, rien ne saurait l'empêcher de recourir 
à ([uelque autre méthode offrant plus d'exactitude scientifique 
que celle des cycles. Et telle est, si je ne me trompe, la pensée 
qui se dégage de plusieurs récentes publications russes. On ne 
peut s'empêcher de reconnaître en Russie que, si le Concile 
de ^icée avait voulu nous donner comme règle la coutume des 
Israélites, il ne nous eut point parlé de l'équinoxe, et qu'en 
nous parlant de l'équinoxe il ne pouvait entendre autre chose 
que le jour où le soleil traverse effectivement l'équateur, et 
non pas le 21 mars des calendriers orthodoxes, dût-il coïn- 
cider avec le solstice d'été. 

En 18 if) paraissait en langue russe à Saint-Pétersbourg 
une importante étude sur les deux calendriers julien et gré- 
gorien, rédigée par le baron de Steinheil et dédiée au prince 
Alexandre Gaiitzin, alors ministre de l'instruction publique et 
des cultes. A la page 890 on lit ce qui suit : 

rr L'Eglise occidentale et toutes les autres Eglises chrétiennes 
célèbrent la solennité de la Pâque, 8 en tenant également auv 
prescriptions du Concile de i\icée (TaKJKe ;\cpîKacb nocTano- 
B.ieniH HHKeiîcKaro Co6opa). 55 

El, en i'*^(')'i. h' c('ièbre astronome russe von Madler. pio- 



— 180 — 

fcsseur à l'université de Dorpat, n'li«3silait pas à s'écrier, dans 
une conférence publique tenue à Hanovre : 

«itDe quel droit appelle-t-on notre calendrier yw/Ze?? ? On 
pourrait l'appeler julien si l'on s'était donné la peine de se 
conformer à l'intention nettement exprimée par Jules César, 
et si les décrets de Nicée avaient été vraiment mis à exécution ^^\ •<• 

O Madier (Von), Reden und Abhandlun^ren, — Die Kalender-Reform mit spe- 
ciellei- Beziehung aiif Riissland. Berlin, 1870, p. 35 1. 



— 181 ^ 



TABLEAU COMPARATIF 

DE LA PÀOUE CVTHOLIQUE, DE L\ PAQUE RUSSE 
ET DE LA PÂQUE JUIVE 

DEPUIS L'AN 1890 JUSQU'A L'AN 9 000. 



ANNEES. 



1890 

1891 
1892 
1893 
1894 
1895 
1896 
1897 
1898 
1899 
1900 
1901 
1902 
1903 
1904 
1905 
1 900 
1907 
1908 
1909 
1910 
1911 
1912 
1913 
1 9 1 h 
1915 
1916 



PÀQUE 


CATHOLIQUE. 


avril. 


29 


mars. 


17 


avril. 


a 


avril. 


95 


mars. 


i4 


avril. 


5 


avril. 


18 


avril. 


10 


avril. 


2 


avril. 


i5 


avril. 


7 


avril. 


3o 


mars. 


19 


avril. 


3 


avril. 


9 3 


avril. 


i5 


avril. 


3i 


mars. 


M) 


avril. 


1 1 


avril. 


97 


mars. 


16 


avril. 


7 


avril. 


9 3 


mais. 


19 


a\iil. 


t^ 


avril. 


9 3 


avril. 

1 



P \ L E 

liUSSE. 



1" avril/i3 

a 1 avril/ 3 

5 avril/ 17 

98 mars/ 9 

1 7 avril/a 9 
9 avril/ 1 h 

a'i mars/ 5 

1 3 avril/a 5 

5 avril/ 17 

18 avril/3 o 
9 avril/29 

1" avril/ 1 h 

lA avril/ 9 7 

(i avril/ig 

98 mars/ 10 
1 7 avril/3 

9 avril/i5 

99 avril/ 5 
i3 avril/96 
•>,() iiiars/i 1 
18 avril/ 1" 
10 avril/23 
9 5 mars/ 7 
1 h avril/2 7 

() avril/ 1 () 
9 2 mars' '1 
1 o avril '9 3 



avril. 

mai. 

avril. 

avril. 

avril. 

avril. 

avril. 

avril. 

avril. 

avril. 

avril. 

avril. 

avril. 

avril. 

avril. 

avril. 

avril. 

mai. 

avril. 

avril. 

mai. 

avril. 

avril. 

avril. 

avril. 

avril. 

aviil. 



P A Q U I 

JDIVE. 



5 avril 
9 3 avril 
19 avril 
1" avril 
9 I avril 

9 avril 

29 mars 
17 avril 

7 avril 
26 mars 
1 h avril 

l\ avril 
9 9 avril 
1 9 aviil 
3t mars 

9 avril 

10 avril 

30 mars 
16 avril 

() avril 
9 4 avril 
i3 avril 

9 avril 
99 avril 
1 1 avril 
3o avril 
iS avril 



10 nisan 565o). 

— 565i). 

— 5659). 

— 5653). 

— 5654). 

— 5655). 

— 5656). 

— 5657). 

— 5658). 

— 5659). 

— 566o). 

— 566i). 

— 5669). 

— 5663). 

— 5664). 

— 5665). 

— 5666). 

— 50(;7). 

— 5668). 

— 5669). 

— 5670). 

— îy^^li). 

— 5679). 

— 5673). 

— 5674). 

— 5675). 
5676). 

1 :i . 



1<Sl> — 



ANNEES. 



1917... 
1918... 
1919... 
1 920 .. . 
1921... 
1922. .. 
1923... 
1924... 
1925. .. 
1926... 
1927... 
1928.. . 
1929... 
1930... 
1931... 
1932.. . 
1933... 
1934... 
1935... 
1936... 
1937... 
1938... 
1939... 
1940... 
1941.. . 
1942... 
1943... 
1944... 
1945... 
1946... 
1947... 
1948.. . 
1949... 
J950... 



p.i 


QUE 


CATHOLIQDE. 


8 


avi'il. 


3i 


mars. 


'?.<> 


avril. 


4 


avril. 


27 


mars. 


16 


avril. 


1" 


avril. 


20 


avril. 


19. 


avril. 


4 


avril. 


17 


avril. 


8 


avril. 


3i 


mars. 


20 


avril. 


5 


avril. 


27 


mars. 


16 


avril. 


1" 


avril. 


91 


avril. 


13 


avril. 


28 


mars. 


17 


avril. 


9 


avril. 


a'j 


mars. 


i3 


avril. 


5 


avril. 


20 


avril. 


9 


avril. 


1'" 


avril. 


2 1 


aviil. 


G 


avril. 


28 


mars. 


17 


avril. 


9 


avril. 



l' À u U 1 




llliSSIÎ. 




9 avril/ 1 5 


avril. 


22 avril/ 5 


mai. 


7 avril/20 


avril. 


29 mars/i 1 


avril. 


18 avril/i" 


mai. 


3 avril/ 16 avril. 


2 G mars/ 8 avril. 


i4 avril/-! 7 


avril. 


G avril/ 19 


mai. 


19 avril/ 2 


mai. 


1 1 avril/2 4 avril. 


2 avril/ 1 5 


avril. 


22 avril/ 5 


mai. 


7 avril/ 20 


avril. 


3o mars/ 12 


avril. 


18 avril/i" 


mai. 


3 avril/ 16 


avril. 


26 mars/ 8 avril. 


i5 avril/28 


avril. 


3o mars/ 13 


avril. 


19 avril/ 2 


mai. 


1 1 avril/3 '4 


avril. 


27 mars/ 9 


avril. 


i5 avril/ s 8 


avril. 


7 avril/20 


avril. 


2 3 mars/ 5 


avril. 


la avrii/35 


avril. 


3 avril/ 16 


avril. 


28 avril/ 6 


mai. 


8 avril/21 


avril. 


3i mars/ 1 3 


avril. 


19 avril/ 2 


mai. 


11 avril/ 9 4 


avril. 


27 mars/ 9 


avril. 



l'AQLE 

JUIVE. 



7 avril 
98 mars 

1 5 Jivril 
3 avril 

2 3 avril 
] 3 avril 
1" avril 

1 9 avril 
9 avril 

3o mars 

17 avril 

5 avril 

20 avril 
i3 avril 

3 avril 

2 1 avril 
11 avril 
3i mars 

1 8 avril 

7 avril 
27 avril 
16 avril 

4 avril 
93 avril 

19 avril 
9 avril 

20 avril 

8 avril 
29 mars 
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5705 
5706 
5707 
5708 
5709 
5710 



— 183 — 



ANNEES. 



1951... 

1952... 

1953... 

1954... 

1955... 

1956... 

1957... 

1958... 

1959... 

1960... 

1961... 

1962... 

1963... 

196/1... 

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1966. .. 

1967... 

1968... 

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1970... 

1971... 

1972... 

1973. . , 

197A.., 

1975... 

1976.. 

1977.. 

1978.. 

1979.. 

1 980 . . 

1981. . 

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CATHOLIQCE. 



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7 avril/90 avril. 
9 3 mars/ 5 avril. 

19 avril/g 5 avril. 
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8 avril/3 1 avril. 
3i mars/i3 avril. 

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fi avril/17 avril. 

27 mars/ 9 avril. 

16 avril/ 9 9 avril. 
1^'' avril/i4 avril. 
20 avril/ 3 mai. 
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98 mars/ 10 avril. 

17 avril/3 avril. 

8 avril/21 avril. 
3i mars/ 1 3 avril. 
i3 avril/96 avril. 

5 avril/ 18 avril. 
97 mars/ 9 avril. 

16 avril '2 9 avril. 
1" avril/ 1 4 avril. 
9 1 avril/ /i mai. 

1 2 avril /9 5 avril. 
28 mars/10 avril. 

17 avril/3 o avril. 

9 avril/29 avril. 
9/1 mars/ 6 avril. 
1 3 avril/96 avril. 

5 avril/18 avril. 

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19 avril 
9 avril 

98 mars 

17 avril 
5 avril 

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2 1 avril 

10 avril 
3o mars 
17 avril 

7 avril 
27 mars 
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29 mars 
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1980 
1987 
1988 
1989 
1990 
1991 
1992 
1993 
1994 
1995 
1996 
1997 
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185 — 



N° XXV. 

LETTRE DE M. GEl'FUOY, DIRECTEUR DE L'l'cOLE FRANÇAISE DE ROME. 

(séance du 27 MAI «89a.) 

Rome, le 2Z1 mai 1892. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

Les mêmes moyens de recherche que M. Pasquale Villari 
avait offerts à M. Ghedanne en vue de ses études sur le Pan- 
théon de Rome seront mis à la disposition de ce dernier par le 
nouveau ministre de l'instruction publique, M. Martini. Mais 
de grandes difficultés se présentent. Une nappe d'eau rend 
malaisé l'examen du sous-sol. Et, d'autre part, l'échafaudage 
ou ponte de Saint-Paul, qui a 36 mètres d'élévation, n'atteint 
pas à l'œil du monument, qui se trouve à une hauteur de 
lia. mètres. Les divers problèmes déjà posés à la suite des 
fouilles et sondages exécutés par M. Chedanne sont étudiés de 
toutes parts. 

Le dernier acte de l'administration de M. Villari a été 
l'inauguration, le 1 1 de ce mois, en présence de la Reine, 
d'une nouvelle salle au musée de la villa cU papa Giuho. L'Aca- 
démie sait que ce musée, formé il y a peu d'années et très 
habilement disposé par les soins de M. le professeur Barnabei 
et de M. le comte (îozza, se conq)ose à peu près exclusivement 
d'objets trouvés dans la nécropole de Cività Castellana et re- 
présentant, depuis les origines, les différents âges de la civi- 
lisation dans le centre de l'Italie. La nouvelle salle se compose 
d'objets analogues, découverts à quelque distance' de (livilà 
(iastellana, dans deux localités du territoire falisque, à Narce 
et au mont Sant'Angdo, i\ .H^o mètres au-dessus du niveau 



— 180 — 

(le la mer. Il y avait là évi(l(!nmiont un centn; de population 
itali(|ue d'une importance extraordinaire. On y a trouvé un 
vaste cimetière avec tombes a fossa, et un mobilier funéraire 
du pur style dit de Villanova. La même salle contient un grand 
nombre d'instruments et d'armes de pierre recueillis dans les 
cavernes voisines de Cività (^astellana. 

L'Académie royale des Lincei va publier très prochainement 
un travail étendu sur les fouilles de Cività Castellana : un rap- 
port de M. le professeur Barnabei, et de nombreuses planches. 

La nécropole étrusque de Vetulonia vient de donner deux 
bracelets de fil d'or très fin : c'est la cinc|uième paire de sem- 
blables bijoux qu'on y découvre. Tous paraissent remonter à 
une époque très reculée. 

On a reconnu les restes d'un temple du if siècle avant J.-C. 
sur la colline de Talamone, dans la province de Grosseto 
(Etrurie). 

Les fouilles poursuivies sur l'acropole de Sélinonte, sous la 
direction de M. Salinas, font découvrir les plaques de terre 
cuite colorées qui formaient le couronnement du temple d'où 
dépendaient les trois belles métopes récemment mises au jour. 

Au Vatican, il ne s'agissait pas seulement de deux salles 
nouvelles s'ajoutant aux archives pour la prochaine saison 
d'étude, mais de quatre. M^" Ciasca, préfet de Varchivw, compte 
pouvoir ouvrir aux travailleurs non seulement ïarchivio Borghese 
et la collection des su])pliques, mais aussi celles des Bulles et 
Brefs q^ue conservait le dépôt fermé du palais de Saint-Jean 
in Laterano. Et de même, ce n'est pas de 26,000 volumes, 
comme je l'ai écrit dans ma dernière lettre , que se composerait 
la salle de consultation que l'on prépare entre la bibliothèque 
vaticane et Varcliivio, mais de 60,000 à 70,000 : voici pour- 
quoi. Les différentes nationalités et provinces, d'Allemagne par 
exemple, envoient des missions savantes travailler dans les 



— 187 — 

deux grands dépôts du Vatican. L'objet particulier de leurs 
travaux est le plus souvent leur histoire nationale ou pro- 
vinciale. Elles ont besoin, au cours de leurs explorations, de 
beaucoup de livres auxiliaires spéciaux. Elles ont donc adopté 
avec empressement le projet d'une salle comme celle que le 
R. P. Ehrle , par ordre du Saint-Père, prépare en ce moment, 
et chacune d'elles y fait présent des volumes qu'il lui importe 
de trouver à Rome. La salle de consultation voit de la sorte 
ses proportions s'étendre, sans devenir pour cela une biblio- 
thèque ne répondant plus au dessein primitif. 



Agréez, etc. 



A. G 



EIFROY. 



N" XXVL 

NOTE SUR QUATRE BUSTES EN PLATRE PEINT, 

PROVENANT DE LA GRANDE OASIS D'EL-KARGEH ( EGYPTE ), 

PAR M. UÉRON DE VILLEFOSSE. 

(séance du ùh JUIN 1893.) 

J'ai l'honneur de présenter à l'Académie quatre bustes en 
plâtre peint, provenant de l'Egypte et découverts dans la grande 
oasis d'El-Kargeh, ÏOasis Magna des anciens. Ils ont été en- 
voyés au Musée du Louvre par les soins de M. Bouriant, direc- 
teur de l'Institut français d'archéologie au Caire. 

Ces bustes sont détachés de couvercles de sarcophages; mais 
ces couvercles présentaient une particularité frappante. Le 
mort, au lieu d'y être représenté étendu et pour ainsi dire 
gisant, la tète posée sur le même plan (pie le reste du corps, 
comme sur les sarcophages anthropoïdes ordinaires, y était 
figuré avec ra|)parenc(; de la vie. La tête est droite, relevée 
dans une position verticale par rapport au cor[)s. On a eu soin 



— 188 — 

d'animer les yeux , de peindre ie visage d'une couleur vive alin 
de donner a la physionomie un aspect absolument vivant. Les 
couleurs sont très simples et le travail d'enluminure est exécuté 
d'une façon très sommaire, mais le procédé, malgré sa sim- 
plicité, a pour résultat de donner à ces têtes, à ces portraits, 
une animation et une vie qu'on chercherait en vain dans des 
œuvres d'un mérite artistique supérieur. 

La matière employée est le gypse, sans doute parce qu'on 
en trouvait facilement dans le pays. Les cheveux ont été mo- 
delés à part; il est facile de constater qu'ils sont plaqués sur 
le crâne uni. On peut le remarquer particulièrement sur le 
buste qui est orné de deux croix gammées, et dont la chevelure 
crépue s'est détachée par places, ce qui permet de reconnaître 
la façon dont elle a été appliquée. Les parties charnues, la 
figure et le cou, sont peintes en rouge plus ou moins vif; les 
cheveux et la barbe sont peints en noir ou en châtain; l'œil 
est formé par une pâte noire et blanche, une sorte d'émail 
recouvert d'une plaque d'aspect vitreux qui parait être du 
mica. 

Les corps étendus sur le couvercle étaient représentés avec 
un vêtement dont il ne reste que la partie supérieure; les plis 
de l'étoffe sont indiqués sur le cou de chacun des individus. 
Les bords du couvercle, qui ressemblent aux bords d'un man- 
teau, étaient ornés de peintures. Derrière le cou le décorateur 
a simulé une sorte de support qui semble maintenir la tête 
dans la position verticale. Au même endroit, sur chacun des 
bustes, est représenté en couleur, sur un fond formant enca- 
drement, un sarcophage anthropoïde ordinaire accompagné de 
deux pleureuses agenouillées; sur ce petit sarcophage peint la 
tête n'est pas surélevée, ce sont les pieds au contraire qui font 
saillie d'une manière tout à fait disproportionnée. 

Les pbysionomies des têtes sont très frappantes. Il est abso- 
lument certain que ce sont des portraits. Un de ces individus 



— 189 — 

parait avoir un type juif assez prononcé; un autre fait songer 
à la belle tête en bronze trouvée à Cyrène et conservée au 
Musée britannique, dans laquelle François Lenormant a re- 
connu une tête de Berbère; un troisième a la physionomie 
d'un Syrien et rappelle d'une manière absolument étonnante 
la tête de Pescennius Niger; le quatrième parait être un 
Romain. Ils appartenaient tous à cette population gréco-orien- 
tale, très mélangée, qui peuplait sous l'empire romain la 
grande oasis. Je ne crois pas que, ces monuments remontent 
plus haut que le règne de Septime Sévère. C'est du reste 
réj)oque où la population des oasis a commencé à prendre 
une véritable importance. 

Les bords du couvercle sont percés de petits trous ronds; 
ces trous servaient de passage à des fiches ou tenons en bois 
qui fixaient le couvercle sur la cuve du sarcophage. Deux 
mains, également en plâtre peint et c[ui semblent sortir d'un 
vêtement, sont représentées à part sur un fragment carré qui 
formait une des pièces du couvercle et qui, placé à la hauteur 
de festomac. était également fixé par de petites fiches en 
bois. On ne |)eut pas supposer l'emploi des cordelettes comme 
moyen d'attache, car il n'y a aucune trace de frottement sur 
le plâtre. 

Notre savant confrère M. Maspero m'a assuré qu'aucun 
musée ne possédait de monuments similaires. Le hasard des 
découvertes peut en faire connaître de nouveaux, mais jus(|u'ici 
ces monuments paraissent être uniques. C'est cette raison qui 
m'a déterminé à les présenter à l'Académie, après avoir obtenu 
de M. le Directeur des musées la permission de les apporter 
ici. L'Académie en a la primeur; ils viennent d'être transmis 
au Musée du Louvre par le Ministère de l'instruction pul)li(|ue 
et n'ont pas encore été placés sous les yeux du public. 

.le croirais manquer à mon devoir si je ne remerciais pas 
pnl)li<|ii<'ment M. Bouriant . à «ini nous devons ces bustes, du 



— 190 — 
zèle avec Joquel en toute occasion il prend les intérêts du 
Louvre et cherche à en augmenter les richesses. 

P. S. Une communication de M. Bouriant, arrivée après 
la présentation de ces bustes à l'Académie, m'apprend ([u'un 
lot de monuments similaires, de même provenance, a été ap- 
porté au Caire. Le Musée de Copenhague en aurait acquis 
quelques-uns, mais les bustes envoyés au Louvre sont les 
plus beaux et les plus intéressants de tous ceux qui auraient 
été découverts à El-Kargeh. 



N° XXVIL 

LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'e'cOLE FRANÇAISE DE ROME. 

(séance du 2I1 JDIN 1892.) 

Rome, le 21 juiu 1893. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

Nous remercions l'Académie pour l'accueil qu'elle a fait au 
volume des Mélanges G.-B. de Rossi, publié par l'Ecole fran- 
çaise de Rome, et que notre confrère M. l'abbé Duchesne lui 
a présenté. Qu'elle soit remerciée également pour le subside 
accordé à M. Jules Toutain, chargé d'une fouille à Chemtou, 
en Tunisie. 

M. Toutain est à l'œuvre depuis les derniers jours d'avril, 
des pluies incessantes l'ayant arrêté jusque-là. 

Son premier el principal effort s'est porté sur le théâtre 
antique, enfoui à une profondeur de quatre mètres. Du point 
central situé à la base de l'hémicycle, il a ouvert une tranchée 
jusqu'au sommet de l'arc; il en a ouvert une autre, perpendi- 
culaire à celle-là, le long du diamètre. H a trouvé ainsi, d'une 



— 191 -- 

part, l'emplacement et les restes d'une section des gradins, 
— puis, à l'autre extrémité, le mur de la scène, — troisiè- 
mement enfin, dans l'orchestre, une mosaïque de neuf mètres 
de diamètre. M. Toutain ne peut pas dire encore si cette mo- 
saïque offre autre chose que des représentations purement or- 
nementales; il s'est convaincu du moins qu'elle se compose de 
cubes aux couleurs variées et brillantes, habilement rap- 
prochées. 

Au lieu d'être, comme presque tous les théâtres antiques, 
adossé soit à une hauteur naturelle, soit à des constructions 
artificielles, celui-ci est un édifice isolé, au moins pour sa par- 
tie supérieure, au-dessus du sol antique. Extérieurement, au 
niveau de ce sol antique, règne autour du monument un 
mur fortement construit, une sorte de promenoir peut-être, 
où se retrouvent les traces d'une décoration architecturale 
simple et sobre, belles colonnes, bases intactes, fragments de 
revêtement en marbre. A l'intérieur, le mur de la scène ap- 
paraît, construit en pierres de taille très bien conservées. 

Les débris trouvés au cours du déblaiement, tuyaux en 
poterie, vase de terre cuite à peintures géométriques, lampe 
chrétienne, font penser à M. Toutain que l'enceinte du théâtre 
a du servir de lieu d'habitation. 

En même temps qu'il fouillait le théâtre, M. Toutain diri- 
geait quelques recherches dans une ou deux nécropoles de la 
ville antique, espérant y retrouver les tombes et les épitaplies 
des affranchis ou esclaves impériaux qui étaient employés dans 
les carrières de Ghemtou. Il n'a encore obtenu, |)armi un grand 
nombre de sépultures, que peu d'inscriptions importantes. 

Sa lettre du i :^ juin signale une exèdre, de i6 mètres de 
diamètre, qu'il a reconnue et remise au jour. A ({uelque dis- 
tance de cette exèdre. au nord, il a découvert un dallage en 



— 19l> — 

piorres plates reclariffulairos s'étendaiil en loiis les sens à plus 
de 10 mètres. M. Toutain incline à croire que c'est là le forum, 
d'autant plus qu'à peu de distance il y a deux monuments, 
probablement un templf avec abside et une basilique. 

M. Toutain compte pouvoir continuer les travaux jus(ju'au 
ik juillet. Sa première campagne, étroitement resserrée entre 
les pluies du printemps et les chaleurs tropicales, aura duré 
environ deux mois. Sa santé a été toujours excellente. 

En Italie, particulièrement dans la région centrale, au nord 
de Rome, les découvertes de nécropoles datant de la première 
civilisation italique se multiplient. Je signalais récemment les 
résultats des fouilles de Narce et Monte Sant'Angelo, deux loca- 
lités voisines de l'antique Falérie, résultats qui ont ajouté un si 
riche butin au musée falisque de la villa (Upnpa Gîuho, près de 
Rome. Aujourdhui, c'est le musée préhistorique de Rome 
(ancien musée Kircher) qui reçoit un notable accroissement 
d'objets analogues. Les princes Pierre. Louis et Auguste-Léo- 
pold de Saxe-Gobourg-Gotha ont fait présent à ce musée du 
produit des fouilles pratiquées il y a trois ans, par ordre et 
aux frais de feu l'impératrice du Brésil, dans la nécropole de 
Veii. M. le professeur Lanciani en a rendu compte en détail 
dans les Notizie degli scnvi àe i88(). Dans la dernière séance 
de l'Académie des Lincei. M. le professeur Pigorini. directeui- 
du musée préhistorique, en a fait ressortir l'importance scien- 
tifique. 

Dans Rome même, nn nouveau cippe de la plus ancienne 
tcnninaz'tone du Tibre, pratiquée l'an 700 de Rome, a été tiré 
du lit du fleuve, vers la rive droite, en face de l'île Saint- 
Barthélémy. 

Les érosions du Tibre, à Ostie, ont fait découvrir deux 
inscriptions latines relatives à des monuments de cette ville. 



— 193 — 

Il est fait mention . dans la première , d'un temple d'Isis et de 
Sérapis. La seconde parle d'ouvrages publics exécutés par les 
duumviri et les vicomagistri. 

Les fouilles ont été reprises dans la nécropole de Tarquinii 
par les soins du municipe de Corneto-Tarquinii. Elles ont mis 
au jour beaucoup de tombes a caméra dont les voûtes sont 
brisées et les intérieurs dépouillés. Parmi les objets laissés par 
les anciens spoliateurs, on a trouvé plusieurs vases grecs ornés 
de peintures, et deux scarabées, dont un, d'une finesse mer- 
veilleuse, représente Ulysse qui éventre le cerf tué par lui dans 
l'île de Circé (^Odyssée, X, 160). 

Agréez , etc. 

A. Geffroy. 



— \\)à 



LIVRES OKI KUTS. 



SÉANCE DTI G MAI. 

L'Université catlioliquo de Louvain adresse h l'Acadéinie les publica- 
tions suivantes : 

Société litléraire de l'Université calholique de Louvain. Choix de mé- 
moires, \ (Louvain, 18^1, in-8°); 

l)e vita et scriptis Aphraatis , snpiemis Persœ , dissertatio historico- 
theolo^ica, par M. J. Forget (Louvain, 1882, in-8°); 

Étude critique sur l'opuscule De aleoiorihus , par les membres du sémi- 
naire d'bistoire ecclésiasli({ue établi à l'Université catholique de Louvain 
(Louvain, 1891, in-8°); 

Etude sur le phénomène de l'S mobile dans les langues classiques et snh- 
sidiairement dans les groupes congénères, par M. J. Schrijnen (Louvain, 
1891, in-8°); 

La religion, son origine et sa définition, au point de vue de l'his- 
toire de la philosophie; dissertation pour le doctorat en philosophie selon 
saint Thomas, par M. G. Van den Gheyn (Paris et (îand, 1891, in-8"); 

Annuaire de l'Université calholique de Louvain (Louvain, 1899, 
in-12). 

Sont encore offerts : 

Eudes, duc d'Aquitaine , par M. J.-Fr. Bladé, correspondant de l'In- 
slitiif (in-8°)-. 

Exposition universelle internationale de 188g, à Paris. Rapports du juri/ 
international, publiés sous la direction de M. Alfred Picai-d. Groupe VI : 
oulillage et procédés des industries mécaniques, 7' partie (Paris, 1891, 
gr.in-8°); 

L'argot parisien, étude d'ethnologie comparée, suivie du vocabulaire, 
par ^1. Adrien Timmermans (Paris, 1899, in-S"); 

Introduction au catalogue du Musée Guimet; aperçu sommaire de l'his- 
toire des religions des anciens peuples civilisés, par ^L L. de Millou»', con- 
servateur du Musée Guimet (Paris, 1891, in-i^); 

Annales du Musée Guimet : Inme XI\, ï.r Lalila Vistara. développement 



— lUÔ — 

(les jeux , coulcnaid riii.sloin' du Bouddha ÇoLya-Mouul , depuis sa naissance 
jusqu'à s.i prédical ion , (radiiit (lu sanscrit en français par M. Ph.-Ed. Fou- 
eaux, 9." jiarlio : Notes, lariantes et index; Lonie XX, Textes tâoisles , tra- 
duits des originaux chinois et commente's par M. C de Harlez (Paris. 
iHQi-iByâ, -j vol. iu-^i"). 

M. Delislk présente Les livres lilurf>iques du diocèse de Lungres , par 
M. l'abbé L. Marcel ( Paiis et Laugres, iSgy, in-S"). 

ffCe travail hibliographitpie est parlaiteuient compris et très complet; 
il porte à la fois sur les manuscrits et sur les livres imprimés. Les des- 
criptions font connaître toutes les pai-ticularités utiles; les notes qui y 
sont jointes renferment, sur des détails très variés, des renseignements 
|niisés aux meilleures sources. On remarque à la fin du volume uno 
bii)liogrciplne très étendue des travaux auxquels Ihisloire de la liturgie 
a donné lieu en France au xix^ siècle, n 

M. Delisle offre en outre, de la part de M. Ulysse Robert, 7 feuilles 
(lu Bulletin de l'Académie royale de l'histoire de Madrid, remplies par 
des extraits des procès-verbaux des actes des chapitres généraux et 
des visites des maisons de l'ordre de Cluny depuis le xni' siècle. Ces 
extraits se rapportent aux établissements de l'ordre de Cluny en 
Espagne. Ce sont des textes fort cuiieux pour Ihistoire ecclésiastique 
de ce pays. 

M. Héron de Villefosse offre à l'Académie, au nom de M. le capi- 
taine Em. Espérandieu, un travail intitulé : Nouvelle note sur un cachet 
inédit d'oculiste romain [Sex. Flavius ^rt.s/////.s) [Paris, 1891, in-8", extrait 
de la Revue archéologique]. 

ffU s'agit d'un cachet trouvé à Merdrignac (Gotes-du-lNord) et conservt' 
aujourd'hui au musée de Rennes. Outre le nom de Sextus Flavius Ba- 
silius, ce cachet porte sur ses quatre tranches Tindication de (jlnsieurs 
collyres dont les plus inq)ortants et les plus nouv.'aux sont Vaniathijsti- 
ninn ad cicatrices et le Irigonuni ad aspritudines. Aucune des dill'érentes 
hypotlièses émises par l'auteur pour expliquer le mol amathi/stinain ni' 
lui paraît assez fondée pour que le véritable sens de ce mot puisse être 
considéré comme découvert. Au sujet du collyre trigonum il hésite ('gaie- 
ment entre deux opinions : la première consiste à supposer (pie ce collyre 
était à base de verveine; la seconde le porte à croii'e ([ue le mot trigo- 
num était directement dérivé du nom de la tourterelle, Tpvytôv, preuve 
que le collyi-e ainsi dénomiiK' contenait du sang de cet oiseau.» 

M. IIeiizev a la parole [xnir un l.ommage : 

••J'ai riimniiMir d'ollVir à l'Académie, au nom Af IF.inidv hcv. diri'C- 



\v. 



lit 



— 190 — 

leur (lu iims(''(' iinpérial de Constanliiioplc cl de s(iii c<)llal)()raleiir 
M. Tli<'(Klore Roinacb, la proniièro livraison du grand ouvrago inlilulë: 
Une nécropole nnjak h Sidon (Paris, 1899, in-û° avec un album de 
16 |)laachos). Coltc puhlicalion, allondiio et vivement désirëe par tous 
ceux (jiii s'inloressenf à l'ofiidc de Tanlicpiité, fait connaître, avec un 
jyrand luxo de documents et de planches, la iriag-nilique découverte qui 
;) mis au Jour, en 1887, une série de dix-Luit sarcophages phéniciens et 
grecs, dont l'un, le sarcophage anthropoïde du roi de Sidon Tohnith. 
fils d'Eshmoun-hazar, est un monument de première importance j)oni' 
répigraphie orientale, et dont quatre autres, décorés de sculptures, en- 
core en partie couvertes de traces de couleurs, sont des œuvres d'art 
d'une valeur rare. 

ffS'il est une phase instructive dans l'histoire de la civihsalion en 
Phénicie, c'est la période où l'art grec, devançant la conquête militaire 
d'Alexandre, s'implante dans ie pays et s'y substitue aux formes démo- 
dées du style égypto-assyrien, par la seule ibrce d'expansion du génie 
hellénique. Jusqu'ici la question n'avait guère pu êtie étudiée que sui' 
les productions de l'industrie populaire, comme les terres cuites par 
exemple. 

rrMainteuant nous avons, dans les étroits caveaux d'un même tom- 
beau sidonieu, sépulture évidemment princière et royale, une succes- 
sion de superbes monuments qui juarquent les étapes de cette période 
de transition, depuis l'antique gaine de pierre en forme de caisse à 
momie, jusqu'au sarcophage des Batailles d'Alexandre, qui atteste l'avè- 
nement définitif de la domination macédonienne. 

rrSans insister davantage sur l'ensemble de la découverte, il convient 
surtout ici d'exposer ce que contient la première livraison , placée sous 
les veux de l'Académie. Elle se compose de deux parties distinctes: un 
album de seize planches, dans un format qui dépasse l'in-folio; plus un 
fascicule de texte in-quarto. 

rrLes planches donnent les plans de la nécropole, plusieurs feuilles 
de détails d'architecture repi^oduits au trait à l'échelle de l'exécution; 
mais surtout on y peut déjà admirer, dans de belles reproductions hélio- 
graphiques, une notable partie de la décoration sculpturale. 

irJe citerai d'abord deux sujets empruntés au sarcopliage dit du Sa- 
trape, qui paraît être le plus ancien des quatre sarcophages ornés de 
has-i"eliefs. C'est du moins l'impression produite, au premier coup d'œil, 
par la forme courte des palmettes et par le style encore demi-oriental 
de la sculpture, qui trahit \\n atelier grec de l'Asie Mineure. 



— 197 — 

tLe sarcophag-e hjcien , ilouné presque au complet, appartient à une 
<>poquo où les princes sidoniens, (^pris de sculpture grecque, ne la cher- 
client pas en dehors de Tempire perse; mais, sans sortir de ces limites, 
ils rencontrent déjà d'habiles disciples de IVcole attique, qui appliquent 
aux formes toutes locales des tombeaux de la Lycie une décoration visi- 
blement insj)irée du Parthénon d'Athènes. 

"Quant au célèbre tombeau, d'un type si rare et si original, qui est 
entouré d'un cortège Ae pleureuses , dans toutes les attitudes de la douleur, 
sépai'ées une à une par autant de colonnettes ioniques, merveilleuse as- 
sociation de sculpture pathétique et de délicate architecture, il n'est en- 
core représenté que par deux planches, donnant les pelils côtés du sarco- 
phage. Mais nous y voyons la plus belle partie peut-être de toute la 
composition, celle où se trouve la figure aux mains croisées, dans la 
pose douloureuse que l'art chrétien retrouvera pour les saintes femmes 
au Calvaire. D'autres figures voilées sont comme les modèles de cer- 
taines statuettes de Tanagra aux attitudes dolentes, à la fois tristes et 
charmantes. De fait, il semble que ce soient là des tanagra de marbre, 
([ue l'artiste a sculptées tout autour de ce luxueux mausolée, au lieu des 
simples terres cuites que l'on enterrait avec le mort dans les tombeaux 
ordinaires. Il ne faut pas oublier une planche en coideur qui appartient 
au même monument et qui en reproduit la balustrade sculptée; la poly- 
chromie y était complète et rendait par des tons de chair même la colo- 
ration des parties nues. 

frA côté dp ces belles repi'oductions, l'intérêt scientifique est surtout 
dans le fascicule du texte. Ilamdy bey, qui a fait son éducation artistique 
à Paris et qui <'crit parfaitement notre langue, y commence la descrip- 
tion des chambres funéj-aires. formant une même sépulture de famille, 
telles qu'il les a déblayées et fouillées pour en retirer les sarcophages. 
Il mentionne avec un parlait esprit de justice ceux qui. servis par le ha- 
sard, ont fait la première trouvaille. Ce qu'il revendique avec raison 
pour lui-même, comnie artiste et connue directeur de musée, ce sont les 
inesures préservatrices qui ont sauvé ces merveilles du morcellement et 
qui ont conservé l'unilé de la découverte; c'est la direction des opéra- 
tions délicates et difliciles |)ar lesfpndles les tombeaux sculptés ont été 
extraits des cavités |)r(tlofides où ils avaient ét(! descendus depuis des 
siècles; c'est aussi l'exploration scientifique de ces chambres funérdires , 
la recherche de tous les fragments qui ont permis de compléter les bas- 
reliefs, l'étude teclmique des enq)lacemonts et de tous les faits archéolo- 
giques qui ont pu être relevés dans, les fouilles. (Ictte description, œuvre 



— I'.)8 — 

(le précision cl de ijoiil, icslcra Je poiiil de di'pai l nécessaire, le fonde- 
nienl. solidi^ de loiile ('lude sur les siircopliages de Sidoii. 

n-L'auleiii' explique li-ès hioii cnniiiieiil les caveaux, creusés dans le roc, 
se sont développés sur les quatre côtés du puits carré, dont le fond leur 
servait de commun vestibule; comment ces chambres, préparées pour 
des tondjeaux plus anciens, ont du être remaniées pour faire place an\ 
luxueux monumenis ([ue l'on y a introduits par la suite, Hamdy boy 
laisse à M. Théodore Heinach le soin de décrire, dans les livraisons sub- 
séquentes, sous le rapport des sujets, de la date et du style, les repré- 
sentations des sarcophages; mais il se montre à la fois archéologue et 
artiste pai" le soin avec lequel il relève la disposition architecturale de 
chaque moiiiuiient, même de ceux ((ue la simplicilé de la décoration a 
fait laisser sur jdace. Il y a là des faits observés, des détails de pian et 
de coupe, qui aideront beaucoup à iixer Tépoque relative de ces tom- 
beaux. Pour n'en citer qu'un exemple, il est très instructif de voir que 
plusieurs sarcophag-es, dont la forme extérieure est déjà tout à fail 
grecque, restent cependant, à l'intérieur, creusés encore en forme de 
boîte h momie. À ce groupe de transition ap|)artient le sarcophage du Sa- 
Impe, ce (pii s'accorde parfaitement avec le caractère de la décoration, 
dun slyle demi-oriental et touchant à l'archaïsme. 

ffDès l'introduction de son travail, Hamdy bey proclame de quels 
exemples il s'est inspiré : frPour me diriger dans cette description . connue 
rrdans les travaux eux-mêmes, dit-il, j'ai eu d'ailleurs un excellent guide: 
rfje veux parler de M. Ei'uest Renan, qui nous a précédés dans ces con- 
rrlrées et y a exécuté des fouilles avant nous. Nous avons puisé dans son 
rf ouvrage dfs renseignements et des conseils précieux, dont on trouvera 
rrla trace à chaque page du nôtre, n 

iNous ne pouvons aussi que nous associer, en terminant, aux remer- 
ciements adressés par l'auteur à notre Ministère de l'instruction publique 
et des beaux-arts, rrqui a bien voulu, par son libf'ral concours, favoriser 
"la publication de cet ouvi-ageii. C'est assurément un honneur et un 
avantage scientitîque pour notre pays qu'une publication de cette impor- 
tance paraisse dans notre langue, avec la collaboration dévouée d'un ar- 
chéologue liançais et avec tout le développement d'art que pouvait y 
apporter la librairie parisienne*''. 



'■*' Cl'. Théodore Ri-inach , Les sarcophages de Sidon au Musée de Coiislantinople , dans 
la Gazetlc des bc(m.i-arts , i" février i8ya. — Georges IVrrot, Les sarcophuires grecs 
de Sidon, dans \c .Imirnal des Dchats ries t) et 12 avril i8()2. 



^ 100 



SÉANCE DU 1 3 MAI. 

Le SiioRÉTAiBB l'Ki'iPÉTLiEL dépose sui' Ic Ijiiieaii le pieiiiiei- lascicule 
des Comptes rendm des séances de TAcadémie pendant l'annëe 1899, jan- 
V ier-fe'vriei- ( Paris , 1 8 9 a , iû-8° ) . 

Sont encore offerts : 

Sur quelques étijmologies de la langue basque, par M. le comte 
de Charencey (Paris, 1891, in-8% extrait du Compte rendu du Con- 
grès scientifique international des catholiques, tenu à Paris du 1"' au 
6 avril 18g 1); 

Etude sur les poètes italiens Dante, Pétrarque, Aljieri et Foscolo et sur 
le poète sicilien Giovanni Meli, avec la traduction en vers français des plus 
belles parties de leurs œuvres , par M. Gustave Chatenet (Paris, 1892, 
ia-8"); 

Mythologie et apologétique, par M. l'abbé Fourrière (Paris et Amiens, 
1891, in-12); 

Monumenta papyracea Aegyptia bibliolhecae Vaticanae; publiés par 
M. H. Maruccbi, attaché à la bibliotlièque Vaticane (Rome, 1891, 
in4"); 

Documente privilore la istoria Românilor, par M. E. de Hurmuzaki, 
vol. Il, partie ni, lôio-ioSo (Bucarest, 1899, in-4°). 

M. Menant a la parole pour un hommage : 

n-J'ai rhonneur d'ofl'rir, au nom de M. de Giorcq, le premier fascicule 
de la '2' livraison, tome II, du catalogue de sa Collection (Paris, 1890- 
1899, in-folio). Ce fascicule n'est [)as moins intéressant ([ue les pr<!- 
cédenls; il comprend une série de fragments de bas-reliols assyriens du 
plus haut intérêt. 

ffCes bas-relieCs sont au nombre de douze et présentent des échantillons 
de l'art assyrien pondant les deux grandes périodes de sa manifestation : 
c'est-à-din' que les uns proviennent du palais d'Assur-nazir-habal, îi 
l'époque où (jalncli était la capitale de l'empire, et les aulies des palais 
d'Assur-baiii-pid , à Icpocpie où le siège de l'empire avait été trans- 
porté à Ninive. La dilférence des procédés artistiques de ces deux épo(|ues 
est surtout très appréciable dans l'exécution de deux tètes d'eunuques 
appartenant à chacune de ces périodes. Sur l'une, on reroiuialt facile- 
ment l'ampletn- des aiiistos di' Cialacli. et sur l'atdre la d'''licnlesse des 
sculpteurs du dernier empire 



— 200 — 

(f Nous devons citer pai-liculièremenl deux scènes religieuses : la plu 
importante représente, sur un fragment de bas-relief, un sujet qui se 
trouve complet au Musëe britannique et dont un moulage orne le grand 
escalier du Musëe du Louvre. C'est un gonie ailé faisant un acte d'adora- 
tion devant l'arbre sacré. Les scènes de ce genre sont assez nombreuses 
et assez variées dans les palais assyriens; celle que nous signalons se 
distingue surtout par la perfection de son exécution. 

rrJe dois également appeler Tattenlion sur des sujets d'un travail 
moins soigné, mais dont l'importance ne saurait par cela même passer 
inaperçue, puisqu'ils permettent d'apprécier la did'érence voulue que les 
artistes apportaient dans la décoration des salles. Ce sont, en effet, des 
sujets secondaires, des épisodes de la guerre acharnée que les rois d'As- 
syrie poursuivaient contre leurs voisins qui ne voidaient pas reconnaître 
la puissance d'Assur. C'est ainsi que nous voyons des soldats, fantassins, 
cavaliers, harcelant l'ennemi vaincu, et l'exil des prisouniei's partant 
avec leur maigre bagage pour une destination inconnue. 

ffUn fragment de bas-relief à deux plans représente deux têtes de 
chevaux, marchant de front , richement caparaçonnés. La perfection de 
l'exécution permet d'étudier d'une manière sérieuse le type de la race 
chevaline à cette époque. 

ffJe dois faire remarquer que (juelques-uns de ces bas-reliefs portent 
des traces de peinture, et donnent im précieux renseignement sur l'em- 
ploi des couleurs dans la décoration; mais je n'insiste pas sur ces 
exemples de polycliromie qui peuvent servir à éclairer la discussion dont 
cette méthode de décoration a été l'objet; il me sulht de les signaler. 

ffli ne m'appartient pas de faire valoir les remarques dont ces monu- 
ments ont été l'objet. Toutefois je me permets de rappeler en terminant 
que les planches sont encore dues aux procédés héiiographiques de 
M. Dujardin, et cela en fait assez l'éloge. « 

M. le comte de Lasteyrie présente à l'Académie le volume que 
M, Léon Palustre vient de publier dans la collection Quantin sur L'ar- 
chitecture de la Renaissance (Paris, 1892 , in-8°). 

tr L'auteur est trop connu pour qu'il soit nécessaire de faire un long 
éloge de ce hvre , dans lequel il a condensé ie résumé de longues re- 
cherches. La compétence de M. Palustre en fait d'archéologie monu- 
mentale est depuis longtemps établie. Les édifices de la Renaissance tout 
spécialement font depuis des années l'objet particulier de ses études, et 
les livraisons déjà publiées de son grand et bel ouvrage sur la Renais- 
sance française ont suffisamment montré à quel degré l'art île cette 



— 201 — 

époque lui esl familier. La «liflîcultë était de choisir, dans le grand nombre 
d" momimenls qu'il pouvait citer, ceux" qui peuvent èlre considérés 
comme de véritables types de l'art, de condenser dans un nombre 
restreint de pages une si grande abondance de matières, de trouver 
moyen de réserver une place suflisanle aux monuments des principales 
contrées de TEurope, tout en laissant à lltalie et à la France la pai-t 
prépondérante qui leur revenait de droit. 

rr.M. Léon Palustre me paraît s'être acquitté de sa lâche eu homme de 
goût en même temps qu'eu érudit. Je n'étonnerai personne en disant 
que ce livre comptera parmi les meilleurs de la collection Quautui.T) 

M. Hamv oflre à l'Académie un volume dont il est l'auteur, et qui est 
intitulé : Décades Americanœ. Mémoires (VavcImAogie et d'etlmograplue 
américaines, i" et â' décades (Paris, sans date, in-8°). 

Ce volume est composé de vingt mémoires ou notes sur diverses 
questions spéciales relatives aux deux Amériques; il est accompagné de 
6 planches el de 80 figures dans le texte. 

xM. DE BARTHbLEMY présente Aix-la-Chapelle , étude sur le nom de cette 
ville, pai- M. Aug. Prost( Paris, 1892, iu-8% extrait des Mémoires delà 
Société nationale des Antiquaires de France). 

ffDaus ce mémoire, M. Prost a étudié, avec le soin et l'érudition 
dont il fait preuve dans tous ses travaux, l'origine du nom d'ALx-la- 
Chapelle. Il commence pai' établir l'étymologie du nom anlique de 
cette \'i\\q , Aquis Granni, et réunit tous les faits qui lui permettent de 
conclure que, pour la distinguer de toutes les eaux thermales nommées 
Aquis, on y avait ajouté le vocable Grannus, désignant un dieu gau- 
lois assimilé par les Romains à Apollon et qui, à l'exemple de Borvo 
et de Vindonnus, était considéré comme rendant la santé à ceux qui 
l'invoquaient. 

«rPlus tai'd, Aquis Granni devint Aiœ-la- Chapelle ; M. Prost ne nous dit 
pas l'époque approximative de ce changement de dénomuiation, qui 
semble postérieur au xa" siècle; mais il s'attache à déterminer, dans l'es- 
pèce, la valeur du mot capella ; après avoir étudié les divers sens attri- 
bués à ce vocable, vêtement rcclésiasticiue, châsse, mobilier sacré, ora- 
toire, archives, corps de cliapelahis, liidle, etc., l'auteur conclut que la 
capella d'Aix était 1' lieu où se conservaient, à la fois, les plus insignes 
reliques et les archives du souverain; c'était en môme temps l'oratoire 
et la chancellerie. La capella élabhe par Cbarlemagne dans Aipiis Granni. 
où il avait [\\ô la capitale de son empire, avait une notoriété dont le 
souvenir s'esl conservé dans le nom moderne.') 



— L>02 — 

M. Ui'i>EKT [)i'ést*nlH à rAcadëiiiie les i'nscicules vi B et .\ (les Babylo- 
iiiscke Texte du P. Strassinaier (Leij)zig', 1892, in-8°). 

rrLe premier fascicule a ëlé fait par M. n!vetts;il comprend lerèf^ne du 
lils de INabiichodonosor, Évilm('rodacli (56i à ôSg), 28 textes; de Néri- 
{'■lissor, le heaii-frèro et assassin de ce dernier (55r) à 555), 12 docu- 
ments; et de Lahasi-Marduk- le Laharosorcliad de Josèphe, d'après Bé- 
rose, qui rrgna tout au plus six semaines (555), 6 textes. L'édition est 
soignt^e et digne, sous tous les rapports, du P. Slrassmaier, qui avail 
confie ce travail intéressant h ce jeune savant, déjà avantageusement 
connu par plusieurs publications. Le savant membre de la Compagnie 
de Jésus n'a plus d'éloges nouveaux à attendre; il est connu comme un 
des plus utiles savants de tous ceux qui s'occupent d'assyriologie. Le 
1 o' fascicule contient 2/18 documents du règne de Darius, fils d'Hystaspe, 
(t s'étend sur les huit premières années, depuis le mois d'octobre 59 1 
jusqu'au printemps de l'an 5i3 avant J.-G. 

cfLes deux fascicules sont très intéressants, surtout au point de vue 
de la chronologie. La dernière pièce connue de Nabuchodonosor est du 
27 tammuz (juin-juillet) 56 1 avant J.-C, et la première inscription 
d'Évilmérodach est du aO élid, 58 jours plus tard. La dernière pièce 
d'Évilmérodach est datée du h ab (juillet-août) SSg, et un intervalle de 
07 jours seulement la sépare de la première de son successeur, Nériglissor , 
émise le 1 2 elid. Deux documents sont datés du même jour : 2 nisan de 
555 (mars-avril) avant J.-C, et le fds, roi éphémère, se rencontre déjà 
un mois plus tard, pour foire place après six semaines au roi Nabonid 
(mai 555). L'année pourra se trouver reculée d'une unité, mais ce n'est 
pas probable. On ne peut que se féliciter, au point de vue des études, 
des efforts faits par le P. Strassmaier et M. Evett.» 

M. Delisle offre à l'Académie : 

1' Le touie 111 des Lettres de Peiresc aux frères Dupmj, publiées pai- 
M. Tamizry de Larroque, notre correspondant (Paris, 1892, in-/i°); 

2° Les Frères prêcheurs de Limoges, textes /«(/hs , publiés pour la pre- 
mière fois par M. C. Douais (Toulouse, 1892, in-8°). 

" Dans ce petit volume sont réunis : 

fr 1" La notice consacrée par Bernard Gui au couvent des dominicains 
de Limoges, notice dont nous n'avions qu'une édition défectueuse donnée 
au dernier siècle par dom Martène ; 

fr2° Des mémoires très développés sur l'histoire de la même maison, 
depuis l'origine jusqu'à la fin du xvii" siècle ; 

fr3° Un état des fondations du couvent.'; 



— -203 



SEANCE DU 20 MAI. 

Sont offerJs : 

JSouveaii recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, antérieures au 
Yuf siècle, par M. Edmond Le Bkuit. membre de l'Inslitut (Paris. 
1892. in-Z»"); 

Exposition universelle internationale de iSSfj à Paris. Rapports du jury 
international, publiés sous la direction de M. Alfred Picard. Groupe VI : 
Outillage et procédés des industries mécaniques. Electricité {Varh, 1899, 
grand in- 8°); 

l'exte macedo-române basme si poesii poporale de la Crusova, publié 
d'après le manuscrit original par le professeur J. Bianu. membre corres- 
pondant et bibliothécaire de l'Académie roumaine (Bucarest, 1891, 
in-8°); 

Origines des armes de la ville de Cannes, par M. Louis de Backer 
(Cannes, 1893, in-8''). 

^L Gaston Paris offre h l'Académie, de la part de l'auleur, M. F. de 
Mély, un opuscule intitulé : Les cachets d'oculistes et les lapidaires de l'an- 
tiquité et du haut moyen âge (Paris, 1892, in-8°, extrait de la Revue de 
philologie). 

M. Georges Perrot présente le fascicule de janvier-mars 18 9 2 du Rul- 
letin de correspondance hellénique, publié par l'Ecole française d'Athènes 
(Athènes et Paris, in-8°). 

SÉANCE DU 27 MAI. 

Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le 2' fascicule du 
tome I de la 4° partie du Corpus inscriptionum semiticarum (Paris, 1892, 

in-fol.). 

Sont encore offerts : 

Revue des publications épigraphiques relatives à l'antiquité chrétienne 
(année 1891), par M. E. Espérandieu (Lille, 1892, in-A% extrait delà 
Revue de l'art chrétien) ; 

Botanicon Sinicum. Notes on Chinese botany front native and Western 
sources, par M. Bretschneider, correspondant de rinstilul (Shanghai, 
i890,in-8°); 

Contributions ta North American elhnology, vol. Il . part. 1 et 2, et vol. VI 
(Washington, 1890, iu-/i°). 



— -2 Oh — 

M. BoissiKR j)r(''sonte à rAcadëmie un voliiiiu; de M. (î. .Ma\, piorcs- 
seur à la Faculté de droit de Nancy, et de M. H. Becker, professeur de 
rhétorique au lycée de la même ville, intitulé : Précis des instilutions du 
droit privé de Borne , destiné à l'explication des auteurs latins (Paris, 1892 , 
in-8"). 

ffl^a littérature latine est tout imprégnée de droit. Ces expressions, 
où les écrivains font allusion au droit romain, les professeurs ne les com- 
prennent pas toujours, les dictionnaires les expliquent mal, et il reste 
toujours beaucoup d'obscurité dans les passages qui les contiennent. Pour 
obvier à cet inconvénient, les auteurs du présent ouvrage ont présenté 
un résumé fort clair du droit romain. Après chaque paragraphe, quel- 
ques lignes en caractères f)lus petits rapportent les expressions des au- 
teurs, en prose ou en vers, qui font allusion à la théorie; qu'ils viennent 
de présenter. De cette façon , la règle de droit se trouve animée et presque 
égayée par ces citations, et il ne reste plus rien d'obscur dans les écri- 
vains. Un très bon index renvoie, à propos de chaque expression, aux 
explications données dans le volume, et en même temps ceux qui liront 
le volume de suite auront une idée très nette du développement du 
droit romain. Ce volume rendra de très grands services aux professeurs 
et aux étudiants et leur permettra de lire avec plus de fruit Ifls auteurs 
latins, n 

M. Delisi.e offre deux ouvrages de la part des auteurs : 

1° Dernier recueil de notes historiques et archéologiques concernant le dé- 
partement de la Seine-Inférieure et plus spécialement la ville de Rouen, par 
M. Ch. de Beaurepaire (Bouen, 1892, in-8°). 

frLes morceaux contenus dans ce volume sont de peu d'étendue; mais 
chacun d'eux est une dissertation qui épuise le sujet et qui aboutit 
presque toujours à une solution définitive. La parfaite connaissance que 
l'auteur a de toutes les archives rouennaises le met à même de porter la 
lumière sur toutes les questions qu'il est appelé à examiner pour les tra- 
vaux de la Commission des antiquités de la Seine-Inférieure. Le vohnne 
qu'il offre aujourd'hui à l'Académie fait suite à deux autres qui avaient 
précédemment paru et qui contenaient des communications ayant le 
même caractère et présentant le même intérêt. Nous espérons bien que 
la série sera continuée, malgré les mots Dernier recueil que notre corres- 
pondant a mis sur le titre de son volume, n 

9" Les amis de Jean Dragon de Crcsl, par M. Brun-Durand (Pai;is et 
Lyon [1892], in-8'). 



— -JOo — 

trLes recueils conuus sous le litre cV Album amicoritm , dont on a tant 
d'exemples à rétranger, surtout en Allemagne, sont assez rares en France. 
L'un de ces recueils, conservé à la Bibliothèque nationale, vient d'un 
protestant du Dauphiné, Jean Dragon, mort vers 1622 , qui, après avoir 
étudie' à Genève et professé h Die, a rempli les fonctions de pasteur à 
Grest, à Saint-Paul-Trois-Ghâteaux et à Gourtbezon. M. Brun-Durand, 
connu par de consciencieuses publications relatives au Dauphiné et sur- 
tout par un dictionnaire topographique du département de la Drôme, 
a donné une description exacte de l'album de Jean Dragon , a déterminé 
les personnages qui ont inscrit des souvenirs sur les pages de cet album 
et en a pris prétexte pour tracer un intéressant tableau de la société pro- 
lestante dans le Dauphiné au xvn' siècle. ■« 

M. DE Barthélémy a la parole pour deux hommages : 

1° Les médai Heurs de la Renaissance , histoire, institutions, mœurs, mo- 
numents, biographies, par M. Aloïss Heiss. Florence, 9" partie: Florence 
et la Toscane sous les Médicis (Paris, 1892 , in-fol.). 

ffL'année dernière, à la séance du 6 février, j'avais l'honneur d'ofl'rir 
à l'Académie, au nom de M. Aloïss Heiss, un magnilique volume formaut 
la première partie de son travail d'ensemble sur les médaiileurs floren- 
tins; aujourd'hui je présente la seconde partie, qui forme le tome IX des 
Médaiileurs de la Renaissance. 11 traite des médaiileurs toscans qui vécurent 
de i532 à 1787 sous la dynastie des Médicis. 

rrAu point de vue historique et iconographique , l'œuvre de ces artistes 
n'intéresse pas seulement l'Italie; l'Espagne et la France y tiennent une 
place importante. François I", Henri H, les cardinaux Geoiges d'Arma- 
gnac, Gharles de Bourbon, le roi des Ligueurs, les princes lorrains, 
François de Montmorency ont fait appel au talent de Dominico Poggini 
et de Pastorino de Sienne pour graver leurs effigies. 

"Dans le septième voluuie de cette belle collection, M. Heiss avait 
donné quelques détails sur l'Hôtel des monnaies de Venise; dans ce vo- 
lume, il en agit de même pour la Zecca de Florence; il fait connaître 
les noms des maîtres de la Zecca de cette ville depuis l'origine jusqu'à 
l'avènement d'Alexandre de Médicis, la gravure de 36 variétés de flo- 
rins frappés p(!ndant la durée de la Uépublique et 266 différents mo- 
nétaires employés sur les florins antérieurement au gouvernement des 
Médicis. 

frGette seconde partie, plus considérable que la première, contient la 
reproduction do 5oo médailles, dont 187 dans le texte et 3o6 sur 
9J1 planches photolypographiques ; jo dois signaler aussi les belles eaux- 



— -jod — 

fortes cl les jp-nndcs |)liolojj-|'0|)|iif"s (|iii .urotnpîijrrif'iil les ni'lirlcs coiisa- 
c.n's au Tition cl l\ Michel- \iiye. Il siillil de leuilietor ce ni;i<jiii(ique 
volume pour reconnaître que Ton ne saurait donner trop dVIojjes au 
zèle infalig-able de M. lieiss, qui sait toujours donner plus qu'on ne pour- 
rait attendre de lui. i 

2° Mélniig-es num'mnatiqucs , par M. E. Babelon, i" scorie (Paris, 
1892, in-H"). 

ffj'ai riionneur d'offrir à l'Acadëmie. au nom de l'auteur, un recueil 
de mémoires et de dissertations publiés dans différents recueils pério- 
diques de France et de l'étranger. L'auteur, M. Baltclon, est connu dans 
cette enceinte par les ouvrages importants (|ui lui ont déjà valu, à 
deux reprises, des récompenses académiques. En réunissant ainsi des 
travaux disséminés dans plusieurs publications, M. Babelon rend un vé- 
ritable service aux travailleurs en leur évitant de longues i-echerclies 
bibliographiques. Nous savons tous combien est utile ie recueil semblable 
fait, grâce à un soin de pieuse- amitié , pour les nombreux articles de 
Longpérier, et nous regrettons toujours qu'il n'en ait pas encore été de 
même pour le baron de Witte. 

rrM. Babelon représenté aujourd'hui ces anciens numismates qui sa- 
vaient, grâce à des efforts d'érudition, trouver dans l'étude des monnaies 
antiques la solution de problèmes d'histoire et d'archéologie. Dans ce 
volume de Mélanges, M. Babelon consacre des pages intéressantes à l'Asie 
(Carie, rois nabatéens, Cilicie, Marathus, Aradus, Sidon); à l'Afritpe 
(Cyrénaïque, le roi Masinissa); il retrouve, sur les monnaies de la Répu- 
blique romaine frappées par l'édile Plantius, le grand prêtre du Temple 
de Jérusalem, désigné par l'épilhète de Bacchius Judœus; il fait connaître 
la seule pièce sur laquelle Elagabale se qualifie ^/s d' Apollon : elle fut 
frappée h Alexandrie; il détermine la chronologie des rois de Sidon. Je 
ne cite que ces quel([ues exemples pour donner une idée de tout ce qiie 
l'on apprend en lisant ce recueil." 

M. l'abbé Ddchesne présente, au nom de M. fierspach, administrateur 
de la Manufacture nationale des Gobelins et de la Manufacture nationale 
de mosaïque, un livre intitulé : Documents sur les anciennes faïencenes 
françaises et la Manufacture de Sèvres (Paris, i8()i, in-S"). 

rrCcs dociunents, lous d'origine officielle, sont du plus grand intérêt 
pour riiisloire de l'une de nos plus importantes industries, celle de la 
faïence. 

«•Ils concernmt près de soixante établissements et révèlent les noms 
d'un grand nombre de céramistes inconmis. 1" 



— -207 — 

Le Vice- Président prend la parole pour un hommage : 

frJ'ai riiomieur d'oiïrir à l'Académie, au nom de i'auleur, M. Alexandre 
Tueley, sous-clief aux Archives nationales, le tome deuxième du Réper- 
toire général des sources maumcriles de l'histoire de Paris pendant la Ré- 
volution {Paris , 1892, in-8°). 

ff Comme le tome premier dont j'ai fait naguère hommage à la Com- 
pagnie, ce tome deuxième est consacré exclusivement h l'histoire 
parisienne pendant la période de l'Assenihlée constituante, et l'auteur 
nous prévient qu'un troisième volume, dont la préparation est fort 
avancée, sera nécessaire pour achever le catalogue des sources maïui- 
scrites correspondant à cette période. Nous trouvons ici distrihués eu cinq 
chapitres tous les documents relatifs à l'organisaliou municipale, aux 
délibérations des districts, à celles des quarante-sept sections instituées 
par le décret du ai mai 1790, à la police et à l'esprit public, à la 
garde nationale et aux corps annexés. Pour donner une idée de la 
richesse de ce réj)ertoire, il nous suflira de dire que les pièces consacrées 
à une seule de ces sections, la plus impoitante il est vrai, celle du 
Palais-Royal, de juillet 1790 à septembre 1791, sont au nombre de 
plus de Goo. 

ffUne introduction d'une quarantaine de pages montre le parti que 
l'on peut tirer de ces pièces au point de vue de l'histoire des institutions 
municipales et des mœurs de la société parisienne à l'époque de la Consti- 
tuante. Les philologues seront ÛMppés du sens très défavorable qui s'at- 
tachait alors à l'expression ff femme du mondes, dont on se servait cou- 
ramment au dernier siècle pour désigner ce qu'il y avait de ])lus abject 
dans la population féminine du quartier du Palais-Pioyal. A la date du 
17 février 1791, M. Tuetey signale le procès- verbal de descriplion et de 
transport à la bibliothèque de la ville des livres d'un savant religieux 
([ui flevint une douzaine d'années plus tard raendjre de notre Compagnie 
et à qui nous sommes redevables en particulier des volumes XIV h 
XVIII du Recueil des historiens de France , dom Michel-Jean-Josi^ph Brial. 
Lue table alphabétique, qui ne remplit pas moins de cent vingt [)ages, 
comprenant à la fois les matières principales, les noms de lien et de per- 
sonne , facilite singulièrement les recherches. L'orthograpiie des noms nous 
a semblé correcte et l'identification drs personnages mentionnés dans le 
Répertoire ne laisse en général rien à désirer. Toutefois , nous ferons remar- 
quer à M. Tuetey ([ue le grand seigneur anglais arrêté, dans les [)remiers 
jours d'août 1790. en compagnie de la comtesse de S[)encer, ne s'ap|)e- 
lait j)oint Henri-llippolyle Covendiels, comte de Devonsliire. C;^ person- 



— 208 — 

nage n'élait autre en réalité que William (Javentiisli, cinquième duc de 
Devonshire, dont la première femme, Ticorgina Spencer, Tamie de 
Charles Fox , fut si célèbre par son esprit non moins que par sa beauté 
vers le milieu du règne de Georges lll.w 

SÉANCE DU 3 JUIN. 

Sont offerts : 

Catalogue des mamiscrits grecs d'Antoine Éparque {i538), pai- 
M. H. Omont (Paris, iSg-^, in-8°, extrait de la Bibliothèque de l'Ecole 
des chartes, année 189-2, t. LUI); 

La marquise du Châtelel à Semur et le passage de Voltaire, par M. J. Le- 
deuil d'Enquin (Semur, 1892, in-S'V, 

Universily of Pennsxjlvania , departmcnl of nrchœologij and palœontologij. 
Manual descriptive of n collection of talismans cngraved on stones and me- 
tals of va nous coun tries and epochs, etc., being part of the important 
glyptie collection of Maxivell Sommerville , vice-président of the Muséum 
(Philadelphie, 1889, in-12); 

Gundreda, cnuntess of Warenne. A pnrling word abont lier, par 
sir George Duckett (extrait du Yorkshife Archœological Journal); 

Etymologicmn magnum Bomaniœ. Dictionarul limbei istorice si poporane 
a Bomanilor, par M. B. Petriceicu Hasdeu, tome II, fasc. iv (Bucarest, 
189-i, in-4°). 

M. ScHEFER fait hommage à l'Académie, au nom de M. de Mély, d'une 
Esquisse topographique de Conslantinople (Lille, 1892, in-/i°). 

ffGe travail, réiiigé par M. le docteur Mordtmann sur l'invitation de 
notre regretté confrère M. le comte Riant, avait été destiné par lui aux 
Archives de lOrient latin. Il avait été reçu et annoté par lui et allait être 
livré à l'impression quand la mort est vienne le surprendre. 

rrM. de Mély, désigné par lui pour continuer la publication des 
Exuviœ sacra', a considéré comme un devoir de mettre au jour l'esquisse 
topographique de Constantinople. Ce mi'moire renferme, avec une des- 
cription des quatorze régions ou arrondissements de la ville (division qui 
subsista depuis sa fondation jusqu'à la conquête de Mahomet 11), une 
histoire des églises, des monastères et des édifices publics qui y étaient 
élevés. 

ffOn trouvera dans ce mémoire la reproduction de vues générales de 
Constantinople, entre autres celle d- lîuodelmonli, ([uc Ducange avait 
déjà placée en tète de sa Constant inopolis Chrisliana , el celle de bas-rehefs 



— 201) — 

(H (rinscriptions présenlant un inléi-êt liistorique. Enfin les notes permet- 
tent de i-emoiiler aux sources et de consulter le texte des écrivains con- 
temporains et de contrôler ainsi l'exactitude des assertions de M. le doc- 
teur Mordtuianii." 

M. Bahbikii de Meynard pre'sente les Fastes chronologiques de la ville 
d'Oian pendant la période arabe, par M. René Basset (Paris et Oran, 
tSgtî, iu-8"). 

ffM. Basset a entrepris une tâche en apparence ingrate, dont il s'est 
acquitté, comme toujours, avec une conscience et un savoir incontes- 
tables. 11 s'est proposé de recueillir tous les documents relatifs à une ville 
d'Algérie de fondation relativement moderne et qui na joué qu'un rôle 
effacé sous les différentes dynasties musulmanes et chrétiennes qui se 
sont disputé la possession de l'Afrique du Nord pendant tout le moyen 
âge. L'auteur s'arrête à l'année 1609 , date de la première con<}uête espa- 
gnole, juste à l'époque où les chroniques et les relations indigènes et chré- 
tiennes deviennent aussi abondantes qu'elles étaient rares pour la période 
précédente. Oran passf, il est vrai, })0ur avoir eu un chroniqueur spé- 
cial, un certain Ihn al-Ouarrac, auteur d'un traité de géographie qui 
servit de modèle à El-Bekri. Mais son livre ne nous a pas été conservé, et, 
pour réunir tpaclques données sur ce terrain délaissé, M. Basset a dû se 
livrer à des recherches qui, au premier aspect, ne semblent pas justifiées 
par l'importance du sujet. Cependant rien n'est pour nous dénué d'in- 
térêt dans le passé de notre grande colonie, et nous devons savoir gré au 
savant professeur d'Alger d'avoir mis au service d'une question d'ordre 
secondaire sa vaste érudition et les ressources de sa bibliothèque. C'est 
d'un bon exemple. Il n'est pas douteux que si on appliquait la même mé- 
thode de recherches et un zèle aussi soutenu à l'historique de villes qui 
ont joué un rôle plus important, conmie Tlemcen, Tiliaret et Ceuta, on 
(inirait par avoir un ensemble de matériaux d'une réelle valeur pour 
f histoire complète de l'Afrique du Nord pendant la période musid- 
mane. Ti 

M. BoissiKR présente à l'AcadfMuie, au nom de M. Cagnat, professeur 
au Collège de France, un ouvrage intitulé : L'année romaine d'Afrique 
et roccupalion militaire de l'Afrique sous les empereurs (Paris, i8()>J, 
iu-/4"). 

"C'est un travail considéiablo, où M. Cagnal aborde toutes les ques- 
tions ([ui concernent l'occupation militaire de l'Afrique |)ar les Romains. 
Il «'tudie à fond l'organisation des armées de Niunidie et de Maur('lanie, 
In troisième li'gion Augusta , qui résidait à Laudjèse, ainsi ipie les ailes 



— L>l(l - 

ot les coborles iiuxiliaiies, et tout ce qu i»ii peut savoir ilo ces bandes que 
les Uomains, comme nous le faisons, levaient chez les indigènes. L'/VIgé- 
rie et la Tunisie ont garde' tant de souvenirs de la domination des ilo- 
mains, tant d'inscriptions, tant de restes de monuments élevés par It s 
soldais, qne cest un lieu unicpie pour apj)rendre à connaître lai-nK'e 
romaine. On y voit mieux que partout comment elle se recrutait, cefju'on 
exigeait d'elle, les grands Iravaux qu'elle a accomplis, la manière dont 
elle était administrée, conduite, commandée. M. Gagnât n'a négligé de 
connaître aucune des recherches dont elle avait été robjet avani lui, 
mais il a mieux fait, il a parcouru plusieurs fois nos possessions afri- 
caines, vu de ses yeux remplacement des principaux postes militaires, 
trouvé lui-même quelques-unes des inscriptions qui jettent le plus de 
jour sur la question qu'il a entrepris de traiter. M. Renan a dit que l'ex- 
ploration scientifique de l'Algérie serait plus tard une des gloires de la 
France. Parmi les ouvrages que cette exploration a inspirés, le livre de 
M. Cagnat tiendra une place importante. 

ffEn même tenq)s, M. Cagnat offre à l'Académie la première livraison 
de l'ouvrage (pi'il publie avec M. Bœswillwald sur Timgad. C'est la 
description d'une ville anticjue qu'on a appelée la Pompéi de l'Afrique. 
Cette première livraison , aussi bien par les photographies qu'elle con- 
tient que par le texte qui les accompagne, donne une idée de l'état 
dans lequel on y a retrouvé les monuments antiques et nous me! sous 
les yeux une ville romaine du second siècle, r, 

M. Bréal présente le premier volume d'une traduction nouvelle du 
Zend Avesta par M. James Darmesteter (Paris, 1892, in-6°, formant le 
tome XXI des Annales du musée Guimet). 

rrCe volume comprend les text^'s liturgiques. C" qui fait l'originalité 
de cette traduction , c'est qu'au lieu de traduire le Yaçna , comme on l'a fut 
jusqu'ici, comme un texte se sulîisant à lui-même, M. Darmesteter l'a tra- 
duit au moy?n du rituel qu'il est allé cherclier lui-même chez les Parsis 
de l'Inde. Il a pu ainsi résoudre des problèmes qui avaient arrêté ses 
prédi 'cesse urs et donner l'encyclopédie du culte |>arsi. Le Yaçna contient 
égniement les fameuses Gâthâs de Zoroastre. restées jusqu'à présent inin- 
telligibles et traduites des façons les plus discordantes. M. Darmesteter a 
. trouvé la solution de la difficulté par l'étude de parapliras s anciennes 
découvertes dans la littérature ])ehlvie et par l'étude approfondie du 
mouvement religieux issu de ces Gàthàs. L'iniroduction contient la plus 
grande masse de rens ignemenfs inédits sur le parsism > qui ait été rap- 
portée par un Européen depuis An(pielil.T) 



— 1>II — 

M. Delisle offre à rAcadémie le tome VI du ,orand ouvrage inlidilé : 
La collection Spit:.ei' (Paris, iii-foi.). 

ffCe volume renferme un aperçu général de M. Mùntz sur l'ensemble 
de la collection, et le catalogue des armes et armures par M. Emile Mo- 
linier, précédé d'une notice de M. Giraud sur l'histoire des armes, princi- 
palement des armes de luxo, au moyen âge et à la Renaissance. L'ouvrage 
continue à être digne de la collection dont il conservera le souvenir et 
qui fait tant d'honneur au goût de M. Spitzer. n 

M. Héron de Villefosse offre à l'Académie, au nom de M. Auguste 
Audollent, un travail intitulé: Sur un groupe d'inscriptions de Pomaria 
(TIemcen) en Maurétnnie Césarienne (Rome, iSga, in-8", extrait des 
Mélanges G.-B. de Rossi, supplément aux Mélanges d'archéologie et d'his- 
toire publiés par l'Ecole française de Rome , t. XII). 

fr Frappé de la façon particulière dont sont rédigées les épitaphes latines , 
du y' au vu' siècle , découvertes à TIemcen et dans quelques localités 
voisines, M. Audollent s'est demandé s'il fallait ranger ces textes dans 
la série des textes païens ou dans celle des textes chrétiens. Malgré 
l'absence de tout signe évident de christianité , il n'hésite pas à adopter 
cette seconde solution, et les raisons qu'il donne pour appuyer son 
oj)inion paraissent probantes. Il y a dans lépigraphie de cette région 
plus d'une habitude qui contrarie les pratiques ordinaires. Par malheur, 
l'histoire du pays est si peu connue qu'on est fort embarrassé, après 
avoir indiqué ces habitudes locales, d'en donner une explication satisfai- 
sante. Les monuments, les inscriptions, les noms géographiques 
prouvent cependant que les populations de cette partie reculée de la 
Maurétanie ont été administrées militairement et que l'assimilation de la 
contrée ne dut pas être aussi complète que dans le reste de la Mauré- 
tanie Césarienne. Il est naturel d'en conclure que les idées et les moeurs 
romaines y pénétrèrent moins profondément. Cette région, du reste, 
touche à la Maurétanie Tingitaue, dont les populations peu dociles et 
toujours inquiètes furent, sous la domination romaine, soumises à un 
régime spécial , ce qui ne les empêcha pas de se soulever souvent et de 
faire de nombreuses descentes en Espagne. '• 



SE\>f;F, DU 1 Jl JN. 

Le Secrétaire i'krpétuel présente, de la j)art de M. Kdinond 
Le Rlanl , membre (h- I Académie^ un opuscule iiililnlé: I^es sentences 



'21-2 

7'endues contre les marti/rs (Rome, iHgç», in -8°. rxtrnil dos Mélanges 
G.-B. (le Rossi , publics pai' l'Ecoli; IVaiicaise de Rome). 

M. Sekart pr<^sente, i\o la pari do M. \. Henry : i" Les hymnes Ro- 
hitns, le livre XUI de l' Athnrra-Veda , traduit et commente^; 9° Le livre Vil 
de V Atharvn-Veda , traduit et commente (Pans. 1891 et 1899, t> vol. 
ih-8"). 

ff Par cette double publication , M. Henry rend un véritable service aux 
études védiques. Il a apporté à sa tâche une préparation grammaticale 
des plus complètes et un sens philologicjne c[ui, dans les obscurités elles 
difficultés de l'interprétation védique, est l'ancre de salut. Les dexix livres 
dont il nous donne l'interprétation présentent just:ment des caractères 
très di(l'('rents, et en une certaine mesure opposés : 'e septième, composé 
de très peu d'hymnes d'une allure large et cosmogônique ; le treizième, 
l'ait d'une nombreuse collection diî courtes invocations et conjurations. 
(>n sait fjue c'est \e caractère propre de l'Atharva-Véda, le quatrième 
des Védas et le plus récemment admis dans le cycle des Sainhitâs, que, 
au lieu de servir au rituel proprement dit , il est surtout consacré à des 
pratiques conjuratoii'es et magiques d'un caractère plus particulièrement 
inilividuel et populaire. 

"''* Nulle part il n'est plus nécessaire de contrôler l'interprétation par la 
comparaison des cérémonies auxquelles ces textes sont associés et dont 
les manuels commencent h nous être aecessibles. M. Bloomfield, en Amé- 
Tiqne, a le premier insisté, en ce qui concerne l'Atharva, sur cette mé- 
thode d'intei'prétation , et eu a fait à plusieurs reprises une application 
pénétrante. M. Henry paraît bien entrer dans ces vues, et il est. pour 
les pratiquei', bien armé, bien informé. Peut-être feprocherais-je à son 
travail, c'est-à-dire surtout au commentaire, d'être un peu trop éclec- 
tique et subjectif. Un conmientaireplus abondant et plus documenté ne 
nous eut pas fait peur. Entre tous les systèmes qui se disputent actuelle- 
ment l'interprétation védique, il est fort possible que finalement un 
certain éclectisme représente la sagesse et la dernière conclusion des 
meilleurs juges : mnis l'heure de la conclusion n'a pas âonné, et j'estime 
que, pour le moment, le meilleur service à rendre est de se placer 
nettement sur un terrain bien déterminé, flît-il un peu exclusif, à la 
condition bien entendu de défendre la ligne choisie avec l'appareil dé- 
monstratif le plus solide et le plus étendu. Je ne saurais, h cet égard, 
m'associer au sentiment qui a été exprimé par des indianistes éminents 
et d'après lequel la traduction même constituerait le meilleur des com- 
mentaires. Une expérience souvent répétée montre trop invinciblement à 



— ■2[:\ — 

quel point les textes vëdiques se prêtent à des interprétations divei'ses, 
au gré de la théorie dont s'inspire le traducteur. Ce qu'il importe do 
prouver, c'est la légitimité dis principes d'où l'on part. Seul un commen- 
taire raisonné fortement et abondamment fourni , non pas de vues per- 
sonnelles, mais de démonstrations techniques, peut répondre à cet im- 
périeux besoin. 

ffSi je m'arrête sur ce point, ce n'est pas seulement à cause de sou 
importance théorique , c'est en raison même de l'intérêt que commande 
l'entreprise de M. Henry. Ces deux fascicules ne sont en effet que des 
spécimens, d'ailleurs importants, d'une Iraduction d'ensemble de 
l'Atharva que M. Henry a déjà terminée pour son usage personnel el 
dont il nous fait espérer la publication. C'est là un engagement dont 
nous prenons acte et que nous lui demandons d'exécuter avec le plus 
d'activité et de promptitude possible. C'est justement en vue de cette 
publication délinilive que j'appelle son attention sur le desideratum que 
je me permets d'exprimer, il est de ceux à qui l'on peut beaucoup de- 
mander, de qui on est fondé à beaucoup attendre. Nous le savions pai' 
ses travauxantéiieurs; il nous le prouve plus que jamais par lo double 
publication à laquelle je suis heureux de pouvoir rendre un hommage 
mérité, r, 

M. Maspero a la parole pour un hommage : 

»rM. Falkener, dont j'ai déjà présenté l'ouvrage sur les jeux anciens ei 
orientaux, fait hommage à l'Académie d'une boîte renfermant cinq des 
jeux égyptiens restitués par lui, avec la règle de chacun et le matériel 
nécessaire. Le plus intéressant d'entre eux est une sorte de jeu de dames, 
présentant cependant plus de combinaisons et plus ingénieuses que ne 
le sont celles de notre jeu de dames actuel. Deux d'entre eux sont encore 
connus aujourd'hui en Egypte sous le nom de tnb et de munchalah. J'en 
ai trouvé hi table tracée sur le dallage de la cour du temple d'Edfou. et 
sur la terrasse; on remarque des tracés du même genre et se rapportant, 
sinon au même jeu , du moins à un jeu analogue , sur la terrasse du temple 
de Khonsou et à Abydos. La figure la plus ancienne qu'on en ait est de 
la iv' dynastie, et les fellahs y jouent aujourd'hui encore; le jeu des 
vieux Egvptiens a survécu à la vieille Egypte. " 

M. Haurkai' [>résente (iaignières , sef^ correspondants rt ses collection 
de portraits, par M. Ch. de Grandmaison, archiviste d'Indre-rt-Loire 
(Niort, 1899. , in-8°, exti-ait de la Bibliothèque de l'Ecole des chartes). 

Il signale dans cette publication des lettres intéressantes de Bussy- 
Babiilin. Fonçant, Kéiielon, Hoileau, M"'" de Monlespan , etc. 

i5. 



— -21'» — 

M. Tiihlté ))i)oiiESi\ii présciile, an nom de M. Gcîfl'roy, direcleur de 
l'École française de llomc, un volnnie inliLulé : Mélaiiffes G.-B. de Hossi 
(Paris et Rome, 1892, in-S"). 

ffC est un recueil de travaux publiés par l'École française de Rome 
en l'honneur de notre confrère M. G.-B. de Rossi. Vingt-trois nif'moires 
y sont rénnis. Le directeur actuel de l'École, M. Gcffroy, l'ancien direc- 
teur, M. Le Blant, et vingt et un anciens membres ou membres actuels 
de l'École ont apporté leur collaboration. Les sujets traités sont très di- 
vers, comme aussi sont très diverses les éludes dont on s'occupe à l'Ecole 
de Rome. Depuis les antiquités de la Rome républicaine, représentées 
par le mémoire de M. Jullian : La rclig/nn romaine deux siècles avant notre 
ère, jusqu'à la Renaissance, à laquelle sont consacrés les travaux de 
MM. GffïVoy, Miintz, Dnrrieu et de Nolbac, toutes les régions du long 
passé romain ont été explorées. Ainsi la composition même du recueil se 
trouve correspondre à la carrière scientifique en l'honneur de laquelle il 
a été entrepris. En effet, si M. de Rossi a surtout cultiv-é les monuments 
des premiers siècles chrétiens, son érudition aussi vaste que pi-ofonde 
n'a néfflip-é aucune des parties de la longue histoire de Rome, il se- 
rait difficile de signaler un siècle de cette histoire auquel il n'ait té- 
moigné, par quelqu'un de ses écrits, de son intérêt à la fois scientifique 
et patriotique. 11 signe ses grands ouvrages de sa qualité de romain : 
loh. B. de Rossi Romanus. Personne ne mérite mieux ce titre; personne 
n'était plus capable d'inspirer aux jeunes savants français le goût et le 
respect de l'bistoire romaine, sans distinction d'époques. Il est naturel 
que dans les fêtes qui ont marqué une des dates les plus graves de sa vie, 
les sentiments éveillés en nous par cet initiateur aient réclamé une 
expression, r, 

M. Héron de Villefosse offre à l'Académie, au nom des auteurs, un 
volume intitulé : Musée de sculpture comparée (moulages) , palais du Tro- 
cadéro. Catalogne raisonné publié sous les auspices de la Commission des 
monuments historiques, par Louis Courajod, conservateur adjoint des 
musées nationaux, professeur à l'École du Louvre, et P.-Frantz Marcou, 
architecte de la Commission des monuments historiques, diplômé de 
l'École du Louvre : xiv' et ay' siècles (Paris, 1892 , in-8° avec vingt-cinq 
planches). 

rr Depuis que le musée de sculpture comparée est ouvert au public, 
deux catalogues sommaires des moulages exposés ont été déjà publiés. 
La Commission des monuments historiques a pensé que le moment 
était venu d'établii- à côt(' de ces notices succinctes un catalogue plus 



— 215 — 

scienlifique, ""e sorte de manuel de Fliisloire de la sciilpliire française 
au moyen âge, dans lequel les e'rudits puissent trouver, outre la desci'ip- 
tion des œuvres, les documents authentiques qui nous sont parvenus sui- 
chacune d'elles, et, lorsque cela est possihle, les renseig-nements hio- 
graphiques qui ont pu êti-e recueillis sur leurs auteurs. Elle a confié le 
soin d'accomplir cette tâche importante h deux savants, qui ont pris Tun 
et l'autre la part la plus active à l'organisation du Musée. Les travaux 
nombreux, et toujours si originaux et si personnels, de M. L. Gourajod 
sur l'histoire de la sculpture ft-ançaise, l'enseignement spécial qu'il a 
brillamment fondé à l'Ecole du Louvre, le désignaient pour diriger cette 
publication, à laquelle le nom d'un de ses meilleurs élèves, M. P.-Frantz 
Marcou , est égalenient attaché. 

ffCe catalogue scientifique doit comprendre la description, en 
huit fascicules, de toutes les œuvres exposées au palais du Tro- 
cadéro, classées chronologiquement depuis l'époque romaine jusqu'au 
xix" siècle. 

ffLe présent fascicule est consacré aux sculptures des xiv° et xv" siècles. 
Chacune des notices renferme, outre une description minutieuse de 
l'œuvre, des renseignements positifs sur la date de son exécution ou sur 
celle de la construction du monument dont elle dépend. Ces renseigne- 
ments sont toujours tirés de documents authentiques, tels que pièces 
d'archives , comptes , mémoires , marchés , mandements de payement , dont 
le texte même est mis sous les yeux du lecteur. Chaque fois qu'un nom 
d'artiste, r maître de l'œuvre, tumbier, ymagier, tailleur d'yniaige,!! y est 
prononcé, les auteurs indiquent tout ce que l'on sait sur lui. C'est un vé- 
ritable répertoh'e artistique pour cette époque. 

tfOn comprendra limportance de ce catalogue au point de vue histo- 
rique, si l'on veut bien se rappeler que le musée du Trocadéio contient, 
à côté de précieux fragments de notre architecture nationale, les mou- 
lages des tombeaux de plusieurs de nos rois, de leurs plus illustres ser- 
viteurs ou des personnages contemporains. Pour les xiv" et xv° siècles, 
Plhhppe le Hardi, Louis X, Philippe V, Philippe VI, (Uiailes V, y 
figurent à côté de Robert d'Artois, de Bureau de la Rivière, de Jean de 
Dormans, de Pierre de Luxembourg, de Du Guesclin, de Philippe de 
Morvillier, sans parler des ducs de Bourbon, d'Agnès de Bourgogne, 
(l'Isabeau «le Bavièie, de Blanche de France, de .leanne de Flandre, de 
févêfjue de Paiis Guillaume de Cliauac ou flu pape Urbain V, C'est fliis- 
loire de ces deux siècles (jui ap[);uait à nos yeux sous les images de ceux 
(pii V on! jnué un rôlf itiiporlnnl. Vingt-cin(( planches fu pliotogia- 



— 216 — 

vure reproduisent ies principales ligures el les monuments les plus inté- 
ressants. 

ffll y a peu de temps encore, la liste nominale des sculpteurs français 
s'ouvrait, dans nos musées, à la fin du xv' siècle, avec Michel Colombe. 
Aujourd'hui, grâce aux textes de'cou verts et publiés par notre savant con- 
frère M. Léopold Delisle, grâce aux attributions absolument certaines 
que ces textes lui ont fournies, c'est le nom d'André Beauneveu qui doit 
être iijsciit en tête de cette liste , dès l'année 1 36o. En 1 36/i et en 1 365 , 
et artiste exécutait les tombeaux de Philippe VI et de Cliarles V. Trente 
ans plus lard , le sculpteur des tombes royales travaillait au château de 
Mehun-sur-Yèvre avec l'immortel auteur du puits de Moïse, Ciaus Sluter. 
C'est par l'intermédiaire de ces deux illustres artistes qu'eut lieu, à la 
fin du xiv siècle, en iSgo, le coiilact entre l'art franco-flamand qui ré- 
gnait en France depuis le commencement du siècle et l'art bourguignon, 
qui, d'importation flamande plus récente et plus directe, allait envahir 
la France au siècle suivant. 

ffÀcôté des sculpteurs qui font la gloire de l'Ecole française ou de 
l'École bourguignonne à cette époque apparaît le nom d'un artiste ita- 
lien, Francesco Lauraua, qui exécuta dans la cathédrale du Mans, vers 
1/175, le tombeau de Charles IV d'Anjou et qui, appelé par le roi René, 
travaillait à peu près vers le même temps à Marseille et à Avignon. Ce 
nom, qui termine le présent fascicule, nous prépare à l'évolution artis- 
tique qui a marqué de son cachet particulier les œuvres du xvi^ siècle, 
auxquelle* un prochain fascicule sera consacré. 

rrEn entreprenant cette publication, MM. L. Coiu:'ajod et F. Marcou 
ont rendu un véritable service aux artistes et aux archéologues. Tel qu'il 
est conçu , ce livre est plus qu'un simple catalogue ; c'est un livre de doc- 
trine où sont réunis, classés et sagement commentés tous les documents 
qui peuvent servir à éclairer les origines et les manifestations d'un art 
national par excellence, la sculpture française. Je suis certain de ne pas 
être démenti en affirmant que cette publication donnera satisfaction aux 
critiques les plus difficiles. y> 

SÉANCE DU 17 JUIN. 

Sont offerts : 

Statuette en bronze de Dionysos appât-tenant au Musée du Louvre, par 
M. Héron de Villefosse, membre de ITnstitut (Paris, 1892, in-8°, 
extrait du Bulletin des Musées); 

Le Storie nerhonesi, romanzo camlleresco del secolo \iv , pubHé par 



— '111 — 

M. I.-G. Isola (Bologae, 1877-1887, 3 vol. in-8° de la Colleziojic di 
opeve inédite rare dei primi tre secoli délia lingua ) ; 

Storia délie lingue e leUerature roinanie, 3' partie, 1" livraison, par le 
même (Gênes, 1891, in-8°). 

M. Paul Meyer présente à l'Académie, de la part de M. Gli. Joret, 
notre correspondant, un ouvrage intitulé : La rose dans l'antiquité et au 
moyen âge (Paris, 1893, in-8°). 

frCet ouvrage est divisé en deux parties : 1" la rose dans l'antiquité; 
9° la rose au moyen âge. Dans chacune de ces deux parties l'auteur traite 
successivement de la culture de la rose , de l'emploi de la i-ose eu phar- 
macopée et même en cuisine , des descriptions que les poètes de l'anti- 
quité et du moyen âge ont faites de cette fleur, de son usage dans les 
légendes et dans la symbolique. Les citations nombreuses et bien choi- 
sies dont ce livre est émaillé en rendent la lectui-e fort agréable. Le sujet 
est traité avec l'érudition solide et variée dont notie correspondant a 
donné déjà de nombreuses preuves. 55 

M. Senart oiTie, au nom de l'auteur, M. P. Regnaud, Le Rig-Vedaet 
les origines de la mythologie indo-européenne, 1'" partie (Paris, 1899, 
in-8°, extrait des Annales du Musée Guimet). 

ffM. Regnaud nous est connu de longue date comme ini travailleur 
passionné. Son activité, son dévouement à la science coiumandeut le 
respect et la sympathie. C'est un hommage que je suis poiu' nia part 
heureux de lui rendre et que jus,tifie une fois de plus le vaste travail 
dont il nous donne aujourd'iiui la première partie. Je tiens d'autant 
plus à y insister que je me sens tenu à faire plus de réserves sur les 
vues et sur la méthode de M. Regnaud. Je me hâte d'ajouter qu(? i'ia- 
certitude qui règne encore sur les fondements mêmes de l'exégèse védique 
laisse place aux divergences les plus marquées. 

ffJe ne saurais avoir la prétention de résumer un livre dont nous 
n'avons que le commencement entre les mains, et qui se propose de 
résoudre à la fois et suivant une voie nouvelle deux prablèmes aussi 
vastes et aussi compliqués que la méthode de l'interprétation védique et 
la question de l'origine des mylliologies indo-européennes. Aussi bieji le 
présent volume ne louche-l-il guère qu'au premier. 

ffEn ce qui le concoi-ne, la penséi^ maîtresse de M. Regnaud, sans (être 
exprimée peut-être avec toute la précision qu'on souhailerait, se dégage 
assez nettement dans sa géuérabh;. Bergaigne avait cru reconiiaitve <[ue 
les hynmes véiliques s'applitpiai^nt, plus qu'on n'eu avait tenu comple . 
aux fails rituels d au\ opérations du s.u lilico. Il avait ainsi dérivé Tinter- 



— '2\H — 

niétatioii d'une double source, de phénomènes naturalistes et atmosphé- 
riques, mystiquement représentés, réalisés et comme fondus dans les 
cérémonies du culte. Il était sensible dans les dernières années de sa vie 
qu'il tendait à corriger ce que ses vues premières pouvaient avoir d'un 
peu excessif, et, tout en maintenant le caractère ritualiste des chants 
védiques, à les rapprocher de la liltdrature sacerdotale et brahmanique 
qui a la prétention d'en être dans l'Inde l'interprète autorisée. En tout 
cas, sa méthode d'explication était toujours resiée strictement philo- 
logique. 

ffSous tous ces points de vue, M. Regnaud s'éloigne de la tradition 
de celui cpi'il reconnaît volontiers pour maître avec une piété reconnais- 
sante qui l'honore. L'originalité de son système consiste surtout à éliminer 
complètement l'élément naturaliste, à ne plus voir dans les hymnes 
védiques que le commentaire infatigablement répété de cette association 
de la libation et du feu qui fait l'essence de l'offrande. Loin de chercher 
des points d'appui et une base d'interprétation dans la littérature litur- 
gique, il admet une solution de continuité profonde, absolue, entre celle 
littérature et les hymnes qu'il n'hésite pas, malgré l'inspiration qu'il 
leur prête, à faire remonter à une extrême antiquité et jusque dans le 
passé indo-européen. Enfin sa méthode est bien plus spéculative que 
philologique. Le principe posé, tout son effort consiste à l'appliquer 
rigoureusement, à en présenter les résultats soit pour l'interprétation 
d'un certain nombre de mots, soit pour l'explication d'un certain nombre 
d'hymnes, en les opposant aux traductions de ses devanciers. 

frJe ne puis m'empêcher d'eslimer qu'mi pareil procédé manque trop 
de la force démonstrative qui serait indispensable poiu- fournir une base 
solide à un système nouveau. 

trCelte solution de continuité que M. Regnaud admet dans l'évolution 
védique, je vois bien qu'il la présente avec une grande insistance, je ne 
vois pas qu'il en fasse la démonstration. Est-elle donc si apparente? Je 
sais bien que les hymnes sont plus d'une fois dans la littérature des 
brâhmanas l'objet d'interprétations évidemment arbitraires et fantaisistes 
qui semblent indiquer chez les commentateurs un étal d'esprit assez 
différent de celui des auteurs. Mais à côté de ces indications, dont la 
portée n'est rien moins que précise, il faut tenir compte des indices qui 
nous montrent dans la littérature des mantras un long développement 
et supposent conséquemment des modifications d'idées et d'inspiration; 
il faut tenir compte de ces passages nombreux des hymnes — les hymnes 
à Rohita dont M. Regnaud a repris l'interprétation en fourniraient des 



— 219 — 

exemples frappants — qui, quoique incorporés dans ies manlras, expri- 
ment exactement des pensées et des spéculations parfaitement ana- 
logues à ce que nous trouvons dans l'ancienne litléralure liturgique. 

ffPour ce qui est du sens des mots, je ne vois cpi'une méthode justi- 
fiable, c'est d'aller du connu à l'inconnu, en prenant pour point de 
départ, avec le sens consacré par la langue plus moderne, quelques 
passages d'une signification aussi claire que possible. Ce n'est pas tout à 
fait ainsi que procède M. Regnaud. 11 procède beaucoup trop par l'éty- 
mologie , qui peut être un expédient pai'fois nécessaire , mais qui ne saurait 
être une base suffisante quand il s'agit d'une langue qui, comme le san- 
scrit, a une longue tradition historique. M. Regnaud semble trop croire 
qu'il suffit d'appliquer des traductions pour les justifier. L'expérience 
prouve que l'on peut construire grammaticalement les textes védiques 
en leur prêtant les significations les plus variées. On est réellement 
effrayé de voir le nombre de mots que M. Regnaud ramène, par des 
étymologies que je ne saui'ais toujours trouver sutrisamnient soucieuses 
des difficultés formelles , au sens de libation et de flamme. C'est une 
démonstration qu'il nous fallait; M. Regnaud se contente trop d'abonder 
hardiment dans son propre sens. 

ffU nous fallait une démonstration. Car en présence du texte le plus 
ancien d'une httératm-e, et malgré les différences que par la langue, par 
le vocabulaire et le style il offre avec les périodes suivantes, le principe 
qui s'impose est de remonter de la littérature posléiienre, du sens certain 
et défini, à ces documents plus anciens. L'Inde, depuis l'origine du 
bouddhisme, nous offre une tradition httéraire ininterrompue et soli- 
dement documentée qui s'étend sur près de 2 5oo ans. Interpréter les 
documents antérieurs en faisant abstraction de cette tradition est un 
parti trop hardi pour ne point exiger de preuves. Il ne suffit pas d'arguer 
de l'insuffisance des commentateurs de profession. La langue même, la 
suite de l'évolution intellectuelle constituent un commentaire dont on 
n'a le droit de répudier l'autorité qu'après une épreuve complète et 
décisive. 

rr Telle est aussi la conclusion qui paraît s'imposer actuellement à la 
plupart des esprits. C'est elle qui, dans une certaine mesure, inspire et 
domine les parties les plus solides et les plus durables dans les systèmes 
de Ludwig, de Bergaigne, de Pischel. 

ff L'étude du Véda poursuivie avec cons('quence à la lumière du sanscrit 
brahmanique et classique, à la lumière des données de tout ordre qui se 
dégagent de la tradition brahmanique et litnrgitpie; l'effort mélhodi(|Uf' 



— 2-iO — 

et coiitiim pour replacer le Véda sur le leri-aiu des réalités historiques : 
telle est la tâche qui s'impose pour sortir enliu des tâtonnements et des 
systèmes subjectifs. Est-ce à dire que l'étude ainsi conduite mènera à 
des résultats complets et d('finilifs? Je n'entends en aucune manière 
l'affirmer. Ce que je crois, c'est que c'est là une enquête indispensable; 
dùt-.dle aboutir à nn échec, cet échec constituerait par lui-même un 
précieux enseignement. Il sera temps alors de faire un bond hardi dans 
les ténèbres préhistoriques et dans des spéculations toujours un peu arbi- 
traires. 

rrOn me pardonnera d'insister sur ces réflexions générales. Les ques- 
tions que soulève la publication de M. Regnaud sont du plus haut et du 
plus pressant intérêt. On ne peut méconnaître que l'indécision qui règne 
sur les principes mêmes de l'exégèse védique ne décourage et ne stérilise 
bien des efforts. Tous ceux qui, même en passant, touchent ces ques- 
tions, ont le devoir d'être nets et catégoriques. Le mérite même et la 
sincérité de M. Regnaud appellent une entière franchise. Il est d'ailleurs 
permis d'espérer, puisque nous sommes en présence d'un premier 
volume, que la continuation de son œuvre pouri-a fournir à l'autem- l'oc- 
casion de donner satisfaction à quekpies-uns des desiderata que j'indique 
ici; ils s'inspirent du vif désir de voir l'interprétation védique marcher 
parmi nous dans la seule voie féconde, a mon sens, d'une méthode his- 
torique et philologique rigoureuse, v 



SÉANCE DU 96 JUIN. 

Sont offerts : 

Note sur deux sarcofhages romains découverts en Tunisie, près de Te- 
boursouk , ])&{• M. E. Espérandieu (Paris, 1892, in-8°, extrait du Bulletin 
archéologique du Comité des travaux historiques et scienti(i(jues); 

Pahlam tcxts, translated by E. W. West, part IV : Contents of the 
Nashs (Oxford, 1892 , in-8°, formant le tome XXXVil des Sacred books 
of the East) ; 

The Grihya-Sntras , mies of Vedic domeslic cérémonies , translated by 
Hermann Oldenberg, part II : Gobhila, Hiram/akesin, Apastamba 
(Oxford, 1892, in-8°, formant le tome XXX. de la même publication); 

Bibliography of the Atgonquian languages , par M. J.-C. Pilling 
(Washington, 1891, in-8°, puilication du Smithsonian Institution); 

Zur rômischen Kônigsgeschichtc , p:^v M. A. Enmann (Saint-Péters- 
bourg, 1892, in-8°). 



M. Briîal présente, de la part de l'auteur, trois ouvrages de 
M. L. Wimmer : 

i" Senderjyllands kisloriske Rvtiemmdesmœrker (Copenhague, 189-2, 

in-fol.); 

9° Dobefonten i Akirkeby Kirke {ihid. , 1887, in-foi.); 
3° Die Runeitschrift. Aus dem Danischen ûbersetzt von D' F. Holt- 
hansen (Berlin, 1887, in-S"). 

frM. Louis Wimmer est bien connu pour ses beaux travaux sur les 
anlifpiités du Nord, et particulièrement sur les monuments runiques. 
Les deux premiers ouvrages sont de nouvelles contributions à cet en- 
semble d'études. Le troisième, qui a fait époque, vient d'être traduit en 
allemand par M. Holthausen. 11 apporte, comme on sait, la démonstra- 
tion que l'écriture runique, qui est évidemment un dérivé des écritures 
usitées dans l'Europe, se rattache directement à l'écriture latine méridio- 
nale. Il montre l'identité de quinze signes runiques avec les signes cor- 
respondants de l'alphabet latin, et ]wm les autres signes il montre la 
cause des différences. Cette écriture est probablement du m" siècle après 
Jésus-Christ. 

«Dans une seconde partie, M. Wimmer montre la propagation de 
l'écriture runique dans le Nord et en examine les différentes variétés. » 
M. Héron de Villefosse présente à l'Académie, au nom de noire cor- 
respondant, M. Ph. Tamizey de Larroque, une brochure intitulée : 
Document inédil relatif aux tombeaux (à Souvigny ) et au château (à Mou- 
lins) des princes de Bourbon (Moulins, 1892, in-8°). 

cfCe document, daté du 28 septembre 1620, est une lettre de Noël 
Cousin, un des correspondants de Peiresc. Dans cette lettre, Noël Cousin 
rend compte à Peiresc d'un voyage qu'il a fait à Souvigny pour vérifier, 
sur sa demande, certains détails du tombeau de l'un des ducs. Le duc 
Louis il avait institué l'Ordre de la Ceinture d'Espérauce de Bourbon et 
son tombeau était garni partout de ceintures d'Espérance. Cousin décrit 
ces ornements d'une façon très précise, en indiquant les différentes cou- 
leurs employées pour leur décoj'afion. Il signale les mêmes ceintures dans 
le château de Moulins, où elles élaieut ejjlrelacées avec les éciis do France 
et de Biturbon. M. Tamizey de Larroque a lait reproduire dans le ttixte 
les dessins exécutés par Noël Cousin et, selon son habitude, il a accom- 
pagné cette lettre de notes précieuses. 1 

iM. Gaston Boissieh présente à l'Acad^-mie une édition du Brntus de 
Cicéron. par M. Jules Martha . raaîlro de conférences à l'École normale 



— 22-2 — 

(Paris, 1899 , in-S"). Cet ouvrage fait partie de la coileciioii des éditions 
savantes publiées par la librairie Hachette. 

Dans cette collection, Cicéron est représenté déjà par trois discours 
qu'a édités avec le plus grand soin M. E. Thomas. Le Bnttus de 
M. J. Martha est tout à fait digne des ouvrages qui l'ont précédé. L'éditeur 
ne s'est pas contenté de prendre le texte de ses devanciers ; il a voulu éta- 
blir le sien par la comparaison des manuscrits et des variantes proposées 
par les savants qui se sont occupés du Bmtus. Il a mis tous ses soins à 
bien éclaircir les difïicultés que ce texte présente. Son commentaire gram- 
matical et historique est ample et solide. Il essaye de bien expliquer la 
valeur des termes de critique employés par Cicéron et qui sont toujours 
un peu vagues; il décrit, h propos de chaque orateur cité par Cicéron, 
tout ce que les anciens nous apprennent de lui. 

M. Boissier fait surtout ressortir le mérite de l'introduction que 
M. Martha a mise en tête de l'ouvrage et dans laquelle il a rattaché, 
mieux que ne l'ont fait ses prédécesseurs, le Bmtns aux autres ouvrages 
oratoires de Cicéron, et montré qu'il n'en est que la cf)ntinuation et le 
complément. Il n'y a guère de question soulevée par cet ouvrage, l'un 
des plus importants de Cicéron, que M. Martlia n'ait résolument abordée 
et, autant qu'on le pouvait, résolue. Grâce à lui, le Bmtus devient pour 
nos maîtres une lecture facile et une source de renseignements très pré- 
cieux sur l'histoire de l'éloquence romaine. 

M. DE RoziÈRE présente, au nom de l'auleur, ^\. E. Cuaz, l'Histoire du 
château de Pont-d'Ain, précédée d'une étude sur la charte des franchises de 
celte ville (Lyon, 1892, in-S"). 

M. SoHEFER fait hommage à l'Académie, au nom de M. L. Thuasne, 
de l'ouvrage que celui-ci vient de publi r fous le titre de : Djem Sultan, 
fis de Mohammed II , frère de Bayezid II fi^5g-iâgà). Étude sur la ques- 
tion d'Orient h la fin du xv' siècle (Paris, 1892, in-8°). 

rrLa vie aventureuse du prince Djem, dont le nom a été transformé en 
celui de Zizim par les écrivains européens, a été le sujet de plusiem-s ro- 
mans historiques qui ont vu le jom- dans le cours du xvii' et du xvm* siècle. 
Les écrivains qui se sont occupés de l'histoire de l'Empire ottoman ont 
tous consacré quelques pages plus ou moins exactes à la carrière si agitée 
de ce malheureux prince. M. Thuasne a mis à profit, pour rédiger l'élude 
complète qu'il donne au public, les renseignements fournis par les chro- 
niqueurs français et surtout par les chroniqueurs italiens de la fin du 
xv' siècle. 

f II a consulté la traduction des historiens ottomans, depuis celle de 



— 223 — 

Saful Eddin par Biasulli , et il a même donné celle des pièces de vers com- 
posées par Djem pour célébrer la beauté de la ville de Nice, et, dit-on, 
les cbarmes de la dame de Sassenage. M. Thuasne trace le tableau des 
péripéties de la vie de Djem depuis le jour où, après s'être révolté contre 
son frère, il se réfugia à Pdiodes auprès du grand maître d'Aubnsson : il 
nous raconte son voyage de Rhodes à Nice, les circonstances de son in- 
ternement à Rochecliinard et à Bourganeuf, les négociations qui eurent 
pour résultat de le mettre aux mains du pape Urbain VIÎI et de son suc- 
cesseur Alexandre VI, qui le livra à Charles VIll. Le roi voulait se faire 
accompagner par Djem dans son expéflition en Orient, mais ce prince 
mourut à Capoue le 95 février i ^g5. 

ffLes documents diplomatiques que M. Thuasne a eus à sa disposition 
lui ont permis déclaircir certains faits qui étaient restés obscurs : il a 
placé à la fin de son ouvrage une série de pièces justificatives qui, à 
Fexception dedeuv, présentent un réel intérêt. L'histoire du prince Djem , 
malgré quelques légères inexactitudes que l'on peut attribuer à une traduc- 
tion erronée de passages d'auteurs orientaux, est un ouvrage d'une lecture 
attachante et dont la rigoureuse exactitude, basée sur des documents au- 
thentiques, voue à l'oubli tous les récits romanesques publiés jusqu'à 
ce jour. 1) 

Ont encoj'e e'té offerts : 

Analele Academiei romane , 9' série, t. XIII, 1890-1891 (Rucharest, 
1891, in-4°); 

Annales du Mvsce Guiinel. Bévue de l'histotre des religions , t. XXIV, n" 3 
(Paris, 1891, in-8"); 

Atli délia B. Accadcinia dci Lincei, 1 891 : J^olitie degli scavi , décembre 
1891. table topographique, janvier et février 1899 (Piome, 1899, 

Sir- i"-^"); 

Hibliotheque de l'Ecole des chartes, 1" et 9" livraisons, janvier-avril 
1899 (Paris, in-8°): 

Bolleltino délie piibhlicationi italiane , n°' 159-155 (Florence, 1899, 
in-8"); 

Bulletin de l'Académie d'Hippone (1888-1890 ) , n° 9 4 ( Bône , gr. in-8°) ; 

Bulletin de l'Institut égyptien, '.V série, n°' 9 et 3 (le Caire, 1892, 
in-SM: 

Ihillelin de la Société d'agriculture , sciences et arts du départemeul de la 
Iliiulc-Suniie, 'À' série, n" 99 (Vesoul. 1891, in-S"); 



— 'iL>/l — 

Bulletin de la Société des antiquaires de la Morinie, i6r livraison 
(Saint-Onier, 189-3 , in-8"); 

Bulletin de In Société des antiquuires de l'Ouest, 1" Innioslre 1893 
(Poitiers, in- 8°); 

Bulletin et mémoires de la Société archéologique et historique de la (àa- 
rente, Ô" série, t. 1" (Anfrouièine, 1899, in-8°); 

Bulletin international de l'Académie des sciences de Cracovie, mai 1892 
(Cracovie, in-8°); 

Bulletins de la Société des antiquaires de Picardie, t. XVIl (Paris et 
Amiens, 1899, in-8"); 

Bullettino di archeologia crisliana, 9' année , n° -2 ( Rome , 1 891 , in-S") ; 

Journal asiatique, 8' série, t. XIX, n" 9 (Paris, 1899, in-8°); 

Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, t. XIV (Poitiers. 
i89i,iD-8°); 

Précis analytiques des travaux de l'Académie des sciences, belles-lettres 
et arts de Bon en , 1890-1891 (Ronen, 1892 . in-S"); 

Proceedings of the Society of biblical archœology, vol. \IV, n" 6 et 7 
(Londres, 189a, in-8°); 

Bendiconli délia Beale Accademia dfi Lincei, classe di scienze moralt , 
storiche e fdologiche , 5 série, vol. I'', fasc. i-lt (Rome, 1899, in-S"); 

Bévue africaine, n" 906 (Alger, 1899, in-8''): 

Revue archéologique, mars-avril 1899 (Paris, 1899, in-8°); 

Bévue d'exégèse mythologique , rédigée par M. l'abbé Foui-rière, n°' 1 
et 9 (Amiens, 1899, in-8"); 

Revue de la science nouvelle , n° 55 (Paris, 1899, in-i"); 

Revue des Pyrénées , l. XIV, année 1899, 9' fascicule (Toulouse, in-8°) 

Bévue épigraphique du midi de la France, n" 65 (Vienne. 1 899 , in-8°) 

Revue géographique internalionale , n"' i 97 et 1 98 (Paris, 1 899 , m-k") 

Sitztingsbericlite der philosophisch-'philologischen und historischen Classe 
derk. b. Akademie der Wissenschaflen zu Mûnchen , 1891, fasc. 5 (Mu- 
nich, in-8°). 



COMPTES RENDUS DES SEANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 

PENDANT LANNÉE 1892. 



COMPTES RENDUS DES SEANCES. 
JUILLET-AOÛT. 



PRESIDENCE DE M, ALEXANDRE BERTRAND. 



SEANCE DU l" JUILLET. 



Le Président annonce, d'après les nouvelles données par les 
journaux, la mort de M. Castan, notre correspondant, conserva- 
teur de la bibliothèque de la ville de Besançon, et paie un juste 
tribut à sa mémoire. 

Le Directeur des beaux-arts annonce à TAcadémic qu'il vient 
de charger M. Blanchard, statuaire, de terminer pour l'Institut 
le buste en marbre de M. Léon Renier, dont M. Gauthier, aujour- 
d'hui décédé, a exécuté le modèle. 

Le Secrétaire perpétuel donne communication d'un diplôme, 
par lequel l'Université de Dublin invite l'Institut, dans la per- 
sonne de son président, aux fêtes qui auront lieu du 5 au 8 juillet 
à l'occasion du troisième centenaire de cette université. 

L'Académie se l'orme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, M. Héron de Villefosse 
communique une lettre de M. Bouriant, directeur de l'Institut 
français d'archéologie au Caire, (jui donne des renseignements 
sur la provenance des bustes en plâtre peint communiqués par 
lui à la dernière séance. Ils proviennent de l'oasis d'El-Kargcih; 

XX. iG 



UtftlHPtta lATlUIALK. 



— t>2(i — 

aucun aulrc! monument de ce genre na encore été d(;couvert 
dans les autres parties de l'oasis. La n(3cropolc d'El-Karg;eli est 
considérable et il est probables (ju'on ronconlrcra bienlol sur le 
marché un certain nombre de ces bustes. 

M. Héron DE ViLLEFOSSE communique ensuite une petite plaque 
de plomb couverte d'inscriptions sur ses deux faces et trouvée 
par MM. Choppard et Hannezo, du U^ tirailleurs indigènes, 
dans la nécropole romaine d'Hadrumète. Cest une tabclla dcvotionis 
rentrant dans la série déjà considérable de monuments du môme 
genre, découverts à Carthage et à Hadrumète. Elle contient un 
certain nombre de noms magiques, qu'il était nécessaire de 
prononcer très correctement, sous peine de voir échouer l'in- 
cantation. Ces mots sont accompagnés de la figure d'un génie à 
tête de coq, debout sur un bateau et tenant une torche. — De 
l'autre côté, on lit l'adjuration qui est faite par un cocher du 
cirque, appartenant aux factions rouge et bleue, puisqu'il appelle 
les malédictions infernales sur les chevaux et les cochers des 
factions verte et blanche. 11 invoque un Dieu marin, deiis pela- 
giciis aeriiis. 

On a trouvé aussi en Gaule des tablettes analogues : en i8/i5 
on en a découvert huit dans une des sources d'Amélic-les-Bains; 
cette année même, à Rom (Deux-Sèvres), on en a trouvé une 
dans un puits. 

Cette lecture provoque des observations de plusieurs membres 
de l'Académie. 

M. Heuzet rappelle qu'il y a, dans la mythologie des courses, 
un génie appelé Taraxippos (celui qui effraie les chevaux). 

M. Maspero pense que le dieu monté sur une barque se rat- 
tache à l'ordre des décans astronomiques, ainsi que le prouvent 
les phrases comme Ego sum decanus magnus dei Magni, qu'on ren- 
contre dans les tablettes d'incantations amoui'euses ; ils ont perdu 
en passant dans les textes de sorcellerie le caractère astrologique 
qu'ils avaient à l'origine, pour prendre le plus souvent le caractère 
purement magique. 

M. Le Blaim rappelle que dans une vie grecque manuscrite de 
saint Hilarion, qui se trouve à la Bibliothèque nationale, il est 



— 227 — 

question d'un char (jiriin encliautemcnt empêchait de gagner le 
prix de la course : saint Hilarion, voyant dans le liquide de sa 
coupe divinatoire la cause de l'enchantement, la détruisit à Taide 
de cette eau même. 

M. Bréal rappelle une inscription grecque trouvée également 
à Tunis, inscription très étendue, oii Ion énumiîre en détail tous 
les accidents qui doivent arriver à la faction adverse du Cirque. 
Elle a été découverte par le P. Delattre et reproduite par M. Ga- 
gnât. 

Il ajoute que Tinscription nouvelle est intéressante aussi au 
point de vue de la langue : on y trouve par exemple, la locution 
ex anc ora, qui montre le commencement de Tadverbe encore, 
l'accord entre le pronom et le substantif ayant dcyà cessé, comme 
il arrive dans les locutions toutes faites. 



SÉANCE DU 8 JUILLET. 

Le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts autorise 
rAcadémio à prélever sur ses fonds disponibles la somme de 
5oo francs pour l'attribution d'une quatrième médaille dans le 
concours des Antiquités de la France de cette année. 

Le Secrétaire de la Société d'émulation du Doubs annonce à 
l'Académie la mort du jjrésident honoraire de cette société, 
M. Castan, notre correspondant. 

M. Grégoire Tocilesco, professeur à la Faculté des lettres de 
Bukarest et directeur du Musée national roumain, fait iuk; com- 
munication sur SOS découvertes en Dobroudja pendant dix années 
de fouilles, de 188 a à 1892. 

A une distance de 3o kilomètres de Medjidié et ù 1 5 kilomètres 
du Danube, se trouve le village d'origine tartaro d'Adam-Klissi. 
Quelques voyageurs avaient remarqué à 1 kilomètre de ce village, 
sur un point culminant de la plaine, une massive construction 
circulaire en forme de tour de pierre. Le maréchal de Moltke en 
parla le premier dans ses LcUrcs sur la Turquie, en 1887; '^ 
croyait <[uo c'était le mausolée d'un général romaiu. Les ruines 
furent visitées ensuite par plusieuis savants, tels ([ue de Vincke, 

iG. 



— 228 — 

C.-W. Wiitzer, Cli. Pctcrs, Jules Michel, M. Soutzo, (pii émirent 
les ojiinions les plus contradicloires sur rorijjinc du nionunieiit. 
Les uns le considèrent comme une consiruction persane ou comme 
un monument commémoralif des guerres entre les Odryses et les 
Gètes; les autres, comme une tour de de'fense du v°ou du vi® siècle 
de notre ère. 

C'est en 1882 que M. Tocilesco a commencé ses fouilles, qui 
lui ont permis de déterminer avec certitude le caractère de ce 
monument et la date précise de la construction. Quelques frag- 
ments de l'inscription dédicatoire Font d'abord amené à admettre 
que l'œuvre datait de l'époque de ïrajan, et cela quoique le style 
barbare des sculptures et les costumes des soldats romains fussent 
loin de favoriser de telles prévisions. Cette opinion lui paraît au- 
jourd'hui une vérité définitivement acquise. 

S'appuyant sur des monuments épigrapbiques et numisma- 
tiques récemment découverts dans le camp romain, à quelque 
distance de la tour d'Adam-Klissi, M. Tocilesco croit pouvoir 
affirmer : 

1° Que le monument d'Adam-Klissi a été érigé en l'an 108 ou 
109 de notre ère, en souvenir des victoires remportées par Tra- 
jan sur les Daces; 

2° Que les sculptures qui décoraient l'édifice, et qui ont été 
retrouvées presque complètement, se rapportent aux campagnes de 
Trajau et offrent, par suite, de nombreux points de comparaison 
avec les bas-reliefs de la colonne Trajane et de l'arc de Constantin; 

3° Qu'une ville avait commencé à se former à une petite dis- 
tance de ce monument; simple viens à l'époque de Trajan, elle 
devint plus tard municipe romain et prit le nom du monument 
triomphal : Tropaeum Trnjanum, comme celle qui, dans les Alpes- 
Maritimes, est devenue la Turbie [Tropaea Augusti); 

k° Enfin, que cette ville, qui figure dans la liste d'Hiéroclès 
sous le nom de TpoTraios, a été transformée partiellement plus 
tard en un camp romain [castrum stativum). 

M. Tocilesco présente à l'appui de sa communication de nom- 
breuses photographies, des dessins et estampages, et annonce 
que les fouilles seront continuées dans le camp et dans la ville 



— 229 — 

de Tropaeiiiii; quant au monument triomphal, il sera l'objet d'une 
publication illustri-c, à laquelle MM. Benndorf et Niemann ont 
bien voulu promettre leur concours. 

M. i'abbe' Dugiiesne est désigné comme lecteur pour la séance 
publique annuelle des cinq Académies. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, M. Boissier entretient 
l'Académie d'une découverte qui a été laite dernièrement à Pom- 
péi, et qui est rapportée dans le cahier des Notizie degli Scavi du 
mois de janvier. 

Dans une maison de petite apparence, on a trouvé deux mé- 
daillons, d'une exécution médiocre, qui représentent, on n'en 
peut douter, Virgile et Horace. Ces deux images sont deux por- 
traits de fantaisie, mais assez semblables aux miniatures du xii* 
et du xin" siècle, placées en tète des manuscrits des deux poètes; 
ce qui prouve que ces miniatures ont été faites sur des originaux 
de l'époque impériale. Mais l'intérêt de la découverte, c'est qu'elle 
nous montre les deux [)oètes mis par fadmiration publique à 
côté l'un de l'autre. La réputation de Virgile était assurément 
beaucoup plus répandue, beaucoup plus populaire. Quintilien, 
dans la revue qu'il fait des auteurs latins, dans son X" livre, lui 
donne une place à part et au-dessus de tous, tandis qu'il met 
Horace avec les autres et à son rang. Il est sûr pourtant que l'opi- 
nion commençait à l'en distinguer. Horace devait être du nombre 
de ces poètes contemporains que le grammairien Cécilius Epirota 
introduisit dans les écoles, presque de leur vivant. Ce doit être 
dans les écoles que l'on a commencé à le mettre à côté de Virgile. 
Nous voyons par Juvénal que leurs images y étaient placées l'une 
près de l'autre. 11 est intéressant de voir que ce ra{)prochement 
a commencé bien plus tôt, et dès le milieu du i" siècle. 



SÉANCE DU l5 JUILLET. 

Rst adressé au concours des Antiquités de la France : 
Archives municipales de Dayonne. Livre des établissements ( Bayonne, 
i892,in-/i"). 



— "230 — 

M. DK Bahtiiélkmv, au nom du colonel de la i\oë, de la Sociélo 
dos antiquaires de France, lit un méuioire sur une montre 
solaire trouvée à Coclieren, près de Forbach, sur une éminence 
nommée Hiéraple par les arclie'ologues lorrains. C'est la première 
t'ois, peut-être, que Ton signale une montre solaii-e. 

M. de Barthélémy fait précéder la lecture du mémoire de 
M. de la Noë d'une note dans laquelle II établit que le vocable 
Hiéraple a été formé par des érudits qui ont altéré le véritable 
nom, Herapel ou Hochrapel, pour y trouver un Hierapolis; il 
rappelle aussi les nombreux objets antiques recueillis depuis un 
siècle sur la colline de Herapel. 

M. Julien Havet, conservateur adjoint à la Bibliotbèque 
nationale, communique des observations sur un point de topo- 
nymie gauloise. 

Reprenant et développant une remarque due à M. Lièvre, 
bibliothécaire de la ville de Poitiers, M. Julien Havet énumère 
un certain nombre de bourgs ou villages de diverses provinces 
de France, qui portent les noms d'ingrande, Ingrannes, Aigu- 
rande, Yvrandes ou autres analogues. 11 montre que presque 
toujours les localités qui portent ces noms se trouvent à la limite 
de deux diocèses épiscopaux de l'ancien régime, c'est-à-dire à la 
frontière de deux cités de la Gaule romaine et, avant la con- 
quête de César, de deux nations gauloises. Il en conclut qu'il a 
dû exister en gaulois un mot igoranda ou icomnda, dont la signi- 
fication était tr frontière 71. 

La Délivrande (Calvados) s'appelait autrefois Notre-Dame-de- 
l'Yvrande. Ce lieu marque l'ancienne frontière entre le peuple 
gaulois des Baiocasses (Bayeux) et celui des Viducasses (Vieux). 

M. Bréal rappelle le mot allemand rand, qui signifie 'rbordfl 
ou ff marge in C'est, soit un mot du fonds commun aux idiomes 
germaniques et celtiques, soit un de ces termes que les Germains 
ont, en assez grand nombre, empruntés aux Gaulois. 

M. Théodore Beinach Aùt une communication sur un fragment 
d'un historien inédit d'Alexandre le Grand, découvert par M. Pa- 
padopoulos Kérameus dans la l)iljliothè([ue du patriarcal de Jéru- 
salem. 



— 231 — 

C'est un rëcil très abrégé des e've'ncmenls , depuis la balaillc du 
Granique jusquà celle d'Arbèles, où l'on trouve quelques ana- 
chronismes et beaucoup de fables. Le seul détail nouveau qui 
paraisse aullientique est le nom du jeune fils de Darius l'ait 
prisonnier à la bataille d'Issus : il s'appelait Ocbus. Six lignes 
relatives aux cbars armés de faux étaient déjà citées dans le 
lexique de Suidas. 

M. Tli. Reinach montre, par des considérations tirées du fond 
et de la forme de ce texte, que l'auteur doit avoir vécu sous 
l'empire romain, vers la fin du if siècle; il y a des raisons 
sérieuses de l'identifier à un certain Amyntianus, dont la bio- 
graphie d'Alexandre est mentionnée par Photius. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture de son rapport sur les 
travaux des commissions de publication de l'Acadéuiie pendant 
le premier semestre de l'année 1899 (^'. 

Le rapport sera imprimé et distribué suivant l'usage. 



SEANCE DU 29 JUILLET. 



Le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, par 
une lettre qu'il adresse au président de l'Institut, annonce que 
la distribution des prix du concours général entre les lycées et 
collèges de la Seine et de Versailles aura lieu sous sa présidence, 
le 29 juillet prochain, à midi précis, à la Sorbonne, et il exj)nnie 
le désir que l'Institut soit représenté à celte cérémonie par une 
députation ollicielle. 

L'Académie désigne pour la représenter M. Alexandre Bertrand, 
président, M. Siméon Luce, vice-président, et M. Edmond Le 
Blant. 

M. Bréal présente des observations au sujet de l'inscription 
sur rouleau de plomb trouvée à Tunis et récemment commu- 
ui(|uée par M. Héron de Villefosse. 

Ce texte est ainsi conçu : «Adjuro W démon quicuii([ue es et 

'" Voie i'Ai'i'tM)ii:i; 11 11 (^p, 283-283). 



— 232 — 

demando libi ex anc ora ex ac die ex oc moiiuiiU» nt (Mfiios pra- 
sini el alhi crucies ocidas et aj[ilalorc(s.) (ilarum cl Felicem et 
PrJniulum el Romanum ocidas collidaiieave spiriliim illis Icri- 
navas. Adjura te per eum qui le rcsolvil tempoiibus deum pela- 
gicum aeriuni. laô, lasdaô, o-ond aeia.» 

M. Brëal suppose qu'il faut lire COLLIDAS NERVOS au Heu 
de COLLIDANEAVE et EXTINGVASau lieu de LERINAVAS. 

M. BoissiER l'ail connaître à i'Académie , au nom de MM, Car- 
ton et Denis, une inscription qu'ils ont trouvée à El-Matri&. Elle 
était écrite sur une pierre qui s'est brisée en plu&ieurs morceaux : 
en réunissant les divers morceaux, on a pu lire l'inscription 
entière; c'était la dédicace d'un temple du Capitole qui s'élevait 
dans l'ancienne ville de Numlulis, ville jusqu'à présent inconnue. 
Le citoyen qui a élevé le temple en son nom et en celui de son 
fds énumère les libéralités qu'il a laites à sa patrie, et, parmi 
ces libéralités, il rappelle que dans un besoin pressant il a donné 
à ses compatriotes tout le blé qu'il possédait à un prix infé- 
rieur au cours. Cette inscription impartante est de l'an 170 de 
notre ère. 



SEANCE DU 29 JUILLET. 

Le Directeur des beaux-arts informe l'Académie que M. Blan- 
chard renonçant, pour des raisons personnelles, à exécuter le 
marbre du buste de M. Léon Renier, le Ministre vient de confier 
ce travail à M. Alexis André. 

M. Alexandre Bertrand, au nom de M. d'Arbois de Jud4in- 
viLLE, communique un mémoire sur le serment celtique. 

Le serment celtique, par le ciel, la terre, la mer, et non par 
les dieux, correspond loffiquemenl, dit M. d'Arbois de Jubain- 
ville, à la période historique primitive on les États n'exercent 
pas la vindicte publique pour les crimes commis par un citoyen 
contre un concitoyen, el où il n'y a pas de magistrats pour con- 
traindre un citoyen à exécuter les contrats formés avec son con- 
citoyen. La vengeance privée est un droit en ce monde, et l'autre 
vie est conçue comme celle-ci. On n'a pas l'idée d'une justice 



— 233 — 

divine réparant, dans la vie future, les iniquités de la vie pré- 
sente, idée ([ui se rencontre, par exemple, chez les anciens 
Égyptiens, et, chez les Romains, sous les empereurs chrétiens. 

Un serment analogue à celui des Celtes a été relevé dans 
riliade. On en trouve même des traces dans l'Evangile [Matthieu, 
V, 3/1-35). 

Quant au serment par les dieux, c'est le témoignage d'une 
période intermédiaire, oij, sans croire déjà à la justice divine 
dans l'autre vie, on croit à une vengeance des insultes adressées 
aux dieux : la violation du serment était une insulte au dieu par 
qui on avait juré. 

M. Gsell donne des renseignements sur les fouilles faites 
Tannée dernière et cette année par lui et par M. l'abbé Saint-Gé- 
rand à Tipasa (Algérie (^'). 

U essaie de préciser les difïércntes époques que l'on peut dis- 
tinguer dans la basilique de la martyre sainte Salsa, élevée à l'est 
de la ville, sur la tombe de la sainte. Commencée au iv" siècle, 
elle fut embellie au milieu du v*" siècle par Potentius, probable- 
ment un évéque, agrandie dans la première moitié du \i° siècle, 
et au VII* siècle encore elle était un objet de vénération. 

M. Gsell parle ensuite de la chapelle funéraire construite à 
l'ouest de Tipasa par févêque Alexandre, pour contenir les restes 
de ses prédécesseurs; d'un sarcophage chrétien trouvé par M. labbé 
Saint-Gérand près de là et représentant le Christ donnant la loi, 
les quatre saisons, Moïse frappant le rocher. 

Il appelle enûn l'attention sur une épilaphc métrique de Ras- 
el-Oued, au sud-ouest de Sétif, reproduisant des vers d'une Silvc 
de Stace. 



SÉANCE DU 5 AOÛT. 

Est adressé au prochain concours des Antiquités de la France : 
Glossaire du pays biaisais, par M. Adrien Thibault (Blois et 
Orléans, 1892, in-8"). 

") Voir au\ Commumcatioms. n" XXVIII (p. aAa-aOo). 



— 2U — 

M. DK Bautiiklemy étiulie rorigine du ninnnayajje gaulois de la 
Belgique f^l 

Il expose que les statères maccdonien& apporte's par le com- 
merce sur le littoral septentrional de la Celtique furent imités 
vers le commencement du i*^"" siècle avant Tère chrétienne dans 
la partie de l'ile de Brelagne peuplée par des colonies venues de 
Belgique; que celles-ci transmirent l'usage de la monnaie dans 
la Belgique continentale. Pendant le premier tiers du i" siècle 
après l'ère chrétienne, les Bretons s'inspirèrent des types romains 
sm* l'argent et le bronze; ils furent imités par les Belges et par 
les Celtes du littoral. La monnaie d'or reste gauloise jusqu'à sa 
disparition; les monnaies d'argent et de bronze reflètent l'in- 
fluence romaine. 

M. Halévy rend compte à l'Académie du résultat de ses re- 
cherches récentes dans le Musée de Berlin. Il a étudié tout par- 
ticulièrement deux inscriptions sémitiques du ix" etduviii" siècle 
avant notre ère, qui ont été découvertes à Zindjirli, lieu situé à 
l'extrême limite de la Syrie du Nord. Le Comité oriental allemand, 
qui a fait les fouilles, lui a libéralement permis de prendre copie 
de ces deux textes, encore inaccessibles au public. Ce travail 
était rendu très dillicilc par suite des mutilations subies par les 
monuments. L'écriture est en grande partie si effacée, qu'elle 
est à peine perceptible. Malgré ces difficultés, M, Halévy a réussi 
à saisir l'ensemble de ces textes. Ils émanent de deux rois du 
pays de Yadi, qui ont régné à un intervalle d'environ cent ans 
l'un de l'autre et qui portaient tous deux le nom de Panammou. 
Panammou II était vassal de Tiglatpileser, roi d'Assyrie, qui 
opéra la première transportation des dix tribus d'Israël. La langue 
de ces inscriptions n'est pas l'araméen, comme on l'avait cru de 
prime abord, mais un dialecte phénicien très rapproché de l'hé- 
breu et légèrement influencé par l'araméen. Il était parle par le 
])euple que les Assyriens nommaient Hatti, c'est-à-dire Hittites, 
Héléens. L'opinion courante, qui considère les Hittites comme 
un peuple non sémitique, doit donc etie déOnilivement aban- 

'" Voir aux Cojimupucations. rC XXIX (p. 25 1 257). 



— 235 — 

donnée. Qiranl aux caractères hioroglypliiques qu'on a de'couvcits 
dans les diverses parties de l'Asie-Mineure, ils sont d'origine 
anatoiienne et non syrienne. Les quelques textes de ce genre 
qu'on a trouve's à Hamafcli et à Alep, en Syrie, sont dus à des 
conque'rants anatoliens^ dont la conquête n'a d'ailleurs été que 
très passagère. 

M. Toutain lit une notice sur le théâtre romain de Simittlm 
ou Chemtou (Tunisie), dont il a entrepris le déblaiement. 

Ce théâtre, qui n'est ni adossé à une colline ni complètement 
isolé, présente des particularités de construction qui paraissent 
intéressantes. La partie inférieure de l'hémicycle de gradins, qui 
était complètement enterrée, est bien conservée. L'orchestre est 
pavé d'une- mosaïque qui n'est pas encore entièrement déblayée : 
elle est multicolore; toutes les nuances du viarmor numulicum, 
exploité dans l'antiquité à Simittlm, y sont rejirésentées. La co- 
loration en sera curieuse à étudier de près. Parmi les menus 
objets trouvés dans les fouilles, M. Toutain cite en particulier 
une monnaie de l'empereur Philippe, et toute une série de frag- 
ments paraissant prouver que ie théâtre a été transformé plus 
tard en habitation. La scène n'est pas encore déblayée. 



SEANCE 1>U 12 AOUT. 

M. Me!«ai\t met sous les yeux des membres de l'Académie les 
empreintes d'une intaille asmtique trouvée dans le lit de l'Oued- 
Youks, au point où cette rivière traverse l'ancienne station des 
Eaux de César (Aquae Caesaris), aujourdhui Ilammam-YouLs, à 
18 kilomètres de Tébessa (^). 

Cette intaille appartient à M. le capitaine Farges, chef de bu- 
reau arabe à Biskra. La présence en Afrique de cet objet, qui ja- 
dis, dans la Haute Asie, avait servi à sanctionner les actes les 
plus importants de la vie civile, et qui jouissait à la fois de la 
propriété d'oiucment et de talisman, oll'ro un grand intérêt. On 

C Voir aux Comminiçauo.xs, n" XXX. (p. 2^t']--2C)-^), 



— 23G — 

sait, en effet, dit M. Menant, que la troisième légion Augnslaa eu 
son dépôt en Afrique depuis la fin du principat d'Auguste jus- 
qu'au v° siècle de notre ère, et qu'elle comportait assez d'auxi- 
liaires ou de vétérans pour que l'un d'eux, revenu ad Aquas Caesa- 
riSy c'est-à-dire au dépôt, y ait perdu ce fétiche rapporté par lui 
de son lieu d'origine. 

M. Heuzey entrelient l'Académie, au nom de M. deSarzec,des 
cléments nouveaux que les découvertes laites àTello, en Clialdée, 
ont fournis pour l'interprétation et pour la restitution archéo- 
logique de l'un des plus antiques monuments de l'art chaldéen, 
connu sous le nom de Stèle des vautours (^). 

Dans ses fouilles successives, M. de Sarzec a réussi à en re- 
cueillir trois autres fragments dont les estampages ont permis d'éta- 
blir une étroite connexité entre les morceaux retrouvés. C'est de ce 
premier travail , depuis longtemps rédigé pour les Découvertes en 
Chalilée de M. de Sarzec, que M. Heuzey donne communication. 

De la confrontation des fragments résulte une première certi- 
tude historique : c'est que le prince ([ui a consacré la stèle est 
Eannadou, roi de Sirpourla, fds d'Akourgal et petit-fds du très 
ancien roi Our-Nina. Il y était représenté lui-même, en avant de 
ses guerriers, frappant ses ennemis, tantôt à pied, tantôt dans 
un char, dont il ne reste malheureusement qu'une faible indica- 
tion. M. Heuzey donne à ce propos des détails sur l'armement de 
cette époque reculée, qui ressemble par certains côtés à celui des 
Assyriens. D'après les restes de l'inscription, les ennemis vaincus, 
sur lesquels le vainqueur marche comme sur un sanglant tapis, 
paraissent appartenir surtout au pays d' Isban-Ki {h Pays de l'Arc, 
suivant M. Oppert). 11 est question de la ville d'Our, sans doute 
comme alliée de Sirpourla. 

La stèle étant sculptée sur ses deux faces , le revers paraît avoir 
présenté un sens plutôt symbolique. Une figure royale ou divine, 
de grande proportion, tient d'une main l'emblème héraldique de 
Sirpourla, l'aigle à tète de lion, et de l'autre abaisse sa masse 
d'armes sur des prisonniers qui se débattent pêle-mêle dans une 

C Voir aux Gommdnications , n" XXXI (p. 262-27'!). 



— 237 — 

sorte de nasse ou de cage. M. Heuzey rappelle à ce propos le pas- 
sage du prophète Habacuc sur le peuple chaldéen trqui ramasse 
les hommes dans son filet comme des poissons w. Celte tragique 
conception de la poe'sic biblique est donc très ancienne en Orient 
et avait déjà pris forme, bien des siècles auparavant, dans Tari 
de la primitive Chaldée. 

Les re'sultats obtenus par M. de Sarzec dans la dernière pe'- 
riode de ses fouilles ne sont pas encore complètement connus : on 
peut juger qu'ils ne sont pas inférieurs à ses premières découvertes. 
Après Texamen des simples estampages, viendra le moment des 
études plus directes, et il sera possible alors d'exprimer la grande 
reconnaissance justement due aux bienveillantes et hautes in- 
fluences qui ont concouru à ce résultat si désirable pour la science. 

M. Halévy continue sa lecture sur les deux inscriptions sémi- 
tiques qu'il a copiées au musée de Berlin et qui proviennent de la 
Syrie du Nord. Elles font connaître une série de cinq princes qui 
ont régné dans le pays de ïadi. Le plus ancien roi, nommé Karal, 
semble avoir été le fondateur d'une dynastie. Il fut combattu par 
un parti hostile, qui réussit à le tuer, mais son fils, Panammou, 
parvint à s'emparer du trône et son règne fut une époque de paix 
et de prospérité. C'est lui qui fit faire la statue de Hadad, le dieu 
suprême des Hittites, et graver l'inscription sur le corps du dieu. 

Le règne de son fils et successeur, Barçour, fut de nouveau 
troublé par une révolution de palais dans laquelle il perdit la vie; 
Panammou, son fils, réussit à échapper au massacre et vécut 
dans la retraite et dans un état voisin de l'indigence. L'arrivée de 
l'armée assyrienne, sous le commandement de Tiglatpilescr III, 
changea cette situation et Panammou II fut rétabli sur le tronc 
de Yadi comme satrape assyrien. Panammou II jouit jusqu'à la 
fin de ses jours de la confiance de son suzerain, et, quand il mou- 
rut, la garnison assyrienne lui fit des funérailles magnifiques. Son 
fils, Bar-Rckoub, lui succéda au trône et son règne semble avoir 
duré jus([u'cn 722, qui est l'année de l'avènement de Sargon, le 
destructeur de Samaric. Depuis cette date la Syrie du Nord fut 
gouvernée par des satrapes de nationalité assyrienne. 



— 238 — 

SÉANCE DU 1 0) AOliT. 

Lk Secrétaire perpétuel donne Iccluro d'unn Icllrc du Ministre 
de rinslructioii publique et des beaux-arts, remerciant l'Académie 
do Tallocalion <|u\'lle a continuée à 1\I. Dutreuil de lîhins sur les 
arre'rages de la fondation Benoît Garnicr. Cette lettre cx[trime en 
outre le rejjret que les dispositions de l'Acade'mie ne semblent pas 
être de maintenir à cet explorateur la même allocation ])endant 
une troisième année, pour une mission dans l'Afrique centrale, 

M. Clermont-Ganneau communique à l'Acade'mie les empreintes 
de Irois intailles antiques à légendes se'mitiques, recueillies par 
M. Herbert Clark sur divers points de la Palestine (^l 

M. Hale'vy achève sa lecture sur les inscriptions de Zindjirli. 

Il signale la part qu'ont prise les Hittites dans la propagation 
de l'alphabet phénicien. C'est aux Hittites et non pas directement 
aux Phéniciens que les Araméens avaient emprunté l'alphabet de 
vingt-deux lettres pour le transporter jusque dans l'Inde. La con- 
naissance exacte de l'idiome hittite explique l'existence en hébreu 
de formes grammaticales et de mois qui ne se retrouvent ni en 
phénicien, ni en araméen; ce sont des éléments qui se sont in- 
troduits en hébreu lorsque les colonies hittites étaient en contact 
avec les Israélites. Il y a là une preuve éclatante de la vérité de 
la donnée de la Genèse, qui mentionne des peuplades hittites ou 
hétéennes dans diverses localités delà Palestine, surtout dans la 
ville d'Hébron, qui a été le séjour habituel d'Abraham et le ber- 
ceau de la dynastie davidique. 

M. Héron de Villefosse rend compte de fouilles intéressantes 
qui viennent d'être exécutées dans le département des Ardennes 
par M. Roger Grafïin, ancien élève de l'Ecole pratique des hautes 
études. C'est sur la voie romaine qui va de Reims à Trêves, en 
traversant l'Argonne, à l'extrémité du plateau d'Herbeaumont, à 
Belval-Bois-des-Dames, que M. Roger Graffin a découvert quel- 
ques sculptures de l'époque romaine. Ces découvertes méritent 

'" Voir ;!ax Communications, u° XXXII (p. •p.'^h-aH-i). 



— -239 — 

d'aillant plus (lèliv signalées que le déparlcment dos Ardcnnes 
est très pauvre en monuments romains. 

La première trouvaille fui faite, au mois de fe'vrier 1892, par 
un sieur Chanipeaux, cultivateur à Montretemps. En voulant ex- 
traire du sol un obstacle qui s'opposait au passage de la charrue, 
ce cultivateur dégagea un morceau de pierre sculpto'e, repre'sen- 
tant la jambe gauche d'un personnage drapé. Il trouva e'galement 
une pierre orne'e d'une feuille d'acanthe. Le terrain appartenait 
à M. Philippoteaux, de Sedan; M. Graflîn obtint facilement la 
permission d "y faire des fouilles. 

Les premiers travaux donnèrent de faibles re'sultats etM. Gral- 
fin allait, après vingt jours de recherches, abandonner son entre- 
prise, lorsqu'un des derniers coups de pioche amena la décou- 
verte d'un bloc considérable de pierre taillée. C'était un groupe 
presque intact représentant un lion terrassant un taureau. Ce 
groupe, arraché de son piédestal, reposait sur la terre presque au- 
dessus d'un puits, de très petite dimension, entièrement comblé. 
On retrouva bientôt le piédestal encore en place d'un second 
groupe monolithe, non moins important que le premier, repré- 
sentant un lion dressé contre un géant. La jambe droite du colosse 
restait seule sur le piédestal; faulre jambe, le torse brisé en de 
nombreux fragments et le lion presque entier furent retrouvés à 
côté. Il paraît hors de doute que ce second groupe représentait 
Hercule élou/fant le lion de Némée. 

Les deux groupes se trouvaient au niveau du sol, à quatre mètres 
environ d'intervalle; ils faisaient face à peu près au pied de la 
butte et étaient très exactement orientés regardant le Nord. 

Une tête d'empereur romain, une tête de jeune fdle, un dau- 
phin, le corps d'un bélier, un bas-relief représentant une femme 
jouant de la lyre, des tuiles et vases en terre cuite, des clous, 
des monnaies sont également sortis de cette fouille. Il faut féli- 
citer M. GrafTiu de l'avoir entreprise et espérer qu'il la continuera. 
H obtiendra certainement de nouveaux et importants résultats. 

Les dessins des objets découverts sont joints à celte communi- 
cation. 



— 2/1 



SÉANCE DU 2 G AOUT. 

Il osl donne lecture : 

i" D'une Iclire de remercienicnls adressée à TAcad^mie jiour 
le don fail, à la biLliotliè(jue Valicane des trois derniers volumes 
de la collcclion des Ordonnances des rois de France; 

2° D'une lettre de M. GcITroy, directeur de l'École française de 
Iionie, qui deniande que l'Académie veuille bien accorder sur la 
fondation Piol un nouveau subside à M. Toutain, membre de 
cette e'cole, pour lui permettre d'acbever les fouilles exécutées 
sous sa direction à Chemtou , près de Tunis. 

L'Académie décide qu'à raison de l'urgence, les membres de 
la Commission de la fondation Piot, présents ù la séance, se 
réuniront pour délibérer sur celte demande. 

M. Hauréau communique une étude sur le tome XV du Cata- 
logue général des manuscrits des bibliothèques publiques, tome qui 
comprend le catalogue des manuscrits de la bibliothèque de 
Marseille, rédigé par M. l'abbé Albanès. 

M. Georges Perrot fait un rapport verbal, au nom de la 
Commission Piot, sur la proposition qui vient de lui être sou- 
mise. 

Conformément aux conclusions de la Commission, l'Académie 
met à la disposition de M. Toutain une somme de 2,000 francs, 
pour l'achèvement des fouilles (ju'il a commencées aux frais de 
la Compagnie au mois de juin dernier, et qui ont déjà amené le 
déblaiement du théâtre presque entier et d'une partie du forum. 

M. HoMOLLE, directeur de l'École française d'Athènes, commu- 
nique à l'Académie des renseignements sur les voyages et fouilles 
exécutés par les membres de cette école pendant le printemps et 
l'été de 1892. 

MM. Ardaillon, Couve, de Ridder se sont partagé l'explora- 
tion des îles de la mer Egée : le but de M. Homolle avait été de 
préparer par une série de monographies épigraphiques la publi- 
cation des inscriptions insulaires. 

M. Chamonard dégage en ce moment le théâtre de Délos; 



— 2/1 î — 

les insoriplions, qui contiennent sur cet e'difice des dc'taiis très 
circonslanciés, permettront d'en donner la description et la res- 
tauration les plus précises. 

M. Joubin a fouille' la ville de Stratos, dont M. Heuzey avait 
depuis longtemps signalé Timportance : il a déblayé l'agora et le 
temple; il y a recueilli une grande abondance de terres cuites, 
et plusieurs inscriptions intéressantes. 

M, Maspero rend compte à l'Académie des premiers résultats 
des fouilles opérées à Mcmphis. 

Le nouveau directeur des fouilles d'Egypte, M. de Morgan, a 
la main heureuse pour ses débuts. Il s'est attaqué au site de 
Memphis, et a découvert dans les débris du temple de Phtah 
divers monuments de grande importance. C'est d'abord une 
grande barque en granit, analogue à celle qui se trouve au musée 
de Turin, mais dont les figures sont détruites. Ce sont plusieurs 
colosses fragmentés de Ramsès II, et surtout deux figures gigan- 
tesques dédiées par ce Pharaon et représentant le dieu de 
Memphis, Phtah à la belle face, debout, enveloppé du linceul 
des momies et tenant un sceptre à deux mains. Ce sont des 
statues isolées dressées dans une cour ou dans une chambre : 
si l'on se rappelle que nous ne possédions encore aucune image 
divine de grande taille, si bien qu'on avait nié l'existence de 
statues des dieux dans les sanctuaires égyptiens, on comprendra 
toute l'importance de la découverte. 

Les travaux continuent et M. de Morgan se propose de tenir 
l'Académie au courant de ce qu'ils produiront. 



w. 



»7 

mi'itiMr.niE RiTionilt. 



242 



COMMUNICATIONS. 



N° XXVIII. 

NOTE SUR LES FOUILLES RECENTES DE TIPASA ( ALGERIE ), 

PAR M. S. GSELL, 

CHARGÉ DE COURS À L'ÉCOLE SDPÉRIEURE DES LETTRES D'ALGER. 

(séance du 99 JUILLET 1892.) 

M. l'abbé Duchesnc a déjà entretenu l'Académie des décou- 
vertes archéologiques faites à Tipasa par M. l'abbé Saint-Gé- 
rand et par moi l'année dernière et cette année. Je voudrais 
ajouter quelques renseignements complémentaires sur ces 
fouilles. 

La basilique élevée à l'est de la ville antique sur le tombeau 
de sainte Salsa se trouve à présent presque entièrement dé- 
blayée. Il reste à mettre à découvert un petit édifice voisin de 
l'église au sud et qui en est sans doute une dépendance. 

Le sanctuaire de sainte Salsa a été fait sur un cimetière dont 
Tune des tombes est précédée d'un cippe présentant l'inscrip- 
tion funéraire d'une Fabia Salsa, morte à soixante-trois ans. 
Certains indices, en particulier la différence d'orientation, 
permettent en effet de croire que cette tombe est antérieure 
à la construction de l'église. D'autre part, des monnaies de 
Constantin le Grand ont été trouvées sous le cippe : cela prouve 
que la tombe en question est en tout cas postérieure au début 
du iv" siècle et tend à confirmer l'opinion de M. l'abbé Du- 
chesne qui, se fondant sur plusieurs passages de la Passion, 
place à l'époque de Constantin au plus tôt le martyre de 
sainte Salsa. Fabia Salsa était probablement païenne : outre 



que son epilapho ne |)réscnte aucun signe de christianisme, 
la mention de la fortune personnelle de la morte , laissée par 
elle à ses desrendants, me semble peu compatible avec les 
usages épigraphiques des chrétiens des premiers âges :f{ih'i) et 
fiiïme) et n{epotes) aeducatrici [ûc) su[a)eque conslabilitos (sic pour 

constabiîitrlci) rei fecer(iint). La tombe de cette Fabia Salsa, 

qui appartenait, comme son «nom l'indique, à la famille de la 
jeune martyre, — fut laissée intacte et resta exposée aux yeux 
de tous au milieu du sanctuaire jusque vers le commencement 
du vi" siècle. 

L'édifice qui fut construit en l'honneur de sainte Salsa 
presque immédiatement après son martyre et qui est qualifié 
de brcve tnhermcuhm par l'auteur de la Passion est une cha- 
pelle carrée, de quinze mètres de côté, présentant une abside 
à l'est et divisée en trois nefs séparées par des piliers. On sait 
que les édifices chrétiens ornés de piliers, non de colonnes, 
sont rares en Afrique : ils appartiennent en général, autant 
qu'on en peut juger, à une époque assez élevée: telle, par 
exemple, la célèbre basilique de Réparatus à Orléansvdle. Il 
est difficile de dire où se trouvait à cette époque le corps de 
la sainte, qui a été certainement déplacé plus tard, comme je 
l'indiquerai tout à l'heure. Peut-être reposait-il dans l'abside, 
sous l'autel; mais cette partie de l'église a dû être remaniée à 
une époque postérieure et d'ailleurs elle a été endommagée 
par une fouille faite sans méthode il y a plus de trente ans, si 
bien qu'on ne peut rien dire de précis à cet égard. 

Le sanctuaire de sainte Salsa fut embelli au v' siècle par un 
personnage dont le nom, mutilé sur l'inscription commémo- 
rative en mosaïque retrouvée devant l'abside , a été reconnu par 
M. de Rossi. Il s'appelait Potentius. L'autel, comme nous l'ap- 
prend l'inscription , fut richement décoré; toute la nef fut pavée 
en mosaïque. Ces travaux doivent être placés vers le milieu du 
v" siècle, ainsi que l'indiquent le style de la mosaïque, la forme 



— V\!x — 

des lettres et surtout un vers imité d'une inscription de l'église 
de Saint-Pierre-aux-Licns, inscription qui date de Sixte III 
i^hZ^-hho). M. de Rossi a l'ait en outre remarquer que sous 
Léon le Grand, vers kk^ , un évéque du nom de Potenliusful 
chargé par le pape de faire une enquête sur les élections épi- 
scopales dans la Maurétanio Césarienne, et il s'est demandé si 
ce ne serait pas le même personnage. La Maurétanie sortait 
alors d'une crise. Quelques années auparavant, les Vandales 
venus d'Espagne l'avaient ravagée et les édifices chrétiens 
avaient été surtout atteints par les dévastations de ces héré- 
tiques. Le traité conclu en kh^ entre Valentinien et Genséric, 
qui restitua à l'empire les Maurétanies, rendit [)our quelque 
temps la paix à ces provinces. Les travaux d'embellissement 
et peut-être aussi de restauration de Potentius peuvent donc 
être placés avec vraisemblance à cette époque. 

En 455, Genséric s'emj)ara de toute l'Afrique romaine. Une 
période d'épreuves commença alors pour les catholiques de 
Tipasa. Victor de Vite nous apprend qu'en h'6k , sous Hunéric, 
la plupart d'entre eux quittèrent leur ville et se réfugièrent 
en Espagne plutôt que de se convertir à l'arianisme. Aussi, 
dans la seconde moitié du v'' siècle, le sanctuaire de sainte 
Salsa resta-t-il sans modifications : rien n'indique que des 
travaux y aient été faits alors. 

Sous Hildéric, en 52 3, le culte catholique fut rétabli. Il v 
eut alors en Afrique une véritable renaissance chrétienne qui 
nous est attestée par quelques inscriptions''*; de nombreuses 
églises furent construites. C'est peut-être à cette époque qu'il 
faut placer l'agrandissement de la chapelle de sainte Salsa. La 
longueur de l'édifice fut doublée; des galeries supérieures, 
Imiitées du côté de la nef par des colonnes, furent construites 
sur les bas côtés; la nouvelle façade fut précédée d'un narthex. 

('' Voir (le Rossi, La capselîa ar^enlea ajncana, p. \h. 



— 2/i5 — 

La date que j'indique pour ces modifications se fonde sur le 
style des colonnes, sur les formules des inscriptions funéraires 
en mosaïque retrouvées dans le narihex, enfin sur l'existence 
même de ces galeries supérieures qui n'apparaissent guère en 
Occident avant le \f siècle. Au milieu de la nef, six mètres en 
avant de l'abside, on établit par-dessus la mosaïque de Poten- 
lius et la tombe de Fabia Salsaun grand socle en maçonnerie, 
plaqué de marbre et entouré d'une grille, socle sur lec[uel fut 
placé un sarcopbage en marbre. La place d'honneur que le 
sarcophage occupait, la sauvagerie incroyable avec laquelle il 
a été brisé en menus morceaux lors de la destruction complète 
de l'église et dispersé de tous les côtés, ne permettent guère 
de douter qu'il ait enfermé les restes vénérés de la sainte. Des 
fragments très nombreux en ont été retrouvés; d'autres avaient 
été recueillis auparavant dans la basilique même. Ils laissent 
reconnaître les sujets représentés : sur le devant, la visite 
de Séléné à Endymion; sur chacun des deux petits côtés, un 
berger; le derrière était lisse. Le style indicpie le ni" siècle. 
Sainte Salsa a donc été ensevelie dans un sarcophage païen, 
orné d'une représentation mythologique, ce qui est un fait as- 
sez rare, les chrétiens préférant choisir, comme l'a fait remar- 
(pier M. de Rossi, parmi les sarcophages païens qu'ils em- 
ployaientà la sépulture de leurs morts, ceux qui ne présentaient 
pas d'images r('q->ugnant trop à leurs croyances. On a déjà dé- 
couvert à Tipasa un sarcophage païen dans lequel un chrétien 
semble aussi avoir été enseveli, car il se trouvait dans la même 
chambre funéraire qu'un autre sarcophage, incontestablement 
chrétien, représentant le Bon Pasteur. On y voit deux époux 
entre Castor et Pollux. Ce sarcophage, décrit par M. Héron 
de Villefosse, est encore inédit : le sujet rappelle eu particulier 
«•elui d'un sarcophage d'Arles, offrant sur ses petits côtés des 
représentations chn'îtiennes. 

Le socle portant le sarcophage de sainte Salsa date d une 



— 2liC> — 

c|ju(.|uc rolalivcineiil basse : les monnaies trouvées par- dessous 
prouvent qu'il n'est certainement pas antérieur au v" siècle et 
l'emplacement qu'il occupe d;ms l'éjjlise parait indif[uer qu'il 
est contemporain de l'allongement do l'édifice , vers la première 
moitié du vi" siècle. Auparavant la sainte reposait ailleurs, 
peut-être dans l'abside. On sait les scrupules qu'éprouvaient 
les premiers chrétiens à déplacer les corps de leurs martyrs : 
ils ne pouvaient s'y résoudre que dans de graves circonstances. 
Peut-être est-il permis de croire que lorsqu'on h^li les catho- 
liques de Tipasa s'enfuirent devant la persécution arienne, ils 
emportèrent avec eux en Espagne les reliques de leur sainte : 
ce fut ainsi qu'agirent quelques années après des évêques 
chassés d'Afrique par les Vandales. On peut supposer que 
quand les Tipasiens rentrèrent dans leur patrie après le réta- 
blissement de la [)aix religieuse , ils rapportèrent ces reliques 
et qu'ils élevèrent alors le socle sur lequel fut placé le sarco- 
phage de la martyre. Ce ne sont là d'ailleurs que des conjec- 
tures. 

A l'époque byzantine, la basilique de sainte Salsa subit 
encore quelques transformations. Dans la nef centrale on 
établit en avant des piliers une double colonnade, absolument 
barbare, faite sans aucun souci de la mosaïque, ni des tombes 
antérieures, ni de la grille qui entourait le socle. Les maté- 
riaux sont disparates , les colonnes ne sont pas même exacte- 
ment alignées. 

Plus tard encore, à une époque où l'édifice était déjà en 
partie détruit (par suite d'un incendie, comme le prouvent les 
traces de feu que l'on voit partout), on entoura la partie de 
la nef où étaient le socle et le sarcophage d'un mur grossier, 
fait de matériaux de toute sorte, dont la plupart ont été 
empruntés à l'église elle-même. C'est l'œuvre des derniers 
chrétiens de Tipasa. 11 semble qu'après la première invasion 
arabe qui détruisit l'église et avant la conquête définitive du 



— '2àl — 

pays, ils n'aient pas voulu abandonner leur sainte sous les 
ruines que les infidèles venaient de faire. A la hâte et comme 
ils purent, ils lui dressèrent un abri. Puis vint la destruction 
totale, le sarcophage de Salsa fut mis en pièces, quelques 
gourbis s'installèrent entre les murs du sanctuaire. 

L'histoire de la basilique de sainte Salsa est pendant de 
longues années comme* un reflet de celle de la ville même de 
Tipasa. Humble chapelle construite au iv° siècle sur la tombe 
de la sainte et sur les tombes de sa famille, elle fut visitée, 
comme nous l'apprend la Passion, par Firmus assiégeant 
Tipasa, en 3 71. Au milieu du v^ siècle, au lendemain de 
l'invasion vandale, elle fut décorée par les soins de Potentius. 
Au vf siècle, quand le culte catholique eut été rétabli après 
de longues années de persécution, elle devint une grande 
basilique au milieu de laquelle s'éleva, dressé sur un socle, 
le sarcophage de sainte Salsa. L'époque byzantine y a laissé 
sa trace dans un embellissement de mauvais goût qui ne fit 
r[ue gâter l'édifice. Enfin, entre deux invasions arabes, les 
fidèles du vu* siècle y allèrent prier dans un misérable ora- 
toire construit au milieu des ruines. 

Une autre fouille, exécutée en partie à l'aide d'une subven- 
tion de M. le Ministre de l'Instruction publique, a été faite à 
Tipasa par M. l'abbé Saint-Gérand. M. l'abbé Duchesne a 
déjà fait connaître à l'Académie les premiers résultats obtenus. 
La fouille est aujourd'hui achevée. L'édifice déblayé par 
M. Saint-Gérand se trouve au milieu d'un vaste cimetière chré- 
tien situé à l'ouest de la ville antique, le long de la mer. C'est 
une chapelle funéraire, orientée de l'ouest à l'est, dont la 
forme se rapproche de celle d'un rectangle, mais présente 
cependant des irrégularités déterminées par le voisinage de 
constructions antérieures. Elle est divisée dans le sens de la 
longueur en trois nefs séparées par des piliers. La nef centrale 
est tout entière pavée en mosaïque. Sur le petit côté de l'ouest ; 



— 2/i8 — 

à l'endroit où se trouve d'ordinaire la porte principale dans 
les églises chrétiennes, s'ouvre une abside, à l'entrée de 
laquelle était enseveli l'éveque Alexandre, comme l'indique 
l'inscription métrique en mosaïque qui se trouve en avant de 
l'abside. Au côté opposé, à l'est, était l'autel. Cette disposition 
rappelle celle de la basilique de Réparalus à Orléansville. 
L'autel se trouvait placé sur une sorte d'estrade formée par 
neuf grands sarcophages en pierre, qui sont disposés côte à 
côte sur une ligne. Une autre inscription métrique, placée en 
avant de l'autel, nous apprend c[ue l'éveque Alexandre fit 
réunir en ce lieu le corps des justi priores : 

Quos diuluriia quies fallebat posse \ifleri, 
Nunc luce praefulgent subnixi altare decoro 
Collectamqiie suam gaiident florere coronam. 

Ces jusd priores sont peut-être, comme le pense M. l'abbé 
Duchesne, les premiers évéques de Tipasa, prédécesseurs 
d'Alexandre. Le nombre de neuf tombes est intéressant à 
noter. D'après le style de la mosaïque et la forme des lettres, 
Alexandre paraît avoir occupé le siège épiscopal de Tipasf^ 
vers le commencement du v" siècle. On retrouve dans un vers 
de l'épitapbe de ce contemporain de saint Augustin, 

Aetatibus lionoribusque in œclesia catholica Ainctus, 

comme un écho des querelles des donatistes et des catho- 
liques qui, on le sait, furent particulièrement violentes h 
Tipasa. 

M. Saint-Gérand a encore découvert, il y a environ un 
mois, près de la chapelle de l'éveque Alexandre, un sarco- 
phage chrétien en marbre, dans un petit édifice funéraire 
carré dont il ne reste plus que le soubassement et qui lui avait 
été indiqué par M. Trémaux, propriétaire à Tipasa. Voici la 
description que M. Saint-Gérand m'envoie de cet intéressant 



_ 249 — 

monument et que je communique en son nom. La face est 
divisée en cinq tableaux séparés par des demi-colonnes d'ordre 
corinthien. Dans le tableau central, on voit le Christ assis, 
donnant la loi. Dans le tableau à droite du Christ, le Prin- 
temps et l'Eté; le premier tient une corbeille de fleurs, l'Eté 
porte une gerbe d'épis et tient une faucille. Dans le tableau 
à gauche du Christ, l'Automne et l'Hiver; l'Automne tient une 
grappe de raisin vers laquelle grimpe un lézard; l'Hiver, coiffé 
d'un capuchon, porte sur l'épaule une sorte de houe et tient 
de l'autre main des canards. Le tableau qui se trouve à l'extré- 
mité du sarcophage à gauche représente Moïse faisant jaillir 
du rocher l'eau que deux Hébreux reçoivent dans leurs mains. 
Le tableau qui faisait pendant à ce dernier à l'extrémité de 
droite du sarcophage a été brisé et n'a pas été retrouvé. Il est 
assez vraisemblable qu'on y voyait la résurrection de Lazare, 
scène qui, d'apriîs les observations de M. Le Blant'^', corres- 
pond d'ordinaire sur les sarcophages chrétiens à celle de Moïse 
frappant le rocher. C'est le deuxième sarcophage chrétien que 
l'on ait trouvé à Tipasa : l'autre est celui du Bon Pasteur, 
découvert un kilomètre plus au sud, le long de la route 
antique de Tipasa à Cœsarea (Cherchel). Il existe en outre 
dans le jardin de M. Trémaux un petit fragment de sarcophage 
chrétien où l'on voit la grappe de Chanaan avec un des deux 
Hébreux qui la portent. 

Les fouilles dont je viens de parler ont été exécutées sur la 
propriété de M. Trémaux, qui a lui-même rendu service aux 
études archéologiques en faisant déblayer jadis un nymphée, 
monument fort curieux, encore inédit. On peut souhaiter que 
les recherches commencées par M. Saint-Gérand et ])ar moi 
soient continuées sans rencontrer d'obstacles : elles enrichiront 
le petit musée de Tipasa, formé par les soins désintéressés de 



'"' \\lwle sur les sarcophofrcs chrélims d'Arles. 



II. XII. 



— 250 — 

M. Trémuux. ïipasa promet encore d'imporlanles découvertes, 
surtout pour l'époque chrétienne. 

Qu'il me soit permis, en terminant cette communication, de 
mentionner en quelques mots deux voyages archéologiques 
que j'ai faits dans la province de Gonstantine, le premier dans 
h région de Souk-Ahras, le second à l'ouest et au sud de 
Sétif. Je me suis attaché surtout à étudier les très nombreux 
monuments chrétiens que l'on rencontre dans cette dernière 
région. J'ai recueilli environ sept cents inscriptions. Je me 
contenterai ici d'en citer une qui présente quelque intérêt au 
point de vue littéraire. 

C'est une, épitaphe métrique de Ras-el-Oued, à une cin- 
quantaine de kilomètres au sud-ouest de Sétif. On y lit les 
vers suivants : 

Qualia palienles déclinant lilia cuhnos, 
Pubcntesve rosae priraos moriunlur ad aiistros, 
Aut ubi verna novis expirât purpura pralis 

Ces vers sont de Stace "*, qui les applique aux enfants, 
morts en bas âge, d'un alTranchi, secrétaire a rationibus de 
plusieurs empereurs. Il est, je crois, curieux de retrouver dans 
un lieu reculé de la Maurétanie Sitifienne des vers de l'auteur 
des Silves : ils avaient dû être insérés dans quelque anthologie 
à l'usage des graveurs d'inscriptions. 

Les résultats des fouilles et voyages que j'ai faits depuis 
l'année dernière seront exposés dans un volume publié par 
la section archéologique du Comité des travaux historiques et 
accompagné de planches exécutées par M. Gavault, architecte. 

C' Silves, III, 3, vers 128 el suivants. 



— 251 — 
N° XXIX. 

NOTE SUH LE MONNAYAGE DD NORD DE LA GAULE (bELGIQUe), 
PAR M. ANATOLE DE BARTHELEilY. 

(séance du 5 AOÛT 1892.) 

En étudiant les origines du monnayage armoricain, je fai- 
sais une distinction entre les. imitations des statères macédo- 
niens apportés par la Loire chez les Venetes et les Nannetes, 
et celles de l'Armorique septentrionale procédant de ces mêmes 
statères venus par la Seine chez les Lexovii. Je disais que sur 
l'autre rive de ce fleuve, en Belgique, les monnaies de la rive 
droite ne se trouvaient pas, et réciproquement, sur la rive 
gauche. 

Aujourd'hui, je veux essayer de déterminer les origines du 
monnayage d'or belge, complètement étranger à celui de la 
Celtique. 

Ne perdons pas de vue le texte dans lequel Strabon dit que 
les commerçants, après avoir emprunté le Rhin et la Seine, 
arrivaient aux territoires des Lexovii et des Caletes pour, de 
là, se rendre en Bretagne. A première vue il semble que le 
monnayage d'or soit arrivé par cette voie en Belgique comme 
en Armori([ue; mais les faits ne permettent pas de s'arrêter à 
cette hvpothèse, admissible pour les Lexovii qui sont Celtes, 
mais inapplicable aux Caletes qui sont Belges. Sur la rive 
droite de la Seine, jusqu'au nord de la Belgique, on recueille 
de nombreuses monnaies en or, d'un style particulier, dont les 
types ne laissent pas deviner quelles sont les pièces dont elles 
procèdent, en marchant du sud au nord. Forcé de chercher 
ailleurs le point de départ, je me suis arrêté à l'interprétation 
suivante, après avoir constaté que les statères d'or avaient 
dû être ap[)orlés par la StMiic chez les Lexovii exclusivement, 



— 252 — 

j)our se i'é[)andre. de proche en proche, à l'ouest, chez les 
Lfnelli et les Ahrincatui. 

Je ne reviendrai pas sur les textes qui allirment le commerce 
actif existant entre l'Armorique et la Bretagne; il est incontes- 
table que l'usage de l'or monnayé a dû venir dans l'île par ce 
commerce; mais de quelle partie de l'Armorique a-t-il été im- 
porté ? 

Il ne faut pas penser aux Nannetes ni aux Venetes; là do- 
minait le type du cheval androcéphale, dont il n'y a pas 
d'exemple sur les monnaies bretonnes, non plus qu'en Bel- 
gique. Il faut donc chercher dans la partie de l'Armorique où 
ce type n'existait pas, c'est-à-dire sur le littoral septentrionnal, 
particulièrement entre la Rance et la Seine; c'est le territoire 
occupé par les Lexovii, auxquels on joint les Baiocasses et les 
Viducasses, les Unelli et les Ahrincatui. 

Les dépôts très considérables de monnaies armoricaines faites 
dans les îles de Jersey, de Guernesey, de Wight et aux envi- 
rons de Plymouth sont un fait d'autant plus singulier que ces 
pièces ne paraissent pas avoir été imitées par les Bretons; ces 
dépôts ne sont pas le produit du commerce, mais, comme tous 
les trésors, le résultat de faits de guerre. J'y vois les traces du 
pillage; c'est le butin prélevé cliez les Curiosoiitae et les Osismii 
par des bandes bretonnes auxquelles les îles de la Manche 
servaient d'escales ou de repaires; il me semble apercevoir la 
trace d'un fait qui n'est pas connu par l'histoire. Les dépôts de 
Jersey, qui contenaient plusieurs milliers de pièces armori- 
caines mêlées à des deniers de la République romaine, ne 
peuvent être que le résultat de pillages opérés sur le continent 
à la fin du f siècle avant l'ère chrétienne. Il se pourrait ([u'en 
étudiant l'itinéraire suivi par les expéditions normandes, plus 
tard, on reconnût le chemin d'invasion suivi par les Bretons 
insulaires. 

Maintenaiit il faut (luc nous fassions une excursion en Bre- 



— -253 — 

tagne, car je crois que le monnavagc belge procède du nion- 
navage breton, qui lui-même a son origine dans celui du lit- 
toral septentrional de l'Armorique. 

Les premiers statères bretons en or sont frappés sur un ilan 
assez large et pèsent 7 gr. 80 environ. Au droit, ils pré- 
sentent une tête tournée tantôt à droite, tantôt à gauche, or- 
née d'une coiffure très compliquée, traversée par un ornement 
en forme de faucille qui se perpétue sur les copies les plus 
dégénérées dans l'ile et sur le continent. Au revers , un cheval 
galopant dans le même sens que la tête du droit; dessous, une 
rose, une étoile ou un croissant. Ces statères, ainsi que leurs 
divisions, peu communs en Belgique, sont attribués par quel- 
ques numismates aux Bellovaci; au contraire, on les ren- 
contre assez fréquemment dans les comtés d'Essex, de Sussex, 
de Kent, de Buckingbam, de Hertfort et de SutTolk, c'est-à- 
dire dans les régions où l'on s'accorde à placer les Iceni, les 
Trinobantes, les Cathuelauni, les Cantii et les Atrebates : c'est 
la partie de l'Angleterre qui, à une époque indéterminée, fut 
envahie par des peuples belges. Il est donc rationnel de con- 
sidérer ces statères comme bretons et ayant servi de prototypes 
aux monnaies d'or de la Belgique. 

Il suflit de jeter un coup d'oeil sur les planches du Cala- 
logue des monnaies frauloises de la Bibliothèque nationale et d'v 
étudier les statères recueillis habituellement entre la Seine et 
le Couesnon pour constater que la tête qui v est gravée a servi 
de modèle aux pièces bretonnes. J'ai déjà fait remarquer que 
ces monnaies gauloises, sur lesquelles on aperçoit parfois les 
traces de la légende <J)IAinnOY, se distinguaient par la iinesse 
de gravure des coins; leur poids se rapproche de celui des 
statères bretons. 

Je signalais, quelques lignes plus haut, le sud-ouest de 
l'Angleterre comme ayant été occupé par les populations (pii 
avaient imité les monnaies en or de la Celtique septentrionale; 



— 25/4 — 

c'est ici le moment de rappeler un texte de Césjir, livre V, i 9 ; 
il nous apprend que ces populations, originaires 'de Bel- 
gique, étaient les plus civilisées de l'île : « L'intérieur de la 
Bretagne est habité par des peuples qui, d'après leurs tra- 
ditions, se regardent comme a])origèncs. Le littoral, au con- 
traire, est peuplé de gens du Belgîum que la piraterie ou la 
guerre y ont amenés et qui, après la concjuéte du pays, s'y 
sont fixés à demeure en gardant, pour la plupart, les noms 
des cités d'où ils tirent leur origine. La population est im- 
mense; les habitations, à peu près semblables, à celles de Gaule 
son.t très rapprochées et le bétail abonde. Les paiements se 
font en monnaies d'or, de bronze ou en lingots de fer d'un 
poids déterminé. » Plus loin, c. i3 et lA, César ajoute que 
les peuples du Cantium sont les plus civilisés des Belges-Bre- 
tons et que tous les navires qui venaient de Gaule abordaient 
à la pointe du Cantium. 

Les statères belges forment deux séries bien distinctes; les 
premiers, par leur poids, se rapprochent des plus anciens sta- 
tères bretons; seulement l'aurige ailé des pièces bretonnes est 
transformé en une grande aile, de telle sorte que le cheval n'est 
plus attelé, mais libre et ailé. Généralement les pièces de cette 
série se rencontrent sur le territoire des Bellovaci et aux envi- 
rons de Paris; aussi on s'est empressé de les attribuer aux Pa- 
risii. Il faut noter qu'un assez grand nombre de ces statères et 
de leurs divisions portent la trace d'un coup violent; on a voulu 
V voir une marque de consécration, mais je crois que c'est 
tout simplement une sorte de contremarque pour en assurer 
le cours en dehors du lieu de fabrication; on pourrait encore 
y reconnaître une marque de démonétisation faite à l'époque 
où les Romains interdu'ent l'usage de l'or pour les monnaies 
provinciales. Je préférerais supposer que ces monnaies ont été 
frappées d'abord chez les Ambiani et les Bellovaci. 

La seconde série se trouve ordinairement chez les Morini 



•255 



ainsi que chez les Caletes et les Veliocasses; ces statères sont 
postérieurs aux premiers et on peut fixer approximativement la 
date de leur apparition. En effet, ils procèdent directement des 
statères bretons, au type dégénéré, qui poi»lent, en caractères 
latins, le nom d'un chef breton, Tinc(omniios), fils de Com- 
mius — peut-être l'Atrebate dont parle César — dont les mon- 
naies sont fréquentes dans la région habitée par les Cantii et 
les Atrebates bretons. Si les légendes latines des statères de 
Tinc(ommios) ne permettaient pas déjà de placer son règne à 
la fin du f' siècle avant Fère chrétienne, les types de ses mon- 
naies d'argent et de bronze indiqueraient clairement leur con- 
temporanéité avec l'influence romaine en Bretagne. 

Dans cette dernière série on constate un détail dont j'es- 
saierai de montrer l'importance dans un instant. C'est que les 
statères de cette catégorie que l'on rencontre assez fréquem- 
ment chez les Morini et les Atrebates sont d'une fabrique des 
plus barbares; au contraire, ceux que l'on trouve sur le terri- 
toire des Caletes et des Veliocasses sont des copies moins 
éloignées de leur prototype et on les suit en remontant lé cours 
de la Seine, jusque chez les Suessiones, les Rémi et les Treviri; 
la tête des statères bretons déjà à peine reconnaissable, après 
avoir encore subi des modifications à l'embouchure de la Seine, 
devient un type tellement défiguré que les numismates la dé- 
signent sous la dénomination peu exacte de type à ïœil. Il ne 
faut pas négliger de noter qu'en Gaule, comme en Bretagne, 
les monnaies en or conservent un aspect conventionnel qui ne 
permettrait pas de lem- assigner la même date <|u'aux pièces 
en argent et en bronze contemporaines; mais, cependant, sur 
les unes comme sur les autres, on lit en caractères latins les 
noms des mêmes chefs. L'or restait un type gaulois, tandis que 
sur les deux autres métaux on s'inspirait des monnaies ro- 
maines. 

Je disais, plus haut, que j'attachais une certaine importance 



— 256 — 

à la différence de fabrique entre les statères belges de la se- 
conde série; voici pourquoi. 

Entre la Somme et la Seine, on trouve, aune date certaine- 
ment postérieure à la conquête, des monnaies en argent et 
surtout en bronze, de très bon style; elles portent des légendes, 
quelquefois des ethniques, et leurs types sont inspirés par ceux 
des monnaies romaines. J'y vois l'influence du monnayage 
breton qui, dans la première moitié du i" siècle avant l'ère 
chrétienne, fleurissait chez les Trinobantes et les Cantii sous 
le règne de Cunobelinus et de ses fils. Plus au nord le mon- 
nayage reste barbare. 

Il V a donc lieu de penser que la monnaie est venue du Can- 
tium en Belgique, par les ports qui servaient au commerce 
entre cette partie de la Bretagne et la côte gauloise ; Boulogne 
doit être écarté à cause de sa situation chez les Morini; son 
importance maritime ne date peut-être que des Romains. 

Lorsque l'on connaîtra mieux, au point de vue archéolo- 
gique, l'état du littoral de la Gaule entre la Candie et la Seine 
à l'époque de la conquête romaine , on pourra déterminer les 
points de la côte où abordaient les navires; il y a, parexeraple, 
le port de Quentovic qui avait encore une grande importance 
aux époques franque et carolingienne et qui a dû être fré- 
quenté longtemps auparavant; il y a aussi une position for- 
tifiée nommée Cité de Limes, située près de Dieppe. Cette loca- 
lité vient d'être explorée scientifiquement : elle remonte à une 
haute antiquité; on y a constaté des traces d'habitations et on 
y a recueilli un certain nombre de monnaies gauloises cl, 
parmi elles, des statères belges. J'estime qu'il faut chercher 
avec soin sur le littoral des Caletes, puisqu'ils sont spéciale- 
ment désignés par Strabon. 

En résumé, d'après le système que je propose, la monnaie 
d'or des peuples du littoral septentrional de la Celtique fut 
importée par le commerce, vers le commencement du i^"" siècle 



— 257 ~ 

avant i.-C, dans la partie de l'île de Bretagne peuplée de co- 
lonies venues de Belgique; celles-ci transmirent, peu après, 
l'usage de la monnaie dans la Belgique continentale. Les types 
bretons primitifs avaient singulièrement dégénéré à la fin du 
même siècle; ces dégénérescences furent copiées en Belgique. 
Pendant le premier tiers du i" siècle de notre ère, les Bretons 
s'inspirèrent des types des monnaies romaines sur l'argent et 
le bronze; il en fut de même en Belgique et cbez les Celtes 
voisins du littoral. On peut appliquer à l'histoire de la monnaie 
gauloise de Belgique ce passage de César relatif au druidisme : 
«Disciplina in Britannia reperta atque inde in Galliam translata 
esse exislimatur, et nunc qui diligentius eam rem cognoscerc 
volunt plerumque illo discendi causa proficiscuntur. v 

N° XXX. 

À PROPOS D'UNE INTAILLE ASIATIQUE TROUVEE PRES DE TEBESSA. 

NOTE DE M. MENANT. 

(séance du la AOÛT 1892.) 

J'ai l'honneur de mettre sous les yeux de l'Académie les 
empreintes d'une intaille orientale trouvée en Afrique, à Té- 
bessa. 




Ce petit monument taillé dans un quart/ laiteu.v a la 
forme d'un cône au sommet arrondi, dont la hase formée 
par une section perpendiculaire à l'axe présente une surface 
plane, sur laquelle a été gravé un sujet représentant deux 

XX. t8 



— 258 — 

personnages portant un costume qui rap[)elle celui ck'S Vché- 
ménides; ils sont de profil en face l'un de l'autre, et, entre 
eux, dans le champ, on voit l'image d'un scorpion; tout au- 
tour, en exergue, l'inlcntion d'une inscription : je dis ïinlen- 
tion, car si les caractères laissent supposer un système 
graphifpic quelconque, ils ne paraissent se prêter à aucune 
lecture sérieuse. 

Les monuments de ce genre se rencontrent très fréquem- 
ment dans la Mésopotamie. D'après leur destination primitive, 
c'étaient à la fois des ornements, des amulettes et des 
cachets ^'l Ils ont remplacé vers l'épofpie du second empire 
de Chaldée les cachets cylindriques, (pii, dès la plus haute 
antiquité, jouissaient des mêmes propriétés talismaniques et 
servaient aux mêmes usages. Les uns et les autres étaient 
percés suivant leur axe ou leur diamètre, et, à l'aide d'un 
lien, pouvaient se suspendre au cou ou s'attacher au poignet; 
ils formaient ainsi de véritables ornements '-1 Pour s'en servir 
comme cachets, on les roulait ou on les appliquait sur la 
terre plastique des contrats. On trouve de nombreuses em- 
preintes de cylindres sur les documents d'intérêt privé des 
époques les plus reculées; celles des cachets plats n'appa- 
raissent que sur les actes des époques plus récentes. Ces der- 
niers pouvant s'appliquer plus facilement sur la terre plastique 
ont fait graduellement abandonner l'usage des cachets cylin- 
driques, et les cachets plats sont devenus par la suite d'un em- 
ploi pour ainsi dire général. 

Leur forme présente quelques différences qui semblent 
caractéristiques de certaines époques : ainsi quelques-uns res- 
semblent à de petites pyramides octogonales ayant à leur base 

(i> Voir Glyptique orientale, I, p. 16 et passim. 

W On a trouvé dans les lombes de Mughéir des squelettes qui avaient encore 
un cachet cylindrique attaché au poignet. Voir Taylor, Notes on the Riiins of 
Muqueir, dans le Journal of the Royal Asiatic Society, t. XV, p. 971. 



— 259 — 

une section formée par un parallélogramme dont les angles 
sont abattus; ils sont en général taillés dans une agate 
saphirine, et le travail en est très soigné; ils appartiennent 
au second empire de Chaldée et à la période achéménide. 
Les autres, ayant la forme de cônes, sont d'une époque posté- 
rieure; la matière est moins séduisante et le travail laisse 
souvent à désirer; ils appartiennent à la période des derniers 
Achéménides et proviennent de la Mésopotamie inférieure. 
Mentionnons encore les cachets hémisphéroïdes qui ne diffèrent 
des autres que par la forme; la matière comporte toutes les 
variétés de pierre dure , et leur usage s'étend depuis le second 
empire de Chaldée jusqu'aux derniers Sassanides. 

Les sujets sont très variés; cependant, sous le second 
empire de Chaldée, on remarque le plus ordinairement un 
autel avec un personnage dans la pose de l'adoration; sous 
les Achéménides, un dynaste tenant de chaque main un lion, 
une chimère ou quelcpie monstre androcéphale. Plus tard, 
la scène est quelquefois beaucoup moins compliquée et se ré- 
duit à un animal, un cerf, un bélier, un oiseau, un insecte 
ou même une Heur ou un symbole. 

Sous les Arsacides, on voit apparaître le buste de certains 
personnages. C'est aussi sous les Arsacides qu'on commence à 
voir en exergTic des inscriptions pour faire connaître sans 
doute le nom du personnage, rappeler une devise ou préciser 
la signification talismanique de l'intaille. Lorsque le gravem' 
n'était pas familiarisé avec l'écriture alors en usage , il se con- 
tentait souvent de tracer autour du sujet un simulacre de 
caractères. Ces inscriptions sont très nombreuses et font 
quelquefois le désespoir des érudits. Il ne s'ensuit pas que ie 
monument soit faux; cette incorrection devient précisément 
la marque de sa provenance et de son époque; c'est ce qui 
arrive pour notre cachet, auquel nous attribuons une origine 
chaldéo-perse de l'époque sassànide. 

18. 



— 2G0 — 

Nous avons dit que ces bijoux, orncmenis ou cachets, 
jouissaient d'une propriété talismanique, attachée, soit à la 
nature de la pierre, soit au sujet représenté. Il est évident 
que la propriété spéciale pouvait être indiquée par quelque 
symbole; d'après la présence du scorpion, dont on voit 
l'image dans le champ de notre cachet, on est tenté de sup- 
poser que le possesseur devait se croire ainsi protégé contre 
la piqûre de ce redoutable articulé. Cette conjecture est d'au- 
tant plus plausible qu'on rencontre souvent des cachets qui 
n'ont d'autre sujet qu'un scorpion '^* et qu'on trouve précisé- 
ment ce nom seul sur un cylindre talismanique de la col- 
lection de M. de Clercq '-'. 

Les intailles orientales offrent toujours un certain intérêt; 
mais celle-ci doit particulièrement fixer notre altcntion, à 
cause de sa provenance. Les empreintes m'ont été communi- 
quées par M. Boutrouc, correspondant de la Société des An- 
tiquaires de France, et l'intaille appartient à M. le capitaine 
Farges, chef de bureau arabe à Biskra; elle a été trouvée 
en 1880 par un Arabe, dans le lit de l'Oued-Youks , au point 
où cette rivière traverse l'ancienne station des Eaux de César 
(^Aquœ Cœsaris), aujourd'hui Hammam-Youks, à dix-huit kilo- 
mètres de Tébessa. 

On pouvait croire, au premier abord, que la présence de 
ce bijou mésopotamien était accidentelle en Afrique; mais, 
quelques années plus tard, on a découvert, au même heu, un 
second cachet analogue de forme sphéroïde sur le méplat du- 
quel est gravée une tarentule : c'est encore , ainsi que nous l'avons 
fait remarquer, une des formes de cachets et un des svmboles 
propres à l'époque sassanide. La présence de ces objets en 



'" Voir Empreintes de cachets relevées au Musée britannique , dans les Archives 
des missions , troisième série, t. IX, 1892, Gg. 10. 

^-> Voir Catalogue méthodique et raisonné, I, p. .ja, n" 53. 



— 261 — 

Afrique doit donc s'expliquer autrement que par une cause 
fortuite et isolée. Or, à Rome, sous les Empereurs, lorsque 
Dioscoride, Solon et autres artistes grecs vinrent s'établir en 
Italie, le goût des pierres gravées avait pris un grand déve- 
loppement. Les princes avaient donné l'exemple, qui fut suivi 
avec avidité par le peuple; on se contenta même des imita- 
tions en pâte de verre , dont on n'a oublié ni les procédés ni 
l'avantage '". Auguste se servit pendant quelque temps d'un 
cachet asiatique, qui donna lieu à quelques plaisanteries; elles 
parvinrent aux oreilles de Yimperator et le lui firent aban- 
donner'-'. Le sujet, d'après Pline, représentait un sphynx^^^; 
en réalité c'était un capricorne '^^K Je ne sais pas si cette intaille 
est parvenue jusqu'à nous; mais ce symbole devait être assez 
répandu en Chaldée, car j'ai relevé l'empreinte d'un capri- 
corne sur les contrats du second empire et même sur ceux 
des Séleucides'^l C'est le même animal fantastique dont on voit 
l'image dans le champ du fameux camée de Vienne connu 
sous le nom de VApotliéose d'Auguste. 

Il nous su Oit maintenant de faire remarquer que la 
troisième légion romaine dite Augusta avait son dépôt en 
Afrique. Il y resta depuis la fin du principat d'Auguste 
jusqu'au commencement du v"' siècle*''', et, comme le fait 
remarquer très judicieusement M. le capitaine Farges dans 
la lettre qui nous a été communiquée, cette troisième légion 
comptait assez d'auxiliaires étrangers ou de vétérans ayant 
pris part à de lointaines expéditions, pour que l'un d'eux, 

('^ Voir Mariette, Traité des pierres gravées , II, p. 209. 

(-' Suétone, Aug., I, 5o. 

(3) Pline, Ilist.nat., XXXVII, cli. 1. 

(*5 Voir Landseor, Sahœan Uesearches, p. liS. 

<*' Voir Empreintes de cylindres assijro-chaldéens relevées au Musée britannique, 
tians les Archives des nii'ssioM.s, troisième série, I. VI , 1880,%. 'iG, ol Empreintes 
de cachets, etc., ihid., I. IX, fi{{. 68 et 81. 

'"' Voir Cil. Robert, Coup d'wil gméral sur tes légions romaines, p. 1^1 et i5. 



— 262 — 

en revenant ad Aquas Cœsaris, c'est-à-dire au dépôt , y ait perdu 
ce fétiche rapporté par lui de son lieu d'origine. 

Si des monuments analogues se trouvaient encore dans les 
mêmes parages, il serait très intéressant de les recueillir. 
Aussi nous adressons tous nos remerciements à M. le capitaine 
Farges, qui a bien voulu nous faire connaître ceux qui sont 
arrivés en sa possession. 

N° XXXI. 

RECONSTRUCTION PARTIELLE 

DE LA STÈLE DU ROI EANNADOU (dITE STÈLE DES VAUTOURS ), 

PAR M. LÉON HEUZEY. 

(séance du 12 AOÛT 1899.) 

Je voudrais faire connaître à l'Académie, au nom de M. de 
Sarzec, les éléments nouveaux que les dernières découvertes de 
Telle, en Chaldée, fournissent pour l'intelligence et pour la 
reconstitution archéologique de l'un des plus antiques monu- 
ments de l'art chaldéen : il s'agit du grand bas-relief à double 
face, célèbre sous le nom de Stèle des vautours. Dans ses 
fouilles successives, M. de Sarzec a réussi, chose presque in- 
vraisemblable, à en recueillir trois autres fragments, qui 
portent à six le nombre total des morceaux retrouvés. En 
nous guidant sur les premiers estampages, pris au moment 
de la découverte, et sur les moulages que nous en avons tirés, 
nous avons pu établir d'avance, au Musée du Louvre, la 
connexité de ces débris. C'est l'exposé de ce premier travail, 
depuis longtemps rédigé pour la publication des Découvertes en 
Chaldée, que nous désirons, M. de Sarzec et moi, soumettre à 
l'Académie, ne fût-ce que pour prendre date, en attendant 
que notre prochaine Hvraison soit prête à paraître. 

Du rapprochement des fragments aujourd'hui découverts 



— 203 — 

résulte une première certitude liistoricjue : c'est (jue le prince 
qui a fait sculpter le monument est E-anna-dou, roi de Sir- 
pourla, fils LVAkourf>(il et petit- fils du très ancien roi Our- 
Nina. Son nom, répété à profusion, dans les débris de la 
grande inscription qui couvrait le fond des bas-reliefs, y pa- 
raît une fois avec le titre de roi de Sirpourla. Il est également 
hors de doute que les scènes sculptées sur la stèle se rap- 
[)ortent au môme roi, et son image y est même représentée 
deux fois avec le nom royal inscrit auprès d'elle. 

Essayons maintenant de reconstruire, en partie, les com- 
positions très compliquées qui occupaient les deux faces du 
monument. Les anciens fragments étant désignés par les 
lettres A, B, C, nous distinguerons les nouveaux par les 
lettres D, E, F, en y ajoutant les chiffres i et 2 , selon qu'il 
s'agira de l'une ou de l'autre face. 

I 

Pour se retrouver au milieu de ces morceaux brisés, il faut 
partir de l'ancien fragment C, sur lequel se trouve une cu- 
rieuse scène de funérailles après un combat. 

J'y avais fait remarquer, auprès des morts entassés, la re- 
présentation inexpliquée d'un pieu ou piquet, entouré d'un 
gros nœud de corde. Le fragment nouveau D^ permet aujour- 
d'hui de constater que cette attache servait à maintenir couché 
sur le dos un bœuf, dont le mufle et les pattes de devant sont 
fortement assujettis à un autre ])ieu semblable. C'était évi- 
demment la victime préparée pour un sacrifice, auquel prési- 
dait une grande figure, dont on n'aperçoit plus que le vête- 
ment de kaunakès. Devant ce personnage royal ou divin, on 
observe en outre des objets empilés, sans doute le bois coupé 
pour la cérémonie, et surtout un énorme vase en forme de 
cornet, d'où retombent deux feuilles de palmier ou mieux 
d('u\ régimes de dattes : de pareils vases sont associés sur 



— 26/1 — 

les cylindres chaldëens au culte do certains dieux. Il y avait 
donc là, selon toute vraisemblance, une divinité, en l'honneur 
de laquelle le sang des animaux immolés se mêlait aux héca- 
tombes humaines de la bataille. Les vautours du fragment A' 
complétaient la scène, en planant au-dessus. 

Revenons de nouveau à l'ancien fragment C, pour nous en 
servir comme de point de raccord. Il faut se rappeler que j'y 
avais encore signalé, au-dessous du listel qui marque la ligne 
du sol, une main brandissant une lance : j'en concluais que là 
devait se développer une rangée de grandes figures, représen- 
tant un combat. Cette lance se continue en effet sur le frag- 
ment D\ et même on la voit se diriger vers un groupe de 
vaincus à la tête rasée, dont le chef se retourne, en levant la 
main, pour demander grâce; mais, à ce moment, la pointe de 
l'arme lui touche le front, à la hauteur de l'œil. 

D'autre part, l'examen des fragments E\ F^ ne permet pas 
de douter que la lance ici représentée ne fut celle même du 
roi E-anna-dou, frappant un ennemi vaincu. Sur le frag- 
ment E\ on ne peut hésiter à le reconnaître; il marche en 
avant de ses soldats , protégés par de grands boucliers rectangu- 
laires et formant derrière lui une véritable phalange, disposée 
sur six rangs, avec les piques horizontalement superjx)sées. 
De la main droite le roi tient une arme coudée de forme parti- 
culière. Son bras gauche est brisé; mais, comme nous allons 
trouver la figure royale répétée dans une attitude identique 
sur le fragment F', on peut en conclure que ce bras devait 
être levé et brandir la lance. 

Le fragment F^ représente certainement une troisième 
rangée de figures, oij le roi E-anna-dou reparaît, précédant 
une troupe armée de piques et de haches. Il était porté cette 
fois sur un char, dont il ne reste que de faibles traces; mais 
c'est la même position du bras droit, tenant l'arme recourbée, 
tandis que le bras gauche dirige la hamj)e d'une longue lance 



— 205 — 

contre un adversaire que la cassure de la j)ierre a fait dispa- 
raître. Les deux figures superposées, se complétant ainsi l'une 
l'autre, permettent de rétablir l'attitude, qui se trouve deux 
fois reproduite. Le char était formé par des panneaux bizarre- 
ment assemblés; en avant on distingue une hache et un grand 
carquois rempli d'armes de jet. Les roues, l'attelage ont 
malheureusement disparu; mais la manière dont les guides 
sont disposées permet de croire que les chevaux, dès cette très 
haute époque, étaient employés en Asie à un pareil usage. 
Derrière le roi, une petite ligure, très effacée, tenait une 
lance un peu abaissée ou peut-être un aiguillon dirigé vers 
l'attelage. Ici le bas-relief est détérioré par une cavité cir- 
culaire, indiquant que ce fragment a été employé, à une 
époque plus récente, pour soutenir un gond de porte. 

Une brique, déjà publiée par M. de Sarzec, s'accorde avec 
ces figures pour établir qu'Ë-anna-dou, fils d'Akourgal. fut un 
roi guerrier. C'étaient ses exploits, ses campagnes victorieuses, 
qu'il avait fait sculpter, en plusieurs registres, sur cette partie 
de la stèle. Nous y trouvons la première page d'histoire mili- 
taire c{ue les monuments de l'Asie nous aient encore fom'nie. 
Il n'y a pas de spectacle mieux fait pour exciter notre curiosité 
que la vue de ces populations si antiques dans leur équipement 
de guerre. 

Le roi se dislingue par son double vêtement. Il porte le 
châle de kaunakès, enroulé en jupon autour des jambes; mais 
un manteau d'une étoffe velue, à mèches plus (ines, couvre 
encore transversalement sa poitrine et ses épaules. Sa face est 
imberbe; son abondante chevelure, serrée par un large ban- 
deau, se ramasse derrière la nuque en un chignon épais, qui 
laisse encore s'échapper par dessous une crinière flottante. 
Nous avons déjà indiqué les armes royales, la lance et surtout 
cet engin iccouibé <pii est un insigne des anciens guerriers 
orientaux. -Nous le retrouvons encore en Assyrie, dans les 



— 26G — 

images colossales d'Isdoubar éloulTant le lion; mais, ici et sur 
d'aiilrcs monuments chaldéens, il paraît formé de plusieurs 
lames ou tiges parallèles, serrées de place en place par des 
anneaux ou nœuds. Ce n'est donc pas une arme tranchante, 
telle que la harpe ■ds\ah(\ue , (jui a une courbe analogue, mais 
plutôt une sorte de massue, un bâton de jet comme le boume- 
rarijr. Un bâton , présentant la même courbure et annelé de la 
même manière, est porté par le chef de la tribu asiatique des 
Aniou, dans la célèbre peinture d'un tombeau égyptien de la 
xn'' dynastie, à Béni-Hassan, Le rapprochement est d'autant 
plus intéressant, que j'ai déjà montré une curieuse relation 
entre l'ajustement de ces nomades et celui des statues chal- 
déennes. 

Le casque, probablement de cuivre battu, a déjà quelque 
chose de la forme conique qu'il conservera chez les Assyriens. 
Sur celui d'E-anna-dou, la chevelure royale est relevée en 
chignon et serrée autour du timbre de métal avec la même 
recherche que si la tête était nue. A ce casque et à ceux des 
guerriers qui marchent derrière le roi on remarque un couvre- 
nuque assez développé, qui mancpie dans l'armure assyrienne. 
Cette partie cache et protège complètement les oreilles. Il n'y a 
que le casque royal oii l'oreille soit au contraire apparente : 
on peut supposer qu'elle y est dégagée par une ouverture ou 
plutôt simplement imitée par le travail du métal repoussé. 
Il est possible que la partie relevée de la chevelure soit aussi 
une imitation du même genre. 

Derrière le roi, nous voyons sans doute un groupe de 
princes et de chefs, formant la garde du souverain. Ce qui me 
le fait croire, c'est que tous ces guerriers ont, sous leur casque, 
la chevelure flottante et qu'ils portent tous autour de leui's 
reins le riche manteau de kaunakès. Les haches de combat, 
véritables hcrminettes à tranchant horizontal, suivant un type 
dont M. de Sarzec a retrouvé deux exemplaires en nature, sont 



— 2G7 — 

déjà emmanchées avec mic douille. Les pointes des lances pa- 
raissent plutôt enfoncées dans le manche, comme on peut en 
juger surtout par la lance royale, qui est de grande pro- 
portion. Un détail particulier est la façon dont ces guerriers 
manœuvrent tous leurs armes, lances ou haches, en les tenant 
presque à hout de manche, sans doute pour donner aux 
coups plus d'élan et de poids. Il est aussi très rcmarquahlc 
que le roi, dans les deux exemples, brandisse sa lance de la 
main gauche, tandis que la droite est armée du bâton re- 
courbé; c'est là sans doute une virtuosité personnelle, comme 
chez ce héros qu'Homère qualifie à'dfx(piSs^ios. 

Enfin, sur le sol, on observera une couche de morts, 
étendus symétriquement, pieds contre pieds et têies contre 
têtes; c'est sur ce sanglant tapis que le roi s'avance avec son 
armée. Nous retrouvons là le lugubre accent de poésie sau- 
vage et terrifiante, que nous avons depuis longtemps signalé 
comme un trait caractéristique de la Stèle des vautours. 

II 

Il faut maintenant passer à l'examen de l'autre face des 
mêmes débris, comme nous l'avons fait autrefois pour les frag- 
ments anciens A-, B-, G-. Les représentations de cette face 
m'avaient paru avoir un caractère surtout mythologique, et 
cette supposition se trouve pleinement confirmée par les indi- 
cations nouvelles. En conservant à chaque morceau la place 
exacte que lui donne la restitution de la face opposée, on ob- 
tient les résultats suivants. 

Entre les deux curieuses têtes de déesses guerrières, coifl'éos 
de cornes et de plumes, et déjà antérieurement reconnues, 
le fragment D- vient placer un entassement d'objets bizarres , 
(pie l'f'lat incomplet de la représentation rend difliciles à di'finir. 
il semble, à piemièrc vue, que ce soit un tro[)hée d'armes. On 



— 208 — 

pourrait y reconnaître deux grands boucliers de forme ovale, 
l'un à nervure médiane, l'autre tourné à l'envers et cerclé 
d'une double bordure, puis la hampe d'une lance, deux en- 
seignes militaires en forme de lion passant et d'aigle éployée, 
tout cela en désordre et relié par des cordons, qui paraissent se 
rattacher à quelque chose comme les branches d'un arbre. Ces 
ornements compliqués se rapporteraient aussi assez bien à la 
décoration de quelque grand char, représenté d'une façon primi- 
tive. Les cordons seraient les rênes ; la double bordure du pré- 
tendu bouclier appartiendrait alors soit aux roues, soit plutôt à 
un timon de courbe particulière. Les vestiges du char royal, sur 
le fragment F\ présentent des indications concordantes. 

Le long débris d'inscription qui avoisine ces représen- 
tations est certainement une des parties les plus instruc- 
tives du texte de la stèle. On y voit répété jusqu'à trois fois 
un nom géographique qui se retrouve fréquemment sur les 
autres morceaux et qui figure aussi sur la brique d'E-anna-dou 
comme celui de l'une des contrées sur lesquelles ce roi avait 
étendu sa domination : c'est hhan-ki (le Pays de l'Arc suivant 
l'interprétation de M. Oppcrt). Il y a quelque chance pour 
que le peuple dont la défaite est ici représentée appartienne à 
ce pays. Il est vrai que, sur le fragment D^ derrière la tête du 
chef ennemi frappé par la lance royale, la case d'écriture la 
plus rapprochée (case malheureusement incomplète) contient 

l'indication suivante : k Roi de Ner », puis un signe 

presque complètement détruit par une cassure. D'un autre 
côté, le fragment E- nous fait voir, dans deux, cases con li- 
gues, le nom cVIshan-ki immédiatement suivi de celui de Ner- 
là-an, qui pourrait bien être un nom de ville appartenant à 
cette région ^'^. Tout près du trophée ou du char dont nous 
avons parlé plus haut, on lit en outre la curieuse indication sui- 

''' Pour la lonuinaisoii , comparez !e nom de In ville (VAnshan , sur la slalne B. de 
Goudéa, col. VI, case 66. 



— 269 — 

vante : «Vingt nmn pour la ville d'Our. ?? Dans une autre partie 
de l'inscription, la ville d'Erech est aussi mentionnée. Les 
deux antiques cités clialdéennes, nommées par la Genèse, 
existent donc dès cette époque reculée et sont en relations avec 
la ville de Sirpourla. 

Revenons aux représentations figurées. A côté des vestiges 
peu distincts, conservés sur le fragment D-, les deux frag- 
ments E- et F^ que nous avons pu rapprocher bord à bord, 
donnent au contraire une représentation des plus nettes et très 
extraordinaire. C'est une figure d'homme, détaille colossale par 
rapport à toutes les autres figures de la stèle , y compris les deux 
déesses qui sont voisines. La tête, massive, presque sans cou, 
sur de larges épaules, porte une abondante chevelure, relevée 
en chignon, comme celle du roi E-anna-dou, par un large 
bandeau, d'oii s'échappe sur la tempe une mèche frisée. Le 
bord supérieur, étant brisé, ne laisse malheureusement pas 
voir s'il y avait au-dessus quelque coifl'ure symbolique. Ce qui 
distingue surtout cette figure des figures royales de l'autre 
face, c'est une longue barbe, divisée en flots ondulés, au 
nombre de six, qui se terminent, d'après la mode chaldécnne, 
par un nombre égal d'enroulements sur une même ligne. Sui- 
vant une disposition très particulière , cette barbe magnifique 
forme collier; elle n'empêche pas le menton d'être soigneuse- 
ment dégagé par le rasoir, ainsi que les deux lèvres et les 
joues. Le nez, dont la courbe a une exagération singulière, 
caractérise bien le type adopté par les artistes chaldécns de 
cette haute époque, type d'ailleurs absolument fixe, qui se ré- 
pète pour toutes les figures de la stèle, vainqueurs et vaincus, 
et qui ne saurait être par conséquent un portrait. Pour le 
torse, il est nu : on aperçoit seulement à la ceinture le bourre- 
let formé par l'étolFe qui entourait le milieu du corps; les 
jambes manquent en grande partie. 

De sa main droite, abaissée, ce colosse tient horizontalement 



— 270 — 

une lourde niasse d'armes ù lêle s|)liéri(|ue, tandis que sa 
main gauche porte en avant un curieux emblème, form(5 par 
une aigle é|)loyéc, dont les serres s'aj)puient sur un double 
protome de lion. Bien que la tctc même de l'oiseau soit assez 
peu distincte, on ne peut hésiter à reconnaître ici le symbole 
quasi héraldique de la ville de Sirpourla. En le rencontrant 
pour la première fois, j'avais posé la question de savoir si 
cette aigle n'était pas déjà à double tête, comme plus tard sur 
les monuments de Ptérium, puis chez les Byzantins, chez les 
Arabes et enfin dans le blason moderne. Plus récemment, en 
me fondant surtout sur les cylindres, je me suis arrêté à une 
solution différente : j'ai admis que l'aigle de Sirpourla était 
en réalité un oiseau fantastique à tête de lion , une aigle léonlo- 
cépJiale. Si l'on veut bien regarder avec attention les linéa- 
ments de la tête, qui restent visibles sur le moulage de M. de 
Sarzec, on sera convaincu que tel était en effet le caractère de 
l'oiseau figuré par notre bas-relief. 

Que l'on me permette d'interrompre ma description pour 
signaler du même synd)ole plusieurs exemples nouveaux , qui 
proviennent aussi pour la plupart des fouilles de Tello et 
qui rendent le fait absolument incontestable. 

Le premier est un petit éclat de bas-relief qui porte le nom 
du très vieux roi Our-Nina. La tête de lion y est parfaitement 
conservée, au-dessus des ailes éployées, traitées d'une façon 
encore tout archaïque. 

Vient ensuite une masse d'armes d'un travail rude et pri- 
mitif, entourée de six lions qui se poursuivent : on y voit, 
dessinée plutôt que sculptée, à la partie supérieure, la mémo 
figure d'aigle fantastique. Quelques caractères, négligés et peu 
distincts, consacrent l'arme au dieu Nin-Ghirsou et donnent 
le nom d'un ancien chef, qui paraît avoir été à la fois roi d'une 
autre ville et patési de Sirpourla. 

La représentation la plus complète et la mieux caractérisée 



— ^71 — 

se trouve sur un petit bas-relief do pierre noire, décoré de 
plusieurs (ifrures juxtaposées, au milieu desquelles on re- 
marque l'aigle léontocéphale serrant la croupe des deux lions; 
ceux-ci se retournent en s'efforçant de lui mordre les ailes, ce 
qui forme une composition héraldique d'une symétrie parfaite. 
Les autres figures sont un homme debout, dont le nom doit 
avoir été enlevé, en même temps que le profd, par une cas- 
sure; un animal couché (veau ou génisse) dont le corps porte 
une inscription , relatant que la pierre du bas-relief a été ap- 
portée d'une ville appelée Ourou-a-ki; puis une grosse tresse 
ou entrelacs, reproduisant avec agrandissement la torsade dé- 
corative qui remplit parfois, sur les cylindres chaldéens, la 
place vide laissée par les figures. Le monument, dont le 
revers est formé de plans obliques, comme pour aider à l'en- 
castrement, est de plus percé au centre d'un trou profond. 
J'ai déjà cherché à expliquer ces bas-reliefs troués, comme 
ayant servi de support à des masses d'armes votives, dressées 
en l'honneur des dieux. L'inscription incomplète de celui qui 
nous occupe ici incidemment se termine par une indication 
qui pourrait bien être favorable à notre hypothèse ("'. 

Les observations qui précèdent, sur l'aigle à tête de lion, 
permettront de reconnaître cet emblème local sur un grand 
nombre de petits monuments et surtout sur les cylindres rap- 
portés par M. de Sarzec ou publiés antérieurement. Il est in- 
structif en particulier de retrouver le même symbole sur le très 
ancien cylindre [)orlant le nom de la ville de Lagash, que les as- 
syriologues considèrent comme identique au nom de Sirpourla. 

Ces exphcations nécessaires nous ont un peu détournés de la 
Slèlc des vautours et de la grande figure qui, sur notre principal 

(" Avant la dernière case, contenant les mots «il a faitn, on y trouve le signe 
arme, suivi du signe poutre, puis du caractère qui traduit la préposition pour. 
Je demande aux assyriologucs si l'on ne pourrait pas comprendre : «fil a fait ceci 
— pour l'arme- poutres ou p-pour la poutre de l'armen, c'est-à-dire pour le sup- 
port on pour le manche d'une arme consacrée ? 



bas-relief, lient à la main ce que l'on peut appeler les armoi- 
ries (le l'ancienne ville chaldéenne. Nous devons y revenir, car 
nous n'en avons pas encore fini avec cette curieuse image. La 
cassure qui coupe le colosse à la taille ne termine pas la rej)ré- 
sentation : il faut tenir compte en effet du fragment F-, qui se 
rajuste au premier bord à bord et qui le complète. 

Ici le sujet représenté devient encore plus extraordinaire. 
Au-dessous même du bras qui porte l'aigle, le champ du 
bas-relief est rayé de bandes saillantes, se croisant en lo- 
sange, comme un treillis ou comme les mailles d'un large filet. 
Dans cette sorte de cage ou de nasse sont jetés péle-méle des 
hommes nus, se tordant sur eux-mêmes et cherchant à passer 
par les intervalles leurs têtes rasées, dont le type rappelle 
exactement les morts et les vaincus figurés sur les autres frag- 
ments. Il Y a là, de toute manière, une représentation étroite- 
ment associée au personnage de taille colossale que nous avons 
décrit. C'est évidemment sur ces malheureux captifs que s'abat 
la masse d'armes dont sa main droite est armée, et j)articu- 
lièrement sur l'un d'eux qui, cherchant à s'échapper, a déjà 
passé la tête hors des mailles. 

La présence de la coiffure divine aux cornes symboliques 
pourrait seule nous apprendre avec certitude s'il faut voir dans 
cette grande figure un dieu protecteur de Sirpourla, tel que 
serait Nin-Ghirsou. Il est vrai que le nom du roi E-anna-dou 
se trouve répété justement derrière l'épaule du colosse ; mais 
ce nom n'est pas isolé, comme ])récédemment : il fait partie de 
la grande inscription qui couvrait ici tout le fond du bas-relief. 
En avant du profil, cette inscription s'étend jusqu'au bord 
courbe de la stèle et forme neuf rangées, comptant plus d'une 
soixantaine de cases : elle est malheureusement un peu fruste. 

D'autre part, la représentation n'est pas sans analogie avec 
celle d'un très antique bas-relief, antérieurement publié par 
M. de Sarzec et dans lequel nous avons cru reconnaître le 



— 273 — 

héros Isdoubar^^'. C'est le même arrangement de la chevelure et 
de la barbe, et, sous une forme plus abrégée , la même action 
d'immoler un captif, en le frappant avec la masse d'armes. 
Seulement sur la grande stèle d'E-anna-dou la composition s'est 
développée. Avec ce treillis, où se débattent les malheureux 
prisonniers, elle a pris un caractère encore plus terrible, tout 
à fait en rapport avec la couleur tragique dont nous avons re- 
levé plus d'un trait sur ce vieux monument. Faut-il penser aux 
cages d'osier dans lesquelles on brûlait les victimes offertes t\ 
certains dieux comme Moloch et les divinités similaires? Un 
autre souvenir s'impose vivement à l'esprit : c'est celui des im- 
précations bibliques; c'est le passage d'Habacuc, où le pro- 
phète compare les populations vaincues à des poissons, que le 
conquérant chaldéen ramasse dans son filet. 

Voici la traduction de ce passage, donnée par M. Renan ''-^; 
le prophète s'écrie en s'adressant à labvé : 

Tu as réduit les hommes à l'état de poissons 
Et des reptiles de la mer qui n'ont pas de roi. 

Ce peuple (le peuple chaldéen ^^^ ) les pêche avec son hameçon , 

Les tire avec sa senne, 

Les ramasse dans ses filets ; 

Alors il est content , il saute de joie. 

Voilà pourquoi il offre des sacrifices h sa senne , 
Il brille de l'encens à son filet ; 

Car grâce à ces ustensiles , sa part est belle 
Et sa chère plantureuse. 

Le verra-t-on toujours vider son filet, 

Pour recommencer à égorger les peuples sans pitié? 

f" Découvertes en Chaldee, pi, I , fig. t. 

^^) Henan, Histoire du peupk d'Israël, yo\. III, p. agS; pour le texte, voir 
Habacttc, I, in-iy. 

''' Les Casdim. 



XX. 



'9 

IMI-IVlVrBIK MATIOtALS. 



— 27/1 — 

Sans doute Habacuc parler d'une époque beaucoup plus 
récente'^*: l'allusion s'a|)plique aux Chaldéens de Babvlonc 
et de Nabucliodonosor. 11 n'en est que plus curieux de con- 
stater que des conceptions poétiques, des métaphores et des 
comparaisons de grande allure, conservées par les livres 
hébreux, hantaient depuis de longs siècles l'esprit des 
Orientaux et avaient déjà pris forme dans l'art de la primi- 
tive Chaldée. 

Les résultats scientifiques obtenus par M. de Sarzec dans 
la deuxième période de ses fouilles ne sont pas encore com- 
plètement connus. On peut juger par cet exemple qu'ils ne 
sont pas inférieurs aux fruits de ses premières découvertes. 
Je m'arrête à ce que j'ai pensé pouvoir dire aujourd'hui, 
en opérant principalement sur des estampages et sur des 
photographies. Cependant je puis affirmer que nous aurons 
bientôt le moyen de procéder à des études plus directes, à 
l'aide des originaux. Nous pourrons alors exprimer la grande 
reconnaissance justement due aux bienveillantes et hautes 
interventions qui ont aidé le Musée du Louvre, dans cette 
œuvre si profitable pour la science. 

N" XXXIl. 

NOUVELLES INTAILLES À LEGENDES Se'mITIQUES 
PROVENANT DE PALESTINE, COMMUNIQUÉES PAR M. CLERMONT-GANNEAU. 

(séance du 19 AOÛT 1892.) 

M. Herbert Clark, avec une obligeance dont je suis heu- 
reux de le remercier publiquement, a bien voulu m'envoyer 
de Jérusalem les empreintes de trois gemmes antiques, à lé- 
gendes sémitiques, recueillies par lui sur divers points de la 

(') Vers 6o5 avant Jésus-Chrisf , règne de Joachim. 



— 275 — 

Palestine. J'ai l'honneur de placer sous les yeux de l'Acadéniio 
ces empreintes, qui viennent enrichir celte série de petits 
monuments si intéressants pour l'épigraphie et l'archéologie 
hébraïques. J'y ajouterai quelques observations qui résultent 
de l'étude à laquelle je les ai soumises. 

I 

La première de ces intailles a été acquise par M. Clark à 
Jaiïa. On lui a dit qu'elle avait été trouvée à Tyr, ce qui 
impliquerait une origine plutôt phénicienne qu'israélite. Mais 
l'on sait combien ces indications de provenance sont sujettes 
à caution, surtout quand il s'agit de monuments que l'exiguïté 
de leur taille rend si faciles à transporter. 11 est plus vrai- 
semblable d'admettre, a priori, que ce cachet, recueilli en 
Palestine, en est réellement originaire. L'examen de l'inscrip- 
tion qu'il porte est, comme on va le voir, tout en faveur de 
cette présomption. 

C'est, d'après la description de M. Clark, une petite pierre 
blanche, très dure, veinée de vert, taillée en forme de scara- 
béoïde, bombée- en dessus, plate en dessous. Elle est, comme 
d'habitude, percée de part en part, de façon à faciliter la 
suspension ou la monture du cachet. 

Sur la face plate est gravée, très finement, dans un enca- 
drement elli[)ti(jue, une représentation figurée, surmontant 
une inscription de deux lignes en caractères phéniciens. 

La représentation figurée consiste dans une ur;eus de style 
égyptien, coiiïée du pschent et munie de quatre ailes, dont 
deux relevées et deux abaissées. Ce symbole rappelle celui de 
la déesse Ouadji, à la double couronne, adorée dans la 
Basse Egypte. 

La légende est gravée à l'envers, comme sur la plupart de 
ces gemmes destinées à fournir des empreintes sigillaires. 

'9- 



— 27G — 
Elle se lit sans clillirulté : 

A Elichama% fils du roi. 

Les caractères phéniciens ont tout à fait l'aspect de ceux 
des vieilles inscriptions Israélites, particulièrement des lé- 
gendes de cachets semblables à celui-ci et ayant notoirement 
appartenu à des Israélites adorateurs de Jéhova, comme en 
fait foi l'étymologie même des noms théophores de leurs pos- 
sesseurs. Le nom à'EUchamd (t^El a entendu 55), que nous 
avons ici, n'est pas aussi nettement spécifique, le culte du 
dieu El n'appartenant pas en propre aux Israélites, comme 
celui de Jéhova, et ayant existé dans d'autres branches de la 
famille sémitique. Cependant, il faut remarquer que le nom 
d'Elichama' paraît avoir été très populaire chez les Israélites 
et est porté par plusieurs personnages bibliques. L'onomas- 
tique, comme la paléographie, nous invite donc à attribuer 
au possesseur de ce cachet une origine Israélite. L'existence, 
sur ce petit monument, d'une représentation symbolique em- 
pruntée au panthéon égyptien, n'est pas une objection contre 
celte conclusion. Nous avons déjà relevé plus d'un exemple de 
ce fait sur les intailles gravées au nom de personnages dont 
l'origine Israélite est indubitable. 

M. Sayce, qui a eu occasion d'examiner à Jérusalem le 
monument original et lui a consacré une courte notice dans 
le journal The Academy ^^\ n'hésite pas à le reconnaître comme 
israélite. Il va même plus loin. S'appuyant sur l'existence du 
titre àQfils du roi, que prend notre Elichama'' sur son cachet, 
il ne craint pas de l'identifier avec Elichama', père de Netha- 
niah et grand-père d'Ichma^el, dont il est question à deux 

'" 9 nont 1890. 



I 



— 277 — 

reprises dans la Bible (II Rois, xxv, ab; Jérémiv, xli, i ). Cet 
Ichma'el, petit-fils d'Eiichama', était à la tête des dix conjurés 
qui assassinèrent Gcdaliah, préposé au gouvernement de la 
Palestine par le roi de Babyione Neboukadnelzar, après la 
prise de Jérusalem, et résidant à Miçpah. Il est dit être de 
race royale (nDi^Dn yiîD). 

Le rapprochement de M. Sayce est tentant à première vue. 
Cependant, j'ai quelque peine à l'admettre. Je ne crois pas 
que sur ce cachet la qualification de Jlls du roi attribuée à 
Elichama' veuille dire que ce personnage était réellement de 
race royale. Dans ce cas, le nom même du roi son père au- 
rait été certainement donné. Cette qualification abstraite et 
absolue de fils du roi doit être considérée comme un titre 
purement honorifique, indice de certaines fonctions d'un 
ordre déterminé. Nous rencontrons plusieurs fois dans la 
Bible des personnages qui, comme notre Elichama\ ont porté 
ce titre de «fils du roi 55, bcn ham-melek , et qui, pas plus que 
lui, n'étaient apparentés au roi. C'étaient simplement des 
fonctionnaires ou des magistrats chargés d'exécuter les ordres 
royaux. C'est probablement dans le monde araméo-assyrien 
qu'il faut chercher l'origine de cette qualification de nature 
strictement administrative. Les collecteurs d'impôts et les 
percepteurs d'amendes, agissant au nom du roi, portent sur 
plusieurs tablettes bilingues pul^liées dans le Corpus mscrip- 
tionum semilicarum l'équivalent exact de ce même titre, Jils du 
roi : harmalka, en araméen; ablou sarri, en assyrien. 

Il ne faut donc pas voir autre chose dans ce titre de fils 
du roi pris par Elichama*" sur son cachet. C'est tout à fait le 
pendant du titre de «serviteur du roi», cbcd ham-melek, 
qui accompagne le nom d'O'badyahou sur un autre cachet 
Israélite archaïque que j'ai eu l'occasion d'étudier autrefois^''. 

O Clernioiit-Ganneau , Recueil ci' archéologie oricntah , F, .S8. 



— -278 — 

Notre Elichama' n'étant pas d!e race royatc, le principal 
argument de l'infjénieuse identification de M. Sayce disparaît. 
JNous trouvons dans la Bible, pour ne parler que de l'époque 
à laquelle nous reportent les vraisemblances paléographiques, 
deux personnages qui pourraient tout aussi bien, peut-être 
même mieux à certains égards, que le grand-père de l'assassin 
de Gedaliah, prétendre à cette identification : c'est Elicliama'. 
sopher ou scribe du roi Yehoyakim [Jérémie, wxvi, 12), et 
Elichania\ prêtre contemporain de Josaphat, chargé par ce 
roi d'une mission de propagande dans le royaume (II Cliro- 
niques, xvii, 8). Je n'ai pas besoin de dire que je crois prudent 
de garder une grande réserve à cet égard, d'autres person- 
nages sur lesquels l'histoire biblique est muette ayant dû 
certainement porter le nom d'Elichama', et ayant pu être 
chargés de fonctions comportant le titre de fils du roi. 

J'ajouterai que ce même nom d'Elichama' se lit sur une 
autre intaille hébréo-phénicienne de jaspe rouge, conservée 
au Brkish Muséum. C'est le cachet d'une femme, EUsiggcb, 
fille d'Elichama. La légende est, ici aussi, accompagnée d'une 
scène religieuse empruntée au culte égyptien. 

II 

La seconde intaille appartenant à M. Clark est indiquée 
par lui comme trouvée à Jérusalem même , sur la colline dite 
(ÏOpliel, tout près, par conséquent, de l'emplacement de 
l'ancien Temple. Elle ressemble à la précédente par la forme 
et la matière; seulement la pierre est veinée de rouge. Sur 
le plat sont gravées, à l'envers, dans un encadrement elliptique 
formé d'un double trait, deux lignes de caractères hébréo- 
phéniciens. Les deux lignes sont séparées par deux traits 
parallèles, divergeant à droite et à gauche, et dont les quatre 
extrémités, recourbées deux par deux en sens inverse, se ter- 



— -279 — 

rainenl par ([iiatre pommes de grenade. La légende n'est ici 
accompagnée d'aucune représentation figurée. Elle se lit ainsi : 

A Remalyaliou. fils de INeryahou. 

Ces deux noms théophores, composés l'un et l'autre avec 
l'élément divin Yaliou, abréviation bien connue du nom de 
Jéhova dans les combinaisons onomastiques, révèlent deux per- 
sonnages spécifiquement Israélites. L'aspect paléographique des 
caractères est complètement d'accord avec cet indice décisif. 

Le nom de Neryahou, soit sous la forme exacte qu'il a ici, 
soit sous la forme plus abrégée Nenjah ('^''"i^), se retrouve 
dans la Bible comme nom du père du prophète Baruch. On 
l'explique généralement par lucerna Jovœ. 

Celui que ie lis provisoirement Remalyaliou, pour me con- 
former à la tradition, est également biblique. Il a été porté 
par le père du roi d'Israël , l'usurpateur Pekah , qui est sou- 
vent même appelé tout court le fils de Remalyahou^^K II s'est 
déjà rencontré sur un autre cachet du Musée de Berlin, in- 
scrit au nom de Neehabat , Jille de Remalyaliou. 

Ce cachet, dont voici une empreinte, présente avec celui de 
M. Clark de frappantes analogies paléographiques. La légende 
y est, en outre, séparée par un double trait parallèle, agré- 
menté de trois petites boules qui rappellent les pommes de 

") Le même nom de Pekali existe sur une inlailli" liéljréo-phéiiicieiine que 
j'ai refucillie il y a plusieurs années à Naplouse et publiée dans mes Sceaux et 
cachelu maéliten , etc., p. i5, n" 5.' 



— 280 — 

grenade signal(ies tout à l'heure. Il ne serait pas impossible» 
vu ces diverses alîinités, que les propriétaires de ces deux 
cachets eussent appartenu à la même famille. 

L'inlaille de M. Clark pose à nouveau, et très catégorique- 
ment, une question que j'avais déjà cru devoir soulever l'année 
dernière à mon cours du Collège de France, à propos de 
l'intaille de Berlin. J'avais constaté que, sur cette dernière 
gemme, la première lettre du nom lu Remalyahou avait plutôt, 
avec sa queue très courte, l'apparence d'un daleth que celle 
d'un resch. Je m'étais, par suite, demandé s'il ne conviendrait 
pas de modifier la lecture Remahjahou en Bemahjaliou, et si 
même, chose plus grave, la leçon biblique, reçue jusqu'ici sans 
conteste, ne devait pas subir la même modification, la confusion 
entre le daleth et le resch étant très fréquente dans le texte 
biblique. Je m'étais borné à signaler cette possibilité, sans y 
insister, parce qu'elle ne s'appuyait, on somme, que sur un 
exemple unique et discutable. Or, le cachet de M. Clark pré- 
sente pour ce nom la même particularité; et, cette fois, le 
doute n'est pas permis , car nous avons pour contrôle le resch 
certain du nom de Neryah, qui, avec sa longue queue, dif- 
fère nettement de la première lettre du nom controversé. Cette 
lettre à queue courte ne peut être qu'un daleth, et, par con- 
séquent, il faut lire ici Demalyahou et non Remahjahou. Il en 
résulte une confirmation de la rectification conjecturale que 
j'avais proposée pour la lecture de ce même nom gravé sur le 
cachet du Musée de Berlin. L'hypothèse que j'avais émise sur 
le nam biblique de Remahjahou s'en trouve aussi sensiblement 
fortifiée. La leçon est ancienne, assurément, puisque la ver- 
sion des Septante transcrit déjà par PofzeX/a? le nom du père 
du roi Pekah; mais cette ancienneté relative n'est pas une 
garantie de correction; d'autant plus qu'il s'agit d'un nom de 
formation très obscure, le lexique hébreu n'ayant pas de 
racine ramai a laquelle l'on puisse rattacher l'élément, verbal 



— 281 — 

ou autre, qui, combiné avec le thème divin yahou, aurait donné 
naissance à ce nom propre. Il est vrai que le lexique hébreu 
ne possède pas davantage de racine damai. C'est aux langues 
congénères, notamment à l'arabe, qui a recueilli tant d'épaves 
du fonds commun sémitique, qu'il faut recourir dans l'un 
comme dans l'autre cas. Il n'est peut-être pas inutile de rap- 
peler à ce propos que le roi usurpateur Pekah et, à plus forte 
raison, son père semblent avoir été originaires du pays de 
Gilead, confinant à Baslian, à xl'mmon, occupé autrefois par 
les Atmorites et où l'on pouvait parler un dialecte différant 
de l'hébreu. 

Quoi qu'il en soit, l'on peut dire que la lecture Demahjahou 
a maintenant pour elle deux exemples épigraphiques indé- 
pendants, de beaucoup antérieurs au texte hébreu que les 
Septante p.ouvaient avoir sous les yeux. C'est suffisant, je 
crois, pour nous autoriser à mettre au moins en observation la 
graphie biblique liemahjahou , admise jusqu'ici sans objection. 

m 

La troisième intaille dont M. Clark m'envoie l'empreinte 
provient, me dit-il, d'Ascalon. La pierre est une espèce de 
calcaire gris; elle est taillée en forme de scarabéoïde. Sous le 
plat est gravé, avec beaucoup de soin, un griffon ailé, hié- 
racocéphale, coiffé du pschent et passant à droite, de style 
franchement égyptien. Au-dessous, une hgne de beaux carac- 
tères phéniciens gravés à l'envers : 

A RamaS 

Ce nom est tout à fait nouveau dans l'onomastique sémi- 
tique Il ne se rattache à aucune rarin<' connue dans le 



— 282 — 

lcxi([uo de l'hébreu biblique. On pourrait lui en trouver dans 
ceux des idiomes congénères. Il est possible aussi, si l'on doit 
faire entrer la provenance en ligne de compte, que nous ayons 
affaire à un nom philistin. En tout cas, la lecture matériclb> 
de ce nom énigmatique ne prête à aucun doute. 



APPENDICE K II. 



uapl'ort du secrétaire l'eupetuel de l'académie des inscriptions et belles- 
lettres sur les travaux des c05imissi0ns de publication de cette aca- 
demie pendant le premier semestre de 1892, lu le l5 juillet l8ç)-2. 

Messieurs , 

Le Co)'pus inscriptionum semiticamm figure eu première ligne sur le 
tableau de nos dernières publications. 

Le 2' fascicule du tome I" des Inscriplioiis himyarites vient de paraître. 

Le 9° fascicule du tome II des Inscriptions araméennes et le 2' fascicule 
du tome II des Inscriptions phéniciennes, ce dernier comprenant la fin 
des inscriptions trouvées par M. de Sainte-Marie a Carlhage , sont assez 
avancés pour cj[ue les éditeurs espèrent les publier avant la fin de l'année. 

Le recueil des Notices et extraits des manuscrits nous a donné un 
volume, la 1" partie du tome XXXI V. La seconde partie est commencée 
avec une notice de M. Gh.-V. Langlois, Formulaires de lettres des xii% 
Mil' et xiv' siècles. 

Nos grandes collections in-folio sont aussi à la veille de s'accroître : 

Historiens des Croisades : 1° Occidentaux. Tout le texte du tome V 
est tiré. La copie de la table des matières a été remise à l'Imprianerie. 
On s'occupe de la préface ; 

2° Arméniens. Le texte presque entièrement tiré; la table à l'Imprime- 
rie; la préface en préparation; 

3° Arabes. J'ai dit dans mon dernier rapport que notre confrère 
M. Barbier de Meynard en commençait un quatrième volume avec la 
chronitpie arabe d'Abou Chaîna intitulée : f^Les deux Jardins. 'i La 
collation des quatre copies principales de cette cluonique est terminée. 



— 283 — 

liinpressioii commeiKît'e ( 1 4 cahiers) el la Iraduclion française presque 
achevée. 

Historiens de France, tome XXIV. 77 cahiers sont tires; les pla- 
cards 596-633 sont en ('])reuves. 

J'espérais que l'Académie aurait pu dans ce dernier semestre livrer 
au public le lome XXXI V, impartie, de nos Mémoires, dont je vous 
annonçais le prochain achèvement. Le rapport de M. Menant, qui le 
devait finir, lui a demandé un supplément de recherches. Pour n en pas 
retarder plus longtemps la publication, ce mémoire a été reporté au 
volume suivant et remplacé immédiatement par trois autres de 
MM. Viollet, Edm. Le Blant et Siméon Luce, qui sont dès à présent tirés 
ou en étal de l'être : avant un mois le volume aura paru. 

Je n'en puis dire autant du tome X, 1" partie, du recueil des Savants 
étrangers. Avec le mémoire qui paraissait en mesure de l'achever, il ne 
compte que lii feuilles. Il faut attendre qu'un dernier mémoh-e vienne 
lui donner sa juste étendue. 

Le tome XXXI de ÏHistoire littéraire de la France ne tardera pas à 
paraître; l'impression de la table en ajourne seule la publication. 

Les Œuvres de Borgltesi ont très heureusement repris place dans le 
rapport semestriel de nos travaux. Ce ne sera plus pour longtemps 
désormais; le mémoire des Préfets du Prétoire, d'Auguste â Constantin, 
doit marquer le ternie de la publication que l'Académie a tenu h 
honneur d'achever, -et la (in de la copie est aujourd'hui sous presse. 

H. WALLON, 

Secrétaire perpétuel. 



— 28/i 



IJVRES OFFERTS. 



SEANCE DU l"'' JUILLET. 



Sont offerts : 

Exposition universelle internationale de 188 g, à Paris. Rapport gèlerai , 
par M. Alfred Picard, t. VI (Paris, 1892, gv. in-8"); 

Cimetière d'Herpès, fouilles et collection Ph. Belamain, 96 planches 
( annexe au Bulletin de la Société archéologique et historique de la CÀarente, 
1890-1891). 

M, DE Barthélémy jirësente deux ouvrages de la part des auteurs : 

1° Liste des grands prieurs de Borne de l'ordre de l'Hôpital de Saint- 
J cau-de- Jérusalem , par M. J. Delaville Le Roulx (Rome, 1892, in-8°). 

cfLes possessions de l'Ordre de Saint- Jcan-de-Jérusalem, en Italie, fuirent 
partage'es à dater du premier tiers du xiii' siècle en sept grands prieure's 
qui formaient la langue d'Italie. Le prieuré de Rome, dont M. Delaville 
Le Roulx a clierclié à retrouver les titidaires, existe encore par le fait 
aujourd'lmi, mais l'auteur n'a pas voulu de'passor l'anne'e iSyi, date de 
la bataille de Lépante. Cette liste, par suite de la disparition des archives 
du prieure de Rome , n'était pas facile à dresser : il fallait chercher un peu 
partout et encore on n'était pas certain de ne pas laisser cpielque nom 
caché dans un document d'archives encore h retrouver. M. Delaville Le 
Roulx me paraît avoir accompli aussi bien que possible la lâche qu'il 
s'était imposée et on doit lui savoir gré de la patience qu'il a eue à faire 
cette liste , dont il a désiré que je fisse hommage en son nom à l'Aca- 
démie, n 

2° Etudes de numismatique, par M. J. -Adrien Blanchel (Paris, 1892, 
in-8"). 

rf J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom de l'auteur, un volume 
dans lequel il a réuiii les dissertations numismatiques publiées par lui 
dans divers recueils ; ce volume est un tome P^ qui , grâce à l'activité de 
l'auteur, sera sans trop attendre suivi d'un tome IL A ce moment 
j'espère que M. Blanchet pensera à faire une table analytique des ma- 
tières, car il touche à tant de sujets que ses lecteurs lui sauront gré 
de faciliter leurs recherches. Sur les vingt-deux articles qui forment 
ce premier volume, il s'en trouve deux parfaitement inédits: l'un sur 



— 285 — 

une affique du xv' siècle du musée de CopenhajOue, qui, dans son orne- 
mentation, reproduit les instruments des monnayers; l'autre sur la 
monnaie qui jiortait le nom de pite ou pongeoise. Jusques h ce jour on 
avait négligé de tenter une monographie de celte monnaie de très minime 
dimension, qui paraît, par son nom, avoir été créée par les comtes de 
Poitou. La pite était ia moitié de l'obole, avec laquelle elle est souvent 
confondue, et par consétpient le quart du denier. M. Blanchet s'est appli- 
qué à relever les textes mentionnant l'emploi des pites, h rechercher les 
provinces dans lesquelles ii en avait été frappé, ainsi que celles où leur 
cours légal est constaté. Dans cette numismatique du moyen âge , qui 
offre encore tant de détails à élucider, M. Blanchet a su combler une 
lacune, n 

M. le marquis d'Heuvei-Saint-Denys a la parole pour un hommage : 

ffj'ai riionneur d'offrir à l'Académie, de la part de M. AbelDes Michels, 
le deuxième fascicule des Annales impériales de l'Annam, qu'il vient de 
publier. 

ffLe prix Stanislas Julien fut décerné il y a deux ans h M. Des Michels 
lorsqu'il fit paraître la première partie de cet important travail. Il pour- 
suit, sans ralentir, la tache qu'il a entreprise avec un zèle et une activité 
dont il y a lieu de le complimenter, t) 

M. Heuzey a la parole pour un hommage : 

ffj'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom de M. Maxime Collignon, 
professeur adjoint à la faculté des lettres de Paris, le premier volume de 
son Histoire de la sculpture grecque (Paris, 1899, \i\-k°). L'ouvrage 
entier devant former deux volumes, celte première moitié embi-asse les 
origines de la sculpture en Grèce, les maîtres primitifs, ce que l'auteur 
appelle l'archaïsme avancé , enfin les grands maîtres du v" siècle , y com- 
pris Phidias , dont l'œuvre personnelle est seule étudiée ici , tandis que 
les grands travaux décoratifs qu'il a dirigés, frontons, métopes et frises 
du Partliénon, trouveront place dans le second volume. 

ffPuen que l'énumération des grandes divisions du livre montre le 
haut intérêt et la variété des études rassemblées dans cet in-^" compact 
de 569 pages, où presque toutes les œuvres décrites sont en outre repro- 
duites dans le texte. J'ajouterai que M. Collignon, dans ses nombreux 
travaux, s'étant toujours tourné de préférence vers l'étude de la grande 
sculpture grecque, ])ersonne mieux que lui n'était en situation de nous 
donner une pannllo histoire, «[ui, sous cette forme condensée et cepen- 
dant assez complète pour no rien omettre d'important, manquait encore 
à notre littérature. 



— 28G — 

rfLe travail de reconslriiclion qui s'eiïorce de reconsliluer l'iiisloirc de 
la sculplnro grecque est, on peut le dire, une des grandes oMivres collec- 
tives (le notre temps. Si ce siècle ne Tachève pas, il la lc'<>;uera du 
moins fort avancée au siècle prochain. On compte par milliers les livres, 
les monographies, les articles (|ui, avec des vues souvent (Hvergentes, 
concourent joiirnellcriient au but commun. Puis interviennent les grandes 
fouilles, ([ui comblent très inégalement, au hasard des découvertes, les 
lacunes de cette histoire; mais, la plupart du temps, (^lles mettent au 
jour des fragments anonymes, des œuvres d'école et d'atelier, et les 
moiiumenls où l'on reconnaît directement la main des maîtres, comme 
la Victoire de Pfconios et l'Hermès de Praxitèle, restent dos exceptions. 

rr Au milieu de ce mouvement, où les éléments d'information ne cessent 
de se multiplier, il est utile de s'arrêter par instants pour mesurer la 
route parcourue et rassembler les résultats acquis. Le moment où paraît 
le volume de M. Collignon répond très bien à l'une de ces haltes néces- 
saires. Trois séries de découvertes ont en effet singulièrement développé, 
dans ces dernières années , et même renouvelé en partie notre connais- 
sance de la sculpture greccpie. Les monuments mycéniens sont venus 
donner à l'art des Hellènes une première et brillante enfance, dont nous 
étions loin de soupçonner la valeur. Les fouilles de Délos et celles de 
l'Acropole d'Athènes ont en même temps élargi, dans des proportions 
inespérées, nos informations sur la sculpture archaïque, et les dernières 
y ont ajouté des documents précieux sur la polychromie des statues. 
Enfin les fouilles d'Olympie nous ont fait connaître tout un grand 
ensemble de décoration sculpturale, antérieure à la décoration du Par- 
thénon, et produite dans un milieu péloponnésien assez différent. La 
principale nouveauté et l'un des mérites de l'ouvrage de M. Collignon est 
d'avoir fait rentrer dans les cadres antérieurs, avec beaucoup de justesse 
et de sûreté de main, ces nouvelles séries de monuments et d'eu avoir 
tiré les conséquences générales qu'elles comportent. 

rrDans ce rapide exposé, je ne saurais rendre compte des opinions 
adoptées par l'auteur au sujet de chaque école et de chaque maître; 
mais je tiens à louer la construction même du livre, qui m"a paru simple 
et forte. Tous les chapili'os eu sont bien liés et se répondent comme les 
parties d'un raisonnement. On y suit clairement la formation et le déve- 
loppement parallèle des écoles, en mesurant l'action de chacune d'elles 
dans la marche générale de l'art. Ce n'est pas simplement une succession 
d'études sur la sculpture grecque : nous en avons véritablement l'histoire. 
Certaines parties, comme l'étude sur les écoles des îles, qui servent de 



— 287 — 

Iransition eiilre Tavl tle la Grèce asiatique et celui de la Grèce conlineh- 
lale, donneul à l'ensemble une remarquable cohésion. 

fcEn de'piL des opinions déjà émises sur la plupart de ces difficiles 
problèmes, M. Collignou sait prendre un parti, et son choix est toujours 
marqué au coin de la raison et du goût. S'il écarte les hypothèses trop 
aventureuses, il ne se laisse pas non plus dominer par les eireurs tradi- 
tionnelles, acceptées souvent sur la foi même des anciens. Douédun sens 
artiste très droit, il se place en toute circonstance en face de l'œuvre à 
juger, et son appréciation , pour se rencontrer avec des jugements anté- 
rieurement portés, n'en reste pas moins personnelle. Ajoutons que son 
style, sobi'e, tempéré, exempt d'emphase et de faux lyrisme, trouve 
facilement l'expression vive et colorée, qui trahit l'émotion sincèrement 
ressentie. 

ffPour ne citer qu'un exemple de cette indépendance, dans l'étude des 
sculptures d'Olympie, nous trouvons résolument infirmés les renseigne- 
ments sm- lesquels Pausanias attribuait l'un des frontons à Pœonios, 
l'autre à Alcamène. Frappé de la remarquable unité d'exécution qui 
caractérise toute la décoration sculpturale du temple, l'auleur y voit 
surtout la marque de la grande école péloponnésienne et argienne, à ce 
moment de transition et de force ascendante oii elle se prépare à pro- 
duire Polyclète. En effet, dans une entreprise aussi importante que celle 
delà décoration de l'un des grands sanctuaires de la Grèce, il faut prêter 
une attention très sérieuse à la constitution de l'atelier, ([ui, formé de 
praticiens émérites, a pris en charge l'œuvre commune. C'est une force 
organisée qui imprime au travail un caractère d'ensemble, assez indé- 
pendant parfois des changements qui peuvent survenir dans ie choix 
des artistes dirigeants. 

ffJe dois dire aussi quelques mots des illustrations. Ce n'était pas une 
petite affaire que de publier près de 3oo figures, reproduisant, non pas 
de simples documents archéologiques, mais les chefs-d'œuvre mêmes de 
la sculpture grecque. Deux moyens sont aujourd'hui entre nos mains, 
dont l'un, le report photographique, n'est pas encore arrivé à sa perfec- 
tion, et dont l'autre, le dessin, est plutôt un peu en décadence. L'in- 
convénient de la photographie est d'être capricieuse et d'une sincérité 
parfois brutale. Quant au dessin, tendant de plus en plus au pittoresque, 
il a quelque peine à rendre le caractère et la belle construction des 
modèles anli(|ues. Heureusement que, chez M. (iollignon, l'archéologue 
est doublé d'un artiste, qui a su non seulement choisir mais surveiller les 
mains habiles aux([uclles il a confié ses figures. Sous ce rapj)ort, son 



— 288 — 

Histoire de In sculpture grecque présente une moyenne infiniment supé- 
rieure aux ouvrages du même genre publiés dans ces dernières années, 
surtout à l'étranger, -n 

M. Bréal oiFre au nom de l'auteur, M. A. Roquc-Ferrier, l'ouvrage 
intitulé : Mélanges de critique littéraire et de pliilologie : le Midi de la 
France , ses poètes et ses lettrés de i8jâ à iSqo (Paris et Montpellier, 
1899, in-S"). 

ffLe livi'e de M. Roque-Ferrier, qui ne contient pas moins de 
195 notices ou articles, donne un tableau animé et intéressant de la 
vie littéraire dans le Midi moderne.') 

M. Delisle présente une Etude sur le Liber censuum de l'Eglise romaine , 
par M. Paul Fabre (Paris, 1899 , in-S"). 

ffCe travail, qui a été présenté comme thèse à la Faculté des lettres 
de Paris, est, à vrai dire, l'inlroduction du Liber censuum que M. Paul 
Fabre publie dans la Bibliothèque des Ecoles françaises d'Athènes et de 
Rome , et dont le mérite a été précédemment signalé à T Académie. 

(fLe succès qu'il a obtenu est pleinement justifié. Les questions que 
l'auteur a traitées sont résolues d'après des documents authentiques, 
patiemment recueillis et interrogés avec une remarquable perspicacité. 

(tM. Fabre a dû traiter deux sujets distincts, qu'il a rais en pleine 
lumière. Les résultats auxquels il est arrivé sont hors de toute contesta- 
tion. 

tf D'une part, il a fait l'histoire des cens dus au saint-siège, ce qui 
revient à l'histoire du droit de propriété et de protection que les sou- 
verains pontifes ont eu ou prétendu avoir sur beaucoup d'églises des 
différents pays de la chrétienté. Le registre que le camérier Cencius a 
rédigé en 1 1 99 a ser\d de point de départ à ses recherches; mais pour 
remonter à l'origine des cens et pour en reconnaître le caractère , il a dû 
recourir aux archives de beaucoup des églises assujetties au paiement 
des cens. 

ff D'autre part, il a tiré un tel parti de l'examen comparatif des 
différentes copies du registre de Cencius, qu'il était indispensable de 
faire l'histoire de ces copies et d'en étabhr la filiation. Cette partie de la 
tâche assumée par M. Fabre présentait de grosses difficultés. Elles ont 
toutes été surmontées avec bonheur; chacun des exemplaires du registre 
de Cencius a été rigoureusement classé à la place qui lui convient. Le 
résultat le plus importanl du classement a été la découverte du manuscrit 
original de Cencius, qui est incontestablement le numéro 8i86 du Va- 
tican. 



~ i>8y — 

crGrâce aux dludes de M. Fabre, ie Liber censuum pourra désormais 
être consulté sans peine et avec beaucoup de profit pour beaucoup de 
questions d'histoire politique et religieuse du moyeu âge. Nous devons 
former des vœux pour voir se poursuivre rapidement l'édition de ce 
document, dont tous les détails sont commentés par M. Fabre avec 
l'érudition et la critique dont chaque page de l'inlroduction porte 
l'empreinte. 5> 

M. Delisle présente encore : 

1° Les métiers de Blois , documents recueilUs et publiés p.ir M. Alfred 
Bourgeois, 1. 1 (Blois, 1899 , in-8°, formant le volume Xlll des Mémoires 
de la Société des sciences et lettres de Loir-ct-Cker) , recueil de documents 
de toute espèce, faisant connaître l'organisation des corporations d'arts 
et métiers à Blois dans ks trois derniers siècles; 

2° Documents pour servir à l'histoire des domiciles de la Compagnie de 
Jésus dans le monde entier de ibâo à i']']S , cojlationnés par le P. Alfred 
Hamy (Paris, in- 4°), nomenclature utile, non seulement pour l'his- 
toire de la Compagnie de Jésus, mais encore pour lùlentitication de 
beaucoup de localités désignées sous un nom latin dans les documents 
du xvn' et du xvui' siècle. 



SEANCE DU O JUILLET. 

Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau te deuxième fascicule 
des Comptes remlus des séances de l'Académie pondant l'année 1892, 
mars-avril (Paris, 1892, ia-8°). 

Sont encore offerts : 

Découverte d'une relique faisant partie des dépouilles de Constauti- 
nople apportées en Occident à la suite de la croisade de 120a, par 
M. G. Sclduniberger, membre de l'Institut (Caen, 1892, in-8°); 

Une monnaie d'or byzantine inédite, par le même (Paris, 1892 , in-8°, 
extrait de la Revue numismatique); 

L'oJJiciwn roharie ou l'ojftce de la piraterie à Gênes au moyen âge, par 
M. L. de Mas Latrie, menibre de l'Institut (Paris, 1892, in-8°, extrait 
de la Bibliothèque de l'Ecole des chartes); 

Archminn domu Sapiehôw wydane staraniem rodziny, t. I, Lisly z lat 
i5-j5-i6oG, par le D' A. Prochaska (Lemberg, 1892, in- 4°); 

Etudes et recherches, IV : le collège de Vitry-le-François et la poésie 
latine, j)ai' M. Ernesl Jovy ( ViJry-h'-François, 1892, in-S"). 

xx. ao 



— 290 — 

M. Oppert a la parole poui- un liommage : 

(rj'ai l'honneur de présenter à TAcadémie le travail inlilulé : Die 
hitlifischen hischriflcn, par M. F.-E. Peisor (Berlin, 1892, in-8°). 

frL'auleur, déjà très favorablement connu ])ar des publications trt's soi- 
gnées des textes juridiques du musée de Ikrliii, sVst occupé, dans colle 
œuvre détaillée, du déchiffrement d'inscriptions mystérieuses, qu'avec 
une grande vraisemblance on attribue au peuple syrien nommé les 
Hittites. On sait que ces textes sont écrits dans un système qui rappelle 
à la fois les hiéroglyphes d'Kgypte et les monuments katoimiques du Nou- 
veau Monde. Personne n'a encore abordé ce sujet avec l'esprit scienti- 
fique et le système méthodique qui distinguent le travail du jeune 
savant de l'Académie de Breslau. Il établit avec une grande probabilité 
que la langue de ces documents n'est ni sémitique ni arienne , mais doit 
appartenir à la famille des langues agglutinantes, et qu'elle a, comme 
le sumérien, une affinité indéniable avec les idiomes turcs. Co fait 
prouve donc l'existence d'une civilisation altaïque en Syrie à des temps 
reculés. Il établit définitivement une liste de trente lettres simples, de 
dix-sept syllabes complexes et de vingt-un idéogrammes. Quoiqu'une 
partie de ces signes fussent déjà dégagés, grâce surtout aux travaux de 
M. Sayce, M. Peiser rectifie plusieurs erreurs de déchiffrement que le 
savant anglais et ses disciples avaient commises. 11 corrige quelques 
confusions de signes qui se ressemblent, mais qui sont loin d'être iden- 
tiques, tels que dieu et ville. M. Peiser s'occupe successivement des textes 
de Hamath, Jerablous, Marrasch, Samsat, Balamaka, Andoval, Bar, 
Ibriz et d'autres. La base du déchiffrement repose sur la discussion des 
cachets de Tarkundennas et de Sabakon, la discussion des noms contenus 
dans les textes de l'Egypte et de l'Assyrie : M. Peiser tente sur ces bases 
et d'après de savantes combinaisons la traduction au moins partielle de 
quelcp^ies textes de Jerablous. Le manque de documents bilingues rend 
nécessairement le déchiffrement incomplet et incertain dans beaucoup de 
cas, et les dilBcultés que M. Peiser et ses collaborateurs ont à vaincre 
sont considérables à l'heure qu'il est, mais nous pouvons avec confiance 
féliciter le jeune savant d'avoir fait un pas notable vers la solution de ce 
problème intéressant, -n 

M. DE Barthélémy présente Le monogramme du Christ et la croise sur 
les monnaies mérovingiennes, par M. Maurice Prou (Bome, 1892, in-b", 
extrait des Mélanges G.-B. de Rossi). 

pt Cette étude numismatique, dont M. Prou est l'auteur et qu'il m'a 
chargé d'offrir à l'Académie, est un chapitre du travail d'ensemble qu'il 



— 291 — 

publie et qui comprendra l'inventaire méthodique de la collection méro- 
vingienne du cabinet des médailles de France. Ce chapitre a paru dau3 
les Mêlang-es publiés à Rome par M. de Rossi. 

ffEn rapprochant et comparant, parmi un grand nombre de pièces, 
la représentation du monogramme du Christ et les différentes formes de 
croix, M. Prou arrive à proposer un système de classement chrono- 
logique qui paraît très admissible. Déjà M. Le Blant, eu étudiant les 
sarcophages , avait posé quelques jalons , mais les sarcophages n'offrent 
pas aulant de matériaux d'étude que ces monnaies; celles-ci donnent, 
d'ailleurs, des dates plus certaines. Il est curieux de constater les formes 
qui sont produites par la dégénérescence des types primitifs. On peut 
dire que maintenant la numismatique mérovingienne, comme la numis- 
matique gauloise, est entrée dans une période d'étude crilique qui pro- 
duira des re'sultats importants au point de vue historique et archéo- 
logique. 

M. l'abbé Ddchesne oiïre à l'Académie le dernier fascicule de sa 
publication intitulée : Liber ponttfcalis (^Vavis, 1892 . in-4°). 

M. DE RoziîîRE présente, de la part de l'auteur, M. Tamizey de Lar- 
roque, correspondant de l'Académie, un opuscule intitulé : Jules Delpil. 
Notes biographiques et bibliographiques (Périgueux, 1892, in-8", extrait 
du IhiUetin de la Société hisloriq^ie et archéologique du Périgord). 

M. DE RoziÈRE offre ensuite une publication dont il est l'auteur : 
L'assise du bailliage de Senlis en iSào cl i8ài (Paris, 1892, in-8°, 
extrait de la Nouvelle revue historique de droit français et étranger^ 

M. DE LA BoRDERiE présente un mémoire offert à l'Académie par 
M. René Merlet, archiviste adjoint d'Eure-et-Loir, et intitulé : Guerre 
d'indépendance de la Bretagne sous Nominoé et Erispoé (8ât-85i) (Vannes, 
1891, in-8"). 

ffDans celte étude, M. Merlet s'est servi très habilement des chartes 
et diplômes du règne de Charles le Chauve pour reclifier et pour éclair- 
cir des dates et des faits reste's douteux, incertains, ou mal présentés 
jusqu'à présent dans les historiens bretons. M. Merlet prouve, entre' 
autres choses, par ce moyen, que la grande bataille gagnée le 22 août 
85 1 sur Charles le Chauve par le roi breton Erispoé, et qui assura défi- 
nitivement l'indépendance de la Bretagne, fut livrée eu Anjou, c'est-à- 
dire sur le territoire gallo-frank de Charles le Chauve envahi par les 
Bretons, tandis que plusieurs liistoriens la plaçaient en Bretagne, à 
l'ouest de la Vilaine (près de Peillac), ce qui altérait notablemeat le 
caractère de l'événement. En somme, le mémoire de M. René Merlet 

20. 



202 

est un fravail qui se recomiiiandc à la fois par la nelleté de sa méthode 
et l'exactitude de sa criti<[uo. r, 

M. Delisle présente La collection Spitzer, t. IV (Paris, 1892 , in-fol.). 

«•Ce volume, publié avec le m^^me soin et le même luxe que les pré- 
cédents, est consacré aux faïences italiennes, lnspano-mauros([ues et 
orientales, à la sculpture, aux ])laqucttes et médailles et à la dinanderie. 
Il est tout entier l'œuvre de M. Emile Molinier, sauf la notice de la sculp- 
ture, qui est due à M. Wilhelm Bode.« 



SÉANCE DU l5 JUILLET. 

Le Secrétaire perpétdel présente, poiu* M. d'ARBois de Jdbainville et 
au nom de l'auteur, M. Arsène Tbévenot, une brochure intitulée : tphémé- 
rides communales (Ai'cis-sur-Aube, 1892, in-8"). 

Sont encore offerts : 

De S. Isaaci Ninivttœ vila, scn'ptis et doctrinu. Dissertation potir le 
grade de docteur en théologie près lUniversité catholique de Louvain, par 
M. Jean-Baptiste Chabot (Louvain, in-8°); 

Carreaux vernissés découverts aux Châtelliers , près de Saint-Maixent 
[Deux-Sèvres), par M. le capitaine Espéraridieu (Paris, 1892, in-B", 
extrait du Bulletin archéologique) ; 

Register zu den Bdnden 111. bis 120. der Sitzungshenchte der philo- 
sophisch-historischen Classe der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften , 
XII (Vienne, 1890, in-8°); 

Sitzungsberichte der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften. Philo- 
sophisch-historische Classe, t. CXXIV et GXXV (Vienne, 1891 et 1892, 
in-8°); 

Archiv fur ôsterreichische Geschichte, t. VII, 2' partie (Vienne, 1891, 
in-8"). 

M. l'abbé Dichesne présente un volume intitulé : La Mamfaclure 
nationale des Gobelins , par M. E. Gerspach, administrateur de la manu- 
facture (Paris, i892,in-8°). 



SEANCE DU 22 JUILLET. 

Le Secrétaire perpétuel présente, au nom de l'auteur : M"" Roland, 
d'après des lettres et des manuscrits inédits, par M"' Clarisse Bader (Paris, 
i892,in-8°, extrait du Correspondant). 



— 293 -^ 

Sont encore offerts : 

Las belhados de Leytouvo (Les veillées de Lecloure) , [)?œ M. Alcée Dur- 
rieux (Paris, 1899, in-8°); 

Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie 
de Genève, tome IIL livraison 2 (Genève et Pai-is, 1892 , in-8°). 

^I. Delisle offre, de la part des auteurs : 

Anthologie populaire de l'Albret (sud-ouest de l'Agenais ou Gascogne 
landaise), par l'abbé Léopold Dardy. t. I et II (Agen, 1891, 2 vol. in-8°); 

Lettre grecque sur papyrus émanée de la chancellerie impériale de Con- 
stantinople , conservée aux Archives nationales , publie'e avec fac-similé par 
.M. H. Oniont (Paris, 1892 . in-8°, extrait de la Revue archéologique); 

Le glossaire grec de Du Cange. Lettres d'Anisson à Du Gange relatives 
à l'impression du glossaire grec {1682-1688) , publiées par le même (Pa- 
ris, 1892, in-8°, extrait de la Revue des études grecques); 

Essai sur les débuts de la typographie grecque à Paris (lôo'j-iôiô) , 
par le même (Paris, 1892 , in-8°, exU-ait des Mémoires de la Société de 
l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France) ; 

Les manuscrits grecs datés des xv" et xvi' siècles de la Bibliothèque na- 
tionale et des autres bibliothèques de France, par le même (Paris, 1892, 
in-8°, extrait de la Revue des Bibliothèques); 

Bordeaux. Aperçu historique , sol, population, industrie, commerce, ad- 
ministration. Publié- par la municipalité bordelaise (Paris et Bordeaux, 
1892, 2 vol. in-/i° avec un album ) ; 

Annalli délie épidémie occorse in Italia, dalle prime mcmorie fno al 
ij.So , par M. A. Corradi, vol. Vil (Bologne. 1892 , 1 t. en 2 vol. in-6°); 

Travaux pratiques d'une conférence de paléographie d l'Institut catholique 
de Toulouse, par M. le chanoine G. Douais (Paris et Toidouse, 1892, 
in-8°), édition de trente-huit documents , du xi' au xvi° siècle, dont plu- 
sieurs ont une réelle importance : ce petit recueil a siu^tout le mérite de 
faire connaître certaines chartes conservées en original dans les collec- 
tions de la Société archéologicpie du Midi de la France ; 

Les manuscnts de Dante des bibliothèques de France, par M. Lucien Au- 
vray (Paris, 1892, in-8°, formant le fasc. 56 de la Bibliothèque des 
Ecoles françaises d'Athènes et de Rome), description très soignée d'une 
cinrpaantaine de manuscrits , la plupart conservés à la Biijlioihèqiie na- 
tionale, avec relevés de variantes qui permettront de trouver la place de 
ces textes dans le classement gt'iKÎral des maiinscrits de la Divine Comédie. 

M. DE Iiozù:RE a la ])arole pour un ilouble honuuage : 

trj'ai l'honneur d'offrir à l'Acadéniie, delà part de leurs auteurs, deux 



— 2i;/i — 

iiul)lirati()iis qui roriiienl une conlrihutioii considérabl»- à lliistoire de 
notre ancien droit. 

ffLa première est l'œuvi-e de M. Fagniez, ancien ëlève de l'Ecole des 
chartes et de l'École pratique dos hautes études, ancien archiviste aux 
Ai'clnves nationales, ancien auxiliaire attaché aux travaux de l'Académie, 
qui lui a décerné en 1878 la première médaille du concours des Antiqui- 
tés nationales. Elle porte pour titi-e : Fragment d'un rèperlcrire de jurispru- 
dence parisienne au XV' sikh (Paris, 1891, in-8°, extrait des Mémoires de 
la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France). M. Fagniez s'est in- 
spiré de cette idée parfaitement juste et dont l'évidence n'échappe au- 
jourd'hui à aucun des histoi'iens de notre ancien droit, que c'est dans 
les arrêts et les décisions des juridictions des divei-s degrés. Lien 
plus que dans les ou\Tages de nos anciens jurisconsultes ou praticiens, 
qu'il faut chercher le droit réel et vivant. En conséquence, il a profité 
de son passage aux Archives nationales pour tirer des anciens registres 
d'audience du Châtelet, de plusieurs registres de Conseil du Parle- 
ment et parfois même de quelques mémoriaux de la Chambre des 
comptes, un nombre considérable de décisions (i83) relatives aux prin- 
cipaux points de la jurisprudence parisienne. 11 a fait précéder chacune 
de ces décisions d'une rubrique indiquant le sujet auquel elle se rap- 
porte et les a classées dans l'ordre alphabétique des matières. C'est là 
ce qui explique le litre de Hépertoire qu'il a donné à son recueil. 11 y a 
bien peu des [)oints de droit ou de fait agités devant le Châtelet pendant 
le \v° siècle auxcpiels ne corresponde un des extraits rassemblés par 
M. Fagniez. Bien qivil ait parfaitement compris l'importance de son tra- 
vail pour l'histoire du droit français en général et spécialement pour 
rhistoire du droit parisien, il n'a pas cru, pour son début dans ce genre 
de publications, pouvoir accompagner d'un commentaire les textes qu'il 
avait réunis; mais il annonce que, si ce premier essai est favorablement 
accueilli par le public auquel il s'adresse, il tentera de restituer les pre- 
miers registres civils, aujourd'hui perdus, du Châtelet. L'accued favorable 
qu'il espérait n'a pas manqué à M. Fagniez; et s'il réalise son projet, les 
historiens se trouveront en possession de la source capitale de la juris- 
prudence parisienne, d'où est sortie cette illustre coutume de Paris, qui 
s'est propagée bien au delà des limites de son domaine naturel, et a fini 
par constituer le droit commun d'une gnuide partie de la France. 

trLa seconde des publications que j'ai l'honneur d'olVrir à l'Académie 
est l'œuvre de M. Bonduraud, archiviste du département du Gard. Elle 
a pour titre Les coutumes de Tarascon (Nîmes. 1892, in-8", extrait des 



— 295 — 

Mémoires de l'Académie de Nîmes) et se rapporte au xiv' siècle. En effet, 
les coutumes de Tarascon, dont l'ëpoque de rëdaedon n'est pas encore 
bien nettement déterminée , ne nous sont parvenues que par la promul- 
gation qu'en a faite la reine Jeanne de Naples , probablement vers 1 3^8 , à 
l'époque où cette princesse vint en Provence. Elles ne comprennent pas 
moins de i54 articles, et renferment de nombreuses dispositions de droit 
public, de droit civil, de droit pénal, de règlements de procédure et de 
police , et même quelques mesures relatives aux bérétiques , aux Vaudois 
et aux Juifs. Les coutumes promidguées par la reine Jeanne furent sui- 
vies d'autres coutumes publiées le i3 mars 1890 par sa fUle, Marie 
de Blois , mère et tutrice de Louis II d'Anjou. Ces dernières sont divisées 
en 80 articles et contiennent comme les premières beaucoup de disposi- 
tions de droit privé. Cependant elles en diffèrent par leur caractère encore 
plus politique que jiuùdique. C'est ce qu'indique le titre général sous le- 
quel elles ont été promulguées (Capitula pacis et privilégia Tharasconis) 
et c'est ce qu'expliquent les circonstances dans lesquelles elles furent 
édictées par Marie de Blois , dont le but était de mettre fin aux ti-oubles 
qu'avaient fomentés en Provence Charles de Duras et son fils Ladislas 
contre Louis I" d'Anjou. 

rrDaus les coutimies de la reine Jeanne, conune dans celles de Marie de 
Blois, il n'existe aucun ordre méthodique. Les articles sont entremêlés 
dans un désordre qui prouve que la chancellerie des deux princesses 
ne tenait aucun compte de la division rationnelle et de la classification 
logique des matières. M. Bondurand s'est efl'orcé de remédier à cet état de 
choses, qui rend très pénible l'étude de ces deux documents : il en a né- 
cessairement reproduit les textes tels que les lui offrait le précieux cartu- 
laire municipal de Tarascon connu sous le nom de Livre ronge; mais il les a 
fait suivre d'une table méthodique, dans laquelle leurs principales dispo- 
sitions sont groupées par ordre de matières, droit public , droit privé, droit 
pénal, droit administratif , elc. La rédaction de cette table ajoute un prix 
l'éel à la publicalion de M. Bonduraud et mérite des éloges. 

ffLes coutumes de Tarascon nolfrent peut-être pas un intérêt aussi 
considérable et surtout aussi général que le répertoire de jurisprudence 
parisienne de M. Fagniez; mais elles sont d'une grande importance au 
point de vue du droit particulier de la France méridionale, n 

SÉANCE DU 29 JUILLET. 

Sont offerts : 

Le Zend-Avesta , traduction nouvelle, avec commentaire historique e( 



. — 29G — 

philologique, par i\l. James Dannesleter, professeur au Collège de 
France. Premier volume : La Lihirgie [Yasna et Vispércd) (Paris, 
1892, 'm-h\ formant le tome XXI des Annales du musée Giitmet); 

Chartularium. prioratus beatœ Mariœ Paredo-Monachorum , publié par 
M. Ulysse Chevalier, correspondant do l'Institut (Montlx^liard, 1891, 
ia-8°, extrait des Mémoires do la Société d'histoire et d'archéologie de 
Chalon-stir-Saôue) ; 

Bibliothèque de la ville de Colmar. Catalogue de la bihliotheqtie Chauf- 
four, dresse, par ordre du conseil municipal, par M. André Wallz, 
bibliothécaire de la ville : Manusciils et imprimés concernant l'Alsace et 
les pays limitrophes (Colmar, 1889, in-8°); 

Commentaliones imriœ in memoriam auctorum CCL annorum. Edtdit 
universitas Ilelsingforsiensis. 111, IV : Commentationes quas collegerunt 
prœceptores theologiœ et philologiœ (Hclsingfors, 1891, in-6°)-, 

Die Handschriften-Verzeichnisse der kuniglichen Bibliothek zu Berlin. 
Verzeichniss der Sanskrit- imd PràJmt-HaiMlschriften, par A. Weber, t. II, 
3° partie (Berlin, 1899, in-A"); 

Atti délia R. Accademia dei Lincei. Rendiconta dell' adunanza solenne 
del 5 giugno iSga (Rome, 1899, in-Zi"). 

M. ScHLUMBERGEU a la parole pour deux hommages : 

m" J'ai l'honneur de présenter h l'Académie, au nom des savants 
éditeurs, les trois dernières livraisons de la Reoue de l'Art chrétien pour 
1891 (3V année, t. II de la U' série) (Lille et Paris, 1891, in-/»"). 
Comme toujours, ces fascicules contiennent des travaux importants. Je 
citerais surtout les deux derniers articles du mémoire écrit sur la Byzance 
du moyen âge par M. le docteur A. Mordtmann, sous le iiire à' Esquisse 
topographique de Constantinople. M. Mordtmann, qui habite Constanti- 
nople depuis de longues années, et qui n'a cessé de parcourir les quar- 
tiers de cette vdle en archéologue et en byzantiniste fervent, ajoute dans 
cette belle étude une Ibide de renseignements nouveaux à ceux que nous 
devions à Du Cange et aux travaux tout récents du docteur Paspati. Dans 
ces mêmes fascicules, M. Gruyer, notre confrère, a longuement étudié 
la cathédrale de Ferrare et les trésors d'art que renferme ce noble édi- 
fice. Je citerai encore les articles de M°' X. Barbier de Montault sur Le 
culte des docteurs de l'Eglise à Rome; de M. A. Pit sur La gravure dans 
les Pays-Bas au xv' siècle et ses influences sur la gravure en Allemagne, 
en Italie et en France; du chanoine Millier et de M. Ledieu sur une Vierge 
d'argent de la cathédrale dcSenlis, et siu- Deux livres d'heures du xiv' siècle; 
de M. Mimtz, enfin, sur Les artistes flamands et allemands au xv' siècle 



— "297 — 

m Italie. MM. Barbier de Montault et de Mcly continuent dans chaque 
livraison leur Bévue des Inventaires. Je signalerai enfin de très nom- 
breuses notices bibliographiques et des chroniques très informées. 

tf2° J'ai l'honneur de présenter à l'Académie, au nom de l'auteur, 
M. X. Papageorgiadès, et au nom de M^' Anthyme Aiexoudis, ëvèque 
orthodoxe d'Araasée, qui a fait les frais de la publication, un petit 
opuscule imprimé Tan dernier à Athènes sous le titre : Siii'TOfxos hlopicc 
tïjs kixi(7y]vf]s x^pas (Athènes, 189-2, in-18). M^' Aiexoudis est un 
vieillard érudit qui s'intéresse passionnément aux études historiques 
relatives à sa patrie. Le volume que je présente de sa part est un 
premier fascicule siu" l'histoire de la ville et du territoire d'Amisus du 
Pont, jusqu'à l'introduction du christianisme. Un second fascicule sera 
consacré aux périodes byzantine et turque. Les érudits n'apprendront , 
je le crains, pas grand' chose de nouveau dans ce petit travail. C'est un 
résumé de ce que les auteurs nous ont appris sur la ville d'Amisus 
dans l'antiquité. Mais ces quelques pages peuvent avoir une certaine 
importance locale, et l'Académie doit s'intéresser à ce genre de publica- 
tions destinées à des contrées oii les instruments d'étude font encore 
défaut. 11 faut donc féhciter l'évêque d'Amasée d'avoir publié ce mince 
volume, n 

M. Weil offre àl'Acadéjnie trois opuscules dont il est l'auteur : 

1° Ihjpéride, premier discours contre Atliénogène (in-8°, extrait de la 
Revue des études grecques) ; 

2° Les nouveaux fragments de l'Antiope d'Euripide {m-k", extrait du 
Journal des Savants) \ 

3" CJassical tcvts from papyri in the British Muséum, etc. (in-i", 
extrait du Jotmuil des Savants). 

SÉANCE DU 5 AOIJT. 

Le Secrktaike perpétuel olïre à l'Académie, au nom de M. Ph. Berger, 
la deuxième édition de son Ilisloire de l'écriture dans l'antiquité (Paris, 
1892, in-i"). 

ff C'est M. Benan qui aurait fait cet hommage à l'Académie s'il eût été 
présent; c'est hii, du reste, qui a fait valoir les mérites de l'ouvrage 
quand il a paru pour la première fois, et ce qu'il en a dit est bien jus- 
tifié, puisque cet ouvrage, d'une inq)ression si coûteuse, a obtenu dans 
le monde savant un assez grand succès pour arriver à une deuxième 
édition." 



— 298 — 

Sont encore offerts : 

La Genèse du verbe humain, par M, Waille Mariai (Oran, 1892 , in-8°); 

Indea; to an emblazoned manuscript armoriai of ihe surname of 
French, Franc, François, Frêne and olhers, hoth British andforeign, par 
M. A.D.-WeldFrencii (Boston, 1892, in-8°). 

SÉANCE DU 12 AOUT. 

Sont offerts : 

Résumé d'un cours de droit irlandais : la saisie mobilière dans le Sen- 
c/iMsMor (suite), par M. d'Arbois de Jubainville, membre de Tlnslitut 
(Paris, 1899, in-8°)-, 

Exposition universelle internationale de 188g à Pans : 

I. Monographie, par M. Alpband, en collaboration avec ses cbefs de 
semce, M\I. Beckmann , Bouvard , Gliarlon, Contamin, Délions, Dutert, 
Formigé, Gh. Garnier, Laforcade, Lion, de Mallevoue, Pierron et avec- 
le concours de M. G. Berger et de ses cbefs de service. Publication ache- 
ve'e sous la direction de M. Alfred Picard (Paris, 1892, in-fol.); 

II. Rapport général, par M. Alfred Picard, t. VII : L'outillage, etc. 
(Paris, 1892, m-h"). 

Ûberden Vâjapeya, par M. Albr. Weber (Berlin, 1892, in-8°, extrait 
des Sitzungsberichle der kôniglich-preussischen Akademie der Wissciischaf- 
ten zu Berlin). 

SÉANCE DU 19 AOUT. 

M. Oppert pre'sente, de la part de M. Peiser, un supplément à sa 
publication intitulée : Die hiltitischen Inschriften (Berlin, 1899). 

L'Académie des sciences de Gracovie adresse h notre Compagnie 
diverses publications relatives à l'bistoire de Pologne, au droit et à la 
pbilologie du même pays, éditées sous ses auspices en 1891 et 1892. 

M. Glermont-Gannead a la parole pour un bommage : 

rrj'ai rbonneur d'offrir à l'Académie de ia part de l'auteur, M. Pilard, 
interprète retraité de l'armée d'Afrique, un opuscule extrait de la Revue 
africaine et inlilulé : Expédition espagnole de i5âi contre Alger. G'est 
une (raduction nouvelle, faite d'après les documents arabes, du récit de 
la malbeurense entreprise de Gbarles- Quint contre Hasan Agba, lieu- 
tenant de kbeir-ed-din, récit qui a déjà été l'objet de divers travaux. 
M. Pilard, s'aidant de divers manuscrits arabes, rectifie sur plusieurs 
points la traduction de ses devanciers, et sa publication ne peut man- 



— 299 — 

(luer d'èti-e favorableineiil accueillie par lous ceux qui s'intdressent à 
l'histoire de T Algérie, fl 

SÉANCE DU 26 \OijT. 

Sont ofîerls ; 

Notices et extraits de quelques manuscrits latins de la Bibliothèque natio- 
nale, par M. B. Haïu-éau, uiembre de iinslilut, tome V (Paris, 189a, 

Discours prononcé par M. Boissier, le 3o juillet iSga, à la distribution 
solennelle des prix du lycée Henri IV (Paris, 1 893 , iu-8°); 

Congrès archéologique de France, 56° session : Séances générales tenues 
à Évreu.x, le Bec-Hellouin , Dreux et MontJ'ort-l'Amaury, en iS8g, par la 
Société française d'archéologie (Paris et Gaen, 1890, in-Zi"); 

Mémoires de l' Académie de Stanislas, 1891, cxLii' année, 5° série, 
t. IX (Nancy, i892,in-8°); 

Corpus inscriptionum Latinarum , vol. Il supplementum (Berlin, 1892, 

in-fol.); 

Norges Indskriftcr med de icldre Buner, udgivne for det iiorske histo- 
riske kildeskriltfond ved Sopluis Bugge (Christiania, 1891 , in-/i°). 

M. Anatole de Barthélémy présente à l'Académie V Allas de monnaies 
gauloises, préparé par la Commission de topographie des Gaules, et publié, 
sous les auspices du Ministère de l'instruction publique, })ar M. Henri de 
la Tour (Paris, 1892, in-li" avec 55 planches), 

ail y a quatorze ans, M. Waddington, alors ministre de l'instruction 
publique, voulant faire publier un recueil général des nioimaies gauloises, 
confia ce travail à la Connnission de topographie des Gaules; elle comp- 
tait parmi ses membres les numismates qui s'occupaient spécialement 
de cette série de monnaies. Lorsque cette Commission fut dissoute en 
i883, MM. Chabouillet et Muret furent chargés de continuer ce travail, 
qui fut alors transformé pour devenir le Catalogue des monnaies gauloises 
delà Bibliothèque nationale, ouvrage considérable édité sans illustrations. 
La Commission avait réuni une grande (quantité de dessins et fait graver 
55 planches qui ne furent pas utilisées dans le catalogue transformé, 
sans doute parce qu'elles contenaient un certain nombre de pièces étran- 
gères au Cabinet des médailles de France. 

ffDans un catalogue aussi considérable, les planches sont indispensables; 
un desshi, même médiocre, vaut mieux que toutes les descriptions et 
d('linitions, et on avait sous la main d'excellents dessins. Aussi, de tous 
côtés, on réclamait avec instance les planches de l'ancienne Commission 



— 300 -^ 

des (îaules. IjC Miuistère a eu iheureiise idée de réaliser ce vœu, et de 
publier Tatlas que j'ai l'honneur d'oiïi'ir aujourd'hui h l'Académie. 

rrLos |)lanches de la Conunission n'existaient qu'en cuivre, sans numé- 
ros, sans aucune indication; les quelques épreuves qui en circulaient 
étaient avant la lettre. 

ffM. Henri de la Tour, sous-bihliothécaire à la Bibliothèque nationale, 
fut chargé de ce travail qui nécessitait beaucoup de recherches et une 
n'rande patience. 11 s'est acquitté de sa mission de la façon la plus satis- 
faisante. Du reste il avait déjà fait ses preuves en rédigeant les excellentes 
tables du Catalogue des monnaies gauloises de la Bibliothèque nationale. 
On peut affirmer qu'il avait réussi à donner un lil conducteur dans 
l'œuvre que la mort inattendue de Muret avait laissée dans un certain 
désordre. Avec les tables du Catalogue, et la publication de V Allas, 
M. de la Tour a mis entre les mains des érudits et des simples amateurs 
un instrument de travail précieux, qui, je n'en doute pas, sera demandé 
de tous côtés dès que le public intéressé saura qu'il est en distribution.» 

M. Oppert présente delà part des auteurs, MM. Belck et Lehmann, 
un mémoire intitulé : Uber einige neiie armenische Keiiinschrijïen (sur 
des inscriptions arméniennes récemment découvertes), publié dans la 
Zeitschrift fur Ethnologie, revue qui paraît à Berlin. 

rr Ces textes intéressants ont été découverts par M. Belck, dans un voyage 
entrepris par lui en Arménie dans le courant de l'année 1891. Ils sont 
importants à cause de la rareté relative des inscriptions de ce genre; las 
sept textes dont les auteui'S donnent la copie sont en partie inédits. 
Parmi ces documents, nous signalons ceux d'Orduklu, cinq inscriptions 
du canal du roi Menuas et un texte d'une stèle de Busas, le plus impor- 
tant de tous et qui contient trente-trois lignes. M. Lehmann a soumis 
ces textes h son investigation avec la sagacité dont il a fait preuve en 
plusieurs occasions. On sait que rinter|)rétation des textes arméniaques 
est fort peu avancée, à cause de la dilîicuUé qu'olfre l'idiome dans le- 
quel ces textes sont conçus, et qui n'a aucun rapport avec les langues 
connues : mais le travail du jeune savant contient quelques remarques 
qui peuvent contribuer \\ lever de plus en plus le voile qui couvre encore 
ces documents faciles à transcrire et difficiles à traduire. 51 

Ont encore été offerts : 

Ahhandhngen (1er Classe fur Philosophie, Geschicitte nnd Philologie (1er 
kdniglich-hohmischen Gesellschaft (1er Wissenschaften , 7' série, vol. IV 
(Prague, 1895 , in-/i°); 



— 301 — 

Académie d'Hippone, Comptes rendus des réunions, 3o mars iSg-i 
(in-8"); 

Annales du commerce extérieur, 189-2, fascicules 6 à 8 (Paris, 
in-li"); 

Atti délia R. Accademia dei Lincei, vol. X, 2° série (Rome, 1892, 
in-8"); 

Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 53' année, 3° livraison (Paris, 
1892, in-8''); 

Bollettino délie pubblicazioni italiane, n" 1 56-169 (Florence, 1899, 
in-8°); 

Bulletin de l'Institut égyptien, h" série, n" 3 (le Caire, 1892, 
in-8°); 

Bulletin de la Commission archéologique de Narbonne, 1892 , 2' semestre 
(Narbonne, in-8°); 

Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, t. I, livrai- 
son 1 (Genève, i892,in-8°); 

Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie, 1892, n" 1 
(in-8°); 

Bulletin international de l'Académie des sciences de Cracovie , imn 1892 
(Cracovie, in-8°) ; 

Bulletins de la Société des antiquaires de l'Ouest, 2" trimestre 1892 
(Paris, in-8"); 

Bullettino di archeologia cristiana, publié par le commandeur de Rossi, 
5° série, 2' année, n" 3-/i (Rome, 1892, in-8°); 

Comité de consenation des monuments de l'art arabe, exercice 1891, 
fasc. 7 (le Caire, 1892, in-8°); 

Ecole française de Borne. Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1 2" année, 
fasc. 3 (Paris et Rome, 1892, in-8''); 

Jahresbericht der kônigl.-bôhm. GesellschaJ't der Wissenschaften fur das 
Jahr 18 g 1 (Prag, 1891 , in-8°); 

Bévue africaine, n° 2o5 (Alger, 1892 , in-8°); 

Bévue archéologique , 3' série, XIX, mai-juin 1891 (Paris, in-S"); 

Bévue de la science nouvelle , n" 67, 58 (Paris, 1892, in-i"); 

Bévue des études juives , n° U'] (Paris, 1892, in-8°); 

Bévue des Pyrénées et delà Erance méridionale, 1892, 3" fascicule 
(Toulouse, ia-8°); 

Bévue des questions historiques, io3Mivraison (Paris, 1892, in-S"); 

Bévue épigraphique du midi de la France, n" ()() (Vienne, 1892, 
in-8"); 



— 302 — 

Sitzuvgfihenchfe (1er kônigl.-hohmischen Gescllschajï lier Wissemchaflen , 
phihs.-histor.-pltiloloff. Classe, i8f)i (Prajj'uo, 1891, in-8*); 

Société centrale des architectes français : Bulletin, 6' série, vol. IX 
(Paris, 1899, in-8°); 

Viestnilc ki-vatskaga arkeoloffickoga druHva, i/»' année, n" 3 (Agram, 
1899, in-8°). 



COMPTES RENDUS DES SEANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1892. 



COMPTES RENDUS DES SEANCES. 
SEPTEMBRE-OCTOBRE. 



PRESIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND. 



SEANCE DU 9 SEPTEMBRE. 

r 

M. Toutaiu, membre de l'Ecole française de Rome, remercie 
par lettre TAcade'mie du subside de 2,000 francs qu'elle lui a 
alloué sur les revenus de la fondation Piot, pour rachèvement 
des fouilles de Chemtou (Tunisie). 

M. Héron de Villefosse communique des de'tails sur une mo- 
saïque romaine repre'sentant Thésée, le Minolaure et le Labyrinthe. 

Cette mosaïque, découverte à Sousse (l'antique Hadrumète), 
il y a déjà plusieurs années, par M. Espina, vice-consul de 
France, a été malheureusement détruite. Il ne reste aujourd'hui 
aucune trace du monument original; M. Amédée Gandolphe, 
agent consulaire d'Autrichc-Hongrie à Sousse, en possède un 
dessin, qui a été photographié par M. Hannezo, lieutenant au 
/i* tirailleurs indigènes et l'un des ofTicicrs qui ont le plus ac- 
tivement contribué à l'exploration scientifique do la Tunisie. 

C'est cette photographie que M. Héron de Villefosse dépose 
sur le bureau d(! l'Académie'''. 

(') Voir ci-après (p. 319). 

X\. 3 1 

mraiHtniR ii*tiw.iali, 



— ;;o/i — 

Il lit cnsuile une noie relalivc à la même mosaïiiiH!, (|ui lui a 
été adressée par M. (îeorges Doublet, ancien dirccleur du service 
beyiical des antiquités et des arts en Tunisie ^i*. 

M. Alexandre Bkrtrand, remplacé au fauteuil par M. Le Riant, 
ancien président de l'Académie, commence la lecture d'un mé- 
moire de M. Henri Lei-hat, maître de conférences à la Faculté 
des lettres de Montpellier, sur le sculpteur Endoios. 

M. Lechat cite des témoignages épigraphiques précis d'oij il 
résulte fiue ce prétendu élève de Dédale a vécu à la fin du vi*" siècle 
avant notre ère el au commencement du v". Sa statue d'Athéna 
ne peut, quoi qu'on en ail dit, être plus ancienne ([ue le dernier 
tiers du vi*" siècle. 

M. HoMOLLE, directeur de l'École française d'Athènes, annonce 
à l'Académie qu'il a reçu cette semaine une lettre de Hanidi bey, 
directeur des musées impériaux de Constantinople, qui l'informe 
de son prochain départ pour Lagina et l'invite à envoyer un 
membre de l'École pour assister aux fouilles du tem.ple d'Hécate. 
Les résultais des recherches entreprises par l'administration 
ottomane des antiquités seront, grâce à la libéralité scienti- 
fique de Hamdi bey, publiés par l'École française d'Athènes. 

M. Chamonard , qui a découvert l'an dernier, en compagnie 
de M. Legrand, un grand nombre de fragments inédits de la 
frise de Lagina, sera chargé de cette mission. 



SÉANCE DU 9 SEPTEMBRE. 

Le Président donne lecture d'une lettre par laquelle M. Wallon , 
secrétaire perpétuel, l'informe qu'ayant besoin de se reposer 
pendant quelques semaines, il a prié MM. L. Delisle et Deloche 
de le suppléer pendant son absence. 

Sur l'invitation faite à l'Académie par M. le marquis de Croi- 

zier, délégué général pour la France, de désigner des délégués 

pour la représenter au Congrès international des Américanistes, 

■ dont la session aura lieu à Huelva (Espagne), du 7 au 12 oc- 

i'> Voir aux (Iommimcatjons. n" XXXtlI (p. BiS-Sag). 



— 305 — 

Lobre prochain, rAcadëmie décide que cette de'signafion sera faile 
dans la prochaine séance. 

L'Académie décide que, dans la même séance, elle choisira un 
lecteur pour la prochaine séance trimestrielle des cinq Académies. 

M. Oppert rappelle qu'il a, il y a sept ans déjà, communiqué 
à TAcadémie un texte chronologique de la plus haute impor- 
tance. C'est une petite table qui contient des périodes de 18 ans, 
à partir de la 19'" année de Darius II, Zio5 ou /io(î avant notre 
ère, et dont les 17 périodes, ou 3o6 ans, sont conlinué(\s 
jusqu'à l'année 9i3 des Séleucides, 100 ans avant notre ère. Le 
R. P. Strassmaier a voulu dernièrement expliquer ces périodes 
comme se rattachant à un cycle d'intercaiation des mois embolis- 
miques. Mais M. Oppert avait déjà reconnu que ces périodes de 
1 8 ans menaient tout droit à la grande période lunaire de 1 8o5 ans, 
qui finit en l'an 719 avant J.-G. La combinaison du cycle lunaire 
(!e i8o5 ans ou ^Oi lustres et du cycle sothiaque de 1/160 ans 
ou 999 lustres se retrouve partout dans l'antiquité, et la chrono- 
logie postdiluvienne de la Genèse a été constituée sur la base de 
ces chiffres. On compte, depuis le déluge jusqu'à la naissance 
trAbraham, 999 ans, et, de là à la fin de la Genèse, 36 1 ans. 
Ces chiffres se retrouvent également chez les Grecs et les Ro- 
mains; \I. Oppert en cite plusieurs exemples. Il maintient son 
ancienne opinion et repousse celle de i'éminent Père de la Com- 
pagnie de Jésus. Un cycle de coordination de 18 ans pour les 
années lunaires et solaires ne pourrait exister : mais la seule pé- 
riode dont il soit question chez les Chaldéens est le fameux saros 
de 993 mois, la cr période de Halley^, après laquelle les éclipses 
reviennent dans le même ordre. 



SÉANCE DU 16 SEPTEMBRE. 

Le Secrétaire perpétuel lit une lettre par la(juelle le Secré- 
taire général de la Société des amis des sciences et des arts de 
Rochechouart propose d'établir un échange de publications entre 
cette Société et l'Académie. 

Renvoi à la (commission des travaux littéraires. 



— :îog — 

11 donne aussi lecture d'une lettre par la(|uelle M. (îaise, 
membre de la Socie'té des gens de lettres, en envoyant à TAca- 
de'mie sa notice intitulée : Le iomhmu de Jnha II , dit tombeau de 
la Chrétienne, Tinforme qu'il sollicite de M. le Ministre de l'in- 
struction piil)li(|uo la mission de dirifjer parallèlement la réfec- 
tion et les louillos du tombeau de Juba II, et exprime le désir 
de voir l'Académie s'associer à celte œuvre. 

Renvoi à la Commission du Nord de l'Afrique. 

MM. Oppert et Hamy sont délégués pour représenter l'Aca- 
démie au Congrès des Américanistes, dont la session doit avoir 
lieu à Huelva, du 7 au 12 octobre prochain. 

M. Héron de Villefosse est désigné pour lire à la prochaine 
séance trimestrielle de l'Institut un mémoire sur les mosaïques. 

M. Menant communique à l'Académie l'estampage d'un bas- 
relief hétéen trouvé à Angora, qui lui a été envoyé par M. AIric, 
drogman de l'ambassade de France à Constantinople'^'. 

Le bas-relief représente deux personnages, à côté desquels se 
trouve une inscription en caractères hétéens. Cette inscription 
renferme une invocation au dieu Sandu et la scène représente un 
acte d'olfrande à cette divinité accompli par un roi dont le nom 
n'est pas encore déchiffré. 

L'étude de ce monument permet à M. Menant d'expliquer 
ce qu'on doit entendre par celte expression d'trart hétéen w et 
d'tc écriture hétéennew, appliquée à l'art et à l'écriture des peuples 
de la Syrie du Nord et de l'Asie Mineure, au viii* siècle avant 
notre ère, peuples qu'il regarde comme pouvant être distincts de 
ceux qu'on voit désignés dans la Bible sous le nom de Hitîim. 
D'après les études persévérantes auxquelles il se livre sur les 
monuments de celte civilisation, M. Menant applique la dénomi- 
nation d'hétéen ou hittite (c'est l'expression dont les savants anglais 
se servent), aux peuples qui furent tour à tour les alliés ou les 
adversaires des Egyptiens sous le nom de Khétas et ceux des Assy- 
riens sous celui de Khatti. Le nombre des documents de cette 
<ipoque,peu nombreux d'abord, augmente chaque jour: mais, en 

!>) Voir aux Communications, n° XXXIV (p. 399-3.S6). 



— 307 — 

altoudantque les explorations de l'AlleLiiagne soient accessibles à 
tous les savants, il faut savoir gré à ceux qui, comme M. Alric, 
en font parvenir des fragments en France. 

M. Oppert fait quelques réserves sur le sens attache' à la dé- 
nomination de liétéen. 

M. Victor Waille, professeur à l'Ecole des lettres d'Alger, com- 
munique les premiers résultats des fouilles du champ de ma- 
nœuvres de Cherchel, qu'il a entreprises pour le compte du 
Comité des travaux historiques, avec le bienveillant appui de 
M. le général Svviney et la collaboration de l'autorité militaire. 
Il rend hommage au concours de M. le capitaine Hétel et de 
M. le lieutenant Perrin, qui ont conduit les fouilles en ces 
derniers temps. Il met sous les yeux des membres de l'Académie 
le dessin de trois chambres pavées en mosaïque, consciencieuse- 
ment relevé par M. le lieutenant Perrin (dessin géométrique), 
ainsi que l'estampage d'une inscription (dédicace au gouverneur 
C. Octavius Pudens Caesius Houoratus) et quelques spécimens de 
bronzes nouvellement découverts (base de candélabre et anse de 
vase ciselée, décorée d'un buste de Rome casquée, d'époque 
byzantine). Les fouilles continuent et promettent d'être fécondes, 
surtout en petits objets (poterie, bronzes, monnaies). Les fouilles 
précédemment entreprises dans le Palais des Thermes n'avaient 
fait rencontrer que du marbre (piédestaux et statues). 



SÉANCE DU 23 SEPTEMBRE. 

M. Alexandre Bertrand, remplacé au fauteuil de la présidence 
par M. Edmond Le Blant, ancien président de l'Académie, ter- 
mine la lecture du mémoire de M. Lechat sur le sculpteur Endoios. 

M. Clermont-Ganneau communique à l'Académie une lettre du 
frère Paul, du collège de Terre-Sainte, à Alep, dans laquelle 
celui-ci annonce l'envoi d'empreintes d'un cachet hétéen trouvé 
aux environs de Balkis, à une heure et demie environ de Biredjik. 
Le cachet est en pie^J■e noire, à deux faces, et a été acheté par 
un voyageur dont oti a perdu' la trace. 



— 308 — 

En atlendaiil l'cmoi des empreintes, le frère l'aul a joint à la 
lettre deux dessins très soigneusement exécutes. 

M. Mknant dit (ju'il a examiné ces dessins. 11 est convaincu (jue 
le cachet est authenti([ue et mérite d'être étudié particulièrement. 
H en fera l'objet d'une prochaine communication. 

L'Académie charge M. Clermont-Ganneau d'adresser au Irère 
Paul des remerciements, pour Tempressement qu'il met à com- 
muniquer les monuments qui parviennent à sa connaissance. 

M. Pierre de Nolhac, maître de conférences à l'Ecole })ratiquc 
des hautes études, lit un travail intitulé : Qui était le Gallus ca- 
hinmiator de Pétrarque? 

H v a dans les anciennes éditions des œuvres latines de Pé- 
trarque un traité intitule; : Invectiva cujusdam Galli anonymi in Pe- 
irarcam, dont l'auteur est demeuré inconnu. Le poète y a répondu 
par une Apologia où il attaque violemment la France et les 
Français, à l'occasion de la prétention de ces derniers de main- 
tenir la papauté à Avignon. Cette polémique, à la fois littéraire et 
politique, sera étudiée, dit M. de JNolhac, avec plus de fruit, à 
présent que l'auteur français est connu. On peut établir, en effet, 
que c'est un théologien de l'Université de Paris, Jean de Hesdin. 
M. de Nolhac rattache à ce nom quelques renseignements bio- 
graphiques. Jean de Hesdin mérite une place dans l'histoire lit- 
téraire, ne fût-ce que pour avoir fait entendre, dans l'unanime 
concert d'éloges et d'admiration qui résonne autour de Pétrarque, 
la seule voix d'opposition dont l'écho nous soit parvenu. 



SÉANCE DU 3o SEPTEMBUi:. 

M. Màspero présente à l'Académie la photographie d'un bas- 
relief qui provient de Constantinople et qui a été consacré par 
le roi Naramsin, dont il porte le nom. Ce bas-relief est malheu- 
reusement mutilé, mais ce qui en reste est d'un travail très pur 
et très délicat. C'est un personnage debout, vêtu, comme certains 
personnages des intailles très anciennes, de la robe passant sous 
un bras et sur une épaule, coiffé du boni^t conique entouré de 
cornes. L'aspect général rappelle dune façon singulière le siylc 



— 309 — 

(les inonuments égyptiens coiitomporaius; le rcliet' esl assez bas, 
le trait est nettement de'coiipé sans sécheresse, la niusculalure ne 
pre'sente nullement TexagCTation habituelle aux monuments 
chaldéens. N'étaient les détails du costume et l'inscription, on 
poui-rait croire qu'on a sous les yeux l'œuvre d'un artiste égyptien. 

.\aramsin est un des rois archaïques dont les Chaldéens 
croyaient connaître la date précise; il résulte d'une inscription 
de Nabonide qu'il régnait vers 38oo avant notre ère. 11 régnait à 
Babylone et dans la Chaldée du Nord, et, comme son père 
Sargon I^"", il avait laissé la réputation, peut-être légendaire, d'un 
conquérant. On lui attribuait une campagne au Magan, et le vase 
de lui que M. Oppert avait trouvé portait également la mention 
du Magan. On pourrait donc à la rigueur attribuer à des rap- 
ports directs avec l'Egypte la technique et le faire tout égyptiens 
d'apparence du monument ; c'est toutefois une conjecture à 
laquelle il vaut mieux ne pas s'arrêter pour le moment. On re- 
marquera en revanche les difterences qu'il y a entre ce monument 
et les reliefs de Tel-loh : ceux-ci, qui sont de beaucoup posté- 
rieurs, sont d'une main maladroite et d'un style grossier, com- 
parés à notre relief. Celui-ci, qui vient d'une des plus grandes 
villes de la Chaldée, représente l'art d'une cour très policée et 
très puissante ; les autres , qui ont été découverts dans les ruines 
d'une cité secondaire, représentent un art provincial. 

M. Menant fait remarquer qu'il existe un cylindre (intaille) 
chaldéen en pierre dure d'un travail très remarquable et qui pré- 
sente une inscription en caractères de même style que ceux de 
ce bas-relief. Ce cylindre, qui appartient à la collection de M. de 
Glercq, porte le nom de Sargani, roi d'Agadé, antérieur de 
quelques générations au roi Sargon l'Ancien ^*K 

Nous avons ainsi deux monuments d'un travail différent, et 
qui présentent, chacun dans son genre, les plus beaux spécimens 
d'un art qui n'a jamais été surpassé en Assyrie et en Chaldée. 

M. Salomon Reinach soumet à l'AiCadcmiie un essai de classi- 
fication des désignations populaires attachées aux monuments 

'" Voir lo (Mtnbif^m du- la cnljcclinii de (llfrcr). I. I, pi. V, u' i(). 



— :vio — 

mégalithi(|uos et des l<!geiides dont ces mêmes monumonis sont 
l'objet dans les divers pays. Les unes et les autres présentent une 
singulière uniformité sur un domaine géographique très étendu. 
Ainsi les dolmens, nommés caves du diable en Allemagne, s'ap- 
pellent maisons du diable au Japon. En Angleterre et en Bretagne, 
comme dans l'Inde, les cercles de pierres passent pour des trou- 
peaux pétrifiés. Malgré les elîoils du clergé pour cliristianiser ces 
monuments en les surmontant de croix, ils restent encore l'objet 
de pratiques superstitieuses qui sont des survivances authentiques 
du paganisme. Un caractère frappant des noms populaires qu'ils 
ont reçus, c'est la très petite [)art faite à l'élément chrétien ; les 
géants, les nains, les fées figurent partout comme les auteurs ou 
les habitants de ces demeures mystérieuses. Dans les légendes, 
la Vierge et les saints interviennent, mais on se rend bientôt 
compte que c'est par l'effet d'une substitution assez récente ; 
l'étude comparative de ces légendes ne fait qu'attester plus 
clairement la vitalité d'un polythéisme très primitif, qui, chassé 
des villes avant même l'avènement du christianisme, s'est réfugié 
dans les campagnes et s'y maintient. 

M. Paul Meyer fait quelques observations sur l'origine et la 
signification de deux ou trois des appellations relevées par M. Sa- 
lomon Reinach dans son intéressant mémoire. 

M. Deloche présente à M. Reinach une observation relative- 
ment au mot Petraficta. Nous avons la certitude que ce mot a été 
employé pour désigner des pierres fichées en terre pour servir 
de bornes agraires, et non des pierres ayant un caractère reli- 
gieux ou historique. 

M. Deloche signale à M. Reinach un diplôme du viif siècle 
où l'emploi de Petraficta avec cette signification est tout à fait 
certaine. 

L'Académie se forme en comité secret. . 



SEANCE DU 7 OCTOBRE. 

Le Président, rappelant que l'Académie \ient do rendre au- 



— 311 — 



jourd'hiii même les derniers devoirs à M. Renan, de'clare la 



séance levée en signe de deuil. 



SÉANCE DU l/| OCTOBRE. 

Le Ministre de Tinstruction publique et des beaux-arts annonce 
que M. Canovas del Castillo, président du Conseil des ministres 
d'Espagne et directeur de la Real Academia de la Hisîoria, doit se 
rendre le mois prochain à Cadix, au cours de la seconde période 
des solennités commémoratives de la découverte de l'Amérique. 
A cette occasion , il sera procédé à l'ouverture de certaines tombes 
antiques encore inexplorées et faisant partie de la nécropole 
phénicienne récemment découverte dans cette ville. 

M. HoMOLLE, directeur de l'École française de Rome, écrit au 
Secrétaire perpétuel pour lui annoncer le commencement pro- 
chain des fouilles de Delphes '^>. Il rend hommage à l'empres- 
sement bienveillant avec lequel le Gouvernement de M. Tricoupis 
a prêté son concours à l'Ecole française. 

L'Académie accueille avec intérêt ce témoignage des dispo- 
sitions sympathiques du Gouvernement hellénique. 

L'Académie désigne M. Croiset pour lire un mémoire à la 
séance publique annuelle. 

Elle fixe la date de cette séance au 18 novembre. 

L'Académie procède à la nomination de deux commissions 
qui seront chargées de proposer des sujets de prix dans l'ordre 
des études relatives au moyen âge et à l'antiquité classique. 

Sont élus : 

Pour la Commission du moyen âge (prix ordinaire) : M^L De- 
lisle, Hauréau, Gaston Paris, Paul Meyer; 

Pour la Commission de l'antiquité (prix Bordin) : MM. Iules 
Girard, Houzcy, Boissier, Croiset. 

M. l'abbé DucHESNE donne lecture d'un mémoire sur la vie 
et les œuvres de Jean d'Asie, évêque monophysite d'Ephèse au 

'') Voir aux ^,0MMlJNICATl0^s, n" XXXV(p. oi\6-li''i']). 



— 31l> — 

déclin (lu vi" siècle, auleur de plusieurs livies sur Tliisloiro ce- 
clésiusli(|ue de son temps. 

Ce li'iivail est destiné à ètie lu à la se'ance puhlicpie annuelle 
des cinq Acade'mies, le 9 5 octobre. 

M. Heuzey établit une comparaison entre les sujets représentés 
sur une bague d'or gravée, trouvée à Mycènes, et sur un bas-relief 
du Louvre qui appartient à la catégorie des sculptures diles hé- 
léennes ou hittites. Celui-ci provient de Kharpout, dans la région 
du haut Euphrate, sur la frontière de TArménie et de la Cappa- 
doce. Il est surmonté par deux lignes de caractères idéogra])hi()ues 
en relief, conformes au type d'écriture qui accompagne d'ordi- 
naire ces monuments. 

La représentation, presque identique sur les deux objets, est 
une chasse au cerf; mais le cerf y est couru en char, ce qui était 
naturel avant l'époque oià le cheval a commencé à être employé 
comme monture, c'esl-à-dire avant le viii" siècle. Le bas-relief 
présente une dérivation rustique et sommaire du style assyrien; 
divers détails permettent même de le rattacher à l'art assyrien 
du ix'' siècle. Seuleujent, les rois d'Assyrie se réservaient des ani- 
maux plus redoutables, comme le lion et le taureau, tandis que 
les petits chefs de la région septentrionale et montagneuse se 
contentaient volontiers d'une chasse plus facile et plus ordinaire. 
Le cerf représenté appartient d'ailleurs à une espèce particulière , 
appelée hamour par les Arabes et caractérisée par l'extrémité des 
cornes palmée. 

Dans la représentation en petit du même motif par le graveur 
de Mycènes, les attitudes sont incomparablement plus vives et 
plus hardies ; on y remarque cette exagération du mouvement 
qui caractérise l'art mycénien. La communauté du sujet n'en 
fournit pas moins un nouvel exemple des rapports qui existaient 
entre l'art de Mycènes et les modèles orientaux. 

M. Senart donne lecture d'une note envoyée par M. Adhémar 
Leclère, résident au Cambodge, et relatant le résultat des re- 
cherches et des fouilles faites par lui dans le village de Sanibau. 
M. Leclère a mis au jour des statues ou fragments de statues, 
des restes d'édifices religieux. Il a surtout trouvé plusieurs inscrip- 



— o 1 o — 

lions qui oui e'ié envoyées par lui à M. Aymonier, et qui seront 
cortainenienl intéressantes, en raison même de rimporlance 
ancienne de la ville de Çambliupura, dont le village de Sambau 
marque encore remplacement. 



SEANCE DU 2 1 OCTOBRE. 

M. Toutain, à qui TAcade'mie a accorde' un subside, sur les 
revenus de la fondation Piot, pour Texploration des ruines de la 
ville antique de Simitthu, aujourd'hui Ghcmtou (Tunisie), adresse 
un rapport sur Te'tat des travaux et les résultats obtenus ''>. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, le Président annonce 
que l'Académie propose les sujets de prix suivants : 

i" Pour le prix ordinaire à décerner en 1895 : 

Elude sur la chancellerie royale depuis Vavènement de saint Louis 
jusqu'à celui de Philippe de Valois. 

Les concurrents devront exposer l'organisation de cette chan- 
cellerie et faire connaître les divers fonctionnaires qui ont pris 
part à la rédaction et à l'expédition des actes. 

2° Pour le prix Bordin à décerner en 1896 : 

Etudier quels rapports existent entre FAÔrivaicov ■zsoAneia et les 
ouvrages conservés ou les fragments d'Anstole, soit pour les idées, soit 
pour le style. 

Les mémoires sur chacune de ces questions devront être dé- 
posés au secrétariat de l'Institut avant le 1" janvier de l'année 
du concours. 

M. Heuzey continue à faire connaître à l'Académie les résul- 
tats, encore inédits, des dernières fouilles exécutées à Tello, en 
Chaldée, par M. de Sarzect-'. 

La première période des découvertes avait mis au jour des 
monuments appartenant à la belle époque de cet art très antique, 

o Voir aux Communications, n"" XXXVI (p. 337-3'ioj. 
(*' Voir aux Communications, n° XXX.VII (p. 3i!io-3-'i9). 



— :vi/i — 

pailiculitnomenl les ciilèbrcs statues et tètes de diorite, parmi 
lesquelles les connaisseurs admirent de véritables œuvres de 
maîtrise, d'une technique superbe, d'un style se'vcre et puissant. 
La suite des fouilles nous apporte des re'sultats différents, 
mais non moins précieux ; ce sont au contraire des ouvrages 
d'un travail rude et primitif, qui nous font remonter de plus en 
plus vers les origines de celte première civilisation, mère de toute 
îa civilisation orientale. Si réellement la date du règne de Naram- 
Sin, calculée par les Cbaldéens eux-mêmes, reporte la belle 
époque de la sculpture clialdéenne jusque vers l'aa 8700 avant 
notre ère, quelle antiquité reculée faut-il attribuer à des ouvrages 
qui représentent l'enfîuice du même art ? 

Voici aujourd'hui d'autres débris sculptés qui permettent à 
M. de Sarzec de reconstituer une personnalité royale plus an- 
tique encore que celle du roi Eannadou, le roi de la stèle des Vau- 
tours. C'est l'image de son aïeul Our-Nina. Ce patriarche des 
dynasties orientales revit à nos yeux , tantôt portant sur sa tête 
la corbeille sacrée, tantôt assis et levant dans sa main la corne à 
boire. Autour de lui sont alignés ses enfants et ses serviteurs, 
tous ayant leur nom gravé sur leur vêtement. Dans le nombre, 
on distingue Akourgal, qui doit succéder à son père en rempla- 
çant un autre prince son aîné. 

La réunion de ces morceaux reconstitue pour nous un docu- 
ment historique et archéologique de la plus haute antiquité; 
c'est assurément une des plus anciennes pages illustrées où il 
soit donné à l'humanité de contempler son histoire authentique. 

Après cette lecture, le Président adresse ses félicitations à 
notre correspondant M. de Sarzec, présent à la séance. 

M. Oppert fait quelques remarques sur des textes cunéiformes 
que M. Heuzey a transcrits en caractères latins avec une remar- 
quable précision et qui, d'après lui, sont des invocations pour 
le bonheur du roi. 

M. Salomon Reinach termine la lecture de son mémoire sur 
les légendes populaires qui restent attachées aux pierres sacrées , 
en particulier aux dolmens et aux menhirs. 

A côté de ces légendes, il y a des pratiques superstitieuses 



— 315 — 

(jui, dans certaines pariies delà France, pre'sentent une singulière 
vitalité. M. S. Reinach e'numère , entre autres, des localités oii Ton 
lait passer des malades ou des membres infirmes par les trous 
de certaines pierres; d'autres fois, il s'agit de se glisser dans 
l'e'troit couloir entre une pierre sacre'e et le soi. Le christianisme 
a souvent marque son empreinte sur ces pratiques, en substi- 
tuant à la pierre, objet de croyances païennes, une fable charge'e 
de reliques ou la dalle du tombeau d'un saint. trOn est oblige', 
e'crivait en 1826 un chanoine de Vannes, de tole'rer des pra- 
tiques qui ne sont que bizarres, pour combattre avec plus de 
hardiesse et de succès celles qui sont criminelles.-^ C'est à cette 
politique conciliante du clergé que nous devons la conservation , 
non seulement de beaucoup de monuments antiques, mais des 
usages, si curieux pour le /o/Wor<? , dont ils sont témoins depuis 
des dizaines de siècles. 



SÉANCE DU 28 OCTOBRE. 

L'Académie se forme en comité secret pour entendre la lecture 
du rapport de M. Longnon sur le concours des antiquités de la 
France de cette année (i'. 

La séance étant redevenue publique, M. Charles Joret, pro- 
fesseur à la Faculté des lettres d'Aix en Provence, fait une com- 
munication sur les noms de palmiers x6ï^, KVKas , }iovHié(popov, 
qu'on rencontre dans Théophraste. 

Comparant entre elles les diverses descriptions du naturaliste 
grec et les rapprochant des passages où Pline parle de ces 
mêmes arbres, il en conclut qu'il ne peut être question chez les 
deux écrivains que d'une seule et même espèce de palmier, le 
dotim des Arabes, le marna des anciens Egyptiens. 

Le mot marna, que M. Gh. Moldenke traduit par tr partagé en 
deux moitiés ri, convient très bien au palmier doum, qui est 
bifurqué à sa partie supérieure. Ce caractère, si bien représenté 
sur les monuments pharaoniques, n'a |)as été ignoré de Théo- 

") Voir I'Appendice n" lit (p. .3^-36^)- 



— ;n() — 

j)hraslo, mais il parait à lorl Tappliquci- à deux espèces diffé- 
rentes. 

Les fruits du mnma portaient dans la langue hic'rogiypiiiquc le 
nom de fjmiqou. Il est impossible de ne pas reconnaître dans ce 
mot Torijffine de cuci [=}tovxi), nom, d'après Pline (livre XIII, 
ch. XVIII ), d'un palmier d')">lhiopie, ainsi que du radical du 
KOVKi6(poçjOv de Tliéophraste. Or comme ce palmier est le même 
que le xôï^ci le kvkols, M. Joret en conclut que ces deux formes 
sont incorrectes et qu'il faut sans doute y substituer xovxi et 
Kovxas. Il propose de même de remplacer dans Pline (livre XIII, 
ch. IX ) le mot coicas ou coecas, qui désigne, d'après le polygraplie 
latin, le fruit du palmier d'Ethiopie, c'est-à-dire du doum, par 
cucas ou cuci. 

M. Maspero a la parole : 

ff Comme chaque année, je demande la permission de rendre 
compte à l'Académie des travaux accomplis par notre Mission du 
Caire. Les recherches sur place ont continué activement et j'au- 
rais pu cette fois encore montrer les plans et dessins de divers 
tombeaux relevés par l'architecte de la Mission, M. Boussac : je 
préfère remettre à l'an prochain la présentation , et je me contente 
de rappeler que M. Boussac, l'auteur des beaux dessins que vous 
avez vus l'an dernier, a obtenu une deuxième médaille au Salon. 

ffSept fascicules des Mémoires ont paru, dont les titres seuls 
montrent la curiosité d'esprit et la variété daptitudes des mem- 
bres de la mission. C'est d'abord un recueil de lextes grecs : le 
papyrus mathématique d'Akhmîm, que M. Jules Bailleta expliqué 
et commente avec un soin minutieux et une intelligence remar- 
quable des procédés de la science antique; puis un très long frag- 
ment du texte grec du livre d'Enoch, des restes de TEvangilc et 
de la Piévélation apocryphes de saint Pierre, que M. Bouriant a 
reproduits scrupuleusement avec l'orthographe du manuscrit. Les 
théologiens et les historiens de la première Église accueilleront 
avec intérêt et reconnaissance ces œuvres importantes, débris 
du plus ancien canon des livres saints chrétiens, dont M. Bcnan 
avait promis dentretenir l'Académie. 

ff L'archéologie arabe est représentée par les mémoires de 



— 317 — 

M. Casanova sur une spliorc céleste el sur seize stèles arabes, 
surtout par le grand ouvrage de M. Bourgoin sur l'art arabe en 
Egypte. Le Père Scheil nous a introduits dans le monde assy- 
rien par sa publication de quelques tablettes de Tell el-Amarna : 
nous espe'rons pouvoir e'tondre bientôt nos recberclies sur la 
Syrie et sur la Me'sopotamie, comme sur l'Egypte. L'Orient entier 
nous appartient, non seulement fOrienl ancien, mais TOrient 
moderne, et la Mission entend bien n'en laisser aucune partie 
inexplorée. 

ffDans le domaine égyptien, je signalerai, outre les frag- 
ments ihébains de l'Ancien Testament que j'ai donnés in-e\tenso, 
el les restes des Actes du concile d'Eplièsc, qui sont dus à 
i\l. Bouriant, l'apparition de la première livraison de YEdfou de 
M. de Bochemonteix. C'est un temple entier que nous livrons aux 
égvptologues, et non plus des fragments d'un temple. La religion 
égyptienne en ressortira entière dans tous ses rituels, rituels de 
la fondation, du sacrifice, des fêtes d'Osiris. M. Bénédite a com- 
mencé de même la publication des temples de Pbilœ, et là aussi 
nous espérons ne laisser que peu à faire à ceux qui viendront 
derrière nous. 

crLbonneur d'avoir mené à bien tous ces travaux revient à 
M. Bouriant, le directeur delà Mission, et à M. Xavier Cliarmes, 
([ui nous a soutenus sans cesse de ses encouragements et de ses 
subventions, v 

Le Présidext déclare qu'à côté de ces noms, et au premier 
rang, l'Académie lient à placer celui do M. Maspero lui-même. 
C'est à lui qu'est due la meilleure part de fœuvre accomplie 
par la science française en Egypte pendant ces dernières années. 

M. J. Halévy commence une communication sur les inscrip- 
tions qu'on appelle communément hittites, el qu'il convient; 
plutôt, selon lui, d'appeler anatoliennes. 



— ;iis — 



COMMUNICATIONS. 



N" XXXIII. 

LETTRE À M. HERON DE VILLEFOSSE SUR LA MOSAÏQUE D'HADRUMETE 

QUI REPRÉSENTAIT THÉSIÎE, LE MINOTAURE ET LE LABYRINTHE, 

PAR M. GEORGES DOUBLET. 

(séance du 2 SEPTEMBRE 1899.) 

Monsieur, 

Dans l'étude que vous avez faite, il y a quelques années, 
au sujet des mosaïques romaines alors découvertes récemment 
en Afrique '^', vous signaliez la première mosaïque romaine 
qui eût été trouvée sur l'emplacement d'Hadrumète. f^ll est 
fort regrettable, disiez- vous, qu'il n'en ait été publié aucun 
dessin d'ensemble. Si ces lignes tombaient sous les yeux de la 
famille de M. le vice-consul Espina, je serais particulièrement 
reconnaissant à ses héritiers de me faire connaître les notes 
ou les croquis , relatifs à cette découverte, qui peuvent être 
restés entre leurs mains, v J'ai l'honneur de vous envoyer, si 
vous ne l'avez déjà reçue, une reproduction de cette mosaïque, 
w Thésée, le Minotaure et le Labyrinthe 75, dont vous parliez 
ainsi. 

Je la dois à l'obligeance de M. Amédée Gandolphe, agent 
.consulaire de S. M. I. et R. à Sousse, l'un des plus fervents 
amis de l'archéologie de cette ville. Il a bien voulu autoriser 
M. G. Hannezo, lieutenant au k^ tirailleurs, et l'un des olïi- 
ciers de Tunisie qui ont le plus fait pour la science africaine et 
le plus contribué aux richesses du musée Alaoui au Bardo, à 

'') Hcron de ViHefosse, dans la Reviip de V Afrique française , V, 6" année, 
n" 32, d(''c. 1887, p. 38/i et SyA. 



— ;U9 — 

photographier pour moi un dessin qu'il avait fait exécuter en 
t 860 , sur un croquis pris au moment même de la découverte. 
Je remercie l'aimable collectionneur, dont la riche série de 
statuettes en terre cuite, provenant de l'Henchir Biniana et 
d'un si curieux caractère punico-romain, a été publiée par 
les soins de M. René Gagnât'^'. Des circonstances indépen- 
dantes de ma volonté m'avaient empêché de vous communi- 
quer jusqu'ici ce document relatif à un lithostrote cuneux et 
dont il est parlé encore à Sousse, bien qu'il n'existe plus qu'à 
titre de souvenir. 




On en connaît le sort, la découverte et la disparition. 

Victor Guérin avait signalé la fouille que le vice-consul de 
Franco. Es[)ina, avait faite dans l'une des chambres sépul- 
crales de la nécropole d'Hadrumète. D'un mot, il indi([ue 
tla fort belle tombe de famille, ornée d'une mosaï(pie romaine, 
qui représente le Labyrinthe de Grète et le Minotaure, avec 
ces mots : Hir mcJusna vitmn pprflit^-\v Guérin en parla encore 

;•> Archives des miss, scient. , .H°série, XI , 1 885 , p. 27 sq. , pi. XIV et XV. 
•'-) Guérin, Vojjaife airli. (l'uix Iti [{éfreiice, I, p. 109 sq. 



\x. 



:ï;i 



iyrftiiii.KiH RtiioAtLK. 



— 8 -20 — 

une seconde fois, en même temps qu'il (l»'crlvait la nécropole 
d'Hadrumète envahie aux trois quarts par des jardins et des 
plantations d'oliviers, vpar des vergers oîi M. Espina, secondé 
par le général Si-Héchid , a fait pratiquer quelques excava- 
tions. Au fond de l'un des hypogées, vaste tombeau de famille 
creusé dans un tuf assez tendre, iM. Espina a trouvé, entre 
autres choses dignes d'attention, une mosaï((ue représentant 
le Labyrinthe de Crète. On y voit iîguré le Minotaure ainsi 
que la hirème qui emporte Thésée vainqueur. A l'entrée du 
dédale se lit l'inscription '''. ?' 

Le pavement disparut vite. Emporté à la Manouba, dans le 
célèbre musée de Mohammed, fds du khasnadar Mustapha, 

— ce premier ministre extraordinaire à qui s'applique, a-t-on 
dit récemment, mieux encore qu'à tout autre le dicton arabe : 
« Un seul peut détruire ce que raille ne sauraient construire v ^'^\ 

— il était déjà réduit en morceaux. Vous en avez vu quelques 
débris, dont vous donnez une brève description '^^ Il semble 
que Gustave Wilmanns en 1878 ait copié l'inscription qu'il 
portait, sinon vu la mosaïque ou quelques fragments mêmes '^'. 

Quant au reste des objets recueillis dans l'hypogée, je rap- 
pelle seulement un assez joli sacorphage de marbre blanc, 
offert à M'"" Pélissier de Raynaud par le général Si-R(^chid, 
et qui est aujourd'hui au musée d'Alger '^'; j'en ai donné la 
description ailleurs '^'. La face antérieure offre un médaillon 
avec le buste d'un enfant, tenu par deux génies qui volent. 
Aux angles sont debout deux autres génies dans une attitude 

") L cit., II, p. 321. 

f^' P. H. X., Polit, franc, en Tunisie, Paris, Pion, 1891, p. 9. 

'•'' Hôi'on de VHIpfosse, /. c. 

f") C. I. L., VllI, io5io. 

'^' Berbrugger, Cal. de la Bibl-.Mm. d'Alger, n° i32. 

<*' Doublet, Musée d'Alger (Fascic. 1" des Musées et collections archéologiques 
de l'Algérie, publiés sons la direclion de M. de la Blancbère), Paris, Leroux, 
1890, p. hh S([. 



— 321 — 

de deuil, appuvés sur ie liaul d'une torolie renversée. Les faces 
latérales montrent, sur une guirlande de fleurs, le buste de 
l'enfant, à gauche vêtu, à droite nu, sauf une peau de béte 
qui est jetée sur l'épaule. Le couvercle de ce sarcophage, en 
dos d'âne, est imlDriqué d'écaillés et flanqué d'acrotères unis''^ 

La mosaïque avait 5 m. Go sur 3 m. /lo , d'après les ren- 
seignements que m'a fournis M. A. Gandolphe. 

Elle se passe aisément de toute explication. Les légendes 
Cretoises étaient des plus répandues dans l'antiquité , en par- 
ticulier celle du Minotaure, et le sujet semble être un de ceux 
que les mosaïstes de la fin de l'Empire '-', comme en général 
l'art antique, et aussi, par esprit d'imitation et en vertu de di- 
vers svmboles, les mosaïstes chrétiens, ont le plus fréquem- 
ment reproduits. 

Nous ne rappellerons qu'en passant le Labyrinthe, au plan 
assez peu comphqué, que portent au revers les anciennes, et 
d'ailleurs fort communes, monnaies de Knossos en Crète '^'; 
nous ne ferons qu'une allusion aux vers bien connus de Vir- 
gile ^*\ On attachera plus d'attention à l'important passage de 
Pline, très caractéristique pour le sujet qui nous occupe, et 
que M. E. Mùntz a cité fort à propos. «Nous voyons, dit 
Pline, des labyrinthes sur des parements en mosaïque, ou dans 

'"' Sur ce sarcoptiage de Sousse, voir encore Revue afric. , I, oct. 1856-1807, 
p. 2.59 et II, ocl. 1857-1808, p. 088 avec planche, ainsi que Héron de Vil- 
lefosse, dans les Arch. des miss, scient., 3" série, t. Il, p. A69, n" 1O9 (mission 
d'Algérie en 1878). 

^*' On consultera avec le plus grand profit les Etudes icon. el arch. de 
M. E. Miinlz, dans la Petite bihl. d'art et d'arch., Paris, Leroux, 1887, où la 
question des pavements historiés est traitée. 

f') Cf. Saglio, art. Dœdalus dans le Dicl. des Antiq., U , p. 7, fig. aaSA; catal. 
des monn. du Bril. Mus., Crète, par Warwick Wroth. Au revers est souvent 
figuré le Minolaure. Du temps de Pline, nn disail qu'il ne reslail aucun vestige 
du Labyrinthe crétois. 

i''' Virgile, .fvnciW. , \i. \. -jd sq. • 



2î> 



— 322 — 

Ifs campagnes artificielles livrées aux jeux des enfants. 11 ne 
faut pas les comparer avec le Labyrinthe de Crète et penser 
que ce dernier est un espace étroit où l'on peut faire plusieurs 
milliers de pas en se promenant'^'.?' 

Ils étaient, serable-t-il, assez nombreux. M. Mùntz^'-^ ren- 
voie en particulier à une étude d'Otto Jahn<^^ déjà vieille de 
plusieurs années, et qui décrivait, dit-il, une dizaine de lithos- 
trotes antiques représentant le Labyrinthe. Nous abandon- 
nons aux savants qui ont à leur disposition des bibliothèques 
considérables le soin de s'y reporter, s'il est utile. La repré- 
sentation même des inextricables détours que présentait le lé- 
gendaire édifice souterrain de Knossos s'est retrouvée aussi 
parmi les si curieux graffiti de Pompéi, sur l'un de ceux que 
l'on a recueillis dans la maison dite de fcLucretiusw'"'; ce 
n'est pas l'un des moins intéressants souvenirs des légendes 
Cretoises. 

Les mosaïstes chrétiens multiplièrent l'image du Labyrinthe. 
On le trouve dans des églises de France, mérovingiennes et 
carolingiennes ^^', jusqu'au x" siècle "^l Les plus célèbres mo- 
saïques de cette catégorie sont, dit-on. celle de San Michèle 
i\faggiore de Pavie''^ celle de San Savino de Plaisance '^^ celle 

W Pline, Hist. nat., XXXVI, 19 (tiad. el édit. Littré dans la coll. des Aul. 
latins de ÎNisard, p. 5i3 sq.) Labyrintijum m pavimentis puerorumve ludicris 

campestribus videmus brevi iacinia millia passiiiim plena ambulalionis 

coatinenlem. 

.'2' Mùniz, l. c, f. lU sc|. 

'^> Otlo Jabn, Arch. Deitr., p. 2G8 sq. 

W C. l. L., IV, 233 1 et pi. XXXVIII, 1. M. Saglio, art. Dœdahts, p. 7 en 
note, réfère à Mus. Borbonico, XIV, pi. A el à Nicolini, Case e monum. di Pom- 
peii, Casa di Lucrezio, p. 13, pi. I, 6. 

(5) Mimtz, /. c, d'après de Gaumont, Abécéd., éd. de 1870, p. .5 10. 

(«) Pline, l c. , qui parle des circnits, rencontres et détours inextricables des 
labyrinthes (itineruni ambages occursusque ac recursus inexpiicabiles), disait que 
c'est l'ouvrage peut-être le plus prodigieux, et nuilenient chimérique, des hommes. 

(') Miintz, /. c, d'après Cianipini, Veter. monim., t. 11, pi. Il et p. /i. 

/") Id., d'après Campi, De//' hist. écries, di Piacenza, i65i, p. Q^n. 



— 323 — 

de San Vitale de Ravemie^'', celle de Santa Maria in ïranste- 
vere à Rome'-', celle du Dôme de Crémone '^^, celle de Brin- 
disi'"^', et, pom' revenir à notre terre africaine, celle d'Orléans- 
ville '^l Nous ne prétendons en aucune manière en donner ici 
une liste complète, c|ue les érudits dresseront à loisir et avec 
les ressources bibliographiques que l'on n'a pas en Tunisie, 
vous le savez. 

Sur notre mosaïque de Sousse , les deux vantaux de la porte 
du Labyrinthe sont conventionnellement figurés, semble-t-il, 
comme rabattus sur le sol. Ils paraissent ornés chacun de 
deux points noirs, probablement destinés à figurer les clous 
de métal dont Dédale , architecte, sculpteur, ciseleur, artiste 
en tous genres '''', avait assujetti les portes de la redoutable 
caverne. La baie de la porte est cintrée. Le long du mur exté- 
rieur se lisait, en lettres alternativement rouges et noires, 
d'après ce que m'a dit M. Gandolphe, le Lasciate ogiu spc- 
ranza de la Crète, et sans autre indication. 

Dessinateur de hasard, l'auteur du graifito indécis de Pom- 
péi a jugé plus prudent de préciser, par le mot Lahyrîutlms:, 
son improvisation aussi peu savante que le travail dos moné- 
taires de Knossos. De plus, il a joint une phrase, comme pour 
inspirer aux spectateurs, à ceux qui liraient les choses écrites 
sur le mur, une juste crainte à la vue de son beau dessin ; 
«Ici habite le Minotaure '^^5. 

Le lithostrote de Saint-Michel Majeur, a Pavie, — une 

'') L'église de Saint-Vital à Ravcnne tut foiidéfr par Jiislinien en 5'ii. 
'^) Cette église fut restaurée cl décorée par Benoit 111 en Sb6. 
^^'> Miintz, /. c, d'ap. Rolinlotti, Dorum. stor. e lotter. di Crem., 1867, pi. II. 
'"' Saglio, art. Ihedalus, p. 7 en noie. La référence bibliographique cpii esf 
donnée, Hco. arch., \88h, p. 107, n'est point exacte. 

(^) Miintz, l. c, d'a])rès Ami. tinhrol., XXVII et XXMll, p. nyj. 

"^ SagVio, i\\l. Ikedfdiin. 

C) C. I. L., IV, 2:V.U et pi. XXXV III, 1. 



— 32/j — 

œuvre qui semble upparlenir au x' siècle, — oll'rait un vers 
léonin, par lequel les (iclèles apprennent que ;^ Thésée est en- 
tré et a tué le monstre à la double nature ^'^7. 

Celui de Saint-Savin, à Plaisance, dont le travail parait se 
rapporter à la même époque, portait aussi une inscription, 
mais beaucoup plus étendue, et par laquelle les chrétiens du 
lieu étaient instruits sur la moralité symbolique de cette repré- 
sentation païenne. Il y avait jusqu'à quatre vers hexamètres. 
wLe labyrinthe que voici figure le monde où nous vivons, 
large, à l'entrée, mais, à la sortie, trop étroit. Ainsi, celui 
(pii se laisse prendre aux joies du monde, proraptement alourdi 
par le poids de ses vices, ne peut plus qu'au prix de grands 
efforts revenir à la doctrine de la vie ^-'. n 

Le Labyrinthe même forme un grand carré composé de 
quatre carrés à peu près réguliers et fort analogues les uns 
aux autres. Au centre du dessin, au terme des longs replis que 
le mosaïste a su curieusement emmêler, le Minotaure est figuré, 
à demi couché. Ce n'est point, semble-t-il, le monstre impi- 
toyable, tapi dans son repaire, prêt à s'élancer contre ses 
proies vaincues d'avance; c'est plutôt, bien que rien ne l'in- 
dique avec une rigoureuse précision , le monstre déjà griève- 
ment blessé. Le bras gauche semble étendu dans les der- 
nières convulsions de l'agonie qui se termine; la jambe gauche 
se replie dans un suprême effort; la tête de taureau retombe 
sur la poitrine d'homme. Le fils monstrueux de Pasiphaé, 
déjà lourdement appesanti sur le bras droit, trop faible main- 



^') Mùniz, /. c. , p. 16. Voici ce vers : Teseus intravit monstrumque bi- 
forme necavit. 

'-) Muatz, /. r. Voici les quatre hexamètres : Hune mtindum tipice (sic) 
Laberinthm denolat iste, \ intranti largus, redmnti set (sic) nimis art us; \ sic 
mundo captus, viciorum mole gravutns , \ vix vnlet ad vite doctrinam qiiisqne 
redire. 



— 3t>5 — 

tenant pour se relever, pour Cuir de sa tanière enfin violée, et 
pour atteindre son meurtrier, va succomber à ses blessures 
mortelles. 

Tout autre il nous apparaît sur la mosaïque du Dôme, à 
Crémone. Le bouclier au poing, l'épée dans la main droite, 
le Minotaure marche à la rencontre de son audacieux agres- 
seur. Par une confusion que iM. Mùntz a finement e.\pli(|uée, 
il est appelé d'un nom assez peu attendu, centaurus '^'. C'est le 
premier acte du drame légendaire. 

La mosaïque de Pavie, dont nous avons parlé plus haut, re- 
présente aussi la lutte à l'intérieur du Labyrinthe : c'est le se- 
cond acte. De plus le sujet n'est point à la place principale, 
mais forme comme un pendant au combat de Goliath et de 
David f^). 

Derrière le Labyrinthe et par devant s'étendent deux es- 
paces rectangulaires, ornés de dessins géométriques, semés 
chacun de six croisettes. Cette décoration n'est qu'un pur ca- 
price du mosaïste, et n'a, crovons-nous, aucun sens précis. 

Devant l'entrée s'étend la mer. Sur les flots calmes vogue 
paisiblement un bateau où sont figurés sept personnages. L'un 
est à la proue, debout, scmble-t-il. Le bras droit étendu, 
il paraît parler à ses compagnons, séparés en deux groupes 
bien distincts. Les uns, qui se trouvent auprès de lui, paraissent, 
assis dans le fond du navire. Les autres, qui se voient à la 
poupe, sont debout, les bras étendus, et adressent la parole 
à celui qui est à la proue. On y reconnaît d'une pari Thésée, 
— dont la place, comme pilote, serait plutôt, il est vrai, àla 
poupe, — et d'autre part les sept jeunes hommes et les sept 

'■' Miinl/, /. c. , p. 17 s<|., .ivi'c io dessin lie colle fifjiirc, 
■ IMiiiil/., /. f. 



— 3-iG — 

jeunos lllles d'Alliènes, desquels Egée avait dii envoyer, pour 
la (|uatrièine t'ois, le déploranle trijjul en Crète, et réduits à 
deux nroupes de trois, faute de place. 

Ariadne n'est point représentée, tenant le peloton de iil, 
auprès du jeune héros auquel elle avait appris la manière de 
pénétrer dans le Labyrinthe, de frapper le Minotaure et de 
fuir sans peine. On s'attendait à la voir figurée dans ce bateau 
qui ne la doit conduire que jusqu'à Navos '^'. 

Le vent semble souffler du rivage et porter le navire athé- 
nien vers la haute mer. Le dessin indique moins la voilure 
même que la vergue, le haut du mat, la flamme à deux 
pointes qui flotte dans le sens de la haute mer et de Naxos, 
les manœuvres très nombreuses. Il semble que le mosaïste ait 
indiqué la voile blanche déjà hissée au mât et tendue par le 
vent de Crète; ce qui serait tout à fait contraire aune tradition 
très répandue. 

Thésée parle aux victimes qu'il avait amenées jusqu'à Knos- 
sos et promis de sauver. De la main étendue il semble leur 
désigner le ciel dont les dieux ont récompensé son courage et 
attendent maintenant les offrandes qu'il a promis de leur faire. 
A lire la description que Philostrate a laissée d'un des soixante- 
quatre tableaux qui composent la galerie qu'il examine et le 
commentaire qu'il ajoute à cette œuvre, Thésée, dit-il, c^ sou- 
pire après la fumée qui s'élève des toits d'Athènes, ne connaît 
plus Ariadne, ne l'a jamais connue, je dis plus, il a oublié 
le Labyrinthe, il ne sait plus pourquoi il est passé en Crète, 
il ne voit que devant la proue de son vaisseau '-'. v Le ta- 



" Sur la bibliographie des œuvres anliques qui monlrenl les amours de la 
princesse Cretoise avec Thésée et le secours qu'elle fournit à son amant lors de 
son entreprise contre le Minotaure, voir Saglio, art. Ariadne, dans le Dict. des 
Antiq., I, p. Ziai, note 17. 

'^' Philostrate l'Ancien, 1, \h (Ariadne), traduction française de i\I. Bougnt. 
Paris, Renouard, 1881, p. 270. 



— 327 — 

bleau de Philostrate représente, ii est vrai, le départ, non do 
Crète, mais de Naxos. M. Bougot remarque à propos que, dans 
une peinture d'Herculanum figurant le réveil d'Ariadne aban- 
donnée à Naxos, un homme est assis sur le tillac du navire 
et montre aux matelots la direction à suivre. Est-ce, dit-il, 
Thésée? On peut le croire, et si, la conjecture est vraie, ce 
Thésée ressemble assez à celui de Philostrate ^^^. Dans une 
autre peinture analogue de sujet et de provenance ^-^ dit encore 
M. Bougot, les personnes qui montent \c navire fugitif sont en 
assez grand nombre. Si Thésée est parmi eux, il est assez diffi- 
cile de le distinguer. Les uns regardent la proue, les autres la 
poupe. Sur une autre '^', ajoute-t-il enfin, on voit le navire, 
mais il n'y a pas un homme sur le champ. L'absence d'Ariadne 
et le geste de Thésée symbolisent peut-être, dans la pensée 
du mosaïste, le désir que le jeune homme a de revoir ?da fu- 
mée qui s'élève des toits d'Athènes 55, l'oubli qu'il a de celle 
qui lui a permis de sortir du Labyrinthe édifié par son 
cousin '^'. 

La barque athénienne est d'une forme élégante. La poupe, 
hautement relevée au-dessus de la ligne des eaux, a un cou- 
ronnement qui ne rappelle que de loin l'aplustre ordi- 
naire et les banderoles d'usage. Le pourtour du bâtiment 
est festonné de galeries. La proue, qui semble armée d'un 
éperon en forme de bec d'oiseau, enfonce sa partie infé- 
rieure dans les flots calmes de l'Archipel. La partie supé- 

(') Philostrale l'Ancien, p. 976 et noie i, d'après A. d'H., II, p. 91, Roux 
et Barré, II, p. 3/i. 

l^> Ibid., p. 276 et note a, d'après A. d'H., V, p. 117, Roux et Barré, II, 
p. 35. 

(■^' Ibid., p. 976 et note 3, d'ap. Mus. Borbon., Il, p. Oiî, Roux ot Barré, 
111, p. 106. 

!'') Sui- la parenté de Thésée et de Dédale, voir Pliilanpio, V. Thés., 19. Dé- 
dale était, pour tous les auteurs anciens, de la famille des Ereclhcidcs et, à 
coup sûr, natif d'Alhèncs. 



— 328 — 

ricuro, légèrement élevée au-dessus do la mer, sert de siège 
à Thésée. 

Tout autour de la scène court une torsade très simple de 
style. 

Quant au cercle figuré sur le dessin de M. A. Gandolphe , 
il représente, suivant une récente communication ({u'il a bien 
voulu me faire, une cuvette ou cavité où devaient se réunir 
les eaux avant servi au lavage du sol aussi bien que celles de la 
pluie pénétrant par les ouvertures de la voûte de tuf. Celle-ci 
est justement fendue au-dessus, suivant une sorte de rectangle, 
par où l'on est descendu dans l'hypogée, lors des découvertes de 
M. le vice-consul Espina. M. Gandolphe suppose que cette ca- 
vité n'avait point d'autre usage, à cause de la pente légère de 
tout le sol de la mosaïque vers ce point. Il a constaté, me 
dit-il, dans les lavages qu'il fit en 1860 pour exécuter ses 
croquis de la mosaïque, que l'eau s'écoulait naturellement 
dans cette cuvette. Les parois et le fond de cette petite cavité 
se trouvaient, m'écrit-il encore, revêtus de cubes blancs, sans 
aucun dessin; elle mesurait 35 centimètres en profondeur et 
en largeur. 

J'ai visité en mai 1890, en compagnie de M. l'Agent con- 
sulaire d'Autriche-Hongrie, l'hypogée signalé j^ar Guérin. Nous 
avons vu ensemble l'endroit exact où fut extrait le sarcophage 
de marbre qui est aujourd'hui sous les obscures galeries du 
musée d'Alger, la place précise où se trouvait figuré le Mino- 
taure, celle de l'inscription, celle du bateau. Bien que l'on 
m'eût aflirmé que les tombeaux, contenus dans les niches tail- 
lées à même le tuf du caveau, avaient été soigneusement 
fouillés, j'en ai fait rejeter toute la terre. Mes ouvriers rencon- 
trèrent des os encore en place. L'une des sépultures me donna 



— 3-29 — 

d'un coup quatre briques de terre cuite, portant toutes la 
même estampille ronde, un peu négligée, dont je donne ici 
un dessin exact ^^'. Elles sont au Musée Alaoui, où je les ai 



>'''^'h~ 




Estampille des briques trouvées dans le caveau. 

rapportées en même temps que le reste des objets recueillis 
dans les fouilles que j'avais reçu mission de conduire, en avril- 
mai 1890, aux frais et pour le compte du service beylicaldes 
antiquités et arts. 

Veuillez agréer, etc. 

Tunis, juin 1891. 

N" XXXIV. 

UN BAS-RELIEF HÉTÉEN. 
COMMUNICATION DE M. J. MENANT. 

(SÉA.NCE DU 16 SEPTEMBRE 1892.) 

J'ai l'honneur de mettre sous les yeux de l'Académie l'es- 
tampage d'un bas-relief hétéen de o m. 20 sur o m. 60 de 
largeur; il m'a été transmis, il y a quelques jours, par 



(1) 



Luf(ii) Fe[e]lic(is) — ex officina. 



— 330 — 

M. Alric, drogman de l'ambassade de France à Conslaiili- 
nopie, à qui je suis heureux d'adresser publiquement mes 
remerciements pour l'empressement qu'il apporte à me com- 
muniquer des documents utiles à la science. 




Cet estampage n'a pas été pris directement sur le monu- 
ment lui-même, mais sur un premier estampage en cuivre 
obtenu au repoussé, d'après un bas-relief en pierre découvert, 
il y a quelques années, dans les environs d'Angora ou de Ma- 
latiya, sans qu'il me soit possible d'en désigner autrement 
la provenance, le possesseur de l'original ayant quitté depuis 
longtemps Gonstantinople. Bien que cet estampage ne me 
parvienne que par un surmoulage, qui ne me permet pas de 
me prononcer d'une manière absolue sur la valeur artistique 
de l'original, il suffît pour faire connaître un document qui 
mérite toute notre attention. 

Le bas-relief représente deux personnages accompagnés 
d'une inscription en quatre lignes. 

Les personnages, de profd, se font face, et sont séparés 
par une table avec des pieds en forme de X terminés par des 



— 331 — 

sabots de ruminants ; sur cette table repose une double pile 
d'offrandes. Les deux personnages ont le même costume et le 
même caractère, conforme au type hétéen, tel que nous le 
connaissons, particulièrement par les bas-reliefs de Sinjerli"'. 
Ils sont imberbes, l'œil brutalement taillé en plein dans la joue; 
les cbeveux, rejetés en arrière et retenus par un bandeau, 
tombent en boucle derrière le cou. Ils sont vêtus l'un et l'autre 
d'une longue robe talaire sans plis, garnie en bas d'une large 
frange. Enfin ils portent la chaussure aux bouts recourbés, si 
caractéristique des populations hétéennes. 

Le personnage à gauche, les pieds posés sur un scahellum, 
est assis sur un siège au dossier peu élevé en forme de X, 
dont les pieds sont ornés de griffes de lion. Il élève une 
coupe de la main gauche, et la porte à ses lèvres; sa main 
droite, ramenée à la ceinture, tient le lituiis, tel que nous le 
relevons à Euyuk et à Boghaz-Keuï (lasili-Kaïa)'^'. 

Le personnage qui lui fait face est debout, et présente de 
la main droite élevée un objet, peut-être un fruit (?). et, de la 
gauche, ramenée à la ceinture, il tient un symbole analogue 
à celui qui figure dans la main droite du personnage, dieu ou 
roi, sculpté sur une stèle de Biredjik, actuellement au Musée 
britannique '^^; seulement il est renversé. 

La disposition et la facture rappellent un bas-relief de 
Marash, publié par MM. Humann et Puchstein, sur lequel 
on distingue deux personnages assis, coiffés de la tiare cylin- 
drique; celui de droite tient une coupe de la main droite, 
et celui de gauche, le symbole que je viens de signaler '"^ 
L'inscription est gravée au-dessus des deux personnages, fan- 



'•' Voir Peirol, Ilisloire de l'art, II, p. 534. 

l*) Voir Porrot et (îuillaumo. Exploration archéologique de la Galatie et de la 
Bithynie, 1879, I. l, p. 2*3 1. 

(^) Voir Badger, Nestorianx and their Riluals, t. I, p. ."55a. 

<*' Humann et Puchstein, Reisen in Kleitiasien, pjl. \LV, u" •? , et XLIX. 



— TA-2 — 

dis que, sur notre bas-relief, elle est placée derrière celui qui 
occupe la droite de la scène. 

L'inscription de l'estampage comprend, avons-nous dit, 
quatre lignes de caractères d'une belle facture, et^dont la lec- 
ture complète n'est arrêtée que par l'état encore peu avancé 
du déchiffrement. J'y reconnais toutefois plusieurs caractères 
dont la valeur n'est pas douteuse, et qui permettent de donner 
une idée générale du contenu. 

La première ligne doit se lire de gauche à droite; ce qui. 
d'après la marche ordinaire de l'écriture boustrophédon, sem- 
blerait indiquer que l'inscription n'est pas con)plète, et qu'il 
manque au moins une ligne dans la partie supérieure. Les 

deux premiers signes jf o[]o (^ku-e), à gauche, derrière le per- 
sonnage, sont évidemment la fin d'un mot qui devait com- 
mencer à gauche, dans la ligne précédente. 

Je rencontre ensuite un signe nouveau V>ro , dont rien ne 




me fait soupçonner la valeur, puis quelques signes encore 
indéchiffrés, mais fréquents dans les autres inscriptions. La 

ligne se termine par l'idéogramme d'un nom divin <fj[^ qui 

est mentionné plusieurs fois dans les inscriptions de Jérablus ^^^ 
et qui entre dans la composition d'un nom royal. 

La seconde ligne, qu'il faut lire de droite à gauche, com- 
mence par l'idéogramme du dieu Sandu yp , tel qu'on le 
trouve fréquemment dans les textes. Il est ordinairement pré- 
cédé du signe divin (^J). M. Sayce en a établi la valeur d'après 
les monuments de Yasili-Kaïa'-', et j'en ai signalé la présence, 

(1) Voir Wright, The Empire of the Hittites, pi. VIII: J. J. 1. /., pi. XV, ] 
«"' 1 et 2. 

(^' Voir The Monuments qf the Hittites, dans les Trnns. qf S. H. A., vol. Vil, 



— 333 — 

avec la raêmc valeur, environ soixante fois dans les textes ^" : 
mais ici le haut rang que cette divinité occupe dans le pan- 
théon hétéen est représenté par le signe (3^^. Son rôle 
idéographique est établi par les inscriptions de Hamath et de 
Jérahlus, où il figure sur la tête des personnages revêtus d'un 
caractère divin ('-'; puis je trouve une suite de signes dont 
quelques-uns ont une valeur incertaine, ce qui ne permet 
pas de donner à l'ensemble une lecture courante. 

La ligne se termine par le monogramme divin (^ dont 
je viens d'indiquer le rôle et la valeur. Il est suivi de la 
voyelle a[]a (^e), son complément phonétique ou sa flexion. Dans 
tous les cas, c'est un des caractères dont la valeur est la plus 
sérieusement établie, en dehors de celles qui sont fournies 
par l'inscription bilingue. 

La troisième et la quatrième ligne ne donnent que quelques 
caractères, dont la valeur n'est pas rigoureusement déterminée, 
bien qu'on les rencontre souvent dans les autres inscriptions. 

Je signalerai cependant deux nouveaux caractères ^ (^ et ]] || 

qui ont évidemment des valeurs idéographiques. Je serais 

tenté de rapprocher du dernier le signe j\c qu'on remarque 

sur le vase hétéen trouvé à Babylone '^^. 

Malgré le laconisme de ce texte, on peut estimer que le 
sens général qui s'en dégage commémore une offrande ou une 
invocation au dieu Sandu, mentionné dans la seconde ligne. 
Il est permis de rapprocher cette inscription de celle qui 
se trouve sur la tête des deux personnages du bas-reUef de 
Marash dont je viens de parler, et qui renferme également le 
nom du dieu Sandu exprimé de la même manière. Notre 

'" Voir Eléments du syllabaire hniéen, p. Ga. 

t'' Voir."6iW.,p. 7/.. 

''' Voir Wrifflil . The Empire nf tho Uilliles , y\. XXV. 



— 3;Vi — 

inscription j)résente, d'un aiilic cùlé, le même système gra- 
phi(|ue avec les mêmes expressions i(iéograplii([nes, et les rares 
flexions que nous pouvons y constater nous invitent à y voir 
le même idiome. 

Je ne crois pas avoir besoin de m'excuscr d'apporter si peu 
de lumière sur la lecture d'un texte hétéen que j'étudie pour 
la première fois. Nos connaissances sur ce système graphicjue 
ne sont pas aussi avancées qu'on pourrait le croire, d'a])rès 
certains travaux dont je ne saurais accepter le principe. Les 
difficultés sont considérables; ce n'est qu'en suivant patiem- 
ment les indications fournies par la trop courte inscription 
bilingue dite de Tarkondémos , que M. Savce a obtenu des ré- 
sultats sérieux; aussi, après les avoir contrôlés, je n'ai pas 
hésité à marcher sur ses traces, heureux d'avoir pu dégager 
ainsi quelques valeurs nouvelles. Quant à l'idiome de ces in- 
scriptions, on peut dire à quelle famille de langues il n'appar- 
tient pas ; mais il me paraît téméraire d'en supposer la repré- 
sentation dans un dialecte déterminé d'avance, pour appli((uer 
arbitrairement les valeurs phonétiques de ce dialecte à des 
signes qu'on regarderait comme les désinences de l'idiome hé- 
téen, et de s'en servir pour arriver au déchifî'rement et à 
la lecture. 

J'ai toujours employé le mot hétéen pour désigner le docu- 
ment que je viens de faire connaître, et ceux auxquels je l'ai 
comparé. Je dois revenir un instant sur cette expression, 
appliquée aux monuments d'une civilisation qui a des repré- 
sentants sur divers points de la Syrie du INord et de l'Asie 
Mineure, et qui présentent tous le même caractère. On les dé- 
signe sous le nom d'art hétéen, comme on désigne sous le nom 
d'écriture hétéennc tous les hiéroglyphes des inscriptions de ces 
mêmes contrées. 

Cette désignation a son importance; car tout se tient dans ces 
fragments d'une civilisation dont on comprend déjà l'étendue 



33 







et qui semble avoir disparu en léguant à la Grèce naissante 
les derniers efforts de l'art de la Haute Asie. 

Un des hommes qui ont le plus remué de monuments he- 
i^ens jusqu'à présent, M. Puchstein, prétend que cette dénomi- 
nation (ïart hillite ou d'art hétéen est erronée, et que, notam- 
ment, les monuments qu'il a découverts à Sinjerli ne sont pas 
d'origine hétcenne, mais constituent un art particulier qu'il 
nomme syro-amiùque. Je relève cette note dans le Bulletin de 
correspondance heUéniqup,'^^\ et je ne voudrais pas me hasarder 
à combattre l'appréciation du savant explorateur, sans avoir 
son travail sous les yeux : cette simple note m'a cependant causé 
une certaine préoccupation. 

Les fouilles de Sinjerli ont mis au jour des monument^ de 
plusieurs provenances. Il paraît que les monuments découverts 
sont au nombre de plus de trois mille, parmi lesquels on 
distingue des produits indigènes, des œuvres assyriennes du 
règne d'Assarhaddon et même d'une époque antérieure, des 
objets d'art et d'industrie qui paraissent d'origine cypriote, 
enfin des inscriptions araméennes. Et alors, au milieu de ce 
mélange, je me demande quels sont les objets qu'on doit re- 
garder comme ap[iartenant rà l'industrie indigène. Je doute 
que ce soit l'inscription araméenne dont M. Ph. Berger a pu- 
blié une photographie^"' et dont M. Halévy s'est empressé 
de donner une première traduction ^^' ; ce savant prétend que 
cette inscription, qui ne paraît pas écrite dans un style ara- 
méen très pur, représenterait précisément la langue hé- 
téenne. S'il en était ainsi, on devrait, en effet, trouver un 
autre nom pour l'idiome des inscriptions en caractères hiéro- 
glvphiques de l'Asie Mineure et pour la civilisation qu'ils 

(') 1891, p. 688. 

'■^' Histilire de récriture dans l'nniiqmté, p. 9o5. 

■> Si'anco (]ii 5 août i8()o. — f'nblit'p dans les Brrberches bibliques, Notes 
et mélnngfis. p. 78 1 . 



— 330 — 

renrésentenl. — 11 ne faut pas se lier par les mots; je ne sais 
si on [)eut vraisemblablement rattacher ce peuple, que nous 
désignons sous le nom de Hillilcs ou Ilétéens, aux fils de Het, 
les Hitlim de la Bible, malgré les efforts tentés de ce côté; 
mais, dans l'état actuel, il n'y a aucun inconvénient, ce me 
semble, à maintenir à ces nouveaux documents de l'art et de 
l'écriture des peuples de la Syrie du Nord et de l'Asie Mineure 
la dénomination d\irl hétéen et d^écrlture héléenne, qui com- 
prend, sous un même titre, des monuments présentant le même 
caractère et dus aux peuples que les Egyptiens ont eus tour 
à tour comme adversaires ou comme alliés sous le nom de 
Kliétas, et les Assyriens sous celui de Khatti. Dans tous les cas, 
il importe avant tout de réunir le plus de documents possible: 
les travailleurs ne manqueront pas pour les étudier. Voilà 
pourquoi je me suis empressé de communiquer l'estampage 
que j'ai reçu de M. Alric, en attendant que des publications 
importantes mettent à la disposition des savants les résultats 
des grandes explorations de l'Allemagne et de la Turquie. 



N° XXXV. 

LETTRE DE M. HOMOLLE, DIRECTEUR DE L'ECOLE FRANÇAISE D'ATHENES. 

(séance du li OCTOBRE iSga.) 

Athènes, 3 o .septembre 1899. 
Monsieur le Secrétaire perpétuel, 

J'ai la satisfaction de vous annoncer que je me rendrai la 
semaine prochaine à Delphes avec M. Couve, membre de 
l'Ecole, pour y commencer les fouilles. Déjà le chemin de fer 
Decauville, destiné au transport des déblais, est installé, et 
sans avoir encore, faute de payement des indemnités, la libre 
disposition de tout le terrain, nous trouverons assez d'espaces 



— 337 — 

vides pour faire un travail utile et, je l'espère, des découvertes 
fructueuses. 

En vous informant de cet heureux résultat, je me fais un 
devoir d'en reporter l'honneur à la bienveillance et à l'énergie 
du gouvernement de M. Tricoupis, qui nous a donné et veut 
bien nous promettre pour l'avenir tout son concours , ainsi que 
l'avait fait d'ailleurs celui de M. Delyannis. 

M. le Président du Conseil, en m'annonçant les décisions 
qu'il vient de prendre à ma prière , s'exprime avec une si sym- 
pathique franchise que l'Académie aura plaisir, je pense, à 
connaître les termes mêmes de sa lettre : 

'^ Ainsi donc tout est réglé selon vos indications, et rien ne 
s'oppose de ce chef à ce que vous mettiez la main à l'œuvre. 
Nous vous suivrons tous dans cette belle entreprise avec le plus 
vif intérêt et. pour ma part, j'estimerai toujours comme une 
faveur toute demande de concours que vous voudrez bien 
m'adi'esser dans le cours de vos travaux, v 

Veuillez agréer, etc. 

T. HoMOLLE. 

N" XXXVI. 

LETTRE DE M. TOUTAIN, CHARGÉ D'DNE MISSION ARCHEOLOGIQUE 
À CHEMTOU (tUNISIe). 

(séance du ai OCTOBRE 1892.) 

Cherntoii, le 1 6 octobre 1899. 

Monsieur le Président, 

J'ai l'honneur de vous faire savoir que je suis installé à 
Chemtou depuis quatre semaines, et que j'ai déjà employé 
environ la moitié du crédit que l'Académie des inscriptions 
et belles-lettres a bien voulu m'accorder pour continuer les 
fouilles entreprises <el été par l'Ecole française de Rome. 

•.«.3. 



— 338 — 

Sans avoir la prétention de vous envoyer aujourd'hui un 
rapport vraiment scientifique, je tiens à vous mettre au cou- 
rant des résultats que j'ai déjà obtenus. 

Mes efforts ont porté sur deux points : le théâtre, dont j'avais 
commencé le déblaiement aux mois de mai et de juin, et le 
forum de la ville ancienne. 

I. Le théâtre. — Actuellement la plus grande moitié de la 
mosaïque qui forme le pavement de l'orchestre n'est plus re- 
couverte que de /jo à 5o centimètres de terre. Je pourrais la 
découvrir entièrement, mais, comme je veux mettre au jour 
une partie des gradins, et que la terre qui les recouvre re- 
tomberait sur la mosaïque, je préfère attendre que ce travail 
soit terminé pour la découvrir définitivement. J'ai creusé assez 
avant sur l'emplacement de la scène, et je crois pouvoir affir- 
mer que le sol de cette partie du théâtre dominait d'environ 
un mètre le pavé de l'orchestre. Désormais, au théâtre, je ne 
vais plus m'occuper que de déblayer la scène, et je ferai tous 
mes efforts pour parvenir jusqu'au mur du fond. 

II. Le forum. — J'ai découvert une place d'environ 
9 5 mètres de long sur 20 de large, toute pavée en grandes 
dalles de granit ou de schiste bleu vcrdâtre. Cette place, qui 
se trouve dans la partie des ruines d'où émergent plusieurs 
monuments considérables, entre autres un temple et une basi- 
lique, et qui n'est pas éloignée du théâtre, est certainement le 
forum de Simitthu. Elle est limitée vers le sud par une exèdre 
monumentale dont les substructions en pierres de taille sont 
encore en place, et dont la décoration arcliitecturale pourra 
être reconstituée grâce aux bases et aux tronçons de colonnes, 
aux chapiteaux (dont un fort beau et bien conservé) et aux 
fragments de corniche que j'ai retrouvés tout autour. 

Vers le nord, le forum est limité par deux constructions. 



— 339 — 

que sépare une petite rue dallée. Cette rue débouche à peu 
près iui milieu de la place, en face du centre de l'exèdre 
dont je vous parle. A l'ouest de cette rue se trouve un 
édifice dont je n'ai déblayé actuellement que le mur anté- 
rieur en petit appareil très solide (sur une longueur d'environ 
1 2 mètres). A l'est, j'ai retrouvé un escalier de trois marches, 
très bien conservé, et dont j'ai découvert déjà une longueur 
de t G mètres. C'est de ce côté que je dirige maintenant mes 
efforts, et j'espère savoir dans quelque temps où menait cet 
escalier. 

Sur le forum même se reconnaissent les traces d'une fon- 
taine. Sous le pavé se trouve une conduite souterraine, pro- 
bablement un égout antique; j'ai pu m'y glisser pendant une 
quarantaine de mètres, et j'ai observé différents détails assez 
intéressants : les habitants de Simitthu pratiquaient peut-être 
la méthode aujourd'hui si discutée du tout à l'égout. Cette 
conduite passait exactement au-dessous de l'endroit où se re- 
marquent les traces de la fontaine. 

Je n'ai malheureusement trouvé ni morceau de sculpture 
ni inscription; j'ai au contraire constaté par plusieurs obser- 
vations nouvelles un fait que j'avais déjà avancé dans la notice 
que j'ai eu l'honneur de lire devant l'Académie au mois d'août 
dernier : c'est que les édifices publics de Simitthu ont été ha- 
bités à une époque postérieure, probablement sous la domi- 
nation byzantine. Je crains donc qu'ils n'aient été bouleversés 
et qu'on ne trouve plus grand'chose en place. 

Outre les fouilles proprement dites, j'ai fait plusieurs 
excursions aux alentours et j'ai recueilli quelques notes avec 
lesquelles j'essaierai de reconstituer la physionomie de ce coin 
de l'Afrique romaine. 

Encore une fois, Monsieur le Président, j'adresse à l'Aca- 
démie l'expression bien sincère de ma vive gratitude; je vous 



— uo — 

prie (l'être auprès d'elle mon interprèle, et d'agrt'er l'assu- 
rance de mon dévouement le plus respectueux. 



N" XXXVII. 

NOUVEAUX MONUMENTS DU ROI OUR-NINA , DÉCOUVERTS PAR M. DE SARZEC. 
COMMUNICATION DE M, HEUZEY. 

(séance du 9 1 OCTOBRE 1899.) 

Si l'Académie veut bien me le permettre, je continuerai à 
lui exposer les résultats encore inédits des dernières fouilles 
exécutées à Tello, en Chaldée, par M. de Sarzec"^ 

La première période des découvertes avait mis au jour des 
monuments appartenant à la belle époque de cet art très an- 
tique, particulièrement les célèbres statues et têtes de diorite, 
parmi lesquelles les connaisseurs admirent de véritables œuvres 
de maîtrise, d'une technique superbe, d'un style sévère et 
puissant. 

La suite des fouilles a produit des résultats différents , mais 
non moins précieux : ce sont, au contraire, des ouvrages d'un 
travail rude et primitif, mais qui nous font remonter de plus 
en plus vers les origines de cette première civilisation, mère 
de toute la civilisation orientale. Si réellement la date du 
règne de Naram-Sin, calculée par les Chaldéens eux-mêmes, 
reporte la belle époque de la sculpture chaldéenne jusque vers 
l'an 8700 avant notre ère, quelle antiquité reculée faut-il 
attribuer à des ouvrages qui représentent l'enfance du même 
art? À quel siècle faut-il placer le roi de la Stèle des Vau- 
tours, Eannadou, dont la figure a pu être complétée, dans son 
étrange entourage de guerre, grâce aux nouveaux fragments 
retrouvés par M. de Sarzec? 

'"' Cette communicalioii fnil suite à celle <Ju i a août de la même année. 



— 3/il — 

Voici aujourd'hui d'autres débris qui peimettent à M. de 
Sarzec de reconstituer une personnalité royale plus antique 
encore, celle du roi Our-Nina, l'aïeul d'Eannadou, le plus an- 
cien souverain asiatique qui soit actuellement connu. 

Ce patriarche des dynasties orientales n'était représenté 
tout d'abord que par deux inscriptions très frustes et par un 
petit fragment de tablette sculptée. Maintenant, la réalité de 
son règne est attestée par une série de monuments à son 
nom, appartenant à presque toutes les classes d'antiquités que 
l'on rencontre à Tello. 

Ce sont d'abord : 

Des briques, provenant des angles d'une construction par 
lui édifiée '^h 

Deux pierres de seuil, dont l'une en forme de borne; 

Trois tablettes votives, avec inscriptions'^^; 

Trois statuettes de bronze, trouvées avec ces tablettes; 

Un gobelet en onyx (fragment); 

Plusieurs têles de lion décoratives, en ronde bosse '^'; 

Deux fragments de tablettes sculptées, avec figures d'ani- 
maux. 

À côté de ces objets, ce qui est surtout inappréciable, ce 
sont trois bas-reliefs, qui donnent corps et figure au très an- 
cien roi de Sirpourla et le font revivre à nos yeux, au milieu 
de l'entourage réel de sa famille et de sa cour. 

Sommairement taillées, variant dans leur forme du carré à 
l'ovale, ces trois plaques de calcaire blanc portent toutes les 

(" Découvertes en Chaldée, pi. \XX1, fijj. i. 
(*^ Revue d'assijriologie, II, iv, p. t^jy. 
('> Découvertex,ç\. W\ bis , (i<r. 'i. 



— U-2 — 

trois vers le milieu un large trou circulaire, de quatre à ciiicj 
centimètres de diamètre, qui les traverse de part en part. Le 
but encore inexpliqué de cette perforation rend énigmatique la 
destination des bas-reliefs eux-mêmes. 

Les trois monuments représentent un même sujet histo- 
rique, plus ou moins développé, selon la grandeur de la 
pierre : c'est, comme les inscriptions en font foi, le roi Our- 
Nina, entouré de ses enfants et de ses principaux serviteurs. 

Sculptures et inscriptions sont traitées grosso modo, mais 
avec une certaine largeur rude et négligée, ce qui est un trait 
caractéristique de tous les ouvrages de ce règne. Le profil 
asiatique v est accentué partout avec une exagération singu- 
lière. 

I 

PLAQUE QUADRAN6ULAIRE. 

Ici les figures forment deux processions superposées, mar- 
chant en sens inverse, au devant d'un personnage beaucoup 
plus grand que les autres, ce qui évidemment marque son 
rang exceptionnel. Le nom, gravé tout près du profil, ne 
permet pas de douter que ce ne soit l'image d'Our-Nina, deux 
fois répétée. 

En regard de la file supérieure, le roi se tient debout, le 
torse nu. Le châle de kaunakès, rendu de la façon sommaire 
que nous avons souvent décrite, entoure ses reins. C'est le 
costume de l'action et du travail. En effet, le souverain de 
Sirpourla se montre à nous dans une attitude qui est faite 
pour nous surprendre : sur sa tête, complètement rasée, il 
soutient de la main droite une grande corbeille, exactement 
comme les porteurs de la Stèle des Vautours. Plus tard le pa- 
tési Goudéa se fera représenter avec la tablette et la règle de 
l'architecte; le roi Our-Nina, plus humble encore dans sa 
dévotion, tient à honneur de remplir le rôle de porteur d'of- 



— 3/i3 — 

fraudes, de néocore, ou mieux l'office de manœuvre chargeant 
sur la tête les matériaux pour la construction du temple. Dans 
presque tous les pays du Midi et de l'Orient, cette corbeille 
tressée, de forme ouverte, la couffe des Arabes, est surtout 
l'instrument des terrassiers et des maçons. En arrière, un 
petit personnage, tenant par le col une aiguière apode, à bec 
long sortant de la panse, représente l'échanson royal. 

Une suite de cinq petites figures, rangées sur une ligne de 
sol plus remontée, s'avance vers le roi. D'après les inscriptions, 
elle est entièrement composée de ses enfants. Le premier est 
plus grand de proportions et plus richement vêtu que ceux qui 
le suivent, sans doute pour marquer la dignité de fils aîné. 
Seul il porte le châle de kaunakès, drapé autour de l'épaule 
gauche; et, par une autre exception, ses cheveux, non rasés, 
sauf peut-être au-dessus des tempes, tombent en flots derrière 
les épaules. La figure ainsi ajustée, les deux mains jointes en 
signe de respect, ressemble de très près à une statuette ar- 
chaïque déjà pubhée. Il n'y a aucune raison de songer à une 
représentation féminine. Il paraît résulter, au contraire, de 
cet exemple que, dans les usages de la primitive Chaldée, la 
chevelure longue et le vêtement de kaunakès étaient des in- 
signes réservés à des personnages de haut rang. Une inscrip- 
tion, gravée derrière la tête, donne un nom propre, composé 
des signes Lid-da, suivis à droite de l'idéogramme de fils, 
séparé par un trait vertical, qui marque comme une case sé- 
parée. 

Les quatre petits personnages qui viennent ensuite portent 
le châle simple, roulé en jupon autour des reins. De même 
que l'échanson du vo[^^\ ils ont chacun leur nom gravé sur 

'' Le nom de ce ptemiei ('chaiison (/si composé dos sifjries Dn-ni-ta. 



— UU — 

l'éloiTe, <3t chaque fois il est accompagné, mais 5 gauche, du 
signe fils, séparé par une ligne verticale ^'l Un détail curieux, 
c'est t|ue la taille de ces quatre ligures va en augmentant, à 
mesure ([u'elles s'éloignent. Le premier se trouve ainsi le plus 
petit de tous, et, par une autre particularité, il tient une 
aiguière, comme s'il remplissait, auprès du prince héritier (|ui 
le précède, le rôle d'échanson. Cela est d'autant plus surpre- 
nant qu'il porte un nom historique connu par les précédentes 
découvertes : c'est Akourgal, déjà désigné par la Stèle des 
Vautours comme un roi de Sirpourla, fils du roi Our-Nina, 
et par d'autres monuments comme le père d'Eannadou, le con- 
sécrateur de cette stèle. La succession a-t-elle été immédiate? 
Mais alors par suite de quels événements, de quelle préférence 
ou de quels droits l'enfant qui, par sa taille du moins, parait 
être le plus jeune de la famille, devint-il l'héritier du pou- 
voir royal? Certaines histoires biJjliques, telles que celles de 
Jacob, de Juda, de Benjamin, pourraient sans doute servir de 
réponse. Autre détail à remarquer, Akourgal, sans avoir les 
cheveux tombants, comme le prince qui marche devant lui, 
les porte relevés en chignon derrière la tête, tandis que les 
trois autres fils qui le suivent, et dont la taille va crescendo, 
sont complètement rasés, ainsi que la plupart des autres 
figures. 

La pnnci])ale inscription est gravée en avant de l'image 
même d'Our-Nina. Elle descend d'abord verticalement; puis, 
contrairement à l'usage, elle va de droite à gauche, sans 
doute afin que le nom se trouve le plus près possible de la 
tête royale, ainsi que cela a lieu aussi pour le prince héritier. 
On lit : ^Nma-Our (p. Our-nina), fils de Nini-hal-dou , fils de 
Gour-sfir, — le temple du dieu Nin-ghir-sou — a fait, n On 



!"' Leiii's noms sont composés comme ii suit : LougaI-[^) , fils; Da-kour-ra-ni , 
fils; Moii-ri-kour-ta , fils. 



— 345 — 

remarquera aussi que, pour la première fois, à côté du nom 
de son père, nous avons le nom de l'aïeul, ce qui est confirmé 
par plusieurs autres textes : comme pour le nom paternel, le 
titre royal est absent. En arrière de la figure du roi , une suite 
de l'inscription donne l'indication suivante : ^^^Le petit ab-zou 
— il a fait», construction mentionnée sur d'autres monuments 
du même règne. 

Nous passons au second registre de figures, disposé en sens 
contraire du premier. Le roi, assis maintenant, se repose après 
la tâche terminée. Toujours plus grand que les autres person- 
nages et portant le taunakès enroulé autour de la taille, il 
lève un vase à boire en forme de cornet. Derrière son trône à 
dossier et à pieds de lion sommairement figurés, un nouvel 
échanson tient l'aiguière f^l En avant, comme première figure, 
plus haute que les suivantes, un dignitaire étend la main et 
semble parler à son maître; son nom n'est pas accompagné du 
signe fils, mais d'un autre titre de fonction ou de parenté ^-^l 
Les trois autres figures, dont la taille va maintenant de- 
crescendo, sont au contraire désignées comme fils du roi'-^\ 
La lignée royale se compose donc en tout de huit enfants. 

Derrière la tête du roi, on lit de gauche à droite : aNina- 
^our — roi de Sirpourla»; puis au-dessus de ses genoux, de 
droite à gauche : «De lAIa-gan les montagnes — toutes sortes 
«de bois il a fait venir 55; enfin à l'extrémité opposée, après le 
dernier fils : «Le temple de la déesse Nina — il a fait. » Comme 
au registre supérieur, ces quelques indications, relatives aux 



(" Éiémcnls du nom : Sag-an-touk. 

^-' La première case , un peu fruste, contient le si{jne dou deux Ibis répété; 
la seconde, les signes ba et lab. Comparez le troisième bas-reliel', où les mêmes 
indications semblent plus complètes (pa;j'' '.UtH , noie a). 

'■') Composition d<'s noms: "Noun-pa, fils: Gouri^)-oud-b()U . fils; Mna-koti- 
tow-flti. ûh.n 



— 3/i6 — 

conslruclions royales, ne sont que des extraits des textes plus 
développés du même roi, comme le document (jui a été tra- 
duit par Amiaud'^', dont nous suivons l'interprélalion. 

Si l'on considère finalement le monument dans son en- 
semble, on doit reconnaître que, mal<jré la rudesse du travail, 
la réunion des inscriptions et des ligures constitue un docu- 
ment historique et généalogique de la plus haute valeur. 

TI 

PETITE PLAQUE OVALE. 

Cette deuxième plaque sculptée, toujours percée au milieu 
d'un large trou circulaire, montre une forme ovale bien 
accusée, quoique le contour en soit découpé sommairement. 
La représentation nous offre comme un abrégé des scènes 
figurées sur la plaque précédente. Le roi Our-Nina, debout, est 
tourné vers la droite, vêtu comme nous l'avons vu déjà, les 
mains jointes sur la poitrine. Derrière lui son fidèle échanson, 
dont la taille est celle d'un enfant, tient toujours le vase à 
verser. Ensuite vient le prince royal Akourgal, puis un servi- 
teur, un peu plus grand que lui et dont le nom est peu lisible. 
Sur une petite bande saillante, formant un registre supérieur, 
se tiennent Lougal-i?) dont le nom n'est pas accompagné 
cette fois du signe défis, et un autre personnage qui ne figure 
pas sur les autres bas-reliefs. L'inscription, gravée sur le fond, 
est ainsi conçue : ctNina-Our — roi de Sir-pour-la — le 
temple du dieu Nin-ghir-sou a fait. 55 

La représentation, quoique restreinte, étant complète, on 
peut établir la comparaison avec le premier bas-relief. L'événe 
ment qui a fait disparaître le fils aîné paraît s'être accom 
pli : Akourgal, toujours [)résent et mis à la place d'honneur, 

"* Dans les Records of the past , n. s. , I , p. 6/i . Comparez la nouvelle traduction 
de M. P. Jenseii, dans la Keilimrhriftliche lUbliotheh- . II!, i, p. lo. 






— 3/1 7 — 

malgré sa taille qui ne parait pas encore complètement déve- 
loppée, tient désormais le premier rang parmi les enfants du 
roi. Cependant il ne porte plus les cheveux relevés en chignon, 
mais complètement rasés, comme tous les autres. 

III 

DEDX FRAGMENTS IfVTiE AUTRE PLAQUE CARREE. 

Deux fragments, que M. de Sarzec a pu rapprocher et cpii se 
rajustent exactement, donnent la moitié d'un troisième bas- 
relief, presque semblable au premier. Toute la partie à main 
droite, qui devait être occupée par la figure royale, une ou 
deux fois répétée, est brisée à partir du trou central. Les deux 
files superposées de petites figures marchent ici dans le même 
sens, vers la droite. Les personnages sont tous de même hau- 
teur, ce qui ôte quelque valeur aux différences, peut-être for- 
tuites, relevées sur les autres représentations, à moins que le 
progrès de l'âge n'ait maintenant égalisé toutes les tailles. Les 
noms sont également inscrits sur le vêtement. Princes et servi- 
tr-urs, tout le monde est complètement rasé. 

À la rangée supérieure, derrière un fonctionnaire dont la 
figure et l'inscription sont incomplètes, on rencontre deux des 
fils d'Our-Nina précédemment nommés'^'. Après eux marche 
un serviteur qui tient sur son épaule un bâton, auquel pend 
un filet à provisions; son manteau, roulé en jupon, porte une 
inscription particulière, qui, malgré un doute possible, doit 
probablement se lire : «Montagnes de Magan» ^-\ Un serviteur 
du même genre figure déjà, sur les cylindres, dans la suite 
d'un personnage princier : c'est évidemment un courrier, et 

(" Ce sont Lougal-{?), fils; Mmi-ri-kour-Ui, (ils. 

'^' On lit : Har-sag Mn-gan on pins exactement peut-être, Kou-gan : cepen- 
(Innt ics deux Irails qui traveisenl le signe ma et lui donuent l'apparence du 
sipuc hou s'expliquent siinisninuienl par la liaison avec le caractère gan. 



— 3^8 — 

celui-ci aurait été chargé des relations avec le fameux pays de 
Magan, d'où la Ghaldée tirait dès cette haute époque, ainsi 
que nous l'avons vu tout à l'heure, une partie de ses maté- 
riaux. Ce serait la confirmation très antique et comme la figu- 
ration vivante du fait historique et géographique tant de fois 
rappelé par les monuments chaldéens. 

La file inférieure compte quatre figures : c'est d'abord le 
premier des deux échansons déjà cités 'i^; devant lui on dis- 
tingue un vestige de sculpture qui pourrait bien être l'angle 
du manteau royal. L'échanson est suivi par un personnage 
dont le nom et le titre semblent se rapporter, quoique disposés 
dans l'ordre inverse , au même dignitaire que nous avons trouvé 
dans le premier bas-relief^-'. Ensuite vient Akourgal, avec le 
titre de fils; puis, pour fermer la marche, comme à la rangée 
supérieure, un serviteur, qui porte après son nom le titre de 
scribe '^^K 

L'inscription principale , gravée sur la bande saillante, entre 
les deux files de figures, est ainsi conçue : «Nina-our, — roi 

— de Sir-pour-la, — fils de Nini-hal-dou, — le temple du 
dieu Nin-ghir-sou — a construit; — le temple de la déesse 
Nina — il a construit; — le petit ah-zou — il a construit: 

— sa tour n étages il a construit, -n 

Ces trois plaques sculptées et perforées forment, on le voit, 
une série d'une grande importance pour la connaissance de la 
plus ancienne histoire. Etaient-elles encastrées horizontale- 
ment dans la maçonnerie , pour maintenir dressée , comme je 
suis porté à le croire, quelque arme votive? De toute manière, 



''' Da-ni-ta. 

(^> Voir p. 3i5, note a. Ici ce sont les signes ba et lab qui occupent la pre- 
mière case; la deuxième renferme les suivants : Sir{1)-dou-dou-gal. 

'^' Nom composé des éléments Nam-ib. Le titre de scribe, tip-sar, si fréquent 
sur les cylindres, est précédé du caractère lou signifi;inl Jiomme. 



— 3/i9 — 

le nombre prouve qu'elles devaient être d'un usage fréquent à 
cette époque. C'était peut-être la raison qui les avait fait 
sculpter dans la pierre calcaire avec une négligence un peu 
hâtive. D'ailleurs, cette rudesse de travail, commune aux mo- 
numents du roi Our-Nina, n'exclut pas, comme nous l'avons 
déjà fait remarquer, une certaine largeur. On peut même 
constater un progrès dans l'entente naïve de la composition, 
si Ton en rapproche quelques sculptures plus anciennes en- 
core, parmi lesquelles un fragment de bas-relief à surface 
courbe, antérieurement décrit et publié. De toute manière ce 
sont peut-être les plus anciennes pages illustrées où il soit 
donné à l'homme de contempler l'ininge authentique de son 
passé. 

APPENDICE N° m. 



RAPPORT 

FAIT AU NOM DE LA COMMISSION DES ANTIQUITES DE LA FRANCE 

SDR LES OUVRAGES ENVOYES AU CONCOURS DE L'ANNEE 1892, 

PAR M. AUGUSTE LONGNON. 

(lu DANS LA SÉANCE DU 28 OCTOBRE 1899.) 



Messieurs, 

Les concurrents n'ont jamais fait défaut au concours an- 
nuel des antiquités de la France, qui remonte bientôt à trois 
quarts de siècle. Cette année, cependant, le nombre des tra- 
vaux présentés à vos suffrages, un peu inférieur à la moyenne 
observée dans ces derniers temps, ne s'élevait pas au-dessus de 
trente et un. Mais l'importance, le mérite de la plupart de ces 
travaux étaient assez grands pour que la Commission se soit 



— 350 — 

vue dans la nécessité de demander à M. le Ministre de l'In- 
struction publique de vouloir bien ajouter, cette fois encore, 
une quatrième médaille à celles dont elle dispose régulière- 
ment. 

La première médaille a été décernée à M. Auguste Bru- 
tails, archiviste du département de la Gironde, pour ses Etudes 
sur la condition des populations rurales du Roussillon au moyen 
âge (Paris, 1891, grand in-8°), ouvrage consciencieux, bien 
composé et d'une incontestable utilité pour l'histoire écono- 
mique du moyen âge. Pour composer ce livre, remarquable à 
la fois par l'abondance des informations et par la sûreté de la 
critique, et dans lequel il a traité toutes les questions se rat- 
tachant à l'état des anciennes populations rurales du Rous- 
sillon, M. Brutails a exploré à fond des archives d'une richesse 
exceptionnelle; il a disposé dans un ordre parfait les ren- 
seignements qu'il en a tirés et a discuté avec une prudente sa- 
gacité les nombreux et difficiles problèmes qu'il a rencontrés 
au cours de ses recherches. Le plan de l'ouvrage est bien 
conçu, les divisions en sont clairement établies, la lecture en 
est toujours attachante et le choix des textes mentionnés ou 
rapportés dans les notes a été fait avec le soin le plus judi- 
cieux. Il est permis de dire que M. Brutails a tracé de main 
de maître un tableau complet de la vie rurale dans le Rous- 
sillon , principalement du xif au xv^ siècle. L'intérêt de ce ta- 
bleau est encore augmenté par des rapprochements avec les 
coutumes de diverses contrées de la France et de l'Espagne, 
parfois aussi par des comparaisons avec les faits contemporains. 

L'œuvre que M. E. Coyecque a consacrée à F Hôtel-Dieu de 
Paris au moyen âge (Paris, 1889 et 1891, 2 vol. in-8''). el 
qui a paru digne de la seconde médaille, a été publiée sous les 
auspices de la Société de l'histoire de Pans. Elle reproduit, 



— 351 — 

heureusement remaniée, la thèse qui a vahi à l'auteur, au mois 
de janvier 1887. le diplôme d'archiviste paléographe. Elle se 
compose, pour la majeure partie, de documents empruntés 
aux délibérations du chapitre de Noire-Dame et l'on y trouve 
aussi un talîleau du domaine parisien de l'Hôtel- Dieu en i 5 5, 
dont l'intérêt sera certainement apprécié par les érudits qui 
étudient la topographie du vieux Paris. Mais la partie la plus 
personnelle de l'ouvrage de M. Coyecque, celle sur laquelle 
s'est plus particulièrement portée l'attention de la Commission, 
est le morceau historique où l'auteur a étudié les origines de 
l'Hôtel-Dieu, son administration durant le moyen âge et la 
réforme accomplie pendant la première moitié du xvi^ siècle. 
Avec un peu plus d'art dans la composition et dans le style 
M. Coyecque aurait composé un livre de tout point magistral 
Le sujet qu'il a traité semble n'offrir au premier abord qu'ur 
intérêt étroitement local; mais ce n'est là qu'une apparence 
trompeuse. En réalité, ce sujet est de la portée la plus haute 
et la plus large, à tel point que l'on ne pourra désormais 
porter un jugement d'ensemble sur la société française au 
moven Age sans tenir compte de quelques-uns des faits signalés 
pour la première fois par M. Coyecque; pour n'en donner 
qu'un seul exemple, d ne semble plus guère possible de répéter 
maintenant la légende, si accréditée naguère et d'ailleurs 
déjà fortement entamée, sur la malpropreté qui aurait régné 
partout pendant les siècles antérieurs à la Renaissance. 

C'est à une étude d'histoire littéraire, à la thèse de doctorat 
soutenue par M. Ernest Eanglois devant la Faculté des lettres 
de Paris sous le titre d'Origines et sources du roman de In Rose 
(Paris, 1890 , in-8"), qu'a été accordée la troisième médaille. 
Le livre de M. Langlois est fait avec intelligence et avec goût : 
il traite d'un sujet intéressant et il a demandé à l'auteur des 
recherches longues et variées dont il expose le résultat sim|)le- 
x\. -'1 



\\:,'2 



meni, sans l'étalaj'e d'érutlillon (ju'il lui aurait élé facile de 
déployer. La composition en est l)ieii conçue : Jean de Meung 
n'ayant rien changé au plan , à la conception et aux données 
générales de l'œuvre de son prédécesseur, c'est sur le poème . 
de Guillaume de Lorris c[ue porte toute la première partie de 
l'ouvrage, consacrée aux rt Origines ?' : au contraire, Guillaume 
n'étant. pas un érudit comme son continuateur el n'ayant fait, 
sauf à Ovide et au Pamphilus, d'emprunts qu'à des poètes 
français et simplement pour s'en inspirer, toute la seconde 
partie, les rr Sources», concerne Jean de Meung. 

M. Langlois recherche, dans la première partie, l'origine 
des divers éléments dont la réunion donne son caractère à 
l'œuvre de Guillaume : la conception de l'amour, la peinture 
du paradis d'amour, l'allégorie, la personnitication (qu'il a 
arand soin de distinguer de celle-ci mieux qu'on ne le fait 
d'ordinaire), entin le cadre du songe. Il n'a pu sur ces diffé- 
rents points rien dire de bien nouveau, parce que l'essentiel 
avait été indiqué avant lui; mais il a poursuivi, complété et 
parfois rectifié les recherches des critiques qui l'avaient pré- 
cédé. Bien qu'un peu incomplète en certains endroits, cette 
première partie du livre de M. Langlois est très louable et elle 
abonde en remarques fines et en rapprochements intéres- 
sants. 

La seconde partie, d'un caractère différent, demandait 
surtout du savoir et M. Langlois s'est montré à la hauteur de 
la tâche assez difficile qu'il s'était donnée. L'œuvre de Jean de 
Meung est une véritable encyclopédie, où se déversent pêle- 
mêle toutes les lectures d'un écolier du xiif siècle, véritable 
lielko librontm. M. Langlois a recherché la provenance de tous 
ces morceaux de rapport introduits, dans la trame élégante 
et légère de Guillaume de Lorris, par son érudit, prolixe et 
désordonné continuateur. Après les Grecs, que Jean de Meung 
n'a connus ((u'à travers des intermédiaires latins, défilent de- • 



OOO — 

vant nous de nombreux ('crivains de l'antiquité romaine, des 
latinistes du moyen âge, des savants arabes ou chrétiens, 
comme aussi de vieux poètes français, dont plusieurs déjà mis 
à profit par Guillaume de Lorris : là encore, malgré quelques 
lacunes inévitables, le travail de M. Langlois est fort méri- 
toire et il est très bien exécuté. Dans la conclusion de cette 
seconde partie, l'auteur montre bien que, malgr/' l'énorme 
quantité de ses emprunts, Jean de Meung est loin d'être un 
simple compilateur, et qu'en dehors de ce qu'il a pris à d'au- 
tres, la partie du roman de la Rose qu'il composa renferme 
encore une part considérable vraisemblablement due à son in- 
vention, à sa réflexion ou à son observation. 

Le livre de M. Langlois forme, en somme, un chapitre 
réellement intéressant et, au moins pour la seconde partie, 
très neuf d'histoire littéraire. Il est bien composé, bien écrit, 
et montre chez l'auteur une vraie érudition et un jugement 
solide. 

La quatrième médaille a été attribuée à un livre se rappor- 
tant aussi à l'histoire littéraire du moyen âge. Le lauréat est 
cette fois un étranger, M. E. Loseth, docteur es lettres de 
l'Université de Christiana, dont l'ouvrage est intitulé : Le roman 
en prose de Tristan, le roman de Palamède et la compdatwn de 
Rusticien de Pise : analyse critique d'après les manuscnts de Pans 
(Paris, 1890, in-8°), et forme un gros volume de la Biblio- 
thèque de l'Ecole des hautes études. Après avoir donné, de l'im- 
mense roman de Tristan, qui avait jusqu'à présent rebuté 
les patiences les plus endurcies, une analyse très conscien- 
cieuse dans laquelle il suit les ambages souvent incohérentes 
el indique les variantes des diverses rédactions et sous-rédac- 
tions, M. Loseth n'a ])as trouvé qu'il en eut fait assez; il a 
donné en appendice, d'après les manuscrits, l'annlyse. plus 
sommnire il est vrai, du roman de Palaniède et celle de la com- 



— :\:>\ — 

|>ila(ion de Uusticion th; Pisc. 11 a joint à cet éiioruie Uavail 
une courte et modeste introduction et une table fort étendue 
des noms propres, sur l'utilité de laquelle il est inutile d'in- 
sister. Il n'est pas possible d'imaginer un travail plus méri- 
toire, plus désintéressé, qui profite plus à ceux qui s'en ser- 
vent et qui récompense moins celui qui l'exécute : il ne lui 
permet pas même de mettre en relief son intelligence et son 
jugement, et il exige (ju'il les exerce perpétuellement avec une 
attention toujours présente. La reconnaissance que tous les 
savants qui s'occupent de ces questions voueront certainement 
à M. Lôsctb sera due surtout à l'ennui dont il les dispense 
et qu'il a tout entier assumé. Grâce à lui, on va pouvoir se 
rendre compte de la place du Tristan dans l'bistoire des ro- 
mans en prose et en soumettre à la critique (ju'ils appellent 
les passages vraiment caractéristiques; c'est un véritable ser- 
vice rendu à l'un des chapitres les plus obscurs de notre his- 
toire littéraire. 

La première mention honorable a paru devoir être accordée 
à M. Jean Virey, auteur de V Architecture romane dans le diocèse 
de Mâcon (Paris, 1899, in-8°). Le livre de M. Virey appar- 
tient à un ordre de travaux que nous avons trop rarement 
l'occasion de récompenser, car l'archéologie monumentale, 
après avoir joui d'une grande faveur, il y a quarante ans, est 
aujourd'hui trop délaissée. A ce titre, il se recommandait à 
notre sympathie; mais il a d'autres mérites. C'est, en effet, 
une œuvre entièrement originale, consacrée à des églises in- 
connues pour la plupart et situées dans une région qui, jus- 
qu'à ce jour, n'a guère fixé l'attention des antiquaires. M. Virey 
a patiemment exploré le Maçonnais, visitant tour à tour chacun 
des édifices religieux antérieurs au \uf siècle. Il les a dessinés, 
analysés jusque dans les moindres détails; il les a comparés 
entre eux avec sagacité, s'est efforcé d'en dégager les traits 



— 355 — 

essentiels, et ses conclusions semblen' [)ar conséquent bien 
établies. 

Malheureusement la composition du livre de M. Virev dé- 
note une certaine inexpérience. On peut lui reprocher aussi 
de ne pas se préoccuper suffisamment des origines de notre 
archéologie nationale et de donner parfois une place trop 
étendue à l'histoire proprement dite; ainsi, par exemple, en 
ce qui touche le monastère de Cluny, sur lequel il ne pou- 
vait rien dire de vraiment nouveau. D'autre part, l'illustra- 
tion est bien insulTisante pour un ouvrage d'archéologie mo- 
numentale; or, M. Virey aurait pu faire réduire les plans à 
trop grande échelle — cela est facile aujourd'hui — de façon 
à en grouper trois ou quatre sur chaque planche et à pouvoir 
donner ainsi, sans augmentation du nombre des planches, le 
plan de chaque édifice réellement important. De même, trop 
peu de place est donnée aux coupes en élévation, mais on re- 
grette par-dessus tout fabsence presque complète de dessins 
de détail, représentant les types les plus usuels de chapiteaux, 
de frises, de corniches, de bases, de moulures, etc. Aussi 
a-t-on grand'peine à suivre les descriptions de M. Virey, et 
ce qu'il dit notamment de la décoration des édifices j)araîtra 
fort obscur aux personnes qui préalablement ne connaîtraient 
pas les monuments en (juestion. Malgré ces réserves, il est 
impossible de méconnaître futilité du livre de M. Virey, et la 
Commission eût été heureuse de pouvoir lui attribuer une plus 
haute récompense. 

M. Edouard Beaudouin, professeur à la Faculté de droit de 
Grenoble, a obtenu la seconde mention honorable pour son 
ouvrage ayant pour titre : Le culte des empereurs dans les cités de 
la Gaule Narboiinaisc (^Grcnolûe, i8c)i, deux fascicules in-8°). 
Sous dos apparences fort modestes, le mémoires de M. Beau- 
douin est d'une grande importance |)uur fhistoirc parti( ulière 



— 350 — 

de la Narbonnaiso. Il a tiré des matériaux que renferme le 
tome \II du Corpus inscriptionum latmarum un excellent parti 
et nous a donné sur la question des flamines de cités dans la 
Narbonnaise un mémoire absolument neuf, original, clair et 
précis. Les conclusions auxquelles il est arrivé présentent pour 
l'histoire générale de la religion romaine un intérêt de pre- 
mier ordre. 

La question la plus délicate, et en même temps le point de 
départ de cette étude, consistait à déterminer avec soin le ca- 
ractère des nombreux flamines attachés au culte des empe- 
reurs dans les cités. M. Beaudouin a nettement établi parmi 
ces prêtres trois classes distinctes : les flamines des empereurs 
divinisés après leur mort par une décision du Sénat; ceux de 
l'empereur vivant; enfin ceux de Rome et d'Auguste, qui sont, 
à proprement parler, les prêtres du culte de l'Etat romain. Un 
sacerdoce particulier était donc affecté à chacune de ces va- 
riétés du culte impérial. 

Pour les successeurs d'Auguste, M. Beaudouin n'a trouvé 
aucune mention de flamine ou de temple des empereurs; il en 
a conclu que la divinisation du souverain vivant n'était jamais 
devenue, en Occident du moins, une institution régulière et 
officielle, comme l'ont été le culte des divi et le culte de Rome 
et d'Auguste. En Narbonnaise, une seule inscription à date 
certaine, découverte à Béziers, fait connaître un flamine exer- 
çant ses fonctions du vivant de ce prince. 

Il importait de ne pas prendre pour une divinisation for- 
melle des hommages ou des expressions d'une nature équi- 
voque : le culte rendu au genius et au numen de l'empereur, le 
caractère religieux du nom d'Auguste porté par le souverain , 
le titre de deus qui lui est parfois donné, l'usage de placer la 
statue du prince parmi celles des dieux, etc., ont été, en 
effet , souvent interprétés comme des marques de la divinité de 
l'empereur vivant. M. Beaudouin a discuté toutes les objections 



3r ^ 
o> — 

avec un vépilal)li.' (aient et il a réfulé aven autant de méthode 
que de criti(|ue celles qui étaient contraires à sa thèse. 

M. Beaudouin est arrivé, au sujet delà date à iaqueli(; re- 
monte le culte municipal de Rome et d'Auguste, à une conclu- 
sion fort vraisemblable : ce culte aurait été organisé dans la 
Province romaine du vivant même d'Auguste, presque en même 
temps que le culte provincial. Le culte de Rome et d'Auguste 
ne fut d'ailleurs que la transformation naturelle du culte 
d'abord rendu personnellement à Auguste lui-même et dont 
l'inscription de Béziers fournit une preuve certaine. 

M. Adrien Blanchet, attaché au département des médailles 
et antiques de la Bibliothèque nationale, a reçu la troisième 
mention honorable pour ses Etudes sur les figurines en terre 
cuite de la Gaule romaine, publiées dans le tome Ll des Mé- 
moires de la Société des antiquaires de France. La nécet^sité d'un 
travail d'ensemble, méthodique et critique, sur les figurines 
en terre cuite de la Gaule romaine se faisait vivement sentir. 
En effet, l'ouvrage d'Edmond Tudot, le plus connu et le plus 
consulté sur la matière, a surtout de la valeur comme album 
de reproductions, le texte laissant beaucoup à désirer: il re- 
monte d'ailleurs à trente-deux ans déjà et depuis lors les 
découvertes de figurines se sont multipliées et l'on en a ren- 
contré en très grand nombre en dehors des provinces du 
centre, Bourbonnais et Auvergne, théâtre principal des re- 
cherches de Tudot. 

Les figurines en terre cuite de la Gaule sont loin d'avoir le 
charme, l'esprit et la grâce de leurs aînées de la (irèce et de 
l'Asie iMineure. Mais, si elles n'attirent pas les regards des ar- 
tistes, elles fournissent aux archéologues d'intéressants sujets 
d'études et de curieux points de comparaison. La recherche des 
procédés de fabrication, celh; de la technique, l'explication 
des diverses inscriptions rpir présentent ces petits monuments. 



— 358 — 

— signatures de modeleurs, marques de propriétaires ou de 
l'abricants, — la classification des types, leur origine, leur 
sigiiilication, enfin la destination même des figurines, sou- 
lèvent (le nombreux problèmes, (|ui, jusqu'ici, n'ont pas tous 
reçu une solution déiinitive. M. Blanchet les a abordés pour 
la plupart, après avoir réuni pour les résoudre un ensemble 
de faits et de renseignements que nul n'avait songé à grouper 
avant lui. 

Ancien élève de l'Ecole pratique des Hautes Etudes et de 
celle du Louvre, M. Blanchet sait travailler et son mémoire 
est conçu dans un esprit absolument scientifique. Son pre- 
mier soin a été de dépouiller tous les catalogues de musées, 
les répertoires, les recueils et les dissertations consacrés aux 
antiquités de la Gaule. Il a pu dresser ainsi un double inven- 
taire des figurines trouvées en Gaule, inventaire par trou- 
vailles et inventaire par musée. Ces inventaires sont accompa- 
gnés de tous les renseignements utiles sur l'état, la composition 
et le lieu des découvertes, le style des statuettes et des signa- 
tures d'artistes. Muni de ces matériaux, il a étudié son sujet à 
fond et, parmi les résultats de son étude, il faut signaler un 
point important. On peut, quant à présent, distinguer deux 
centres de fabrication , caractérisés par un style différent : celui 
de r Allier, le plus anciennement connu, auquel se rattache le 
groupe du Rhin, et celui de l'ouest de la Gaule. Le premier 
groupe se présente avec des produits portant la marque d'un 
art gréco-romain plus ou moins dégénéré , tandis que le groupe 
des figurines de l'ouest offre des caractères franchement indi- 
gènes : la forme de ces figurines, leur style, les inscriptions 
qu'elles portent, les ornements qui les décorent, analogues à 
ceux qu'on trouve sur les monnaies gauloises, ne laissent 
aucun doute à cet égard. 

Le grand nombre de faits sur lesquels s'est appuyé M. Blan- 
chet lui a permis de constater ([uc le midi de la Gaule, la 



• — 359 — 

Narboniiaisc en particulier, avait fourni peu de figurines; mais 
la cause de ce fait lui a échappé. La raison de cette rareté 
semble cependant fort simple. Voisine de l'Italie, la Nar- 
bonnaise, plus anciennement et plus complètement romanisée 
que les autres provinces de la Gaule, recevait directement et 
probablement à bon compte tous les produits italiens. Ses 
habitants, accoutumés aux objets de fabrication ou d'imita- 
tion italiennes, les préféraient et n'éprouvaient aucun besoin 
d'acquérir des terres cuites d'un style lourd et provincial, alors 
qu'ils en avaient sous la main d'autres plus élégantes et sans 
doute d'un prix également peu élevé. Cette remarque est ap- 
plicable aux monuments de toute nature découverts dans 
l'étendue de la Province romaine. On a constaté, en outre, dans 
la Narbonnaise, l'existence d'une céramique locale, totalement 
différente de celle qu'a étudiée M. Blanchet et dont les prin- 
cipales fabriques semblent avoir été dans la vallée du Rhône, 
entre Orange etVienne,, 

La classification des figurines de la Gaule est assez difficile 
à établir. Pour certaines séries, d'ailleurs les plus nombreuses, 
on est obligé d'adopter des dénominations très vagues, telles 
que celles de déesses mères, de Vénus, etc. C'est là naturelle- 
ment la partie la moins sûre du travail de M. Blanchet et l'on 
peut lui adresser plus d'une critique au sujet de l'identifica- 
tion des divinités et de leurs attributs. Ajoutons que l'absence 
(\e table est fort regrettable dans un mémoire où les recherches 
sont peu faciles. Mais, somme toute, M. Blanchet a bien mé- 
rité de l'archéologie gallo-romaine et la Commission est heu- 
reuse de pouvoir le lui témoigner. 

La quatrième mention honorable est attribuée à M. Gil- 
bert Jacqueton, conservateur adjoint à la l)il)liolhè(]ue-musée 
d'Alger, pour ses Documoils relal!f>s à l'fidmnmlralmi financière 
en France de Chorlrs VII à François I'. t^iâS-iotiH (Paris, 



— :u-)0 — ' 

i8qi, iii-8"). Cet ouvrage ou plutôt ce recueil fait partie de 
la précieuse Collection de textes pour servir à l'étude et à l'en- 
seignement de l'histoire en cours de publication. Il comprend 
treize ordonnances, (pii vont du 25 septembre i/i/i3 au i i no- 
vembre i5o8 et qui, à l'exception d'une seule, ont déjà été 
publiées; cpiatre pièces annexes, qui s'étendent de i5io à 
1018 et dont deux paraissent pour la première fois; deux 
traités sur les finances, dont un n'avait pas encore été signalé; 
deux formulaires inédits, le premier fort intéressant, le second 
presque dépourvu de valeur; enfin, trois tableaux des élec- 
tions et recettes du royaume, des greniers à sel et du person- 
nel des finances, empruntés à M. Spont, qui vient de se révéler, 
dans les Annales du Midi, comme un érudit fort exercé sur les 
questions les plus arides et les moins connues de notre his- 
toire financière. Le texte des ordonnances, établi avec beau- 
coup de soin, est précédé d'une introduction de trente pages 
environ, où l'auteur résume ce cjuej'on sait de notre organi- 
sation financière depuis le règne de Charles VU jusqu'à celui 
de François F. La publication de M. Jacqueton, bien conçue, 
consciencieusement exécutée, sera fort utile aux travailleurs. 
Elle a droit, sans contredit, à des encouragements et à des 
éloges. Nous croyons même pouvoir ajouter que, si elle avait 
eu un caractère plus personnel et ne s'appliquait pas à une 
période qui est presque en dehors des limites de ce concours, 
elle aurait pu prétendre à une des plus hautes récompenses 
dont nous disposons. 

M''' Louise Guiraud a obtenu la cinquième mention hono- 
rable pour trois volumes intitulés : Les fondations du pape 
Urbain V à Montpellier (Montpellier, 1889-1891, in-8°) et 
consacrés : le premier au collège des Douze Médecins ou col- 
lège de Mende, le second au collège de Saint-Benoît, le troi- 
sième, enfin, au monastère de Saint-Benoît et aux diverses 



— 361 — 

Iraiisformalioiis qu'il a subies depuis son érection en église 
catliédrale en i53(). Cet ouvrage est le fruit de recherches 
consciencieuses et fort complètes dans les archives départe- 
mentales de l'Hérault et de la Lozère, ainsi que dans les riches 
archives du Vatican. La tâche de M"" Guiraud était au reste 
grandement facilitée par des travaux dont les archives du 
Saint-Siège furent l'objet en ces dernières années et, si l'on 
ne peut trop louer le soin (pi'elle a mis à explorer les archives 
du Vatican, il faut, pour être juste envers chacun, reconnaître 
que bon nombre des documents qu'elle a utilisés, et des meil- 
leurs, avaient été précédenmient mis à jour par l'un des éru- 
dits les plus laborieux de notre temps, M. Mûntz : la matière 
de l'un des principaux chapitres du livre de M"" Guiraud avait 
même déjà été éhicidée par ce savant dans un important mé- 
moire : Les constructions du pape Urbain V à Montpellier. Il n'y 
a point lieu toutefois de s'attarder outre mesure aux observa- 
lions qui précèdent, car il y a assez de parties réellement 
neuves dans le travail de M"" Guiraud, et la Commission au- 
rait pu lui assigner un rang plus élevé, si elle n'y avait con- 
staté certains défauts de composition, qui, à dire vrai, ne sont 
pas de nature cependant à diminuer notablement le mérite de 
l'œuvre. 

Le livre de MM. J.-G. Bulliot et Félix Thiollier, auquel nous 
avons décerné la sixième mention honorable, a pour titre : 
La mission et le culte de saint Martin d'après les légendes et les mo- 
numents populaires dans le pays éduen : étude sur le paganisme 
rural [Aiitun et Paris, 1899, in-8"). (i'est en lisant Sulpice 
Sévère que M. Bidliot, refrappé de la dissémination et de la 
popularité de l'apostolat de saint Martin", a eu la [)ensée de 
chercher à suivre les traces du bienheureux évêcnie dans le 
pays éduen, théâtre ccriaiii d iiiif de ces missions. Mais il ne 
s'est pas borné ;i r.'cufiilii- di' la rnanièi-' la plus complète les 



— 362 — 

légendes el les tradillons locales relatives à son sujet : il a en- 
suite voulu constater s'il existait ou non un |)arallélisni(i entre 
les lieux dits à légende de saint Martin et les vestiges du pa- 
ganisme. Le résultat a, pense-t-il, complètement répondu à 
son attente. De la double en(|uête à la([uclle il s'est livré, 
avec collaboration de M. Thiollier, est sorti le livre que ces 
deux auteurs ont soumis à votre examen, livre un peu confus, 
mais inliniment ricbe au point de vue de l'arcbéologie gallo- 
romaine et dans lequel de fort nombreuses figures offrent une 
représentation fidèle de divinités éduennes jusqu'ici signalées 
seulement, pour la plupart, dans des publications locales. 
MM. Bulliot et TbioUier, fort épris du sujet qu'ils avaient 
cboisi, n'ont pu résister au mirage des traditions recueillies 
par eux : toutes les légendes-, tous les monuments, toutes les 
pierres, tous les édifices religieux auxquels se rattache aujour- 
d'hui le nom de saint Martin , offrent à leurs yeux des témoi- 
gnages authentiques du passage de l'apôtre dans le pays 
éduen , et ils pensent avoir ainsi comblé les lacunes que pré- 
sentent les récits de Sulpice Sévère et de Grégoire de Tours 
en ce qui touche la vie du célèbre thaumaturge. 

Malgré le défaut de critique qu'on peut, en l'espèce, repro- 
cher à MM. Bulliot et Thiollier, la Commission a tenu à ce 
que leur livre, désormais indispensable à quiconque voudra 
étudier le passé du pays éduen, figur.U parmi les ouvrages 
qu'elle pouvait signaler à l'attention du public savant. 

La mention honorable accordée à MM. Bulliot et Thiollier 
étant la dernière dont disposât la (^immission, celle-ci a dû 
laisser de côté plus de vingt travaux qui se recommandaient 
par de sérieuses qualités. Il lui a paru cependant équitable de 
mentionner ici trois ouvrages, auxquels elle a vivement re- 
gretté de ne pouvoir attribuer aucune récompense. 

jj'un de cs's ouvrages, du à M. l'abbé Métais : Marmoulicrs, 



I 



— 363 — 

cartulaire blésois (Blois, 1890-1891. in-S"), se compose de 
deux parties qui n'ont pas entre elles un étroit rapport : une 
étude historique sur la série des seigneurs de Fréteval et le re- 
cueil des anciennes chartes concernant les prieurés blésois de 
la célèbre abbaye de Marmoutier, avec l'analyse des pièces plus 
modernes qui peuvent servir à l'histoire de ces prieurés. 

Sous le titre à'Anonymus Cadomensis (Caen, 1 899 , in-/i°), 
extrait des Mémoires de In Société des antiquaires de Normandie, 
M. Eugène Châtel , ancien archiviste du département du Cal- 
vados, a donné une édition très savamment annotée de la 
partie relative au moyen âge d'une chronique universelle 
rédigée à Caen, au milieu du xiv" siècle, compilation d'un 
ordre tout à fait inférieur et dont une vingtaine de pages à 
peine méritaient de sortir de l'oubli. 

Le livre de M. Frédéric Borel, intitulé : Les foires de Genève 
au xv^ siècle (Genève, 1892, in-8°), est un ouvrage de pre- 
mier ordre qui a longuement retenu l'allenlion de la Commis- 
sion. M. Borel y passe successivement en revue l'origine et 
l'histoire des foires, leur organisation à Genève au xv'' siècle, 
les marchands qui les fréquentaient, les marchandises qu'ils y 
apportaient, les routes suivies par le commerce, les péages 
qui le grevaient. Cet exposé est complété par deu\ chapitres 
intéressants, traitant : le premier, des monnaies ainsi que des 
poids et mesures en usage dans ces transactions; le second, 
des revenus des foires. 

Le xv'' siècle, où s'est confiné M. Borel, a vu l'apogée des 
foires de Genève et le commencement de leur décadence, qui 
date du moment auquel Charles VII et surtout Louis XI leur 
opposèrent les foires de Lyon; mais l'auteur a montré que, 
malgré les actes hostiles des monarques français, malgré les 
luttes des Genevois avec leurs évoques alliés de la maison de 
Savoie, cette décadence n'eût pas été irréimnliable sans deux 
faits capitaux (pii doniini'iil la (in du w*" sièch- : la roule- fravée 



— -M] fi — 

sur l'Océan au delà du cap de Bonnt'-Lspérancc cl In décou- 
verte de l'Amérique, c'esl-à-dire le triomphe du commerce 
par mer sur le commerce par terre. 

La valeur du livre de M. Bore! seniblait l'auloriser à pré- 
tendre aux plus enviées des récompenses que décerne la Com- 
mission des antiquités de la France: mais celle-ci n'a pas jugé 
qu'on put l'admettre à disputer l'une d'elles à des ouvrages 
qui, aussi solides et aussi bien com[)Osés, ont sur lui l'avan- 
tage de rentrer plus directement dans les conditions du con- 
cours. En effet , bien que les foires de Genève intéressent assez 
directement l'histoire du commerce français, la ville qui les 
abritait n'a jamais appartenu à la France, sinon de 1798 à 
181 3, et cette circonstance a dicté notre conduite à l'égard 
de iM. Borel. 

Les membres de la Commission des antiquités de la France, 

Léopold Delisle, Barthélémy Hairéau, Eugène dk 
RoziÈRE, Gaston Paris, Gustave Schlumberger, An- 
toine He'ron de Villefosse, Robert de Lasteyrik. 

Auguste LoNGNON, rapporteur. 

Certilié conforme ; 

Le secrélaire perpétuel , 

H. Wallon, 



'M\b — 



LIVRES OFFERTS. 



SEANCE DU 2 SEPTEMBRE. 

Est offert : 

Exposition universelle inleimationale de 188 g à Paris. Rapport général , 
par M. Aifml Picard, t. VIII (Paris, 1892, gr. in-S"). 

M. Saglio, au nom de M. Homolle, qui repart ce soir même pour la 
(irèce, préseute à l'Académie le Bulletin de correspondance hellénique , sup- 
plément à la livraison de décembre (Athènes et Paris, i8gi , in-8°). ' 

SÉANCE DU 9 SEPTEMBRE. 

M. Bladé, notre correspondant, adresse à l'Académie un opuscule 
dont il est l'auteur et qui porte pour titre : Les Ibères (iu-8°). 

M. Delisle offre, au nom de l'auteur, M. A. Glaudin, Les origines de 
rimprinierie d Salins en Franche-Comté (lù 8^1- iâ85) ( Paris , 1892, iii-S". 
extrait du Bulletin du Bibliophile). 

M. Delislk présente ensuite Pétrarque et l'humanisme d'après un essai 
de restitution de sa bibliothèque, par M. Pierre de Noihac (Paris, 1892, 
ii.-8°). 

tM. de Nolliac a consacré plusieurs années à rechercher en France et 
en Italie les débris do la bibliothèque de Pétrarque. Ces recherches, con- 
duites avec une remarquable sagacité, ont abouti aux plus heureux ré- 
sultats. M. de Nolliac décrit très savamment les volumes qu'il a reconnu 
avoir été faits pour le grand humaniste ou avoir été à son usage. Il donne 
des preuves décisives de toutes les attributions qu'il propose et rectifie, 
au coui's de ses notices, beaucoup d'ei'reuis qui avaient cours depuis 
plus ou moins longtemps. 

-M. de Nolliac est parti <le là pour (Hudier l'usage (jue Pétrarque a tail 
de ses livres et déterminer dans (pjelle mesure il a connu les auteurs de 
l'antiquité et le parti qu'il en a tiré. Les développements qu'il a donnés 
à cette partie de son travail constiliient une œuvre très originale. C'est 
assurément l'un des plus curieux chapitres ipii aient encore été écrits de 
riiisloire des origines de la renaissance des lettres an xiv' siècle en France 
et en Italie.- 



— 36C — 

M. DE Bautiiélemv ()(Tio la Description générale des monnaies mérovin- 
ftiennes , par ordre alphabétique des ateliers , publiée, d'après ios notfs ma- 
nuscrites de M. ie vicomte de Ponton d'Amécouil , par M. A. de lîoHort, 
tome 11 (Paris, 1892, gr. in-8°). 

rrj'ai rhonneur d'oiïrir à rAcade'mie le second volume de l'ouvrage 
éditd par M. de Belfort et qu'il continue avec une perst^vc'raace et une pa- 
tience dignes ^'éloges. Ce volume comprend les monnaies contemporaines 
de la première race df^jiuis îe mot Daernalum jusqu'au mot Oxxellos. 
L'ouvrage complet aura quatre tomes et le dernier volume contiendra un 
supplément et une énumération des errata. C'est seulement lors{jue ce 
quati'ième volume aura paru qu'il sera possible d'apprécier équitabicment 
l'ouvrage. Dès à présent il est permis de constater que par ses nombreuses 
gravures intercalées dans le texte et par ses renseignements bibiiogi'a- 
phiques, la Description générale des monnaies mérovingiennes est, Fanl 
certaines réserves, un instrument de travail utile pour les études bislo- 
riques et géograpbiques des vi° et vif siècles.» 

M. ScuLUMBERGER 3 la parole pour un hommage : 

cfj'ai l'honneur de présenter à l'Académie, de la part de l'auteur, 
M. le pasteur Alfred Cadier, un volume intitulé : Osse, histoire de F Eglise 
réformée de la vallée d'Aspe (Paris et Pau, 1899 , ùi-S"). 

rf\I. le pasteur Cadier est le frère de Léon Cadier, ce jeune érudil de 
tant d'espérances que beaucoup d'entre nous ont connu et dont tous 
nous avons déploré la mort prématurée. 

rrM. Alfred Cadier est pasteur à Osse, un des villages les plus lointains 
de la vallée d'Aspe, dans les Pyrénées occidentales, presque sur les confins 
du pays basque et des terres béarnaises , sur la frontière de l'Espagne. 
Dans ce village montagnard, une communauté protestante, vivace et re- 
lativement nombreuse, s'est constamment maintenue depuis l'époque où 
la Réforme fut maîtresse en Béarn. Aujourd'hui encore, isolée en plein 
pays catholique, elle se maintient intacte, très fière de tout un passé de 
foi persévéïante ù travers les persécutions des siècles. C'est ce passé, à la 
fois obscur et glorieux, consigné à la fois dans les archives presbytérales 
delà petite congrégation, dans les archives communales de la vallée, et 
dans celles de Pau et de Paris, que M. Cadier a fait revivre dans le livre 
que je présente aujourd'hui de sa part à l' Ica'émie. J'ai lu ce récit avec 
un vif intérêt. L'histoire de la Fiéforme et son établissement dans le dio- 
cèse d'Oloron et en particulier à Osse, les souffrauces des protestants 
aspois sous la main de fer de l'intendant Foucault connue au xvni' siècle, 
forment l'objet principal du livre de M. Cadier. M.is dans la première 



— 367 — 

partie, après une histoire et une description de la vallée d'Aspe,il donne 
un résumé de Thistoire même du pi"otestantisme en Béarn, histoire qu'il 
possède à merveille. Je recommande la lectui'e de ces pages à tous ceux 
qui s'intéressent aussi bien à ce beau pays qu'à l'étude de la Réforme en 
France. Les luttes et les souffrances de la courageuse petite communauté 
huguenote perdue dans cette vallée des Pyrénées en sont certainement 
un des épisodes les plus touchants et les plus intéressants. " 

SÉANCE DU 16 SEPTEMBRE. 

Sont offerts : 

Rapport général sur l'Exposition universelle internationale de 188g, « 
Paris, par M. Alfred Picard, groupes VIU et IX (Paris, 1892, 
in-/.°); 

Rendiconti délia Reale Accademia dei Lincei, classe di scienze morali , 
storiche et jilologiche , 5' série, vol. I, fasc. 7 (Rome, 1892, in-8°). 

M. L. Delisle dépose sur le bureau une brochure dont il est l'auteur,, 
intitulée : Sir Kenelm Oigby et les anciens rapports des bibliothèques fran- 
çaises avec la Grande-Bretagne (Paris, 1892 , in- 8°). 

SÉANCE DU 28 SEPTEMBRE. 

Sont offerts : 

The benefaclors ofthe University of Toronto (Toronto, 1892, in-12); 

L'ancien paijs du Paris is. Un cimetière gallo-romain et mérovingien à 
Bry-sur-Marne (Seine), par M. Mentienne (Paris, 1892, in-8"). 

M. Bakbiek de iMeynard présente à l'Académie Les fourberies de Si- 
Djeh'a, contes kabyles , recueillis et traduits par M. A. Mouliéras (Paris, 
1892, in-12). 

ffSous ce titre, M. Mouliéras, professeur d'arabe au lycée d'Oran, vient 
de publier un recueil de contes kabyles écrits sous la dictée d'un indi- 
gène et dont le texta berbère a paru l'année dernière. Je n'ai pas à ap- 
précier ce petit ouvrage au point de vue philologique. Je ne mets pas en 
doute l'exactitude du texte, la fidélité de la traduction, non plus que le 
succès qu'il aura dans les écoles d'Algérie pour l'étude d'un des dialectes 
berbères les plus répandus. Ce qui nous intéresse avant tout, quand il 
s'agit de h'gendes et de contes populaires, c'est la question de prove- 
nance. M. Basset, professeur à l'Ecole des lettres d'Alger, l'a traitée avec 
son érudition ordinaire dans une introduction qui rehausse la valeur du 

XX. 3& 



— 3G8 — 

livrt^ (lo son élève, M. Moulidras. Sa llièse est celle-ci : vers le x' siècle de 
notre ère, les Arabes avaient des recueils de contes, facéties et bons mots , 
dont l'un portait le nom d'un certain Djoha ou Djeha. Ces contes ne ces- 
sent de se propager, soit dans les ouvrages de littérature {kkab el-èdèb), 
soit par transmission orale. Ils arrivent en Asie Mineure et sont traduits 
en turc. Là, le héros change de nom en même temps que de nationalité; 
ce n'est plus Sidi Djch'a , mais Nasr ed-dîn Khodja , nom aussi célèbre 
chez les Turcs que celui de Roquelaure ou du marcjuis^ie Bièvre parmi 
nous. La version ou plus exactement l'imitation turque, 1res remaniée, 
retourne en pays arabe où elle est traduite à nouveau, entre autres en dia- 
lecte africain , et c'est par cette voie qu'elle pénètre chez les Kabyles. La 
thèse est ingénieuse, je la considère même conmie parfaitement admis- 
sible, à la condition qu'elle tienne plus sérieusement compte des modifi- 
cations que ces récits ont subies en passant d'une race à l'autre. Nasr 
ed-dîn Khodja est un tout autre personnage que Si Djeh'a : c'est un Turc, 
et un Turc de vieille roche, par sa bonhomie et ses saillies un peu lourdes, 
mais malicieuses et empreintes de bon sens. En outre, M. Basset me 
paraît trop sceptique à l'égard de l'existence réelle de ces bouffons orien- 
taux. Que la légende les ait défigurés, qu'elle en ait fait des types de 
fantaisie qui endossent les malices et les grossièretés des générations pré- 
cédentes, la chose est peu douteuse. Mais je crois, avec M. Ethé, que 
Nasr ed-dîn est un personnage historique du xiv' siècle. Je crois tout 
autant à l'existence de la plupart de ceiLx que le Fthrist a cités, et il ne 
serait pas difficile d'en trouver la preuve dans le Livre des chansons, 
c'est-à-dire dans le document peut-être le plus digne de confiance que les 
Arabes nous aient laissé. 

rrQuoi qu'il en soit de ces questions d'origine, on voit que le livre de 
M. Mouliéras se recommande par un double mérite : en Algérie, comme 
texte d'étude et d'examen, et en Europe, par les données nouvelles qu'il 
offre aux lecteurs chaque jour plus nombreux cpii s'intéressent à la ge- 
nèse et aux transformations des traditions populaires, ^i 
' M. BoissiER offre à l'Académie un volume intitulé : Bordeaux, aperçu 
historique, des origines jusqu'en ijSq (Bordeaux, 1892. m-h\ extrait de 
la Monographie publiée par la municipalité bordelaise). 

ffM. Camille JuHian a écrit une notice sur l'histoire de Bordeaux, qui 
figure en tête d'un bel ensemble de travaux publiés par cette ville sur son 
passé. La notice de M. Jullian est destinée à relier tous ces travaux entre 
eux et à donner une sorte de fil qui permette aux lecteurs de se conduire 
dans ces différents mémoires et de s'v reconnaître. 



— 369 — 

ffj'ai tenu, en offrant la notice de M. Jullian à l'Académie, à rendre 
hommage au zèle avec lequel le jeune professeur s'occupe des antiquités 
d'une ville dont il s'est fait une autre patrie.») 

' SÉANCE DU 3o SEPTEMBRE. 

M. le docteur H. Welzhofer, de Fribourg (Bade), offre à l'Académie 
plusieurs dissertations relatives à la critique de l'iiistoire des guerres per- 
siques, rapportée par Hérodote : 

Zu7' Geschichte der Perserkriege , I, II, III, IV (extraits des Jahrhûcher 
fur classische Philologie , 1891 et i8f)2); 

Der Kampfhci Thermopijld (article contenu dans un suppk'ment de 
la Mûnchener allgemeine Zeitnng , i8gi, n" aSo); 

Die Seeschlacht bei Salamis (extrait du Historisches Taschenbuch de 
Brockhaus, 1892). 

M. Siméon Luce présente deux ouvrages de la part de l'auteur : 

ffj'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom de l'auteur, M. le comte 
de Blangy, deux ouvrages, intitulés, le premier : Généalogie des sires de 
Bussy, de Gouberville et du Mesnil-au-Val (Gaen, 1887, in-8°), et le 
second : Notes complémentaires et pièces justificatives , suivies du tes- 
tament et de la correspondance de Gilles de Goubemlle (Gaen, 1892, 
in-8°). 

rr Je m'estime heureux de faire hommage de ces deux publications à 
la Compagnie, non seulement parce qu'elles sont extrêmement rares et 
n'ont point été mises dans le commerce, mais encore parce qu'elles se 
recommandent au premier chef par leur contenu à l'attention de toutes 
les personnes qui s'intéressent à l'histoire de la vie privée dans notre 
pays et particulièrement dans nos campagnes normandes, pendant la 
seconde moitié du xvi" siècle. Propriétaire du château de Saint-I'ierre- 
Eglise, près Cherbourg, auquel se rattache le souvenir d'un membre de 
l'Académie française, Charles-Irénée Castel, si célèbre sous le nom 
d'abbé de Saint-Pierre, M. le comte de Blangy a fait mettre en ordre, 
dans le cours de ces dix dernières années, les riches archives de ce châ- 
teau, qui ne comprennent pas moins de trois cents dossiers et de cin(| à 
six mille pièces. Les travaux de classement entrepris par son ordre et 
sous sa direction ont donné lieu à de nombreuses et importantes trou- 
vailles. C'est ainsi ipie, pour rappeler seulement la plus heureuse de ces 
trouvailles, on a mis In main sur quatre années du Journal du sire de 

g f) . 



— 370 — 

GouberviUe, les années 16/19 ^ i^^a, qui manquaient dans le manuscrit 
dont l'existence fut en quelque sorte révélée au grand public, il y a 
une douzaine d'années , par une curieuse publication d'un savant ecclé- 
siastique mort récemment, M. l'abbé Tollemer. Depuis lors, la |)ubli- 
calioM intégrale du îexte correspondant aux années i 553 à i5G-.?,l('s 
seules auxquelles se rapporte la partie du journal primitivement connue, 
a été commencée et se poursuit par les soins delà Société des antiquaires 
de Normandie. Ce texte formera un fort volume, de format iu-ii°. dont 
le premier fascicule a paru il y a quelque temps déjà. Considéré dans 
son ojisemble, le journal tenu de i5/i9 à i56'a par Gilles Picot, sire de 
GouberviUe et du Mesnil-au-Val , constituera un monument vraiment 
unique et tout à fait incomparable en son genre pour l'histoire des 
mœurs et de la vie privée de nos ancêtres. 

r Avant de publier le texte du fragment de 15^9 à 1 559 dont on lui 
doit la découverte, M. le comte de Blangy a voulu, pour satisfaire sa 
curiosité et celle de quelques amis, retracer la biographie et reconsti- 
tuer la généalogie de l'auteur du journal. A pai't quelques inadvertances 
inévitables en des recherches très neuves et très ardues, il a si pleinement 
réussi dans cette double entreprise que ses travaux seront la base solide 
de tout ce que l'on pourra désormais écrire sur la personne et la famille 
du sire de GouberviUe. Le volume consacré aux notes conqilémentaires 
et aux pièces justificatives renferme plusieurs documents de premier 
ordre, en particulier le premier testament de Gilles de GouberviUe, eu 
date du 97 juin i5i5, lès lots entre Gilles et ses trois frères légitimes, 
du 2/1 juin iShh, enfin le second testament de Gilles, du 2 janvier 1 678. 
Comme le père de Gilles, Guillaume Picot, outre sept enfants légitimes, 
avait eu après le di'cès de sa femme six bâtards,, on n'est pas médiocre- 
ment surpris de voir Pauteur du journal tester en i5/i5, du vivant même 
de son père , eu faveur desdits bâtards. Resté célibataire , on le voit égale- 
ment,- dans son second testament daté de 1578, prendre les disposi- 
tions les plus favorables en faveur de ses trois filles naturelles, Louise, 
Tassine et Jacqueline. Il en faut conclure que les mœurs de nos ancêtres 
du xvf siècle étaient fort licencieuses : mais alors du moins on avait en 
quelque sorte le coiuage de son inconduite et l'on savait racheter jusqu'à 
un certain point l'immoralité jjar Phumanité, et, c'est le cas de le dire, 
par une ff fraternité" très large qui n'était pas simplement verbale. 

'•Une très jolie pièce de six couplets, contenant chacun sept vers 
oclosyllabiques. composée probablement par un clerc normand nommé 
liaoui de Crosville et postérieure à la mort de Thomas deMontagu. 



— 371 — 

comte de Salisbuiy, blessé morlellemeut devant Orlëaiis ù la iiii d'oc- 
tobre 1/128, mérite d'être [)iirticulièrement signalée aux historiens de 
notre littérature. Elle provient connue les autres documents des archives 
de Saint-Pierre-Eglise , et M. le comte de Blangy l'a publiée en tète do 
ses Notes complémentaivea. n 

M. Le Blant a la parole pour un hommage : 

ff Au nom de notre savant correspondant le R. P. Delattre, dont le 
zèle nous est si connu , j'ai l'honneur de présenter à l'Académie un recueil 
intitulé : Lampes chrétiennes de Carthage (Lille, 1890, in-8°). 

ffCes petits monuments de terre cuite, dont il a découvert le plus 
grand nombre, constituent un ensemble très curieux. Toutes celles des 
lampes qui portent nettement le caractère chi"étien présentent la forme 
adoptée par les fabricants à dater des premières années du iv' siècle. 
Contrairement au type ancien, elles sont allongées et terminées par une 
queue amincie et non forée. Les petits reliefs qu'elles portent repré- 
sentent , comme nous le voyons sur celles de Rome, différents animaux , 
dont quelques-uns sont symbohques, le poisson, l'agneau, la colombe; 
d'autres sont timbrées du monogrannne du Christ dans ses formes di- 
verses et de la croix parfois accolée de l'A et de l'Q. On y voit la grappe 
de la Terre promise, qui est une figure de Jésus-Christ, le Seigneur 
foulant aux pieds le serpent, image du Maudit, et en même temps le 
chandelier à sept branches. La réunion de tous ces types de iicouQ- 
graphie chi-étienne est intéressante à étudier, et nous devons remercier le 
II. P. Delattre de l'avoir formée avec tant de soin et de l'avoir placée 
sous nos yeux. " 

SÉANCE DU 7 OCTOBRE. 
(Séance levée à cause de la mort de M. l\enati.) 

SÉANCE DU ih OCTOBRE. 

Sont offerts : 

La pignoris capio avec enlèvement immédiat et sans commandement 
préalable en droit irlandais, d'après le Senchus Môr, par M. H. d'Arbois 
«le Jubainville, membre de l'Institut (Paris, 1892, in-8°, extrait de la 
Nouvelle Revue historique de droit français et étranger) \ 

Exposition universelle internationale de iSH() à Paris. Rapport général, 
par M. Alfred Picard, tome IX (Paris, 1892, in-S"); 

Histoire illustrée de la ville et du canton dr Saint- Gervais-d' An- 



— 372 — 

vergne, par MM. A. ïardieu et A. Madebène (Clermont-Ferrand, 1892, 
in-i 9); 

L'dHiiamilc, mère des langues, par le colonel Frey (Paris, 1892, 
in-8"); 

Coutumes des pays et comté de Flandre, loine IV : Ostende, Oudenhourg, 
S luis , par M. L. Gilliî)dls Van Severen (Bruxelles, i8()2, in-4°) ; 

Epigraphia indien of tlin nrchœological siirvey ofindia, vol. II, part, ix, 
ediled i)y J. Biirgess (Calcutta, 1892, in-Zj"); 

Archœological Stirvey ofindia. The monumental antiquities and inscrip- 
tions in the North-Western provinces and Oudh, described and arranged 
by A. Fiihror (Allahabad, 1891, in-/»"); 

KamrapcKafl pyKonHCb H. 0. IleTjOBCKaro (Saint-Pdtersbourg, 1892, 
in -8°, extrait des SaniiCKH boctomh. otx^ji. Hun. pyccK. apxeojor. 
OômecTBa, tome VII). 

M. Bréal présente, au nom de l'auteur, M. le professeur J. Krall, 
une publication extraite des Mémoires de l'Académie impériale de 
Vienne, et intitulée : Die etruskischen Mumienbinden des Agramer Natio- 
nal-Muséums (Vienne, 1899, in-/i°). 

rrOn connaît l'histoire de la découverte si inattendue et si curieuse du 
manuscrit étrusque d'Agrain. M. le professeur Krall, l'auteur de cette 
importante découverte, nous donne aujourd'hui le texte, publié avec le 
plus grand soin et selon tous les principes de la critique philologique. 
En ce qui concerne l'interprétation, il garde avec raison une grande 
réserve; celte và\[ion princeps est destinée h conserver une valeur durable. 
Le livre de M. Krall foi-me la première assise de la philologie étrusque; 
il reste maintenant à élever l'édifice, •n 

M. Barbier de Meynard offre le fascicule III de l'ouvrage intitulé : 
Lexicon Syriacum, auctore Hassano Bar Bahlule. E pluribus codicibus 
edidit, etc., Bubans Duval (Paris, 1899, in-/i°). 

rrll y a quatre ans que le premier volume de cette grande publication 
a été présenté à l'Acudémie par une voix plus autorisée que la mienne, 
et que nous n'entendons plus. Notre illustre et regretté confrère Ernest 
Benan a dit tonte l'importance de ce travail, qui est moins un diction- 
naire qu'une encyclopédie lexicographique où la grammaire, la litté- 
rature et l'histoire de l'Orient sémitique trouveront une foule de rensei- 
gnements précieux. En 1890, j'ai été cliargé par M. Duval de vous offrir 
la suite de sa publication , et j'ai rappelé combien elle honorait le savant 
qui l'a entreprise. Le fascicule que je dépose aujourd'hui sur le bureau 
termine la lettre mim, c'est-à-dire les deux tiers de l'ouvrage. Il reste 



— 373 — 

encore deux fascicules à publier, et dans le dernier se trouvera l'Intro- 
duction , qui fera connaître l'origine du dictionnaire syriaque, les sources 
qui l'ont alimenté , les dialectes cités , etc. , et mettra bien en lumière 
les donne'es nouvelles qu'il fournit à la lexicographie sémitique et même 
grecque. L'ouvrage ne pourra pas être terminé avant trois ou quatre 
ans, mais pour qui connaît le zèle et l'activité scientifique de M. Duval, 
il n'est pas douteux qu'il n'arrive ponctuellement à l'échéance. Une fois 
achevée, et je cite encore une fois ici la grande autorité de M. Renan, 
ce sera une des plus belles publications de l'érudition française, et elle 
justifiera pleinement les suffriiges qu'elle a déjà reçus du monde savant 
et le concours que l'Etat lui a accordé à plusieurs reprises.» 



SEANCE DU 2 1 OCTOBRE. 

Sont offerts : 

Simple conjecture au sujet d'un passage de saint Augustin, par M. Edm. 
Le lilant, membre de l'Institut (Paris, 1892 , in-8°, extrait de la Revue 
archéologique) ; 

La Visitation au XVII'' siècle [Rome et Arona) , bibliothèque Mazarine, 
mss. 3^38 et aâSj (Paris, 1892, in-S"). 

M. le marquis d'HERVEY-SAiNT-DENYs offre à l'Académie le volume 
qu'il vient de publier sous ce titre: Six nouvelles nouvelles, traduites pour 
la première fois du chinois (Paris, 1892, in- 16). 

SÉANCE DU 28 OCTOBRE. 

Est offert : 

Montfort-l' Amaunj , son église, ses vitmux , son cimetière, par M. le 
comte A. de Dion (Tours, 1892 , in-8°, n° XXI des publications de la 
Société archéologique de Rambouillet). 

M. RoissiER présente à l'Académie un mémoire de M. Louis Havet, 
professeur au Collège de France, sur La prose métrique de Symmaque et 
les origines métriques du cursus (Paris, 1892, in-8'', formant le 9/i'' fasci- 
cule de la Bibliothèque de l'Ecole des hautes études , sciences philologitjues 
et historiques), 

rrLe point de di'part du travail de M. Louis Havet est ce (ju'on 
appelle le cursus, dans la littérature du moyen âge, c'est-à-dire un certain 
agencement enphonicpie des fins de phrase ([ui s^ remarque dans les 
bulles des papes. Il niontrf que le cursus est bcaucou[) plus ancien 



— Mli — 

qu'on ne croit, et qu'il se retrouve dans les rapports de Syminaque 
à rempereur, les Rclationes, et même dans ses lettres à des parti- 
culiers. Seulement, tandis (|ue dans les bulles pontiiicides le cin-siis 
est rythmique, c'est-à-dire qu'il repose sur l'accent, chez Symmaque 
il est métrique, et rejwse sur la quantité. C'est ce que iM. L. liavet 
démoutre par une grande quantité d'exemples, qui prouvent que le 
cursus du moyen âge est sorti d'habitudes plus anciennes et remonte à 
l'époque classique. De quelle manière et par quelles transitions ost-on 
passé rie la quantité au rythme, c'est ce qui n'est pas encore très clair et 
qu'il faudra trouver. La conclusion de M. Havet est qu'il faut rejeter la 
division traditionnelle qui ne distingue que les vers et la prose. Entre ces 
deux genres tranchés , il faut en admettre un autre. Il y a en latin des 
textes en vers , comme V Enéide de Virgile , des textes en prose , comme les 
Commentaires de César, et des textes en demi-prose, comme les œuvres 
de Symmaque. 

ffM. Louis Havet compte pousser plus loin ses recherches; il entrevoit 
que les règles qu'il a trouvées dans les lettres de Symmaque , il les re- 
trouvera dans celles de Pline, et même dans les discours de Cicéron, 
qui y fait allusion dans son Orator. En attendant, il montre cpiels peuvent 
êlre les résultats pratiques de sa découverte, soit pour l'établissement 
des textes anciens, soit pour la ponctuation qu il convient d'appliquer 
à ces textes quand on les édite. Le travail de M. Louis Havet a donc ce 
double mérite d'avoir des conséquences et des applications immédiates 
et de laisser entrevoir pour l'avenir des résultats d'une bien plus grande 
importance. " 

M. Delisle présente plusieurs ouvrages de la part des auteurs : 

1° Le 2' fascicule du Repertorium hymnohgicum de M. labbé Ulysse 
Chevalier (Louvain, 1892 , in-8°, extrait des Analecta BoUancliana); 

2° Les Fac-similés des plus anciens manuscrits grecs en onciale et en mi- 
nuscule de la Bibliothèque nationale du iv' au xii' siècle, publiés par 
M. Henri Omont (Paris, 1899, in-fol.). 

frM. Omont, dans un précédent recueil, avait fait connaître par des 
notices succinctes, mais 1res substantielles, et par de bonnes i-eproduc- 
tions phototypiques les manuscrits grecs à date certaine que possède 
la Bibliothèque nationale. Le nouveau recueil que j'offre aujourd'hui à 
l'Académie est consacré aux manuscrits grecs de la même bibliothèque 
copiés en lettres onciales (au nombre de 28), et aux plus précieiLx ma- 
nuscrits en lettres minuscules, notamment à d'anciens exemplaires d'au- 
Aeui'S classiques. 



— 375 — 

r- La réunion de ces deux recueils forme la plus riche collection que 
nous possédions en France pour l'étude de la paléographie grecque. i 

3° ISoHveUes acquisitions du département des manuscrits de la BibHo- 
ihèque nationale pendant l'année i8gi-i8g^, par le même auteur (Paris, 
1899, in-8", extrait de la Bibliothèque de l'Ecole des chartes); 

h" Iporanda ou icoranda, "frontière -n. Note de toponymie gauloise, par 
M. Julien Havet, conservateur adjoint à la Bibliotlièque nationale (Paris, 
1899, in-8°, extrait de la Revue archéologique). 

cr L'Académie n'a pas oublié ce petit mémoire, dont elle a eu la pri- 
meur et qui montre quel parti, avec beaucoup de sagacité et de critique, 
on peut tirer, pour Tliistoire des vocables gaulois, de l'étude comparative 
des noms de lieu tels quils existent aujourd'hui et tels surtout qu'on les 
trouve dans les documents du moyen âge. -n 



Ont encore été offerts : 

Annales de la Société d'émulation du département des Vosges, 68" année 
(Épinal et Paris, i892,in-8°); 

Annales du commerce extérieur, 1892, 9" fascicule (Paris, gr. in-8°); 

Annales du Midi, n" i5, 16 (Toulouse. 1892 , in-8°); 

Atti délia R. Academia dei Lincei , série quarta, vol. VI-VIII; Notitie 
degli scavi , mai 1899 (Rome, 1890-1892, in-/i°); 

Bolletlino délie pubblicazioni italiane , n"' 160-1 63 (Florence, 1892, 
in-8<'); ^ • 

Bulletin de l'Académie d'Hippone, n" 26 (Bône, 1892, gr. in-8°); 

Bulletin international de l'Académie des sciences de Cracovie, juillet 
1892 (Cracovie, in-8''); 

Journal asiatique , 8' série, t. XX, n° 1 (Paris, 1892, ia-8''); 

Mémoires de la Société d'agriculture , commerce, sciences et arts du dé- 
partement de la Marne , aimée 1891 (Ghàlons-sur-Marne, 1899, 2 vol. 
in-8°); 

Bendiconti délia Reale Accademia dei Lincei, classe di scienze morali , 
storiche e Jilologiche , 5° série, vol. I, fasc. 8 (P»ome, 1892. in-8''); 

Revue archéologique , ']m\\c'\-Oimi 1892 (Paris, in-8°); 

Revue de l'histoire des religions, t. XXV, n" 3, et t. XXVI, n" 1 (Paris, 
1899, in-S"); 

Revue de la science nouvelle, n"' 69, 60 (Paris, 1899, in-/i°); 

Revue des Pyrénées et de la France méridionale, t. IV, k' fascicule 
(Toulouse. 1892, in-8"); 



— 37 r. — 

lîevne des questions historiques, loA" livraison (Paris, 1892, in-S"); 
Revue épigropliique du Midi de la France, n" 67 (Vienne, 1899, 

in-8°); 

Transactions of the American Philosopliical Society, nouvelle série, 
vol. XVII, 2' partie (Philadelphie, 1892, in-/i°); 

Westdeutsche Zeit-^chrifl , 11° année, n"' i et 11 (Trêves, 1892, in-S"), 



t 



COMPTES RENDUS DES SEANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 
PENDANT LANNÉE 1892. 



COMPTES RENDUS DES SEANCES. 
ISOVEMBRE-DÉCEMCRE. 

PRÉSIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND. 



SÉANCE DU k NOVEMBRE. 

Le Président annonce un nouveau deuil qui frappe i'Aca- 
de'mie, en donnant lecture de la lettre suivante: 

Paris, li novembre 1892. 
Monsieur le Président, 

Je remplis une douloureuse mission en venant vous annoncer, au nom 
de ma tante, M°" la marquise d'Hervey-Saint-Denys, la mort de M. le 
marquis d'Hervey-Sainl-Denys , membre de l'Institut. 

Je vous serai reconnaissant d'informer ses anciens confrères de ceKe 
triste nouvelle. 

Les obsèques auront lieu le samedi 5 courant à l'ëglise Saint-Pierre 
du Gros-Caillou. Après le service, le corps sera provisoirement do|)Osé 
dans les caveaux de l'dglise; c'est vous dire qu'il n'y aura aucun dis- 
cours et que la cérémonie sera purement privée. 

Veuillez agréer, etc. 

V'^- 01. DE Lupp^. 

En présence de ce deuil, le Président déclare la séance levée. 



XX. ;. () 



MtalUl.Kl^ AAlli.>».l.a 



378 — 



SEANCE DU 1 l NOVEMBRE. 



Le Président, n'ayant pu, selon les dispositions testamentaires 
de M. le marquis d'Hervey-Saint-Denys, prendre ia parole à ses 
funérailles, prononce une allocution dans laquelle il rend hom- 
mage à ia mémoire du confrère que nous venons de perdre'^*. 

Le Minisire de Tinslruction publique et des beaux-arts trans- 
met à TAcadémie, de la part de M. Dulreuil de Rliins, un mé- 
moire de son auxiliaire M. Grenard. Ce travail comprend ([uatre 
morceaux de poésie populaire, une liste de mots propres au 
langage vulgaire du Turkestan chinois et un fragment histo- 
rique sur la mort de Yakoub bek et celle de son (ils cadet Hak 
Kouli bek. 

Renvoyé à ia Commission du legs Garnier. 

M. Le Roy de Kéraniou adresse à TAcadémic une lettre d(! 
candidature à la place laissée vacante par la mort de M. Renan. 

Le Président rappelle qu'un mois s'est écoulé depuis la mort 
de AL Renan. Il consulte l'Académie pour savoir s'il y a lieu de 
pourvoir à son remplacement. 

L'Académie, par un vote au scrutin secret, répond allirmative- 
ment. Elle fixe à la séance dn aB de ce mois l'examen des titres 
des candidats. 

M. Croiset communique le texte de ia lecture qu'il doit faire 
à la séance publique annuelle de l'Académie, vendredi prochain, 
18 novembre, sous ce titre : Vart et les mœurs dans le nouveau dis- 
cours d'Hypéride^^K 

M. Salomon Reinach, terminant sa communication sur les 
monuments mégalithiques, développe quelques considérations 
générales au sujet des légendes qui s'attachent à ces monuments. 

Il pense que ces légendes sont apparentées à celles qui for- 
maient la mvthologie pélasgique, antérieurement à la constitu- 
tion du panthéon grec. Or, il se trouve précisément que la civi- 
lisation matérielle de ia Gaule à l'époque mégalithique ressemble 

(') Voir aux Commumcations, n° XXXVIII (p. 392-397). 
'^) Voir TAppendice n° IV (p. 681-/189). 



I 



— 379 — 

beaucoup à celle de la Grèce pe'lasgique. De part et d'autre, 
nous voyons de grandes constructions en biocs e'normes, des 
poignards triangulaires d'un type particulier, des vases orne's 
d'incisions remplies avec une substance blanche. La de'coration 
peinte de certains vases découverts à Mycènes rappelle singuliè- 
rement les demi-cercles concentriques grave's sur le granit du 
dolmen de Gavr inis ou sur un vase du même style re'cemmcnt 
exhume' d'un dolmen près de Quiberon. rrll est donc permis de 
croire, ajoute M. Reinach, que, plusieurs dizaines de siècles an- 
te'rieurement à la grande unité re'alise'e par la conquête romaine, 
il a existe' une autre unité, dont la cause nous reste toujours in- 
connue, n L'explication la plus plausible qu'on puisse en offrir, 
c'est d'admettre que le courant de civilisation dit pélasgique s'est 
porté d'Occident en Orient, au lieu de suivre, comme on l'a 
généralement pensé, la direction contraire. 

M. Héron de Villefosse dépose sur le bureau une photogra- 
phie à lui adressée par un des correspondants de l'Académie, le 
IL P. Deiattre, qui continue toujours avec le même zèle et le 
même dévouement l'exploration du sol antique de Carthage. 

Cette photographie représente une série de 72 petites galettes 
de terre cuite, portant les empreintes d'intailles très fines. Ces 
empreintes sont anti({ues. Elles font partie d'une trouvaille im- 
portante comprenant plus de 3oo spécimens analogues, décou- 
verts ensemble dans la partie basse de Carthage, entre la colline 
de Saint-Louis et la mer. Mais, beaucoup de ces empreintes se ré- 
pétant, d'autres étant mal venues, le R. P. Deiattre s'est borné 
à en photographier une série qui forme à peine le quart de la 
découverte. C'est donc un choix que notre correspondant a re- 
produit. 

Ce qui est surtout remarquable dans cette trouvaille, c'est la 
quantité relativement considérable de ces empreintes, (]ui, sur 
d'autres points du monde antique, ont été déjà rencontrées à l'état 
isolé. On y reniar([ue un certain nombre du lypes connus par les 
revers des monnaies qui circulaient dans le bassin de la Méditer- 
ranée. On peut signaler une tête d'Hercule tout à fait semblable 
à celle de certaines pièces d'argent attribuées à Jugurtha la tête 



— 380 — 

de Silène de face des monnaies de Cyzique, la galère des monnaies 
de Sidon, elc. La plupart de ces empreintes sont du style grec le 
plus pur. 

Plusieurs têtes de femmes rappellent les telcs analogues des 
monnaies grecques de Sicile. Parmi les figures debout, on dis- 
tingue une Minerve, un Pan, un Mercure attachant ses talon- 
nières, Marsyas, une amazone, un guerrier casqué et armé, un 
chasseur tenant un épieu, plusieurs athlètes, un coureur, une 
femme nue attachant sa sandale, sujet (|ui se retrouve sur les mon- 
naies de Larisse en Thessalie. 

Dans les groupes , il y a lieu de noter : un homme terrassé par 
un lion, un lion dévorant un cheval, deux figures dont l'une est 
debout et l'autre agenouillée. La première est certainement virile; 
la seconde paraît être une figure de femme que l'homme tient 
par le bras droit et à laquelle il vient de donner la mort. Ce sujet 
fait penser au célèbre groupe de la villa Ludovisi, autrefois dé- 
nommé Arria et Poetus, et qui aujourd'hui est considéré comme 
la copie d'un bronze original représentant un Gaulois se frappant 
lui-même après avoir tué sa femme; le bronze aurait été exécuté 
à Pergame du temps d'Atlale P"" et aurait appartenu probablement 
au monument triomphal élevé par le roi sur l'acropole de sa ré- 
sidence. Mais un examen attentif de fempreinte ne permet pas 
de s'arrêter à cette première pensée, les mouvements de l'homme 
et de la femme sur l'empreinte de Carthage étant tout à fait dif- 
férents de ceux qu'on observe sur le groupe de Rome. L'empreinte 
voisine représente certainement un épisode du combat d'Achille 
et de famazone Penthésilée, qui a fourni aux artistes grecs le 
sujet de nombreux ouvrages. Achille debout, dans une pose sûre- 
ment inspirée parcelle d'un Lapithe combattant un Centaure dans 
une des métopes du Parthénon, le corps entièrement nu, la tête 
casquée et armé au bras gauche d'un bouclier, saisit de la main 
droite la tête de Penthésilée, qui passe près de lui montée sur un 
cheval au galop. 

Sur la rangée inférieure de cette photographie, on voit plusieurs 
empreintes de style purement égyptien, entre autres trois scara- 
bées portant des cartouches royaux. 



— 381 — 

Peut-on voir dans cet ensemble une série d'empreintes appar- 
tenant à un amateur, ou des modèles re'unis par un industriel qui 
reproduisait, pour le commerce, ces difierents types? La seconde 
hypothèse paraît la plus vraisemblable. On serait donc fondé à 
croire que la plupart des intailles et des scarabées que Ton ren- 
contre fréquemment à Carthage étaient à une certaine époque 
fabriqués dans la ville même et non pas importés. 

M. Julien Havet commence la lecture d'un second mémoire de 
M. Robiou sur Fétat religieux de la Grèce et de l'Orient au siècle 
d'Alexandre. 



SÉANCE DU 18 NOVEMBRE. 
(Séance publique annuelle présidée par M. Alexandre Bertrand '''.) 

ORDRE DES LECTURES. 

1° Discours de M. le Président annonçant les prix décernés en 
1892 et les sujets des prix proposés. 

2° Notice historique sur la vie et les travaux de M. le général 
Faidlierbe, membre libre de l'Académie, par M. H. Wallon, secré- 
taire perpétuel. 

3° L'art et les mœurs dans le nouveau discours d'Hijpéride, par 
M. Croiset, membre de l'Académie. 



SÉANCE DU 9 5 NOVEMBRE. 

MM. Philippe Berger et Mûntz écrivent à l'Académie pour se 
porter candidats à la place de membre ordinaire laissée vacante 
par la mort de M. Renan. 

M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, adresse 
au Président de l'Académie divers renseignements intéressant 
les études historiques et archéologiques'-). 

0) Voir TAppejidice n" IV (p. /116-/189). 

(*' Voir aux (loMMLNicATioNS, n" XXXIX (p. 397-898). 



— 382 — 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance redevient publique. 

Est adressé au prochain concours des antiquités de France: 

Comptes comulam's de la ville de Hiscle, de ifn/i à 7J07 ( texte 
gascon), publiés pour la Société historique de Gascogne par 
M. Paul ParCouru, aichiviste, et M. J. de Carsaiade du PonI 
(Paris et Auch, 1899, in-8'\ formant les fascicules 12 et i3 des 
Archioes historiques de la Gascogne). 

M. Toutain, ancien membre de FEcole française de Rome, 
cliargé d'un cours complémentaire à la Faculté des lettres deCaen, 
expose les résultats des fouilles exécutées par lui à Chemtou 
(Tunisie), à l'aide de la subvention qui lui a été accordée par 
l'Académie. 

M. Toutain a déblayé une grande partie du théâtre romain 
et mis à jour une mosaïque qui mesure 20 mètres de dia- 
mètre; l'emplacement de la scène a été aussi retrouvé. Il a 
dégagé complètement le Forum de la ville antique, ainsi que 
plusieurs des monuments qui l'entourent. Parmi les découvertes 
qu'il signale, il cite notamment dix-huit monnaies d'or arabes, 
que M. Hondas, professeur à l'École des langues orientales, se 
propose d'étudier à fond. Ces monnaies datent de l'an 3/i3 de 
i'hégire (90/1 de l'ère chrétienne); elles ont été happées à Man- 
soura,près Kairouan. 

M. Toutain termine en insistant sur l'accueil sympathique qu'il 
a trouvé partout en Tunisie, et en particulier auprès de M. Mas- 
sicault. 



SEANCE DU 2 DECEMBRE. 

M. Geffroy, directeur de l'École française de Rome, adresse 
au Président de l'Académie des détails sur les travaux d'explora- 
tion et de restauration entrepris dans l'église de Santa Maria 
in Cosmediii, à Rome, par l'Association artistique des amis (h 
rarchileclure'^*. 



'* Voir aux Communications, n" XL (p. oyS-^oo). 



— 383 — 

Est adressé au concours des antiquite's de la France : 

Le prieuré royal de Saint-Magloire de Lehon, par M. l'abbé Fou- 
cré-Macé, recteur de Lehon (Rennes, 1899, in-^i°). 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance redevient publique. 

L'ordre du jour appelle Télection d'un membre ordinaire, en 
rcm[)lacement de M. Renan. 

Il V a 3/1 votants; majorité, 18. 

M. Philippe Berger obtient 96 suffrages; M. Mûntz, 8. 

En consé(iuence, M. Ph. Berger est proclamé élu. Son élection 
sera soumise à l'approbation du Président de la Républi(jue. 

L'Académie procède ensuite à l'élection d'un membre de la 
(Commission de l'Histoire littéraire de la France, en remplacement 
de M. Renan. 

M. Paul Meyer est élu. 

M. d'Arbois de Jubainville fait une communication sur le nom 
du dieu gaulois Tentâtes. 

Teutatës, nom du premier des dieux gaulois chez Lucain, est, 
dit notre confrère, un barbarisme. Il faut dire Teutatîs, par i bref 
(ce qui, chez Lucain, aurait donné un vers faux). La nota- 
lion Tentâtes chez Lucain est due à l'influence du giec. Dans le 
monde savant de Rome, on croyait que la déclinaison gauloise 
suivait à peu près les mêmes lois que la déclinaison grecque. 
La cause en est aux accusatifs pluriels de la troisième déclinaison 
qui se terminent en as, par a bref, dans la déclinaison grecque, 
en as, par a long, dans la déclinaison gauloise. La différence 
entre les deux quantités ne s'apercevait pas dans l'écriture. De 
là cet autre vers de Lucain : 

Pugnaces pictis coliibebant Lingonas armis. 

En gaulois, on disait Lingonas, par a long. 

On a donné à Rome comme pendant aux accusatifs pluriels 
gaulois en as des accusatifs singuliers en a imités du grec. De là 
le vers de Juvénal : 

Rufum qui tolies Gicproncni Allnbroga dixit. 



— 38/1 — 

Allohroga, en gaulois, est un barbarisme. H faudrait Allobrogen 
ou Allobi'ogin. 

Do même Tmitalrs pour Tmlatis est un barbarisme. 11 est imité 
(lu grec 'zirpoopari]?, ff celui qui se tient à la proue w, le cbef. 

]\]. FoucAiiT lit une note sur les empereurs romains initiés aux 
mystères d'Eleusis. 

L'antique réputation de ces mystères et les espérances qu'ils 
donnaient pour la vie future attirèrent les Romains, qui ne trou- 
vaient rien de tel dans leur religion. Sylla, Antoine, Gicéron et 
son ami Atticus se firent initier. Auguste fit de même en l'année 2 1 . 
L'empereur Claude essaya de transporter les mystères à Rome, 
mais il ne put y réussir; Néron n'osa pas entrer dans le sanc- 
tuaire de Déméter, interdit aux parricides. Au 11" siècle, les 
inscriptions, rapprochées des auteurs, permettent d'établir que 
presque tous les empereurs furent initiés, et de fixer les dates. 
Hadrien se présenta une première fois aux mystères en 1 2 5; quatre 
ans plus tard, il fut reçu à l'époptie, qui était le degré supérieur 
de l'initiation, et il séjourna à Eleusis jusqu'à son départ pour l'Asie 
Mineure. On n'a jusqu'ici aucun témoignage pour son successeur 
Antonin. Le collègue de Marc-Aurèle, LuciusVérus, reçut l'ini- 
tiation en 167, Marc-Aurèle lui-même et son fils Commode en 
176, en exécution du vœu fait par l'empereur pendant la guerre 
contre les Quades. Septime Sévère avait été initié avant son avè- 
nement à l'empire. Au iii"^ siècle, les empereurs d'origine syrienne 
se tournent de préférence vers les religions orientales. 



SÉANCE DU 9 DÉCEMBUE. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture de l'amplialion d'un 
décret, en date du 5 décembre, par lequel le Président de la 
République a approuvé l'élection de M, Philippe Berger, en rem- 
placement de M. Renan, décédé. 

Le Secrétaire perpétuel introduit M. Ph. Berger et le présente 
à la Compagnie. 

Le Président invite M. Berger à prendre place parmi ses con- 
frères. 



— 385 — 

M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, adresse 
au Président de l'Acade'mie des informations relatives aux fouilles 
du mont Capitolin et du Pantlie'on'^'. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance redevient publique. 

Sont adressés au concours des antiquités de la France : 

Inscriptions antiques de Lectoure, par M. le capitaine Espéran- 
dieu (Paris et Auch, 1899 , in-S"); 

Les mots latins dans les langues briltoniqiies [gallois, armoricain, 
comique). Phonétique et commentaire, avec une introduction sur la ro- 
manisation de Vile de Bretagne, par M. J. Loth (Paris, 1899, 
in-8°). 

Le Présidext consulte la Compagnie pour savoir s'il y a lieu 
de remplacer M. le marquis d'Hervey-Saint-Denys. 

L'Académie déclare, au scrutin, qu'il y a lieu. Elle décide, en 
outre, que l'examen des titres des candidats aura lieu dans la 
séance du 27 janvier 1898. 

Le Président donne lecture de la liste des correspondants. 

Il en résulte que l'Académie a perdu deux de ses correspon- 
dants : l'un étranger, M. Rangabé, l'autre français, M. Castan. 

En conséquence, l'Académie procède à la nomination de deux 
commissions qui seront chargées de présenti^r une liste de trois 
candidats à chacune des deux places vacantes. 

Sont désignés : 

Pour la place de correspondant étranger : MM. Perrot, Gaston 
Paris, Barbier de Meynard, d'Arbois de Jubainville; 

Pour la place de correspondant français : MM. Delisle, de 
Rozière, Héron de Villefosse, Croiset. 

M. Oppert fait une communication sur le dernier roi d'As- 
syrie, Sin-sar-iskun, nom dont les Grecs ont fait Saracus, et 
qui signifie proprement : cria Lune a fait le Roi 5:. Ge prince 
paraît avoir commencé de régner vers l'an 626 avant noire 
ère C^). 



(') Voir aux CoMMUfiicATioNs, n" XLI (p. Z100-/101). 
W Voir aux CoMMiNicATioNs, n" XLIÎ (p. /ioa-io3). 



— 38(1 — 

M. VioLLET annonce rintention de soumettre procliainement à 
rAcademie un uKîmoire sur cette question : Comment les femmes 
ont été exclues de la succession à la couronne de France. 

fcLes femmes et leurs descendants ont été' excius, comme on 
sait, dit notre confrère, de la succession à la couronne de France. 
Ce principe s'est élaboré et définitivement fixé pendant les ccnl 
trente ou cent quarante années comprises entre la mort de 
JiOuis X et le triomphe définitif de Charles VIL L'exclusion i\c?. 
femmes devint une loi fondamentale de la monarchie, lors(jue 
la fille de Louis X, celles de Philippe le Long et celles de Charles 
le Bel eurent été privées de la succession de leurs pères. Ces pré- 
cédents firent loi. Mais on ignore généralement que l'histoire des 
successions litigieuses au trône de France s'ouvre par la recon- 
naissance indirecte des droits des femmes. C'est un des points 
principaux que je me propose de mettre en lumière : l'existence 
des droits des femmes à la couronne résulte des actes mêmes par 
lesquels Philippe le Long réussit, en fait, à écarter la fille de 
Louis X. 

rr Quant aux descendants des femmes, dont l'exclusion, en droit 
pur, ne résultait pas très nettement, dans l'esprit de nos pères, 
de l'exclusion des femmes elles-mêmes, elle fut définitivement 
inscrite dans notre droit public grâce aux victoires de Jeanne 
d'Arc et de Charles VIL 

ff J'analyse les deux mémoires qu'Edouard III adressa au pape 
pour faire valoir ses droits. Je donne ensuite un aperçu très 
rapide des nombreux mémoires qui furent publiés ultérieurement 
en France sur le grand différend des rois de France et d'Angle- 
terre. La loi salique n'est pas invoquée au commencement du 
xiv" siècle. On la cita beaucoup plus tard, souvent en en altérant 
le texte. Les Anglais y puisèrent de leur côté des arguments en 
leur faveur, w 

Le Président donne lecture d'une note de M. le docteur Ver- 
contre, médecin-major à Epinal, sur l'origme des tatouages tuni- 
siens. 

Cette lectur.' provoque quelques observations de M. Héron de 
Villefosse et de M. Philippe Berger. 



— 387 — 

La note de M. Vercoutre est renvoye'e à Texamen de M. Phi- 
lippe Berger. 

M. Héron de Villefosse présente à l'Acade'mie un vase d'ar- 
gent, en forme de sein de femme, qui porte nne inscription 
celtibe'rienne. Ce vase, trouvé autrefois en Espagne, à Caziona 
(l'antique Castulo), appartenait en 1618 au marquis de la Aula; 
il a été gravé plusieurs fois au xvif et au xviii" siècle, et on le 
croyait perdu (^'. 

SÉANCE DU 16 DÉCEMBRE. 

Le Président annonce à l'Académie la perte douloureuse qu'elle 
vient de faire en la personne de son vice-président, M. Siméon 
Luce, et il lève la séance en signe de deuil. 



SÉANCE DU 28 DÉCEMBRE. 

M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, adresse 
au Président de l'Académie diverses nouvelles arcliéologicjues^"-'. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, iM. Oppert communique 
une note intitulée : Le canon des dates bahiiloiiiennes^-^\ 

Sont adressés aux concours de l'Académie : 

Antiquités de la Frange : 

Vannée anglaise vaincue par Jeanne d'Arc sous les murs d'Or- 
léans, par iMM. Boucher de Molandon et le baron A. de Beau- 
corps (Paris et Orléans, 1899, in-8''); 

La politique extérieure de Louise de Savoie. Relations diplomatiques 
de la France et de rAngleterre pendant la captivité de François F' 
{i5a5-i5a6), par M. G. Jacqueton (Paris, 1892, in-8"); 

Les revenus et les dépenses de l hôtel de ville de iSiort avant 1 j^f) . 



(•' Voir aux Commumcations, n" XLIII (p. 6o3-6o8). 
(*5 Voir aux Commumcations, n° XLIV (p. ftoH-ltio). 
W Voir aux Commumcations, n" XLV (p. /iio-AiS). 



— 388 — 

par M. flcnri Proust (Saint-Maixent, 1888, 1890 et 1892, 
3 vol. in-8" extraits en paitie des Mémoires de la Société' de 
slalistique, sciences, lettres et arts des Deux-Sèvres); 

Histoire de Fahbmje et de la terre de Saint-Claude , par D. P. Be- 
noît (Monlreuil-sur-Mer, 1890 et 1892, 9 vol. in-8"); 

Histoire de l'ordre hospitalier du Saint-Esprit, par M. l'abbé 
P. Brune (Paris et Lons-le-Saulnier, 1892, in-8"); 

Histoire de la ville de Gap , par M. .1. Roman ( Gap , 1892, in-8"); 

Ystoire de li Normant , par Aimé, évéqiie et moine au Mont-Cassin, 
publiée par M. Tabbé 0. Delarc (Rouen, 1899, in-8°); 

Prix Gobert : 

Louis XI et les villes, par M. Henri Sée (Paris, 1892, in-8"); 

Musée de Lyon. Inscriptions antiques, par MM. AUmer et Dis- 
snrd, t. I à IV et les feuilles 1 à 5 du tome V (Lyon, 1888- 
1899, in-8"); 

Prix Bordin [Etude sur les dialectes berbères) : 

Deux mémoires portant pour épigrapbes : le premier, Faciès 
non omnibus una, Nec diversa lamen, qualem decet esse sororum; le 
second , Pendeiit opéra interrupta 

Prix La Fons-Mélicocq : 

Histoire de Méréville, par M. Tabbé Bernois (manuscrit de 
36^ pages); 

Onze ouvrages de M. Alcius Ledieu, conservateur de la biblio- 
thèque d'Abbeville, intitulés : 

1. Les reliures artistiques et armoriées de la bibliothèque d'Abbe- 
ville (Paris, 1899, in-/i°); 

2. Excursions historico-archéologiques dans le bas Santerre (Paris, 
1892, in-8"); 

3. Monographie d'un bourg picard, 3" partie : Traditions popu- 
laires de Démuin (Paris, 1 892 , in-8"^); 

II. Monographie dhin bourg picard, h" partie : Petit glossaire du 
patois de Démuin (Paris, 1892, in-8"); 

5. Variétés picardes. Mélanges dliistoire et de bibliographie (Paris, 
1892, in-8"); 

6. Les princes de Savoie-Carignan, derniers seigneurs de Domart- 
sur-la-Luce (Abbeville, 1899, in-8°); 



I 



— 381) — 

y. Un grand seigneur picard au xvf siècle. Documents annoiés 
(Paris, 1892, in-8°); 

8. Le mémorial d'un bourgeois de Domart sur les guerres de 
Louis XIII et de Louis A7F (Paris, 1893, iii-8°); 

9. Le canto7i de Moreuil [Paris, 1890 , in-S"); 

10. Un compagnon d'armes de Jeanne d'Arc. Etienne de Vignoles 
(Paris et Lille, in-8°): 

11. Lamiral Courbet, ses obsèques et l'inauguration de son mo- 
nument (Abbeville, 1891, in-8"); 

Histoire d'Ardres depuis sou origine jasqn eu i8gi, par M, E. Raii- 
soii (Saint- Ojuer, iii-8''); 

Prix Stanislas Julien : 

La stèle funéraire du Teghin (iiogh et ses copistes et traducteurs 
chinois, russes et allemands, par M. G. Schlegel (Leide, 1892, 
111-8°). 

M. ViOLLKT commence la lecture du me'nioire qu'il a annoncé 
sur cette question : Comment les femmes out été exclues de la succes- 
sion à la couronne de France. 



séance du 3o décembre. 

En réponse ii une lettre du Secrétaire pei-pétuel, l'Académie 
de Saint-Pétersbourg confirme la nouvelle de la mort de M. Nauck , 
correspondant étranger, décédé le 1 5 août dernier. 

L'Académie procède au renouvellement de son bureau pour 
l'année 1893. 

M. Senart est élu président; M. Paul Meyer, vice-président. 

Sont adressés aux concours de l'Académie : 

Antiquités de la France: 

Essai sur la langue vidgaire du Dauphiué septentrional au moyen 
âge, par M. l'abbé A. Devaux (Paris et l^yon, 1892, in-S"); 

Etude sur les sépultures barbares du Midi et de T Ouest de la France. 
Industrie wisigothiquc , par M. C. Barrière-Elavy (Paris et Tou- 
louse, 1899 , in-i"); 

Ephéméride de l'expédition des Allemands en France [aout-déc'mhre 
iSSj), par Michel de la Hugucrye, [)ubliée, avec la collaboration 



— 390 — 

de M. L. Marlet, par M. lo romle Léonel fie Lauhcspin (Paris, 
1899, in-8°); 

Les Lombards en France et à Paris, par M. C. Pilon (Paris, 
i899,in-8°); 

Prix Gobert : 

Les relations politiques de la France avec le roijauine de Majorque 
[îles Baléares, ïloussillon, Montpellier, etc.), par M. A. Lecoy de 
la Marche (Paris, 1892, 2 vol. in-8°); 

Prix Allier de Hauteroche (numismatique ancienne) : 

Catalogue des monnaies grecques de la Bibliothèque 7iationale. Les 
Perses Achéménides, les satrapes et les tributaires de leur empire. Cypre 
et Phénicie, par M. Ernest Babelon (Paris, 1893, in-8"); 

Prix Bordin (Etude critique sur rauthenticité des chartes relntives 
aux emprunts contractés par les croisés) : 

Un me'moire ayant pour épigraphe : ff Nous ne sommes pas des 
Croise'sî'i 

Prix La Fons Mélicocq : 

Histoire de Beauvais et de ses institutions communales jusqu'au com- 
mencement du xy" siècle, par M. L.-H. Labande (Paris, 1892, 
in-S"); 

Prix Stanislas Julien : 

Poésies modernes, traduites pour la première lois du chinois 
par M. C. Imbault-Huart (Paris et Péking, 1892, in-8°); 

L'annamite, mère des langues, par le colonel Frey (Paris, 1892, 
in-8°); 

Prix de La Grange : 

Le mystère de la Passion, texte du manuscrit 6g j de la bibliothèque 
d'Arras, publié par M. J.-M. Richard (Arras, 1893, in-8°). 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publi([ue, le Président annonce, 
ainsi qu'il suit, le résultat du vote qui vient d'avoir lieu en Comité 
secret pour l'élection d'un correspondant étranger et d'un corres- 
pondant français : 

Correspondant étranger : 

M. Tobler, à Berlin, a été élu en remplacement de M. Rangabé, 
décédé; 



I 



— 391 — 

Correspondant français : 

M. de Grandmaison, à Tours, a e'ie' élu en remplacement de 
M. Castan, de'céde'. 

L'ordre du jour appelle la nomination de la Commission des 
travaux littéraires et de la Commission des antitj[uités de la 
France. 

Sont élus : 

Commission des travaux littéraires: MM. Ravaisson, Delisle, 
Hiiuréau, Le Blant, de Uozière, Deloche, Jules Girard, Barbier 
de Meynard; 

Commission des antiquités de la France : MM. Delisle, Hauréau, 
de ilozière, G. Paris, Bertrand, Héron de Villefosse, Lonfjnon, 
de Lasteyrie. 



— vri 



COMMUINICATIONS. 



N" XXXVIII. 

PAROLES PRONONCÉES PAR M. ALEXANDRE BERTRAND, 

PRÉSIDENT DE L'ACADEMIE, 

À L'OCCASION DE LA MORT DE M. LE MARQUIS D'IIERVEY-SAINT-DENYS. 

(séance du 11 NOVEMBRE 1892.) 

Messieurs, 

Nous nous trouvons réunis pour la première fois depuis 
la perte que nous avons faite en la personne du marquis 
d'Hervey-Saint-Denys. Conformément au désir de la famille, 
ses obsèques ont été purement privées. Nous n'avons pu rendre 
à notre confrère le dernier hommage que nous lui devions. 
Vous trouverez convenable que nous le lui rendions ici. 

Le savant confrère que nous venons de perdre assistait en- 
core à notre dernière séance. Il semble qu'il ait voulu nous 
dire adieu. Je vois encore sa figure pâle et souriante, au mo- 
ment où, debout près du bureau, il nous faisait hommage de 
son charmant petit volume. Six nouvelles nouvelles, traduilcs 
pour la première fois du chinois. Il se sentait mieux. C'était, 
malheureusement, le mieux qui précède la fin. 

Marie-Jean-Léon, marquis d'Hervey-Saint-Denys, né à une 
époque où l'Orient était encore un mystère (il était de 1828), 
témoigna dès le début une prédilection pour les langues vi- 
vantes. Entre les diverses écoles auxquelles sa vive intelli- 
gence lui permettait de prétendre, il choisit, pour en suivre 
les cours, l'Ecole des langues orientales. 

La patrie du Cid attira toutefois d'abord ses regards. De 



— 303 — 

vingt-cinq à trente ans, il publiait plusieurs Iruductions 
d'ouvrages écrits en espagnol. Mais, à partir de i 85o , tous ses 
efforts se concentrent sur la Chine. Il suivait au Collège de 
France le cours de Stanislas Julien, auquel il devait succéder. Le 
maître illustre, dont il admirait le profond savoir et l'inluilion 
merveilleuse de toutes les langues, ne tarda pas à remarquer 
l'aptitude de son élève. Il encouragea ses efforts et, dès i85o, 
sous le nom du baron Léon d'Hervey-Saint-Denys, de la 
Société asiatique, paraissaient les Recherches sur ra^icallure 
et l'horticulture des Chinois, sur les végctaux, les animaux cl les 
procédés agricoles que l'on pourrait introduire avec avantage dans 
l'Europe occidentale et le nord de l'Afrique. Notre confrère avait 
vingt-sept ans. 

Le vénérable Biot, directeur du Collège de France, et 
Jules Mohl en firent l'éloge. «M. d'Hervey-Saint-Denys, disait 
Biot, s'est donné la tâche ardue de pénétrer la langue chi- 
noise, non par une fantaisie sans motif ni par une curiosité 
irréfléchie, mais d'après un sentiment très judicieux du vaste 
champ d'exploitation qu'elle offre à un esprit investigateur.» 
La Chine était alors un pays inconnu : «L'utilité des travaux 
de M. d'Hervey, disait de son côté Jules Mohl, secrétaire de 
la Société asiatique, dans son rapport annuel, va bien plus 
loin que l'intérêt littéraire qui s'y attache, car tout ouvrage 
qui montre que les Chinois sont des hommes comme nous, 
mus par les mêmes sentiments et ayant la même intelligence 
et la même morale que nous, contribue à détruire des préju- 
gés absurdes, f[ui, sans qu'on s'en soit rendu compte, ont tant 
contribué aux malheurs dont la Chine est redevable à l'Eu- 
rope.^; D'Hervey-Saint-Denys voulait, en effet, faire connaître 
la (îhine sous tous ces aspects. 

Dans ce but, il publiait en iSG^i les Poésies de l'époque des 
Thang (^vii". Mil' et ix" siècles de notre ère), traduites du chinois 
pour la première fois , avec une élude sur l'art poétique en Chine et 



XX. 






— 39/i — 

des noies explicatives. Puis bientôt après le Li-sao, poème du 
iif siècle avant notre ère. 

Ces traductions eurent un grand succès. On s'apercevait 
avec étonnement que cette littérature, expression d'un peuple 
si diiïérent de nous par son origine, ses institutions et sa 
langue, est néanmoins de toutes les littératures orientales 
celle qui ressemble la plus à la nôtre et la seule où chacun, 
a l'homme prutique comme l'homme savant, trouve matière à 
étude, quelle que soit la branche de science ou d'application 
qu'il cultive. » 

Ses deux jolis volumes. Trois nouvelles chinoises, parues en 
i885, Six nouvelles nouvelles, ce dernier souvenir qu'il nous 
a laissé, dont le charme rappelle les fabliaux du moyen âge, 
en sont une démonstration frappante. 

Notre savant confrère eut un autre mérite. L'étude des po- 
pulations aborigènes de la Chine avait été jusqu'à lui trop 
négligée. L'anthropologie, l'ethnographie chinoise souffraient 
d'un manque presque complet de documents concernant les 
Iriljus qui sont, aujourd'hui, les derniers représentants des 
habitants de la Chine avant les Chinois. Le marquis d'Hervey 
est le premier qui ait reconnu le grand rôle joué au moyen 
âge par quelques-unes de ces tribus. Son Mémoire sur l'ethno- 
graphie de la Chine méridionale, d'après un ensemble de documents 
inédits tirés des anciens écrivains chinois, qu'il lut à l'Académie 
des inscriptions les 7 décembre 1872 et 10 janvier 1878, 
acheva sa réputation. 

Le 1" juin 187/1, il était nommé professeur au Collège de 
France. En 1876, vous lui confériez le prix Stanislas Julien. 
Le 8 février 1878, il était élu membre ordinaire de notre 
Académie, en remplacement de M. Boutaric. 

Depuis son élection , le marquis d'Hervey a rempli avec le 
plus grand zèle ses devoirs d'académicien. Dans la distribu- 
tion du prix Stanislas Julien, il a toujours joué un rôle pré- 



I 



— 395 — 

pondérant. Il nous manquera plus d'une fois. Nous regretterons 
bien souvent non seulement les lumières, mais la constante 
affabilité de notre regretté confrère. 

ANNEXE. 

PRINCIPAUX OUVRAGES OU MEMOIRES DU MARQUIS D'HERVEY-S.UST-DENYS , 
SUR LA CHLNE ET LES CHINOIS. 

1. Recherches sur l'agriculture et l'horticulture des Chi- 
nois, sur les végétaux, les animaux et les procédés agricoles 
que l'on pourrait introduire avec avantage dans l'Europe occi- 
dentale et le nord de l'Afrique, suivies d'une analyse de la 
grande encyclopédie Cheou-chi-tong-kao. Paris, i85o, in-8°, 
262 pages. 

2. La Chine devant l'Europo, Paris, 1869, grand in-8"', 
1 7 2 pages avec carte. 

3. Poésies de l'époque des Thang (vii°, viif et ix^ siècles 
de notre ère), traduites du chinois pour la première fois, avec 
une étude sur l'art poétique en Chine et des notes explicatives. 
Paris, 1862, in-8°, ào6 pages. 

à. Le Li-sao, poème du iif siècle avant notre ère, traduit 
du chinois, précédé d'une étude préliminaire et accompagné 
d'un commentaire perpétuel. Paris, 1870, 1 vol. in-8°. 

5. Mémoire sur l'histoire ancienne du Japon, d'après le 
Ouen-hien-tong-kao de Ma-touan-lin. Journal asiatique, 

1871. 

6. Le royaume de Piao, notice traduite pour la première 
fois du chinois. In-8°, 1871. (Mémoires de l'Athénée oriental.) 

7. Mémoire sur l'ethnographie de lu (Jlnne centrale et iné- 

37. 



— 39G — 

ridioiiale, d'après un ensemble de documents iiKulils tirés des 
anciens écrivains chinois. 18^3. 

8. Ethnographie des peuples étrangers à la Chine. Ouvrage 
composé au xiif siècle de notre ère par Ma-touan-lin, traduit 
pour la première fois du chinois, avec un commentaire per- 
pétuel, par le marquis d'Hervey-Saint-Denys. H. Georg, 
1876-1883, 2 vol. in-Zi». 

Cet ouvrage, qui a obtenu le prix Stanislas Julien à l'Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres, a paru dans VAtsume 
Gusa, pour servir à la conmnssancc de ï Extrême-Orient , recueil 
publié par F. Turrettini. 

9. Trois nouvelles chinoises, traduites pour la premièi'c 
fois par le marquis d'Hervey-Saint-Denys. Paris, Ernest Le- 
roux, i885, in-12, xxii-229 pages. 

10. La Tunique de perles, un Serviteur méritant et Tang 
le Kïaï-youen. Trois nouvelles chinoises, traduites pour la pre- 
mière fois par le marquis d'Hervey-Saint-Denys. Paris, Dentu, 
188g, in- 18. 

1 1 . Six nouvelles nouvelles, traduites pour la première fois 
du chinois par le mar(|uis d'Hervey-Saint-Denys. Paris, \Iai- 
sonneuve, 1892, in- 16. 

PRINCIPAUX MÉMOIRES LUS DEVANT L'ACADEMIE. 

1. Mémoire sur l'ile Formose et sur les îles Lieou-Kieou, 
d'après un document chinois du vn' siècle de notre ère; lu à 
l'Académie des inscriptions en avril 1872. 

2. Mémoire sur le pays connu des anciens Chinois sous le 
nom de Fousang et sur quelques documents inédits pouvant 
servir à l'identifier, par M. le marquis d'Hervey-Saint-Denys. 
Extrait des Comptes rendus des séances de l'Académie des 



— 397 — 

inscriptions et belles-lettres. Paris, Imprimerie nationale, 
M Dccc Lxxvi, br. in-8°, 17 pages. 

3. Mémoire sur les doctrines religieuses de Confucius et 
de l'école des lettrés, par le marquis d'Hervey-Saint-Denys. 
Extrait des Mémoires de TAcadémie des inscriptions et belles- 
lettres, tome XXXIl, 2' partie. Paris, Imprimerie nationale, 
M DCCC Lxxxvii , br. in-li°. 

li. Discours prononcé à la séance publique annuelle des 
cinq Académies, le jeudi 26 octobre 1888. 

N° XXXIX. 

LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'ECOLE FRANÇAISE DE ROME. 

(séance du 2» NOVEMBRE 1892.) 

Rome, i5 novembre 1899. 
Monsieur le Président et cher confrère, 

J'ai l'honneur d'adresser à l'Académie la lettre de remercie- 
ment de M. Joseph Deloye, membre de l'Ecole française hors 
cadre, au sujet du subside qui lui a été accordé le 28 octobre 
dernier. 

Aujourd'hui même doit être inaugurée, en présence du 
Cardinal-Bibliothécaire, la salle de consultation préparée au 
Vatican pendant ces derniers mois par les soins du R. P. Ehrle. 
Non complète encore, elle offre cependant déjà aux travailleurs 
de la Bibliothèque et de XArchivio, comme secours immédiats 
et à la main, 20,000 à 26,000 volumes. 

D'autre part, à ïArchivio Vaticano, la série, des suppliques 
faisant partie des papiers de la Daterie, et qui était enfermée 
dans une salle à part, a été pour la première fois livrée à 
l'étude; et la série des Bulles, provenant de la même source, 
que détenaient, avec les Brefs, les archives du Lalran, et qui 
était encore réservée, a été, par les soins de M^' Ciasca, pré- 



— 398 — 

(lécesseur du Préfet nouveau de ÏArchivio \atmino , W' Tripepi , 
transportée dans ce dernier dépôt et livrée également à l'étude. 
Cette double addition aux archives ouvertes représente en- 
viron dix mille volumes in-folio , du commencement du xv^ siècle 
à Grégoire XVI, à peu près entièrement inconnus. 

Peu de découvertes archéologiques notables pendant ces 
derniers mois. Les travaux du Tibre continuent de rendre au 
jour quelques-uns de ces cippi terminales à l'aide desquels, pour 
la première fois en l'an 700 de Rome (C. /. L., VI, ia53/), 
et à plusieurs reprises sous l'Empire, fut faite oificiellement la 
délimitation du domaine public sur les rives du fleuve. Les 
cippes déjà découverts sont déposés au musée des Thermes 
de Dioclétien. 

Les dragues continuent d'extraire , près du pont Sixte actuel , 
des débris de l'antique pont construit au iv' siècle, à peu près 
au même lieu, et orné de statues et d'inscriptions en l'honneur 
de Valentinien et de Valens. 

Elles ont tiré du fleuve, aux pieds du pont Gestius (celui 
qui joint l'île Saint-Barthélémy à la rive droite) un fragment 
d'inscription mentionnant un édifice public restauré l'an 9 
avant J.-G., et un autre fragment d'une inscription votive à 
Esculape, antérieure au \t siècle avant l'ère chrétienne. 

Veuillez agréer, etc. 

A. Geffroy. 

N" XL. 

LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'ECOLE FRANÇAISE DE ROME. 

(séance du '2 DÉCEVBnE 1893.) 

Rome, ie 99 novembre 1893. 

Monsieur le Président et cher confrère, 
Une «Association artistique des Amis de l'architecture», 



— 399 — 

constituée à Rome depuis le commencement de 1 890 , consacre 
une partie de ses efforts à l'étude, à la conservation, à la res- 
tauration des monuments de l'antiquité ou du moyen âge 
subsistant à Rome et en Italie. 

Le ministère italien de l'instruction publique et des beaux- 
arts a confié depuis un an à cette Association l'intéressante en- 
treprise de restaurer la basilique de Santa Maria vi Cosmedin 
(^Boccaddla Verità). M. l'arcbitecte G. B. Giovenale dirige ces 
travaux, et M. le commandeur Stevenson vient d'exposer les 
résultats dans un savant mémoire. 

On sait qu'une série de colonnes antiques est engagée dans 
le partie antérieure de la basilique. L'opinion commune y 
voyait les restes d'un temple consacré dans cette partie du 
forum èoarwm par Tibère ou quelqu'un des premiers empereurs 
à Gérés et Proserpine ou bien à la Concorde et à la Pudicité 
: patricienne. Il faut renoncer à cette attribution, puisque, si 
chacune des colonnes est d'un bon travail, les bases et les 
chapiteaux en sont très imparfaitement placés, à des niveaux, 
à des espaces inégaux : c'est ce que l'examen des architectes a 
démontré. Au lieu d'un temple antique , on a plutôt ici quelque 
fragment de colonnade, œuvre d'une époque de décadence 
avancée, peut-être un de ces portiques dont la rive droite du 
Tibre fut couverte au iv" siècle dans cette partie de la ville où se 
trouvaient les immenses magasins de l'administration annonaire. 
C'est entre ces colonnes qu'aura été fondée, peut-être dès la 
fin de l'époque constantinienne, une église notablement agrandie 
plus tard, à la fin du viif siècle, par Adrien I". La triple abside 
qu'on voit encore paraît avoir été pratiquée par ce même pape 
dans les restes d'un antique monument en blocs de tuf dont 
parle le Liber ponii/îcalis. Une iraporlautc l'estauralion de la 
basilique par Calixte II au xii" siècle l'a transformée, et de ces 
diverses époques les fouilles récentes ont fait découvrir des 
restes intéressants. 



— /lOO — 

Des pointures antérieures ;\ l'an looo ont apparu à l'arc 
j)rincipal de l'abside majeure, puis des stucs datant peut-être 
de la seconde moitié du iv" siècle et pratiqués, ce semble, à 
l'aide de moules antiques. Les dalles de marbre qui for- 
maient encore il y a quelques mois le pavage de l'église, et 
qui offraient des spécimens de l'art des Cosmati, détachées et 
retournées, ont offert, aux revers, de riches et capricieuses 
ornementations byzantines. 

Le projet paraît être, à la suite de ces intéressants travaux, 
qui ne sont pas entièrement terminés, de rétablir la basilique 
de Santa Marin ui Cosmedm, autant qu'il sera possible, dans 
l'état où l'ont pu voir les pèlerins du jubilé de l'année i3oo. 

L'Association artistique des Amis de l'architecture a enre- 
gistré dans le programme de ses prochains travaux plusieurs 
entreprises pareilles, auxquelles l'archéologie ne sera pas étran- 
gère et dont l'Académie sera exactement informée. 

Agréez , etc. 

A. Geffrov. 

N" XLL 

LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'l'cOLE FRANÇAISE DE ROME. 

(séance Dli () DÉCEMBRE 1892.) 

Rome, le 6 décembre 1893. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

Les travaux en cours d'exécution au mont Capitolin pour 
l'érection du monument à Victor-Emmanuel viennent de faire 
découvrir une inscription en l'honneur d'une prétresse de la 
Dea magna cœleslis et du Genius loci du Mont Tarpéien. 



— /lOl — 

L'administration italienne publiera sans doute très pro- 
chainement ce texte dans les Notizie degU scavl. Il faut attendre 
cette publication pour savoir si l'inscription paraît établir une 
relation entre la Déesse adorée à Carthage et le Genius loci 
romain, pour savoir, d'après les circonstances de la découverte, 
si l'on doit penser que le marbre ait été apporté de quelque 
autre lieu du mont Capitolin, et si le texte est décisif sur la 
situation de la célèbre roche Tarpéienne. 

L'Académie se rappelle les intéressantes recherches de 
M. Chedanne . alors pensionnaire de l'Académie de France , pen- 
dant le printemps dernier, au Panlhéon. Les travaux viennent 
d'être repris. Ils ont fait découvrir, il y a quelques jours, au- 
dessous du seuil du portique, des constructions du temps d'Au- 
guste. Ces constructions sont-elles en rapport avec le pavage 
en marbre découvert le 2 9 avril dernier à 2 mètres au-dessous 
du pavage actuel de la Rolonda? Appartiennent-elles à un édi- 
fice antérieur? Le portique a-t-il été reconstruit? Comment 
comprendre, quand les niveaux actuels n'empêchent pas les 
fréquentes infiltrations du Tibre, qu'un temple antérieur ait 
été construit à un niveau plus bas encore? La suite dos fouillles 
montrera-t-elle les vestiges de quelque construction préserva- 
trice contre l'invasion des eaux,' analogue à ce que nos archi- 
tectes-ingénieurs savent faire aujourd'hui? 

Telles sont, avec bien d'autres, les questions qu'on entend 
formuler ici , parmi les hommes spéciaux , au sujet de ces 
fouilles du Panthéon. 

Veuillez agréer, etc. 

A. Geffroy. 



/4 02 — 



N° XLII. 

LE DERNIER ROI DE L'ASSYRIE, PAR M. OPPERT. 

(séance du 9 DÉCEMBRE 1899.) 

Quoi est le dernier roi de l'Assyrie? Selon la légendes des 
Perses, transmise aux Grecs, c'est Sardanapale, si indigne- 
ment calomnié. Sardanapale, ou plutôt Assurbanabal, pour 
lui donner son vrai nom , dont les Grecs ont fait celui sous 
lequel il est généralement connu aujourd'hui, n'était pas un 
roi efféminé quand même. Nous le voyons représenté dans les 
bas-reliefs de Ninive buvant avec ses femmes. C'est le conqué- 
rant de l'Egypte, de la Phénicie, d'une partie de l'Asie Mi- 
neure et de la Susiane. On a confondu Assurbanabal (668- 
620), avec Assur-nirav, qui régna de 800 à 799 avant J.-G. 
Celui qui probablement fut le dernier roi de Babylone s'ap- 
pelle Sin-sar-iskun , rrla Lune a fait le roiw, et nous avons de 
ce monarque un texte consacrant un temple de Ninive. Son nom 
figure aussi sur un document provenant de Sippara, Hélio- 
polis de Babylonie, et daté du a 5 Sivan (mai) de l'an 2 de 
ce roi, nommé expressément roi d'Assyrie. Or la grande diffi- 
culté est de savoir quand ce roi pourrait avoir conquis la Ba- 
bylonie. Nous avons des textes presque ininterrompus du roi 
Chiniladan et de Nabopolassar, depuis 6/i5 jusqu'à 60 A 
avant J.-G. Il n'y a de lacune qu'entre l'an 2 1 du premier et 
l'an 2 du deuxième prince. C'est donc là qu'il faut placer 
ce roi, Sin-sar-iskun, dont les Grecs ont transformé le nom en 
celui de Saracus, et la deuxième année de son règne tombe 
vers 62/1 avant J.-G, Nous ne connaissons pas la durée de ce 
règne, et nous ne savons pas au juste quand Ninive fut dé- 
truite. Ce serait en 606, si l'on devait avoir foi dans le récit 
d'Hérodote, qui fait dépendre la chute de Ninive de l'expul- 



_ /,03 — 

sion des Scythes de l'Asie, après laquelle seulement Cyaxarès 
put entreprendre l'expédition contre la cité assyrienne : mais il 
est possible que cet événement ait eu lieu plus tôt. 
Voici le texte de ce curieux document : 

«Trente mesures de bois de sacrifice, dues au dieu Soleil, 
par Samas-epu, Bel-ibus et Samas-abal : cette redevance 
pourra s'élever (en cas de retard) au birâ (terme inconnu), 
et ils les livreront au mois d'Adar. Chacun d'eux sera soli- 
dairement responsable pour les autres. 

« Assistants : Nabu-bel-Sunà , de la caste des prêtres d'Erech ; 

«Rasa, fils de Gala-sa-Ninib , chef des forgerons; 

«Et le scribe, Kidimu , le forgeron. 

«Sippara, le 2 5 Sivan de l'an 2 de Sin-sar-iskun, roi d'As- 
syrie. » 

N^ XLIII. 

VASE D'ARGENT TRODVÉ EN ESPAGNE 

ET PORTANT UNE INSCRIPTION IBf'rIQI'E, 

PAR M. HÉRON DE VILLEFOSSE. 

(séance du 9 DÉCEMBRE 1892.) 

Le vase que j'ai l'honneur de présenter à l'Académie appar- 
tient à M. de Bourgade de la Dardye. D'après les renseigne- 
ments que M. de Bourgade m'a transmis, il proviendrait 
des environs de Santander, c'est-à-dire du nord de l'Espagne. 
Il est en argent, assez épais, complètement uni, sans aucun 
ornement extérieur en creux ou en relief; de forme hémi- 
sphérique, il affecte l'apparence d'un sein de femme. L'objet 
ayant subi une pression assez forte, l'orifice, qui était primi- 
tivement tout à fait circulaire, a été légèrement déprimé, de 
sorte qu'il a perdu un peu de sa régularité. On peut néan- 
moins constater que le diamètre du vase, y compris les pa- 



— /l()/l — 

rois, (levait être de o m. 12G à m. i3o; sa hauteur est 
o m. oH; son poids actuel est de 3oA grammes. 

Autour de la lèvre intérieure de l'orifice, on rcmar(|uc 
i5 petits signes en forme de demi-lune, assez semblables à 
des marques d'ongle. Ils sont disposés circulairement et presque 
également espacés : la distance qui les sépare varie entre 
m. 026 et m. 027. 

Sur la surface extérieure du vase se trouve une inscription 
très nettement gravée, en caractères ibériques dont la hauteur 
varie entre m. 1 2 et m. 1 /i. Les treize caractères qui la 
composent forment deux groupes distincts : 

Peu au courant des antiquités d'Espagne et surtout de la 
langue ibérique, je me suis adressé à mon ami Aioïss Heïss, 
l'auteur bien connu de la Description générale des monnaies an- 
tiques de rEspagne'^^K Je lui ai communiqué la description du 
vase et le texte de l'inscription; il a eu l'obligeance de me re- 
mettre la note suivante : 

Le vase d'argent, en forme de sein de femme, trouvé, dit-on, à San- 
tanrlor et poiiant une inscription en caractères celtibériens, est identique 
pour le mc'tal, pour la forme, et pour la hauteur des lettres de Tinscrip- 
tion, au vase, rempli de monnaies celtibériennes et consulaires, trouvé 
en 1618 près des ruines de Castulo, dans la métairie de Gazlona, et qui 
pesait, étant vide, 10 onces castillanes, soit 287 gr. 558. 

Ce vase resta longtemps en la possession du marquis de la Aula. 
Dans une lettre datée d'Estepa , le 1 5 février 1698, ce dernier en adressa 
un dessin a don Rodrigo Caro, en même temps qu'il lui donnait une 
interprétation des plus fantaisistes de l'inscription, qu'il lisait : LIAI, 
ETKORVPH/EI. Ce vase devait, en l'honneur de Bacchus, passer de 
main en main pendant la danse et être vidé jusqu'au fond, puisque, man- 
quant de hase, si on l'eût posé à terre plus ou moins plein le vin se 
serait répandu. 

") Paris, Imp. nat., 1870, m-h°. 



— /i05 — 

Plus tard, don Juan Bautisla de Erro y Aspiroz, auteur peu heureux 
de YAlfabcto de la lengua primitiva de Espana, })nblia aussi un arliclo 
sur le vase de Gastulo à la page ihk de son ouvrage, avec uue nouvelle 
lecture tout aussi erronée que celle du marquis de la Atda. Au lieu 
d'une légende grecque, il en fait une légende hasque : LeNENNaK 
ZORZeBEN,en supple'ant trois voyelles, et il lit rrLenennac Zorzebeur, 
ce qui signifie, dit-il, en un langage que le plus grossier des Basques 
comprendrait : "les princes ou les magistrats (du peuple) le devaient 
ou le doivent!) ; et, le vase ayant e'té trouvé plein de monnaies, ces mon- 
naies représentaient le capital d'une dette que les chefs de la ville avaient 
contractée pour un motif inconnu. 

Les lettres gravées sur le vase sont absolument semblables à celles 
des légendes inscrites sur les monnaies turdétanes d'Obulco et de Gastulo 
émises sous la République romaine, du temps d'Auguste. D'où nous 
concluons que si ce vase d'argent a été réellement trouvé à Santauder et 
est autlientique, il a dû y être apporté d'ailleurs; on ne signale ni Tuon- 
naies ni inscriptions celtibéricnues du côté de Santauder. 

L'alphabel ibérien ou celtibérien est à présent parfaitement déler- 
miné et l'inscription, réduite en caractères français, est : LNENIK 
GRAEREN. 11 ne faut pas s'étonner de voir dans une même inscription 
des signes différents tels que I* = + et O = <P ; cela se rencontre fré- 
quemment dans les légendes des monnaies ibériennes ou turdétanes de 
la même époque. 

Quant au sens de l'inscription, nous ne tenterons pas de l'expliquer, 
Les légendes des monnaies sont relativement faciles à traduire, parce 
qu'elles ne renferment, en général, que des noms de villes ou les noms 
des habitants de ces mêmes villes, et que des pièces bilingues ou pseudo- 
bilingues ont servi à en constituer l'alphabet. Il n'en est pas d:; même des 
inscriptions lapidaires, dont aucune ne donne la traduction latine des 
mots celtibériens qu'on y rencontre, de sorte que l'ibérien ou le celtibé- 
rien n'a pu être, jusqu'à présent, reconstitué. 

cfPour en revenir au vase de Gastulo, nous ignorons ce qu'il est de- 
venu; mais son poids est connu et il est évident que si ce poids did'ère 
sensiblement de celui du vase a|)[)oi'té au Louvre, ce dernier ne sera 
pas le même que celui du marquis de la Aula. 

Grâce aux précieux renseignements fournis par M. Aloïss 
Heïss, j'ai ac(|uis la certitude ([uc le vase présenté comme pro- 
venant des environs de Santauder est le même que celui (jni 



— Zi06 — 

appartenait en 1618 au marquis de la Aula. Ce vase a été 
gravé au moins deux fois à ma connaissance, en i-yôâ *^^ et 
en 1806'^'; il ne peut y avoir aucun doute sur son identité. 
Si on l'a retrouvé récemment aux environs de Santander, c'est 
qu'il avait passé, probablement par héritage, entre les mains 
d'une famille habitant ce pays. Le poids de 1 onces castillanes 
correspond à peu de chose près à nos Sok grammes. Il est pos- 
sible que ce poids de 1 onces castillanes soit un poids approxi- 
matif; il devait y avoir, outre les 10 onces castillanes, une 
fraction dont on n'a pas tenu compte, fraction qui serait re- 
sentée par 1 G grammes d'excédent. 

Voici, d'après un travail rédigé en italien, ce que le mar- 
quis de la Aula écrivait au sujet de ce monument : f?Nel- 
l'anno i6i8,vicino aTorres, proprietà del marchesedi Cama- 
rasa, a 3 leghe da Baeça a poca distanza da Gazlona, trovossi 
un vaso d'argento tutto liscio al di fuori con una cornicia al 
di dentro. Pesava dieci once d'argento e capiva 2 4 once 
d'acqua'^'. n 

Lorsqu'il fut découvert, ce vase était rempli de monnaies 
d'argent, dont le catalogue a été dressé par le marquis de la 
Aula. Au nombre de 683, ces monnaies étaient pour la plu- 
part des deniers de la République romaine, à l'exception de huit 
deniers portant des légendes celtibériques. L'ensemble de cette 
trouvaille est connu des numismates sous le nom de trésor de 
Cazlona. Ce trésor a été étudié en particulier par M. Th. Momm- 

^^) Luis Joseph Velasquez, Ensayo sobre los alfabetos de las letras descono- 
cidas, Madrid, 1709, pi. XIX, 5; cf. p. laS. 

'^) Juan Baulista de Erro y Aspiroz, Alfabeto de la lengua primitiva de Es- 
paiia, Madrid, 1806, iam. 3, p. ihô. 

('' Mommsen, Annali, t. XXXV, p. ii-)2, qui emprunte ces détails à un 
manuscrit du milieu du x\n' siècle intitulé : Discurso del marques de la Aula sobre 
el vaso y inedallas que se hallaron en Cazlona anno de 1618. 



— ^07 — 

sen'", qui, n'ayant pas les monuments originaux sous les yeux, 
a écrit, par erreur, en parlant de l'inscription, qu'elle était en 
«lettere punteggiatc?. 

Cazlona occupe aujourd'hui l'emplacement de Castulo, une 
des villes les plus importantes de l'Espagne dans l'antiquité. 
Déjà, à l'époque des guerres puniques. Castulo était le centre 
et la capitale du pays; ses habitants étaient en rapports fré- 
quents avec les Carthaginois '^\ 11 y avait près de cette ville 
de célèbres mines d'argent dont le métal était fort estimé et 
dont l'exploitation remontait à une époque assez reculée. Po- 
lybe '^* et Strabon ^*^ les mentionnent; ce dernier indique même, 
dans le voisinage de Castulo, une montagne appelée nions 
Argenteus *^\ Dans les inscriptions latines des environs on 
trouve la mention d'une famille portant le gentilice Argenta- 
nus^^\ nom qui fait évidemment allusion à l'occupation princi- 
pale du pays. Les Romains s'étaient emparés de ces mines. 
Du reste, après la conquête de l'Espagne, l'argent commença 
à affluer en Italie, sous toutes les formes. Le vase présenté à 
l'Académie est évidemment le produit d'une industrie locale. 

On conserve à Cordoue, dans le musée provincial, un vase 
en bronze qui a été également découvert rempli de monnaies 
et qui porte sur le bord supérieur une inscription au pointillé. 
Cette inscription, en partie etïacée, est bilingue, latine et 
ibérique; mais la partie du texte en lettres latines ne paraît 
pas plus facile à expliquer que l'autre'''*. 



(1) 



Sopra alcuni ripostigli di donari romani scnperli nella Spagna (dans les 
Annali deW Iiistitulo di currisp. arc/iei;/., XXXV (i 86.3), p. ii-i5), Tesuro di 
Cazlona. CI. Huebner, Neues Rhein. Mus., 17, 203. 

'^' Cf. Corp. inscr. Int., vol. II, p. hho. 

<') X, 38, 7. 

("1 III, a, 10. 

W III, -Ml. 

<"' Coi-p. inscr. lit., vol. II, n" 828.'}, L. Argenlnrius Celsiinis. 

<') Cor}), inscr. lui., vol. H, n" Ga'^ig, h. 



— Zi08 — 

Au nord de Lisbonne, près d'Alem(|uer, en f;ict' de Torres 
Vedras, on a trouvé en 1881 une ciste en argent qui con- 
tenait environ 1,000 deniers consulaires romains et (jui porte 
également, sur le bord extérieur, une inscription au pointillé. 
Cette inscription en caractères romains paraît renfermer un 
nom d'homme'^'. 

C'est en étudiant les monuments analogues que l'on arri- 
vera à expliquer l'inscription du vase d'argent de Castulo. Les 
interprétations proposées jusqu'ici ne méritent pas d'être re- 
produites; elles sont généralement peu acceptables. Toutefois, 
quoique je ne puisse rien dire de nouveau à ce sujet, il m'a 
paru nécessaire, le jour où un monument si digne d'attirer 
l'attention des savants compétents arrivait entre mes mains, 
de le placer sous les yeux de mes confrères. Je serais particu- 
lièrement heureux si l'étude directe du texte original pouvait 
aider à en éclaircir le sens. 



N° XLIV. 

LETTRE DE M. GEFFROV, DIRECTEUR DE L'E'GOLE FRANÇAISE DE ROME. 

(SÉAISCE DU 28 DÉCEMBRF. 1892.) 

Rome, le 2 décembre 1893. 

Monsieur le Président et cher confrère. 

Le journal h Rifonnn vient de publier, le 1 3 et le 17 de 
ce mois, deux articles concernant les fouilles du Panthéon. 
Dans l'un d'eux, M. Beltrami, architecte, résume les résultats 
acquis et les problèmes qu'il reste à résoudre. Toute la Rotonde 
est l'œuvre d'Adrien. Les fondations du portique se distinguent 
nettement de celles de la Rotonde. Au-dessous du portique et 

f'' Corp. imc. lat. , vol. Il, 11° Ç>-:>.!nj, 3. 



— /i09 — 

du pavage acliiel, est un mur massif composé de blocs de tra- 
vertin soigneusement appareillés et travaillés à bossage (« 
bugna). On retrouve des parties d'un tel mur sur des lignes 
perpendiculaires à celle du mur qui apparaît sous le seuil du 
portique. Est-ce là l'enceinte, carrée ou quadrilatérale, du 
temple primitif construit par Agrippa ? Quelle en était l'orien- 
tation? Le portique n'a-t-il pas pu être déplacé et reconstruit 
sous Adrien ou même après lui ? 

M. Chedanne vient d'être décoré de la Couronne d'Italie. 

Les travaux en cours d'exécution pour agrandir le pont 
Saint-Ange ont mis à jour des restes fort intéressants de 
' l'antique jmis Aelius, dont il occupe la place. Il semble que les 
anciens ingénieurs romains aient habilement ménagé, outre les 
arches donnant au chenal, dans les basses eaux, un lit resserré 
où la force du courant ne laissait pas séjourner les sables, des 
arches latérales, ultérieurement négligées et enterrées dans 
les berges, et par où s'offrait une issue aux crues du fleuve. 

La drague a retiré du fleuve un fragment des Fastes triom- 
phaux qui complète l'utile fragment retrouvé de même en 
1888, et que M. le professeur Barnabei a commenté dans les 
comptes rendus de l'Académie des Lincei, séance du 16 dé- 
cembre de cette même année. 

On parle aussi d'une inscription l)ilingue, latine-naba- 
ihéenne, retrouvée dans le Tibre. Les Notizie degU scavi en 
donneront sans doute prochainement le texte, avec celui de 
l'inscription concernant le numen Monlts Tarpei'i que j'ai dit 
avoir été récemment découverte au mont Capitolin. 

On avait parlé il y a plusieurs mois d'un bateau sous-marin 
d'invention nouvelle, destiné à la recherche des objets de 
valeur engloutis dans les eaux. En effet, par les soins d'une 
société formée à Rome, et sur les dessins de l'ingénieur Pietro 
Degli Abbati, un bateau d'acier, nonnné l'Audace, construit 5 
Savone, et pouvant plonger, assure-t-on, jus(|u'à une profon- 

iMt rviMf r.in nATl<>'> 'i h 



— ZilO — 

deur (l(^ 100 mètres, vient de subir lieurcusemenl, dans le 
port de Cività-Veccliia, des épreuves puldi(jues. 

Veuillez agréer, etc. 

A. Geffroy. 

N" XLV. 

LE CANON DES DATES BABYLONIENNES, PAR M. OFFERT. 

(séance du 23 DÉCEMBRE 1892.) 

Après avoir développé les faits relatifs au dernier roi d'As- 
syrie, nous allons maintenant aborder l'étude des dates exactes. 
Les éclipses lunaires de la 7'' année de Gambyse, du 1 6 juillet 
528 et (lu 10 janvier 692 , nous donnent les points de repère, 
comme nous connaissons par les tablettes juridiques les années 
embolismiques à partir de l'avènement de Naliucbodonosor jus- 
qu'à la fin de Darius l", de 6o/i à /i85 avant Jésus-Ghrist. 

Les Ghaldéens savaient que 235 lunaisons équivalaient à 
1 9 années solaires , mais ils ne pratiquaient pas l'insertion 
d'après un système fixe, ce qui, pour la première fois, fut 
pratiqué par Méton à Athènes. Ils se préoccupaient des con- 
stellations, soit heureuses, soit néfastes, mais s'arrangeaient 
de manière qu'à une certaine époque la date du i*"" Nisan, 
du jour de l'an, tombât toujours sur la même date, calculée 
d'après le lever des astres. 

Or, nous avons été assez heureux pour retrouver le com- 
mencement de la période de dix-neuf ans, laquelle est encore 
employée pour le calendrier juif et le calendrier chrétien. Le 
commencement de la période chaldéenne était fixé par la coïn- 
cidence du premier Nisan avec l'équinoxe de printemps . qui 
tomba en 700 vers le 27 mars, en 5 00 vers le 26 mars julien. 
Le lever de Sirius, le 21 juillet, tomba alors à la néoménie 
du mois d'Ab. Tandis que toutes les dates sont variées durant 



— 111 — 

la période de dix-neuf ans , en 098, 579, 56o, 5 '11 et5o3, 
le premier Nisan tomba toujours le 28 ou le 2/1 mars, et ce- 
lui de 12 3, 38o ans ou 20 périodes métoniennes plus lard, 
tomba également sur le 28 mars. La période de 622 seule 
fait une exception, à cause des phénomènes astrologiques, 
qui sans cette intercalation seraient tombés sur le mois néfaste 
de Sivan. L'année 7 de Cambyse eut un second Adar par suite 
de cette raison astrologique, mais, dans tous les cas, la der- 
nière année du cycle coïncidait avec le 3 ou 4 avril, c'est-à- 
dire avec le lever des Pléiades. Souvent, dans les années où le 
Tisri ou une date postérieure aurait été une date néfaste, on 
insérait un second Eloul; on faisait l'intercalation, non après 
le douzième, mais après le sixième mois. 

Nous avons donc pu calculer les néoménies d'après l'heure 
moyenne de Paris, de sorte que le commencement du mois 
à Babylone, en avance de 2 h. lio et compté à partir de la 
visibilité de la lune, tombe un ou deux jours après la conjonc- 
tion réelle. 

Nous avons dressé les dates. La première année de Nabu- 
cbodonosor commençait avec le 3 1 mars 6 4 (9 3 9 7) , et comme 
le roi était monté sur le trône entre les mois d'Iyar et de Tam- 
mouz de l'année précédente, c'est vers le mois de juin de 
l'an 6o5 (9896] que le destructeur de Jérusalem devint roi. 
La 18' année babylonienne commença le 21 mars 687; c'est 
dans cette année, le lundi 3t juillet 687 (9/11/1, deux mille 
ans avant le concile de Constance), qu'eut lieu la destruction 
de Jérusalem. L'avènement du roi Nabonid, le dernier roi in- 
dépendant de Babylone, entre le 12 et le 18 Sivan de l'an /i 
de Nériglissor. tombe le 20 juin 550 avant Jésus-Christ. 

La prise de Babylone par Cyrus eut lieu le 28 octobre 589 
(9/162), et Cyrus mourut après le 25 décembre 029 avant 
Jésus-Christ. 

C'est avec une précision inconnue jusipi'ici que nous pou- 



— A 12 — 
vons lixcr les dates importaiiles Je la dcslruclion do Jérusaicin 
et de la prise de BaLylone. 

FIXATION DE LA CHRONOLOGIE BABYLONIENNE. 



D AT K S 

DU CANON DE PTOLÉMÉE 

(coranipncement 
de l'année au i"Thot) 



007 
6i7 
625 

501 
559 

555 

538 
529 



486 



/)G5 



G février... 
i" février. 
26 janvier. 

21 janvier. 

10 janvier. 

1 1 jan\ier. 



9 janvier. 



o janvier. 



o janvier. 



3i ilécembre.. 



21 décembre,- 



17 décembre 



Abdication d'Assarhaddon et avène- 
ment de Sardanapaie et de Saos- 
duchiu 

Mort du roi 

An i"' de Saosducbin 

An 1" de Chinaladan 

An i""^ de Nabopolassar 

Avènement de Nabucbodonosor. . . . 
Au I' '■ de Nabuchodonosor 

Avènement d'Evilmérodadi 

An i" d'Eviimérodac.h 

Avènement de Nériglissor 

An 1°'' de Nérigli.ssor 

Avènement de Labasi-Marduck. . . . 

Avènement de IVabonid 

Au i" de Nabonid 

Occupation de la Ciialdée 

Prise de Babjlone par Cyrus 

An i" de Cyrus 

Avènement de Cambyse au trône de 
Babylone 

An i'' de Cambyse 

Mort de Cyrus 

Avènement du Pscudo-Smerdis. . . . 
An 1°'' du Pseudo-Smerdis 

Avènement de Naliuchodonosor 111 . 

An i"' de Nabucbodonosor III et de 

Darius 

Avènement de .\er\ès 

An I" de Xerxès 

.\vènement de Samas-erba 

An 1" de Samas-erba, vi de .Xerxès.. 
An i-'' d'Artaxerxès F' 



GGS 

GG7 
6/i7 
G2.-3 
G05 
00 'i 
562 
501 
5G0 
559 
556 
556 
555 
539 
559 



9333 



Mai. 
Novembre. 



9334 


Avril. 


9356 


Avril. 


9376 


Avril. 


939G 


.Alai-juin. 


9397 


3i mars. 


9439 


Août. 


9440 


3 avril. 


9441 


Août. 


9442 


12 avril. 


9445 


Avril. 


9445 


20 juin. 


9446 


28 mars. 


9462 


Octobre. 


9462 


28 octobre 


9463 


20 mars. 



530 


9'j71 


529 


9472 


529 


9472 


521 


9480 


521 


9480 


521 


9480 


520 


9481 


485 


9516 


48 '1 


9517 


Z18O 


9.r21 


479 


9522 


464 


9537 



.Août. 

7 avril. 

Après 2 5 liée. 

Mars. 

2 avril. 

Octobre. 

1" mai. 
Vers le lû oit. 
Avril. 

Après juillet. 
Avril. 
Avril. 



Le résultat confirme d'une manière surprenante la réalité 
de la fixation du point de départ des époques cnnéakaidécaété- 
rides à l'an 712 avant Jésus-Christ, où également le mois de 



— A13 — 

Nisan commença avec l'équinoxe de printemps, comme en 
598, 579, 56o, 5/n, 5o3 et iqS. 

Les années de 365 jours du canon de Ptolémée se comptent 
à partir du premier Thot égyptien , de sorte que , tous les quatre 
ans, cette date recule d'un jour. Le 1" ïliot, l'an 1 de la 
période sothiaque , tombe le 2 juillet 1 32 2 ; l'an 676 , an i de 
l'ère de Nabonassar, dont se sert Ptolémée, le mercredi 26 fé- 
vrier 7/17 (9254): donc l'an 81 de Nabonassar, an 1 de 
Saosduchin, le 6 février 60 7 [cjdSli). Les années avant l'ère 
chrétienne sont celles des chronologistes, les nombres suivants 
sont ceux de l'ère chrétienne augmentée de 10,000 ans, ce qui 
a l'énorme avantage de ne pas toucher aux dates de l'ère chré- 
tienne , et d'éviter l'embarras créé par le calcul des chiffres de 
l'ère convergente avant l'ère vulgaire. 

Voici le calendrier qui contient les commencements des 
années royales, comptées à partir du premier Nisan. C'était la 
romputation dont on devait se servir dans les calculs astrono- 
miques, et c'est en effet celle-là qu'Hipparque d'Alexandrie 
employa dans l'assimilation des dates chaldéennes aux dates 
égyptiennes. Dans la vie commune, au contraire, on comptait 
souvent les années du monarque à partir du jour de son avè- 
nement, comme le fait toujours la Bible dans renonciation 
de toutes les dates ; c'est encore l'usage pratiqué par les papes 
et les rois d'Angleterre. Ainsi la destruction de Jérusalem, qui 
eut lieu dans la ig'' année véritable de Nabuchodonosor, le 
10 Ah, tomba ou le 3i juillet ou le 29 août 687, an 1 8 : 
nous ne savons pas si cet an 18 avait commencé le 22 mars 
ou le 2 1 avril. 



N MioI'OI.ASSAIi. 

() (11 7 :]!i mars''*. 



1 (I 



1 1 



1 1! 

i3 



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Gir) 



ou 

613 



l/l 


612 


i5 


611 


i6 


610 


>7 


609 


i8 


608 


19 


607 


20 


606 



ai 



6O: 



NABUCIIODONOSOn. 



604 
603 
602 
601 
600 



;j99 



3i mars. 
18 avril. 
8 avril. 
98 mars. 
I G mars. 



li avril 



— fl\!l - 

^MirciionoNnsor,. {f^uiic. ) 
7 598 2 A mars. 



10 
1 1 



1 3 
i3 
i/i 
t5 
16 

17 



»9 



20 

*2 2 
2 3 
2^1 



2 



597 



596 



595 
594 



593 
592 
591 

590 

589 
588 
587 



586 



585 
584 
583 
582 
581 



■')80 



1 2 avril. 



1 avril 



]() avril. 



4 avril 



.NABUCIIODONOSOR. (Suite.) 

2 G 579 2 4 mars. 



38 



-9 
3o 



578 



577 



1 3 avril. 



2 avril. 



576 20 avril 
575 



3i 


574 


33 


573 


33 


572 


34 


571 


35 


570 


36 


569 


37 


568 


38 


567 


39 


566 


4o 


565 


4i 


564 


42 


563 


43 


562 



1 8 mars. 

G aviil. 
2 5 avril. 
i3 avril. 

3 avril. 
21 avril. 



1 avril. 



3(> mars. 
1 () mars. 
() mars. 
•j.~ mars. 
I G mars. 



EVILMKRODVCII. 

1 ,j61 o avril 



559 



55Î 



557 
556 



555 
554 
553 
552 
551 
550 
549 



9 
10 

1 1 

13 

i3 



l'I Les (laies sont celles des iifonK^iiies , d'après Tlieure moyenne de Paris. 



— à\b — 



.■„,■(..) 



'I mars. 



1 :î avril 



1 avril. 



18 aviil. 
8 avril 



39 mars. 
17 avril. 

7 avril, 
ai avril. 
ik avril. 

.3 avril. 



10 avi-il 






.10 mars. 
1 ^ mars. 
() avril. 
37 mars. 
I '< avril. 



5 avril. 



îiABO:<lID. (Suite.) 



ail mars. 



10 


5/tl 


16 


UO 


17 


539 



1 1 av 



ril. 



1 avn 



il. 



cYRrs. 



538 
537 



536 
535 
53/t 
533 
532 
531 
530 



1 9 mars. 
9 mars. 



28 mars. 
1 6 avril. 

5 avril. 
96 mars, 
li avril. 

3 avril. 
22 mars. 



CAMBYSE. 



1 


529 


2 


528 


3 


527 


â 


52() 


5 


525 


(■) 


524 


7 


:)23 



mars. 

1 9 mars. 
7 avril. 

'.>() mars. 
1 5 avril. 



h avril. 



CAMBYSE. (Suite.) 

8| 522| 9 3 avril. 

PSEUDO-SMERDIS. 

1 I 521 I 13 avril. 

PSEUDO-NABUCHODONOSOR 
ET DARIUS. 

1 520 1" mai 



7 
8 

9 
10 



1 2 
i3 

i5 
iC) 



519 

518 



517 
516 
515 
51/i 
513 
512 
511 



11 510 



509 

508 
507 
506 
505 



504 



31 avril. 
9 avril. 



a 8 avril. 
16 avril. 

5 mai. 
3/1 avril. 
1 9 avril. 

2 mai. 
3 1 avril. 



10 avril 



28 avril. 

17 avril. 

6 avril. 

38 mars. 

17 mars. 



fi avi'il. 



PSECDO - Pi ABLCHODONOSOR 
ET DARIUS. (Suite.) 

18 503 33 mars. 



19 



30 



502 



501 



3 1 500 
3 2 499 



23 

2/1 



498 
497 
496 



96 ; 495 
494 



98 
29 

3o 



3i 

39 

33 
3'i 
35 



.■56 



493 
492 



491 



490 
489 
488 
487 
486 



485 



1 2 mars. 



3o mars. 



90 mars. 
10 mars. 



39 mars. 
17 mars. 

7 mars. 
26 mars. 
1 5 mars. 

3 avril. 



— h\{\ — 



APPENDICE K IV. 



SEANCE PUBLIQUE ANNUELLE 

DU VE^Dl'.EDl 18 NOVEMBRE 1 899. 



DISCOURS D'OUVERTCRE 

DE 

M. ALEXANDRE BERTRAND, 

PRÉSIDENT DE L'ANMÎE 1899. 



Messieurs, 

Que nous considérions la vie intérieure ou la vie extérieure 
de l'Académie, nous n'aurions eu cette année que des sujets 
de satisfaction, si des deuils cruels n'étaient venus nous 
attrister. Depuis deux ans , la mort avait été particulièrement 
clémente à noire Compagnie; nous nous étions habitués à 
être épargnés. Mais la mort n'épargne pas, elle ajourne et 
reprend bientôt ses droits. Dès le mois de février, elle nous 
frappait à la tête. Elle nous frappait de nouveau le mois der- 
nier. Deux de nos doyens les plus éminents, dont la vie aca- 
démique dépasse la trentaine, Alfred Maury, Ernest Renan, 
étaient enlevés à notre affection. L'un de ces deuils est si 
récent que l'écho des éclatants hommages rendus à l'écrivain 
de génie, au savant illustre, au profond penseur retentit 
encore à nos oreilles. Alfred Maury, Ernest Renan étaient au 
nombre des lumières et des autorités les moins contestées de 
notre Académie. Ils étaient les fidèles gardiens de nos tradi- 
tions. J'ai eu le triste honneur de leur rendre les derniers 
devoirs. Je ne puis que renouveler ici l'expression de notre 
douleur et de nos regrets. Ils laissent l'un et l'autre, parmi 



— !x\l — 

nous, un vide immense. — Hier, enfin, succombait, au 
moment où nous le croyions en convalescence, le marquis 
d'Hervey-Saint-Denys. H y a quinze jours, il assistait encore 
à la séance hebdomadaire de la Compagnie. Il semble qu'il 
ait voulu nous dire adieu — nous laisser un dernier souvenir. 
— Je crois voir encore sa figure pale et souriante, lorsque 
debout, appuyé sur le bureau, il y déposait, en nous en fai- 
sant hommage, ce charmant petit volume. Six nouvelles nou- 
velles , traduites pour la première fois du chinois , que l'on croi- 
rait tirées des fabliaux du moyen âge. 

Par la volonté de la famille, ses obsèques ont été absolument 
privées. Nous n'avons pu rendre à notre confrère les hommages 
qui lui étaient dus. Qu'il reçoive ici l'expression de nos regrets. 
Le marquis d'Hervey fut un savant aimable, un homme d'es- 
prit, un excellent confrère: son œuvre a été utile. 

La mort nous a également enlevé un correspondant étranger 
et un correspondant regnicole : M. Rangabé, dont l'élection 
remontait à i85o, M. Castan, que vous aviez élu en 18 'y 5. 
L'âge avancé de M. Rangabé (il était de iSio) l'empêchait 
depuis quelques années de correspondre avec nous. Il pouvait 
se reposer sur ses lauriers; sa vie avait été noblement 
remplie. Le savant était doublé d'un fin politique. Notre cor- 
respondant a été successivement ministre des affaires étran- 
gères, ambassadeur à Constantinople, à Washington, à Paris 
et à Berlin. Son œuvre scientifique n'en est pas moins consi- 
dérable. Si la Grèce compte aujourd'hui une école nombreuse 
et bien armée d'archéologues et d'historiens, elle le doit en 
grande partie à Rangabé, dont le nom restera indissolu- 
blement lié à l'histoire de la renaissance scientifique de la 
Grèce, comme à celle de sa renaissance littéraire et politique. 

M. Castan, jusqu'au dernier jour, nous donna des preuves 
de la variété de ses connaissances et de son ingénieuse activité. 
Il était, au moment de sa mort, et non sans espoir de succès, 



— /rl8 — 

l'un (les prétendants avoues au titre d'académicien libre. C'est 
une perte réelle pour la science. 

Au nombre de nos sujets de satisfaction sont les marques 
de sympathie que reçoivent nos travaux, sous la forme de 
fondations de prix ou de legs destinés au développement de 
nos études. Depuis plusieurs années, nos ressources, et par 
consé(|uent nos moyens d'influence, se sont notablement 
accrues, grâce aux libéralités de donateurs aussi généreux que 
MM. Benoît Garnier, Loubat et Eugène Piot, dignes émules 
d'un baron Gobert, d'un Bordin, d'un Louis Fould, d'un Jean 
Revnaud. Je ne parle que des donations les plus éclatantes. 
D'autres legs nous sont annoncés. Nous avons le droit d'être 
fiers en même temps que reconnaissants de ces témoignages 
de confiance. 

Quand on parle du merveilleux développement de la 
science au xix" siècle, les éloges donnés à la noble activité de 
nos pères et de nos contemporains éveillent uniquement, 
dans l'esprit des gens du monde, le souvenir d'inventions 
suivies d'applications pratiques : la machine à vapeur et les 
chemins de fer, le télégraphe électrique, le téléphone, en 
train de transformer les conditions matérielles des sociétés hu- 
maines; aussi merveilleuses, cependant, et assurément aussi 
fécondes sont les découvertes accomplies dans l'ordre d'études 
qui relèvent de notre Compagnie : philologie . histoire , archéo- 
logie, sciences géographiques et ethnographiques. 

L'humanité traverse une crise, il est impossible de le mé- 
connaître. Nombre d'es|)rits, et des plus vigoureux, en sont 
troublés. Le monde intellectuel et religieux est en travail. Au 
milieu de cette effervescence, les doctrines les plus dan- 
gereuses se font jour, réclamant droit de cité. Dans l'igno- 
rance où ils sont, où ils se plaisent à rester systématiquement 
des grandes leçons de l'histoire et des conditions mêmes de la 
nature humaine, d'audacieux novateurs ressuscitent pour leur 



— Zil9 — 

compte les théories les plus surannées, condamnées depuis 
des siècles par l'expérience, ou édifient, sur des prémisses 
frap'iles, des systèmes aussi brillants que trompeurs. 

Contre ce flot montant d'erreurs, contre cette ignorance 
inconsciente ou non, la seule digue eflicace est une plus 
exacte et plus intime connaissance des faits : le rétablissement 
de la vérité par la science. Tel est votre rôle. Messieurs, tel 
est celui des hommes de bonne volonté et de bonne foy cjui 
gravitent autour de vous. On commence à le comprendre; on 
vous en sait gré. 

Cette noble émulation dans la recherche du vrai se mani- 
feste aujourd'hui non moins ardente en dehors de l'Aca- 
démie. La valeur toujours croissante de nos concours en est la 
preuve. De ce côté encore nous avons toute satisfaction. Si 
nous jetons les yeux en arrière, à une dizaine d'années seule- 
ment, les progrès accomplis sont sensibles. En 1879, votre 
Pré.sident d'alors constatait à regret cpie des trois médailles 
d'or réglementaires, l'Académie n'en pouvait accorder qu'une. 
Le concours était trop faible. En 1892, pour la seconde fois 
depuis quelques années, la Compagnie demande au Ministère 
l'autorisation de donner une médaille supplémentaire. 

Tous les sujets mis au concours ont été traités cette année 
avec talent. Vous avez pu décerner tous les prix. Je suis heu- 
reux d'avoir, comme Président, à proclamer le nom des lau- 
réats. 

Prix ordinaire : Le lauréat est M. Charles-Viclor Langlois, 
chargé de cours à la Faculté des lettres de Paris. 

Prix Bordin : Le prix est décerné à M. Lafaye, maître de 
conférences à la Faculté des lettres de Paris. 

Prix Ddchalais : Le prix est décerné à M. Adrien Blanchet, 
ancien élève de l'Ecole des hautes études et de l'Ecole du 
Louvre, [)our ses deux volumes avec atlas : La numismatique du 
moyen àfre. 



— /i2() — 

M. Pierre Battifol obtient le Pi!f\ Delalande-Glérineau pour 
l'ouvrage intitulé : ij abbaye de llossano , contribution à l'Iitsloire 
(le la Vaticane. 

Prix de La Grange : Le lauréat est M. Conslans, professeur 
à la Faculté d'Aix. 

Le Prix Stanislas Julien est donné à l'auteur de l'ouvrage 
ayant pour titre : Clian-Hai-Kinfr ^ antique géographie chinoise, 
traduite pour la première fois par M. Léon de Rosny. 

i\()us avions à décerner le Prix Loubat pour la seconde 
fois. L'Académie décerne ce prix à iM. Lucien Adam, président 
de chambre à la Cour d'appel de Rennes, pour l'ensemble de 
son œuvre linguistique et philologique, atteignant aujourd'hui 
le cbilTre plus que respectable de quinze \o\mnes , grammaires , 
vocabulaires et lexiques. Notre choix sera certainement approuvé 
par M. Loubat. 

Depuis 1890 le Prix Louis Fould a changé de caractère. 
M. Louis Fould, en i856, mettait à la disposition de l'Aca- 
démie des inscriptions une somme de r.vingt mille francs pour 
être donnée en prix à l'auteur ou aux auteurs de la meilleure 
histoire des arts du dessin, leur origine, leur progrès, leur 
transmission chez les différents peuples de l'anticjuité jusqu'au 
siècle de Périclès. v Le prix non donné devait être prorogé de 
trois en trois ans. Un accessit pouvait être décerné à chaque 
période. 

De i856 à 1875, aucune œuvre ne parut, aux yeux de la 
Commission, mériter le prix ou l'accessit. En 1876, l'accessit 
était décerné à M. James Fergusson pour son Histoire de l'archt- 
teciure dans tous les junjs depuis les temps les plus reculés jusqu'à 
nos jours, en anglais ''>. puis à M. Chipiez pour son Histoire cri- 
tique des origines et de la formation des ordres grecs. 

En 1881, il était partagé entre M. Murray pour son His- 

'" A Hislovti qf architecture in ail cowitries from the earliest (imes to tho 
présent day (Lonclon, 187^1). 



— lx'l\ — 

loin de la sculpliire grecque jusqu'à f époque de Pludias, égule- 
iiient en anglais ">, et M. Joigny, architecle français, pour son 
mémoire portant pour devise : A Hestia la maison; à Athéna le 
temple. 

En 1887, l'Académie partageait de nouveau racccssit entre 
un ingénieur, M. Dieulafoy, pour ses fouilles de Suse, dont 
tout le monde connaît aujourd'hui les intéressants résultats, 
et un e\[)lorateur, devenu également célèbre, M. de Sarzec, 
pour ses belles découvertes en Chaldée. 

La fondation, dans une certaine mesure, portait donc fruit. 
•Aucun ouvrage, cependant, n'avait rempli le cadre tracé. 
M. Louis Fould l'avait ju'évu. Une clause annexe stipulait 
(|u'k après sept concours négatifs l'Académie était invitée à en 
ouvrir un nouveau, auquel seraient admis les ouvrages des 
mt'mbres de l'Institut qui ne faisaient pas partie de la com- 
mission d'examen, et le prix pouvait être alors décerné à l'ou- 
vrage qui, sans remplir tout le programme, serait cependant 
le traité le meilleur et le plus complet sur la (|uestion. " 

L'Académie, en 1890, après trente-quatre ans d'attente, 
accomplissait les intentions du généreux donateur en cou- 
ronnant les cinq premiers volumes de VHistoirc de l'art dans 
l'anliquité, de MM. Georges Perrot et Charles Chipiez, (euvre 
de premier ordre, dont certainement M. Louis Fould se serait 
applaudi d'avoir provoqué l'éclosion. 

Vous avez voulu. Messieurs, que le nom de M. Louis Fould 
ne disparût pas de nos concours. Grâce à d'heureuses circon- 
stances, l'Académie peut encore tous les deux ans décerner un 
prix de cinq mille francs , qui restera le Piux Louis Fould, aux 
meilleurs ouvrages sur l'histoire des arts du dessin da)is l'antiquité 
et dans les temps modernes, en s' arrêtant au xvf siècle. 

Ce prix, à programme plus élastique, l'Académie le décerne 

") A Ilislovif nf Gvcek scnlptiin; froin llie carlie^t limes down lo Ihe (ii^e of 
Phidias (Loiidon, 1880). 



— 422 — 

pour la première fois; elle le parlaf;(! enlre deux ouvrages 
d'un incontestable mérite, en parlait accord avec le [)ro- 
grammc : Y Histoire de l'art pendant la Ihmaissmice , de M. Muntz, 
ancien membre de l'Ecole de Rome, hihliothécaire de l'Ecole 
des beaux-arts, et Y Histoire de l'architecture gothique de M. Louis 
Gonse. Une somme de quatre mille francs est attribuée à 
M. Muntz; une somme de mille francs à M. Gonse. 

Le Prix Gobert, prix annuel, est le plus éclatant de tous 
nos concours par la valeur du prix qui est de y,ooo francs, le 
plus national par le caractère de l'œuvre récompensée qui doit 
être le travail le plus savant, le plus profond sur l'histotre de 
France et les études qui s'y rattachent. 

Le premier prix est décerné, à l'unanimité, à M. du Fresne 
de Beaucourt, pour son Histoire, aujourd'hui terminée, de 
Charles VH, le Victorieux, dont le tome VI et dernier a paru 
en 1 8 f) 1 . 

Cet ouvrajje considérable, commencé il y a plus de vingt- 
cinq ans, est l'œuvre de toute une vie de travail assidu. Entre- 
prendre, après Vallet de Viriville, une histoire de Charles Vil 
était tâche ardue. La Vie de Charles VH , par ce savant érudit, 
(pie l'Académie a récompensée jadis, était une excellente étude. 
11 fallait faire mieux : suivre Charles VII de plus près dans 
ses luttes courageuses comme dans ses défaillances, connaître 
plus complètement chacune de ses campagnes, entrer plus 
avant dans les secrets de sa diplomatie, dans les détaUs de 
son administration, jeter plus de lumière sur ses projets de 
réforme , fouiller d'un esprit plus pénétrant ces immenses ar- 
chives du xv' siècle déjà étudiées avec tant de soin par Vallet 
de Viriville, mais dont la richesse est vraiment comme inépui- 
sable. Le long effort et l'admirable persévérance dont a fait 
preuve M. de Beaucourt ont été récompensés. Le prix Go- 
bert est le digne couronnement de cette œuvre qui paraît 
définitive. 



— ^23 — 

En déférant le second prix à M. Lot, l'Académie récom- 
pense des recherches originales, jetant sm* les cinquante der- 
nières années du x^ siècle, si mal connu, une lumière non pas 
inattendue, mais plus vive. L'étude de M. Lot, consacrée aux 
Carolingiens Lothaire, Louis V et Charles de Lorraine, est 
un travail complet. D'importantes conclusions s'étaient déjà 
dégagées des travaux de MM. Luchaii'e et Havet. L'histoire de 
l'avènement de Hugues Capet avait avec eux déjà repris ses 
droits sur la légende. Personne avant M. Lot n'avait dessiné 
avec autant de précision la physionomie de ces derniers Caro- 
hngiens, dévoilé aussi complètement leur politique. Ces ligures 
presque oubliées, assurément méconnues, sortent vivantes et 
animées du livre de M. Lot. Les derniers descendants de 
(iharlemagne ne sont plus les rois efféminés et fainéants de 
l'histoire vulgaire; ils se révèlent à nous actifs et entrepre- 
nants. Ils ne s'abandonnent pas : la fortune les trahit. Il y a 
[)laisir à reconstituer ainsi la véridique histoire. 

ANTIQUITÉS DE LA FRANCE. 

Les récompenses instituées pour les concours des antiquités 
de la France sont comme la menue monnaie du prix Gobert. 
Gréées dans le même esprit, elles en ont plus d'une fois ou- 
vert le chemin. Le concours de cette année est particulière- 
ment satisfaisant. 

La première MÉDAILLE d'or ost déccmée à M. Auguste Bru- 
tails, archiviste du département de la Gironde, pour ses 
Etudes sur la condition des populations rurales du Roussillon au 
moyen âge (Paris, 1891. gr. in-8°). L'intérêt du sujet recom- 
mandait l'œuvre. Elle se recommande mieux encore par (dle- 
même. L'ouvrage est d'un esprit consciencieux et sagace. Le 
plan en est bien conçu, les divisions en sont claires, la lecture 
attrayante. M. Brutails a tracé de main de maître un tableau 



— ZI-2/i — 

cumplcl (le la vie rurale dans le liuusbillun du \ii au xv' siècle. 
Il a fait (puvrc d'historien. 

Ullolcl-Dicu Je Pans au moyen âge (a vol. in-8"), de 
M. E. Goyecque, a mérité à l'auteur la sixonde médaille. Le 
sujet, au premier abord, semble olïrir un intérêt étroitement 
local. En réalité, sous la plume de M. Goyecque, il s'élève et 
se généralise. Les questions qu'il soulève toucbent aux in- 
térêts vitaux du pays. Les origines de l'Hôtel-Dieu, le tableau 
de son administration au moyen âge, l'étude des réformes 
accomplies au xvf siècle sont des chapitres pleins d'enseigne- 
ments pour nous. On ne pourra désormais porter mi juge- 
ment d'ensemble sur la société française au moyen âge sans 
tenir grand compte des faits nouveaux signalés par M. Goyecque. 

G'est à une étude d'histoire littéraire, aux Origines et sources 
(la Roman de la Piose, par M. Ernest Langlois, qu'est accordée 
la TROISIÈME MÉDAILLE. Gc mémoire, fait avec intelligence et 
avec goût, est divisé en deux parties. La première s'adresse à 
l'œuvre de Guillaume de Lorris. L'auteur y recherche l'origine 
des divers éléments dont la réunion donne son caractère au 
Roman de la Rose : h conception de l'amour; la peinture du 
paradis d'amour; l'allégorie; le cadre même du songe. Sur 
tous ces points l'essentiel avait été dit; M. Langlois ne pouvait 
innover, il a complété et parfois rectifié les recherches anté- 
rieures. Il a parsemé son discours de remarques fines et de 
rapprochements intéressants. 

La seconde partie, les sources, est beaucoup plus personnelle. 
Elle exigeait un savoir étendu et sûr. M. Langlois s'est montré 
à la hauteur de la tâche. L'œuvre de Jean de Meung est une 
encyclopédie où viennent se confondre toutes les lectures d'un 
écolier du xiii° siècle. M. Langlois a su découvrir la provenance 
de ces pièces de rapport introduites dans la trame élégante et 
légère de Guillaume de Lorris. Le livre de M. Langlois forme 
un chapitre intéressant et neuf d'histoire littéraire. Il est bien 



composé, bien écrit, d'une érudition et d'un ju^'cmenl so- 
lides. 

M. Loseth, docteur es lettres de la Faculté de Christiania, 
élève de notre Ecole des hautes études, bénéficie de la mé- 
daille supplémentaire. Son analyse critique du Roman en prose 
de Tristan, d'après les manuscrits de Paris, lui vaut cet hon- 
neur. Le Roman de Tristan avait, jusqu'ici, rebuté les patiences 
les plus endurcies. M. Lôsetb s'est mis courageusement à 
l'œuvre. Il a compulsé et comparé les manuscrits, noté les 
variantes, donné une analyse consciencieuse de ce diffus et 
long roman. Ne croyant pas avoir assez fait, il y ajoute en 
appendice l'analyse du Roman de Pahimêde et celle de la com- 
pilation de Rasticien de Pise. Une introduction et une table 
fort étendues des noms propres facilitent les recherches. Il est 
impossible d'imaginer œuvre plus méritoire, plus profitable à 
ceux qui s'en serviront, plus ingrate pour celui qui l'exécute. 
L'Académie s'est chargée de récompenser ce travail désinté- 
ressé, qui comble une des lacunes de notre histoire littéraire'^'. 



MENTIONS HONORABLES. 

L'archéologie monumentale, si fort en honneur il y a qua- 
rante ans, est aujourd'hui un peu délaissée. L'Académie ne 
pouvait manquer de faire bon accueil à YArchitecture romane 
dans le diocèse de Mâcon, par M. Jean Virey (Paris, 1893, 
in-8°). V Architecture romane, reçue avec sympathie, a justifié 
nos espérances. Ce travail original et très complet, d'où se 
dégagent des conclusions intéressantes, eût pu prétendre à 
une plus haute récompense si l'illustration en avait été moins 
sobre. M. Jean Virey obtient la premièhe mention honorable. 

''' Le roman en prose de Tristan, le romun de Palanièdc et la compilation de 
Rualicien de Pifc. Annhjse critique d'aprèx les manvscritx de Pai'is, (P.TÎs, 1890, 
in-8".) 

XX. aq 



lurftivvniR ii«TioxAi.(i. 



— /j2f) — 

La SECONDE MENTION H0N0RA15LE cst accordée au travail inti- 
tulé : Le culte des Empereurs dan.s les cités de la Gaule narhon- 
Wrtwe (Grenoble, i8()i), dont l'aiiteur est M. Edouard Beau- 
douin, professeur à la Faculté de droit de Grenoble. 

Sous des apparences modestes, le mémoire de M. Beaudouin 
a une réelle importance. Rien de ce qui touche à l'adminis- 
tration romaine en Gaule , sous Auguste et les premiers em- 
pereurs, n'est indifférent. Le culte des Empereurs en Narbonnaise 
élucide une question controversée d'histoire religieuse. Cette 
excellente étude avait droit à une récompense. 

M. Adrien Blanchet, auquel l'Académie a déjà décerné le 
prix de numismatique, obtient la troisième mention honorable 
pour ses Etudes sur les figurines en terre cuite de In Gaule ro- 
maine. 

Les figurines en terre cuite de la Gaule sont assurément 
loin d'avoir le charme et la grâce de leurs aînées de Grèce et 
d'Asie Mineure. Si elles ne sont pas appelées à prendre place 
dans les élégantes vitrines des amateurs, comme les chefs- 
d'œuvre recueillis à Athènes, à Myrina , à Tanagra, elles four- 
nissent à l'archéologue d'intéressants sujets d'études. La classi- 
fication des types, leur origine, leur signification, soulèvent 
de nombreux problèmes non encore élucidés. M. Blanchet les 
a abordés avec un remarquable esprit scientifique. Il a réussi, 
non pas à donner des solutions définitives, mais à déblayer 
le terrain. Les faits sont bien classés, bien groupés. Un double 
inventaire des figurines trouvées en Gaule, inventaire par 
trouvailles, inventaire par musées, avec renseignements précis 
sur le lieu de la découverte, le style des statuettes, les signa- 
tures d'artistes, fait du travail de lAL Blanchet un petit manuel 
précieux. M. Blanchet a bien mérité de l'archéologie gallo- 
romaine , l'Académie est heureuse de pouvoir le lui témoigner. 

La QUATRIÈME MENTiOxN HONORABLE est attribuée à M. Gilbert 
Jacqueton, conservateur adjoint à la Bibliothèque d'Alger, 



— /i27 — 

pour ses Documents relatifs à l'admimstratwn financière en France y 
de Charles VU à François /"", lââS-iSaS (Paris, 1891, 
in-8°). 

La publication de M. Jacqueton, bien conçue, conscien- 
cieusement exécutée, sera utile aux travailleurs. Elle avait droit 
à des éloges et à des encouragements. S'il avait eu un carac- 
tère plus personnel et ne s'appliquait pas à une période de 
notre histoire presque en dehors des limites de ce concours, 
le travail de M. Jacqueton, fort bien fait, aurait pu être mieux 
classé. 

M"*" Louise Guiraud obtient la cinquième mention honorable 
pour trois volumes intitulés : Les fondations du pape Urbain V 
à Montpellier (Montpellier, 1889-1 89 1 , in-8°). 

Fruit de recherches consciencieuses dans les archives dé- 
partementales de l'Hérault et de la Lozère et dans les archives 
du Vatican, l'œuvre de M"^ Guiraud est très méritoire. Bien 
que le sujet eut été déjà en partie traité par un des érudits 
les plus laborieux de notre temps, M. Muntz, les trois volumes 
de M"'" Guiraud nous apportent de nombreux renseignements 
inédits et sont recommandés à juste titre. 

La mission et le culte de saint Martin, d'après les légendes et les 
monuments populaires dans le pays éduen. Etudes sur le paganisme 
rural, par MM. J.-P. Bulliot et Félix Thiollier, ouvrage au- 
quel est décernée la sixième mention honorable, est un livre 
dont aucun archéologue ou historien, ayant à parler du pays 
éduen, ne pourra se passer. Infiniment riche en faits locaux 
recueillis avec patience, en représentations de divinités inédites. 
ou enfouies dans des publications locales introuvables, cette 
monographie est un répertoire précieux de toutes les légendes, 
de tous les monuments, de toutes les pierres, de tous les édi- 
fices religieux auxquels se rattache le nom de saint Martin. 
Parioul où ce nom surnage aujourd'hui, dans le pays éduen, 
MM. Bulliot et Thiollier y voient un témoignage irrécusable 

39. 



— 428 — 

du passage de l'apôtre. Ces noms de lieux ou de pierres consa- 
crées seraient l'éclio d'événements dont la tradition u conservé 
le souvenir. Les auteurs croient pouvoir compléter ainsi, à 
treize siècles de distance, les récits prescpie contemporains de 
Sulpice Sévère et de Grégoire de Tours. L'Académie, tout en 
respectant ces illusions, ne peut taire son incrédulité et fait 
toutes ses réserves. 

La mention honorable accordée à MM. BuUiot et Thiollier 
étant la dernière dont disposât la Commission, celle-ci a àù 
laisser de côté plus de vingt travaux se recommandant par de 
sérieuses qualités. Ne pouvant les citer tous, elle croit devoir 
signaler l'ouvrage de M. l'abbé Métais : Marmoutter, carlulaire 
hlésois (Blois, 1890-1891, in-8°); le mémoire de M. Eugène 
Châtel, ancien archiviste du département du Calvados, ayant 
pour titre : Anonijmus Cadomemis (Caen, 1899 , in-Zi"); le hvre 
de M. Frédéric Borel, intitulé : Les foires de Genève au xv' siècle 
(Genève, 1892, in-8°), livre excellent, ([ue la Commission 
s'est vue à regret obligée d'écarter comme ne rentrant pas assez 
directement dans les conditions du concours, Genève n'ayant 
appartenu à la France que de 1 y 98 à 1 8 1 3. 

Je m'excuse, messieurs, d'avoir encore à réclamer de vous 
quelques moments d'indulgence. Vous me le pardonnerez. Il 
s'agit de nos deux brillantes écoles d'Athènes et de Rome, les 
pupilles de l'Académie. Nous leur devons notre patronage et 
nos conseils. 

L'Ecole d'Athènes nous a envoyé trois mémoires, deux pour 
la troisième année, un pour la seconde. 

Le sujet choisi par M. Joubin : La civilisalion prmuUve de la 
Crète d'après les monuments, promettait beaucoup. Il ne nous 
parvient (pi*à l'état d'ébauche. L'auteur avait cependant bien 
débuté. Une exploration intelligente de l'île, de nombreux 
renseignements pris sur place, les collections publiques ou 
privées de la Crète examinées avec soin, étaient une bonne 



— /i29 — 

préparation. Une intéressante description des vases mycé- 
niens recueillis dans l'île en est la preuve. M. Joubin sait cer- 
tainement ce cjui lui reste à faire pour compléter son travail. 
L'Académie attend de lui ce nouvel effort. 

Le temple d'Hécate à Lagina est le résultat d'une exploration 
faite en 1891 par M. Chamonard, en compagnie de M. Le- 
grand. Une introduction sur l'histoire de Lagina et sur le culte 
d'Hécate, commun à plusieurs villes voisines, une description 
des ruines du temple, construit dans la seconde moitié du 
if siècle avant notre ère, celle de la frise, dont une partie 
paraît être une imitation de la gigantomachie de l'autel de 
Pergame, une étude sur les sacerdoces de Lagina, appen- 
dice comprenant les listes alphabétiques des prêtres, prêtresses 
et autres membres du culte d'Hécate, montrent ce dont est 
capable M. Chamonard. Nous avons affaire à un esprit conscien- 
cieux. Le mémoire complété sera un bon travail. 

Le musée archéologique d'Athènes s'est tellement enrichi 
depuis douze ou quinze ans que les séries qu'il expose sont plus 
que doublées. Les excellents catalogues des bronzes antiques 
et des vases peints rédigés autrefois par MM. Pottier et Colli- 
gnon n'étaient plus suffisants. Notre confrère M. HomoUe, le 
nouveau directeur de l'Ecole , a chargé MM. Couve et de Ridder 
de remanier et de compléter les travaux de leurs devanciers. 
Ils se sont acquittés avec soin d'une tâche utile à la fois pour 
leur éducation archéologique et pour l'instruction du monde 
savant. 



ECOLE DE ROME. 



L'École compte un seul élève de troisième année. M. Guirand 
envoie à l'Académie la suite du mémoire commencé l'année 
dernière sous le titre de : Les lieux saints de Rome : élude sur le 
culte des martyrs et les 'pHermages de Rome. 

Une bonne distribution, un bon classement des faits rap- 



— A 30 — 

portés presque toujodrs avec exactitude, une exposition claire 
et des qualités de critique montrent ce que peut devenir ce 
travail encore un peu maigre. Ce que nous savons de l'activité 
de l'auteur et des ressources de son esprit nous est un garant 
que son travail revu fera honneur à l'Ecole. 

M. Courbaud (deuxième année) a rédigé un mémoire bien 
composé, bien écrit, sur une question intéressante : Y avait-il 
à Rome, en sculpture, un art proprement romain? M. Courbaud 
a su à la lois limiter son sujet et le rajeunir par la précision 
de ses études et la valeur de ses remarques. C'est un bon début. 
Nous pouvons attendre beaucoup de lui. 

Le mémoire de M. Toutain, Les monuments d'archéologie 
figurée relatifs au culte de Saturne dans l'Afrique romaine, mérite 
également des éloges. 

Les Recherches de M. Dorez sur la vie et les ouvrages de Nicolo 
Perotti, mort en lâSi, à rage de cinquante ans, avaient pour 
point de départ un recueil manuscrit, formé au xvii^ siècle par 
Torquato Perotti, de la même famille, et conservé au Vatican. 
Conduites avec méthode, ces recherches ont abouti à des ré- 
sultats nouveaux et intéressants sur l'histoire des humanistes 
en Italie au xv" siècle. 

L'Académie est heureuse d'avoir à donner ces bons té- 
moignages à nos deux Ecoles. Les sujets de mémoires ont été 
])ien choisis et sont en bonnes mains. 

Un dernier mot seulement concernant l'emploi des fonds 
qui nous sont confiés. 

La subvention accordée sur le legs Garnier à M. Dutreuil 
do Rhins, pour son exploration des contrées limitrophes du 
Thibet, lui a été renouvelée. L'année dernière, M. Dutreuil de 
Rhins avait reconnu, au prix de longues fatigues et non sans 
danger, la route de la Kachgarie au Thibet. Un rapport daté 
du 1 h janvier de cette année nous apprenait qu'il avait pu re- 
dresser et compléter les cartes relevées à la hâte par les voya- 



— /i31 — 

geurs anglais et russes qui l'avaient précédé. Il s'était arrêté 
à Khotan pour mettre en ordre les matériaux recueillis. Un 
premier rapport de M. Grenard, chargé plus spécialement 
des recherches philologiques et historiques, nous parvenait en 
même temps, rapport encore incomplet dont nous étions priés 
d'attendre la suite. Un second rapport, daté du 17 juin der- 
nier, vient d'arriver au ministère. La mission s'était remise en 
route. Il est permis d'espérer qu'elle pourra réaliser son itiné- 
raire et se montrera digne des encouragements que, par deux 
fois, lui a accordés l'Académie. Nous ne saurions encore juger 
de l'importance des résultats obtenus. 

L'emploi du legs Piot est l'objet de l'examen d'une com- 
mission spéciale. L'Académie en est encore à la période de 
recueillement, mais les occasions s'offriront facilement de con- 
courir à des œuvres utiles et éclatantes. Chaque époque a son 
étoile : l'étoile de l'archéologie brille en ce moment. Après les 
découvertes de Botta et la révélation des antiquités assyriennes, 
sont venues celles, plus étonnantes peut-être, de M. de Sarzec 
à Telloh. La Chaldée, sœur aînée de l'Assyrie, ne nous était 
connue que par des légendes. Son histoire sort de terre. Des 
monuments, des statues sont découverts, remontant à plus de 
six mille ans. Des rois, de plus en plus antifjues, se dégagent 
de l'ombre du passé et nous sont révélés, non seulement par 
leurs noms déchiffrés sur les inscriptions, mais encore par des 
fragments sculptés qui permettent aux archéologues de rétablir 
leur figure, de reconstituer leur entourage de famille et de 
serviteurs, jusqu'à l'équipage de guerre de cette époque infi- 
niment reculée. Le Gouvernement remplit un devoir de haute 
protection scientifique en subventionnant ces fouilles. L'Aca- 
démie ne déclinerait pas l'honneur de s'y associer. D'autres 
perspectives encore s'offrent à notre activité. L'Egypte continue 
à nous dévoiler les secrets de ses antiques dynasties. Le nord 
de la Perse et la Transcaucasie entrent, pour ainsi dire, en 



— /i32 — 

scène. L'hisloire primitive de l'Occident se renouvelle, comme 
celle de l'Orient. En Grèce, à la suite de Schliemann, nous 
voyons se dérouler sous nos yeux, à Mycènes et à Tiryntlie, 
une civilisation préliomérique, prélieilénique. dépassant tout 
ce qu'aurait pu rêver l'imagination de nos pères. En Italie, 
les savantes explorations de nécropoles préétrusques, à Vulci, 
à Gorneto-Tarquinia, à Vetulonia, nous font assister au lent 
développement des tribus indigènes sous le souille fécondant 
des brises orientales. Aux théories partout se substitue l'élo- 
quente brutalité des faits. Un cbamp immense de découvertes 
s'ouvre à toutes les bonnes volontés. Les ressources que nous 
possédons ne resteront pas stériles entre nos mains. L'Aca- 
démie saura justifier la confiance de ses bienfaiteurs. 



— /i33 



JUGEMENT DES CONCOURS. 



PRIX ORDINAIRE DE L'ACADEMIE. 

L'Académie avait proposé, pour l'année 1892, le sujel snivanl : 
Etude sur les ouvrages composés en France el m Anglclerrc qui sont 
(généralement connus sous le nom d'nArs dictaminis n . 

L'Académie décerne le prix à M. Gh.-V. Langlots, chargé de cours à 
la Faculté des lettres de Paris, pour son mémoire portant comme épi- 
graphe : Extant apud nos, si Musis placet 

ANTIQUITÉS DE LA FRANCE. 

L'Académie décerne quatre médailles et six mentions honorables dans 
l'ordre suivant : 

i'" médaille. — M. Brutails, pour son Etude sur la condition des 
populations rurales du Roussillon au moyen âge. 

9" médaille. — M. Goyecqle, L'IIotel-Dieu de Paris au moijcn âge. 

3° médaille. — 1\L Ernest Langlois, Origines el sources du Roman de 
la Rose. 

h' médaille (exceptionnellement accordée). — M. Lôseth, Le roman 
de Tristan , le roman de Palamede el la compilation de Rusticicn de Pise. 

1" mention. — M. Virey, L'architecture romane dans l'ancien diocèse 
de Mâcon. 
t 9" mention. — M. Ed. Beaudouin, Le culte des empereurs dans les cités 
de la Gaule narbonnavie. 

r 

?>' menlion. — M. A. Blanchet, Etude sur les fgurines en terre cuiie 
de la Gaule romaine. 

h' moiiliop.. — M. Jacqueton, Documents relatifs à V administration 
financière en France , de Charles VII à François I". 

■a ' 

K îï'' iiifiilion. — M"° Louise Guiraud, Les fondations du pape Urbain V 
à Moitlpellier. Le Collège des Doute médecins. Le monastère Saint-Bcnoil 
el ses diverses Iransfornialions depuis son érection en cathédrale. 

(S" mention. — MM. Buli.iot et Tiiiollier, La mission et le culte de 
. saint Martin d'après les légendes el monumcnls populaires dans le pays 
' éducn. 



liU — 



PRIX DE NDMISMATIQDE. 



Le prix de numismatique fondé par M. Allier de Hauteroche, des- 
tiné au meillour ouvrage de numismatique ancienne, publié depuis li' 
mois de janvier 1890, est décerné, celle année, à M. Adrien Blanciikt, 
pour son volume intitulé : Numi-sinaiique du moyen âge (2 vol. avec allas). 



PRIX FONDE PAR LE BARON GOBERT 

POUn LE TRAVAIL LE PLUS SAVANT ET LE PLUS PROFOND SUR L'UISTOIDE DE FRANCE 
ET LES ÉTUDES QUI S'Y RATTACHENT. 

Le premier prix est décerné à M. le marquis G. du Fresne de Bkal- 
couRT, pour son ouvrage intitulé : Histoire de (Iharles VIL 

Le second prix est décerné à M. Ferdinand Lot, pour son ouvi-age 
intitulé : Les derniers Carolingiens : Lolliaire , Louis V, Charles de Lor- 
raine {g^5-gQi). 

PRIX bordin. 

L'Académie avait proposé pour l'année 1892 la question suivante : 
Rechercher ce que Catulle doit aux jwkes alexandrins et ce qu'il doit aua: 
vieux lyriques grecs. 

L'Académie décerne le prix à M. Georges Lafaye, maître do confé- 
rences à la Facidté des lettres de Paris, pour son mémoire portant celle 
devise : Amal Victoria curam. 



PRIX LOUIS fould. 

L'Académie partage ce prix dans les proportions suivantes : 
1° Un prix d'une valeur de quatre mille francs est accordé à M. Eu- 
gène MuNTZ, conservateur de l'École nationale des heaux arls, pour son 
ouvrage en deux volumes intitulé : Histoire de l'art pendant la Renaissance, 
et pour l'ensemble de ses travaux antérieurs ; 

2° Un second prix d'une valeur de mille francs est accordé à M. Louis 
GoNSE, pour son ouvrage intitulé : Histoire de l'architecture gothique. 



PRIX STANISLAS JULIEN. 

L'Académie décerne , cette année , le prix à M. Léon de Rosny, pour 



— /i35 — 

son ouvrage intituld : Chnn-Hni-Kmg, antique géographie chinoise tra- 
duite pour la première fois sur le texte original. 

PRIX DELALANDE-GUÉRINEAU. 

L'Académie avait décidé qu'elle décernerait en 1892 ce prix nu meil- 
leur ouvrage de critique sur les documents imprimes ou mamiscrils relatifs 
à l'histoire ecclésiastique ou à rhistoii^e civile du moyeu âge. 

L'Académie décerne le prix à M. l'abbé Pierre Batiffol, pour son 
ouvrage intitulé : L'abbaye de Rossano. 

PRIX DE LA GRANGE. 

L'Académie décerne le prix à M. Gonstans, professeur à la FacuU(' des 
lettres d'Aix en Provence, pour ses deux volumes intitulés : Le Boman 
de Thèbes, pubhés par la Société des anciens textes fiançais. 

FONDATION GARNIER. 

Une seconde annuité des arrérages du legs Garnier est attribuée à 
M. DuTREUiL UE RiiiNS , pour la continuation de sa mission <lans la haute 
Asie. 

PRIX LOLBÂT. 

L'Académie décerne le prix à M. Lucien Adam, président de cliambre 
à la Gour d'appel de Rennes, pour l'ensemble de son œuvre linguistique 
et philologique, à propos des deux volumes : Artc de la lengua de los 
indios antis campas et Langue mosquilo, gravimaire , vocabulaire , texte , 
qui seuls rentrent, par la date de leur publication, dans les condilions 
du concours. 

FONDATION PIOT. 

L'Académie, disposant, pour la première fois, cette année, des revenus 
dp la fondation, a, selon les intentions du testateur, attribué : 

1° Une somme de trois mille francs à M. Toijtain, membre de l'Ecole 
française de Rome, pour l'achèvement des fouilles exécutées, sous sa 
direction, à Ghemtou, près Tunis; 

2° Une subvention de irais mille francs à M. Deloye, membre de 
l'Ecole française de Rome, pour procéder au dépouillement, examen et 



— Aiu; — 

inventaire des archives de la Chambre aposloHque d'Avif^noii, transpor- 
tées h Rome. 



ANNONCE DES CONCOURS 

D()^T LES TERMES EXPIRENT EN 1899, 1898, l8f)/l ET 1896. 



PRIX ORDINAIRE DE 1,'ACADEMIE. 

L'Académie rappelle qu'elle a proposé les questions suivantes : 

1" Pour l'année 1893 : 

Étude comparative du rituel brahmanique dans les Brahnanas et dans 
les Sotitras. 

Les concurrents devront s'attacher h instituer une comparaison pré- 
cise entre deux ouvrages caractéristiques de l'une et de lautre série, et 
à dégager de cette étude les conclusions historiques et religieuses qui 
paraîtront s'en déduire. 

2° Pour l'année 189'^ : 

Faire l'histoire de la domination byzantine en Afnque, d'après les au- 
teurs, les insciiptions et les monuments. (L'Egypte est en dehors du pro- 
gramme.) 

L'Académie propose pour l'année 1896 le sujet suivant : 

Etude sur la chancellerie royale depuis l avènement de saint Louis jusqu'à 
celui de Philippe de Valois. 

Les concurrents devront exposer l'organisation de cette chancellerie et 
faire connaître les divers fonctionnaires qui ont pris part à la rédaction 
et à l'expédition des actes. 

Les mémoires sur chacune de ces questions devront être déposés au 
secrétariat de l'Institut avant le 1" janvier de l'année du concours. 

Chacun de ces prix est de la valeur de deux mille francs. 

ANTIQUITÉS DE LA FRANCE. 

Trois médailles, de la valeur de cinq cents francs chacune, seront dé- 
cernées aux meilleurs ouvrages nianuscrils ou publiés dans le cours des 
années 1891 et 1892 sur les antiquités de la France, qui auront été dé- 



Zi37 — 



posés en double exemplaire au secrélariut de Tlnstitut avant le i" janvier 
1893. Les ouvrages de numismatique ne sont pas admis à ce concours. 



PRIX DE NUMISMATIQUE. 



I. Le prix de numismatique fonde' par M. Allier de Hauteroche 
sera de'cerné, en 1898, au meilleur ouvrage de numismatique ancienne 
qui aura été publié depuis le mois de janvier 1891. 

IL Le prix biennal de numismatique fondé par M""" veuve Diiciialai^ 
sera décerné, en 189^, au meilleur ouvrage de numismatique du moyen 
âge qui aura été publié depuis le mois de janvier 1892. 

Chacun de ces prix est de la valeur de huit cents francs. 

Les ouvrages devront être déposés en double exemplaire au secré- 
tariat de l'Institut : pour le concours Allier de Hauteroche, le 3i dé- 
cembre 1893; pour le concours Duchalais, le 3i décembre 1898. 



PRIX FONDES par LE BARON GOBERT. 

Pour l'année 1898, l'Académie s'occupera, à dater du 1" janvier, de 
l'examen des ouvrages qui auront paru depuis le 1" janvier 1899, et 
qui pourront concourir aux prix annuels fondés par le baron Gobert. 
En léguant à l'Académie des inscriptions et belles-lettres la moitié du ca- 
pital provenant de tous ses biens, après rncquillement des frais et des 
legs particuliers indiqués dans son testament, le fondateur a demandé 
rque les neuf dixièmes de l'intérêt de cette moitié fussent proposés en 
prix annuel pour le travail le plus savant et le plus profond sur l'histoire 
de France et les études qui s'y rattachent, et l'autre dixième pour 
celui dont le mérite en approchera le plus; déclarant vouloir, en 
outre, que les auteurs des ouvrages couronnés continuent à recevoir, 
chaque année, leur prix, jusqu'à ce qu'un ouvrage meilleur le leur en- 
lève, et ajoutant qu'il ne pourra être présenté à ce concours que des 
ouvrages nouveaux, r» 

Tous les volumes d'un ouvrage en cours de publication, qui n'ont point 
encore été présentés au prix Gobert, seront admis à concourir, si le der- 
nier volume remplit toutes les conditions exigées par le programme du 
concours. 

Sont admis à ce concours les ouvrages composés par des écrivains 
étrangers à la France. 

Sont exclus de ce concours les ouvrages des membres ordinaires ou 



— -538 — 

lilji'es et des associés étrangers de l'Acadéniie des inscriptions et beiles- 
lo Lires. 

L'Académie raj)j)elle aux concurrents que, pour répondre aux inten- 
tions du baron Gobert, qui a voulu récompenser les ouvrages les plus 
savanls ot Ins plus profonds sur Thisloire de France et les études qui s'y 
rattachent, ils doivent choisir des sujets qui n'aient pas encore été sudi- 
samment approfondis par la science. La haute récompense instituée par 
le baron Gobert est réservée à ceux qui agrandissent le domaine de 
la science en pénétrant dans des voies encore inexploiées. 

Six exemplaires de chacun des ouvrages présentés h ce concours de- 
vront être déposés au secrétariat de l'Institut (délibération du 27 mars 
i8/to) avant le 1" janvier 1898, et ne seront pas rendus. 

PRIX BORDIN. 

M. Ijordin, notaire, voulant contribuer aux progrès des lettres, des 
sciences et des arts, a fondé par son testament des prix annuels qui sont 
décernés par chacune des cinq Académies de l'Institut, 

L'Académie rappelle qu'elle a proposé les sujets suivants : 

1" Pour l'année 1898 : 

I. Etude sur les traductions françaises d'auteurs profanes cxécntccs sous 
les règnes de Jean II et Cluirles V. 

II. Etude critique sur l'authenticité des chartes relatives aux emprunts 
contractés par les croisés. 

III. Etude sur les dialectes berbères. (Question prorogée de 1890 à 
1893.) 

2° Pour l'année 189 4 : 

Etudier, d'après les récentes découvertes, la géographie et la paléographie 
égyptiennes et sémitiques de la péninsule sinaïtique jusqu'au temps de la con- 
quête arabe. 

L'Académie propose, en outre, pour l'année 1896, le sujet suivant : 

Etudier quels rapports existent entre l'kdrjvalùjv ^soliTsia et les ouvrages 
conserves ou les fragments d'Aristote, soit pour les idées , soit pour le style. 

Les mémoires sur chacune de ces questions devront être déposés au 
secrétariat de l'Institut, avant le 1" janvier de l'année du concours. 

Chacun de ces prix est de la valeur de trois mille francs. 

PRIX LOniS FODLD. 

Après la délivrance du prix de vingt mille francs fondé par M. Fould, 



— /i39 — 

lin |)rix biennal de cinq mille francs a pu être institué, d'accord avec ses 
lie'ritiers, sur les revenus de la même fondation, en faveur de Fauteur du 
meilleur ouvrage sur l' histoire des arts du dessin, en s' arrêtant à la fin du 
XV ï siècle. 

Ce prix sera décerne pour la deuxième fois en 189/1. 

Les ouvrages manuscrits ou imprimés devront être écrits ou tr;ifhiits 
en français ou en latin et déposés en double exemplaire, s'ils sont impri- 
més, au secrétariat de l'Institut avant le 1" janvier 189/1. 

PRIX LA FONS-MÉLICOCQ. 

Un prix triennal de dix-huit cents francs a été fondé par M. de la Fons- 
Mélicocq en faveur du meilleur ouvrage sur l'histoire et les atitiquitcs de la 
Picardie et de l'Ile-de-France (Paris non compris). 

L'Académie décernera ce prix, s'il y a lieu, en 1898; elle choisira 
entre les ouvrages manuscrits ou publiés en 1890, 1891 et 1892, qui 
lui auront été adressés en double exemplaire, s'ils sont imprimés , avani 
le 3i décembre 1892. 

PRIX BRUXET. 

M. Brcnet, par son testament en date du li novembre 1867, a fondé 
un prix triennal de trois mille francs pour un ouvrage de biùliographie 
savante que l'Académie des inscriptions, qui en choisira elle-même le sujet, 
jugera le plus digne de cette recompense. 

L'Académie décernera, en 189/1, le prix au meilleur des ouvrages de 
bibliographie savante , publiés en France dans les trois dernières années , 
dont deux exemplaires auront été déposés au secrétariat de l'Institut, 
avant le i" janvier 1 89/i. 

PRIX STANISLAS JULIEN. 

Par son testament olographe en date du 96 octobre 1879., M. Sta- 
nislas Julien, membre de l'Institut, a légué à l'Académie des inscriptions 
et belles-lettres une rente de quinze cents francs pour fonder lui ])rix 
annuel en faveur du meilleur ouvrage relatif à la Chine. 

L'Académie décernera ce prix on 1898. 

Les ouvrages devront être déposés, en double exemplaire, au secré- 
tariat de l'Institut, avant le 1" janyier 1898. 



^^0 



PRIX DELALANDE-GUERINE\U. 

M'"" Delalandk, veuve Glérineau, par son testament en date du 
1 6 niors 1 879. , a Icg-ué à l'Académie des inscriptions et bellcs-iellres une 
somme de vingt mille francs (réduite à dix mille cinq francs), dont l(»s 
int(;rcts doivent être donnés en prix, lous les deux ans, au nom de Dela- 
lande-Guérineau, à la personne qui aura composé l'ouvrage jugé le 
meilleur par l'Acadéinie. 

L'Académie rappelle qu'elle décernera, en 189 4, le prix au meilleur 
ouvrage d'archéologie ou de littérature ancienne classique. 

Les ouvi'ages manuscrits ou publiés depuis le 1" janvier 189s!, des- 
tinés à ce concours, devront être déposés en double exemplaire, s'ils 
sont imprimés, au secrétariat de l'Institut, avant le 1" janvier 189^. 

PRIX JEAN REYN'AUD. 

M"'" veuve JeanREYXAUD, rr voulant honorer la mémoire de son mari 
et perpétuer son zèle pour tout ce qui touche aux gloires de la France i, 
a, par un acte en date du 3 décembre 1878, fait donation à l'Inslilul 
d'une renie de dix mille francs , destinée à fonder un prix annuel qui sera 
successivement décerné par chacune des cinq Académies. 

Conformément au vœu exprimé par la donatrice, f^ce prix sera ac- 
cordé au travail le plus méritant, relevant de chaque classe de l'Institut, 
qui se sera produit pendant une période de cinq ans. 

rrll ira toujours à une œuvre originale, élevée, et ayant un caractère 
d'invention et de nouveauté. 

rrLes membres de l'inslilut ne seront pas écarlés du concours. 

frLe prix sera toujours décerné intégralement. 

rrDans le cas où aucun ouvrage ne paraîtrait le mériter entièrement, 
sa valeur serait délivrée à quelque grande infortune scientifique, litté- 
raire ou artistique. 

ff II portera le nom de son fondateur Jean Reinaud.?) 

L'Académie décernera ce prix, s'il y a lieu, en 1895. 

PRIX DE la grange. 

M. le marquis de la Grange, membre de l'Académie, par son testa- 
ment en date du h août 1871, a légué à l'Académie des inscriptions et 



hellc's-lellres une renie annne'le de utillo francs , deslinée à foiifler un prix 
en faveur de lu |)uljlication du texte d'un poème inédit des anciens poètes 
(le la France; à défaut d'une œuvre inédite, le prix pourra être donné au 
meilleur travail sur un ancien poème déjà publié. 
Ce prix sera décerné, s'il y a lieu, en 1898. 

FONDATION GARNIER. 

M. Benoît Garmer, par son testament en date du 11 avril i883, a 
iég-ué à l'Académie des inscriptions et belles-lettres la totalité de ses biens 
(legs réduit d'un tiers en faveur des héritiers par décret du -2'] sep- 
tembre t88/l). Les intérêts du capital résultant de la liquidation de la 
succession doivent être affectés, chaque année, rraux frais d'un voyage 
scientifique à entreprendre par un ou plusieurs Français, désignés par 
l'Académie, dans lAfrique centrale ou dans les régions de la haute 
Asiei. 

L'Académie disposera, en 1898 , des revenus de la fondation selon les 
intentions du testateur. 

prix LOl'BAT. 

M. LouBAT, membre de la !Ne\v York Historical Society, a fait don à 
TAcadémie des inscriptions et belles-lettres d'une rente annuelle de mille 
francs pour la fondation d'un prix de trois mille francs, qui sera décerné 
tous les trois ans au meilleur ouvrage imprime concernant l'histoire, la 
géographie, l'archéologie, l'ethnographie, la linguistique, la numisma- 
tique de l'Amérique du Nord. 

L'Académie fixe, comme limite de temps extrême des matières traitées 
ilans les ouvrages soumis au concours, la date de 1776. 

Ce prix sera décerné en 1896. 

Seront admis au concours les ouvrages publiés en langues latine, fran- 
çaise et italienne, depuis le 1" janvier 1892. 

Les ouvrages jirésenlés à ce concours devront être envoyés au nonibre 
de deux exemplaires, avant le 3i décembre 189/1, au secrétariat de l'In- 
stitut. 

Le lauréat, outre les exemplaires adressés pour le concours, devra en 
déhvrer trois autres à l'Académie, qui les fera parvenir, l'un au Cohimhia 
Colleté à New -York, le deuxième à la New York llislorical Sociclij de 
la même ville et le troisième à l'Lniversilé catholique de Washington. 



XX. 



3o 



M»iivr«iK 9ttia'<«tfc. 



àà2 



FONDATION PIOT. 

M. Eu{jène PioT, par son testament en dale du 18 novembre 1889, a 
lègue à l'Acadi'mie des inscriptions et belles-lcllres la lotaiilé de ses biens. 
Les intérêts du capital résultant de la liquidation de la succession doivent 
être affectés chaque année crà toutes les expéditions, missions, voyages, 
fouilles , publications que l'Académie croira devoir faire ou faire exécuter 
dans l'intérêt des sciences historiques et archéologiques, soit sous sa di- 
rection personnelle par un ou plusieurs de ses membres, soit sous celle 
de toutes autres personnes désignées par elie«. 

L'Académie disposera, pour la deuxième fois, en i8(j3, des revenus 
de la fondation selon les intentions du testateur. 

PRIX BIENNAL 
INSTITUÉ PAR DÉCRET IMPÉRIAL DU 2 9 DÉCEMBP.E 1860. 

En 1898, l'Académie des inscriptions et belles-lettres désignera à 
l'Institut le candidat au prix biennal. 

Ce prix, de la valeur de vingt mille francs, rdoit être attribué tour à 
tour à l'œuvre ou à la découverte la plus propre à honorer ou h servir le 
pays, qui se sera produite pendant les dix dernières années dans l'ordre 
spécial des travaux que représente chacune des cinq Académies de l'In- 
stitut de France. » 



CONDITIONS GENERALES 

DES CONCOURS. 

Les ouvrages envoyés aux différents concours ouverts par l'Académie 
devront parvenir, /rrt?i« de port et brochés, au secrétariat de l'Institut, 
avant le i"' janvier de l'année où le prix doit être décerné. 

Ceux qui seront destinés aux concours pour lesquels les ouvrages im- 
primés ne sont point admis devront être écrits en français ou en latin. 
Us porteront une épigrapheou devise, répétée dans un billet cacheté qui 
contiendra le nom de l'auteur. Les concurrents sont prévenus que tous 
ceux qui se feraient connaître seront exclus du concours : leur attention 
la plus sérieuse est appelée sur cette disposition. 

L'Académie ne rend aucun des ouvrages imprimés ou manuscrits qui 



— IxlxZ — 

ont été soumis h son examen; les auteurs des manuscrits ont la liberté 
d'en faii'e prendre des copies au secrétariat de l'Institut. 

Le même ouvrage ne pourra pas être présenté en même temps à deux 
concours de l'Institut, 



DELIVRANCE DES BREVETS 

D'ARCHIVISTE PALÉOGRAPHE. 

En exécution d'un arrêté du Ministre de l'instruction publique rendu 
en 18 33, l'Académie déclare que les élèves de l'Ecole des chartes qui 
ont été nommés archivistes paléographes par arrêté ministéi'iel du 
3o janvier 1892, conformément à la liste dressée par le Conseil de j)er- 
fectionnement de cette Ecole, sont : 

MM. BouREL DE LA Roncière (Charles-Gemiain-Henri) , 
CouRTEAULT ( Jeau-Jules-Henri) , 
Deloïe ( Jean-Frauçois-Marie-Joseph ) , 
DE Vaissière (Georges-Pierre-Charles), 
DE Groy (Andi'é-Marie-Joseph), 
Le Brethon (Paul-Jules-Joseph), 
Anchier (Camille), 
FoRGEOT ( Henri-Léon-Joseph ) , 
Henry ( Jean-Marie-Fénolon-Artliur-Abel) . 

Est nommé archiviste paléographe hors rang : 
M. Passy (Jean-Bénigne). 



3o. 



— Ixtxlx — 

NOTICE HISTORIQUE 
SUR LA VIE ET LES TRAVAUX 

DU GÉiNÉRAL 

LOUIS-LÉON-CÉSAR FAIDHEUBE, 

GRAND CHANCELIER DE LA LEGION D'HONNEUR, 
MEMBRE LIBRE DE L' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES, 

PAR M. H. WALLON, 

SECRÉTAIRE PERPETUEL DE L'ACADEMIE. 



Messieurs, 

Les confrères dont votre secrétaire a pour devoir de pro- 
noncer l'éloge en séance publique ont généralement consacré 
leur vie aux études entre lesquelles sont partagés vos soins. 
Celui dont je vais avoir l'honneur de vous parler a fourni une 
tout autre carrière; mais c'est en la parcourant qu'il a eu l'oc- 
casion de se livrer aux recherches et d'obtenir les résultats 
scientifiques dont vous avez reconnu l'importance et le mérite 
en l'appelant parmi vous ^^\ 

Louis-Léon-César Faidherbe est né à Lille, le 3 juin 1818. 
Son père, jeune encore, avait payé tribut à la défense natio- 

^'' Jo citerai tout d'abord, comme m'ayant servi pour celte notice, Le général 
FauUierbe, par M. Biilnkl, inspeclfur d'académie, directeur départemental de 
renseignement primaire du Nord, livre composé à l'aide des ouvrages du général, 
et aussi de documents inédits et de renseignements puisés à Lille (Paris, 1890); 
la Bwgi-ajJiie du général Faidherbe, quelques pages profondément senties, don- 
nées par M. le capitaine Brosselard, gendre du général, au Bullelin de la Société 
de géographie de Lille, 1890, 1" semestre; et les discours prononcés aux funé- 
railles par MM. de Freycinet, ministre de la guerre, au nom du gouvc:nemcnt, 
et Barbier de Mevnard, menihre de rinslitut, au nom de notre Académie. C'est 
à notre confrère que je dois l'appréciation de ceux des écrits du général qui sont 
exclusivement de sa compétence. 



— /i/i5 — 

nale : volontaire en i 79/1 , il avait été blessé dans un combat 
près de Baisieux. En 1818, tout était à la paix. L'étranger 
évacuait le territoire que lui avaient livré nos défaites; mais 
les souvenirs de l'invasion pesaient toujours sur la frontière. Le 
jeune Faidherbe, quand il fut en âge d'y réfléchir, eut-il le 
pressentiment que de nouveaux malheurs pourraient lui créer 
de grands devoirs à son tour? Est-ce le goût des sciences 
exactes, ou l'instinct belliqueux naturellement éveillé chez un 
jeune homme dans nos places de guerre, surtout dans une 
ville dont les remparts ont été glorieusement éprouvés ; est-ce 
l'un ou l'autre de ces mobiles, ou tous les deux en même 
temps qui le poussèrent vers notre grande école scientifique 
et militaire? Toujours est-il qu'après des études commencées 
à Lille el terminées, à la faveur d'une bourse, à Douai, il 
entra , en 1 838 , à l'Ecole polytechnique, d'où il passa à l'Ecole 
d'application de Metz, dans l'arme du génie. Lieutenant au 
1" régiment du génie en 18Û2 , il eut la bonne fortune d'être 
envoyé l'année suivante en Afrique. Il ne pouvait se douter 
encore du rôle qu'il serait appelé à jouer sur la terre africaine. 
11 y demeura jusqu'en 18/16, accomplissant les travaux de son 
arme. C'est pour ce même office qu'il entra bientôt dans le 
service colonial et fut envoyé à la Guadeloupe au commence- 
ment de i8/i8. Il y était quand parut le décret qui abolit 
l'esclavage et rendit les noirs à la liberté. 

Fut-il un de nos électeurs, quand le suffrage universel qui 
envoya, comme député de la Guadeloupe, cà l'Assemblée con- 
stituante M. Schœlcher, président de la Commission d'abolition 
de l'esclavage , comprit dans la même élection , à titre de sup- 
pléant, le secrétaire de la Commission? Je ne sais; mais il dut 
applaudir à l'affranchissement des nègres, el sans nul doute 
ses sympathies furent acquises à cette race malheureuse qui, 
depuis si longtemps, attendait l'heure de l'émancipation. Dès 
ce moment, il semble avoir tourné ses yeux vers le continent 



— Zi/i6 — 

noir. De retour en France, il demanda son envoi au Sénégal, 
<jui n'était pas la plus enviée de nos colonies. Aucune place n'y 
étant vacante pour son arme; il fut renvoyé en Algérie, où il 
prit part, en i85i, à l'expédition de la petite Kabylie. L'arme 
du génie avait beaucoup à faire dans ces campagnes. Il fallait 
élever des forts; il fallait surtout ouvrir des routes. Attaché 
aux troupes du général Bosquet, il eut à frayer un chemin, 
dans la région du Djurjura, à travers quatre ou cinq pieds de 
neige, au milieu d'une tourmente oii l'on ne voyait plus rien. 
Il tomba dans les eaux glacées d'un torrent où il serait infail- 
liblement resté sans le secours de ses soldats; il s'en tira, mais 
il y puisa le germe d'un mal dont il éprouva plus tard les 
cruelles atteintes. 

Dès l'année suivante, en 1862 , il obtint d'aller au Sénégal. 

Notre vieille colonie du Sénégal avait subi bien des vicissi- 
tudes. Le général Faidherbe les a rappelées dans un livre que 
nous ferons connaître en l'analysant^^'. La Compagnie des Indes 
occidentales avait reçu de Louis XIV, dans sa concession, les 
côtes d'Afrique depuis le cap Vert jusqu'au cap de Bonne-Espé- 
rance; c'était, on le conçoit, une autorisation générale de 
s'établir plutôt qu'un véritable établissement. L'établissement 
réel fut au Sénégal. Le Sénégal nous était resté, accru même 
de l'île de Gorée, durant le règne de Louis XIV. Perdu sous 
Louis XV au traité de Paris (1768), recouvré sous Louis XVI 
au traité de Versailles (1780), perdu encore pendant les 
guerres de la Révolution et de l'Empire, il nous avait été resti- 
tué sous la Restauration par les traités de i8i/i et i8i5. Ce 
ne fut qu'en 1817 qu'il fut réoccupé. On sait que cette reprise 
de possession fut marquée par le naufrage de la Méduse. 

La colonie se trouvait dans des conditions assez misérables 
quand Faidherbe y fut envoyé. Après 1 83 , toute l'Afrique pour 

'•■) Le Sénégal, Paris, Hachette, i^bg. 



~ IxM — 

nous était en Algérie. La France ne possédait pour ainsi dire 
rien au Sénégal. Les redevances, ou coutumes, qu'elle payait 
aux petits rois du pays, faisaient d'elle, en quelque sorte, 
leur tributaire : elle était locataire de l'îlot où s'élevait Saint- 
Louis! Ces redevances n'étaient sans doute pas fort onéreuses, 
mais elles convenaient peu à l'honneur national. Le traité, par 
exemple, que l'on avait avec le Walo ou Oualo portait; 

Au rak (roi) du Oualo, dix bouteilles d'eau-de-vie, etc.; h son do- 
mestique, deux bouteilles d'eau-de-vie et une barre de fer; à la princesse 
Giiiinbotte, une petite malle, une pièce de mousseline, quatre bouteilles 
d'eau-de-vie, dix têtes de tabac et 5oo grammes de clous de girofle, 
plus, pour sa ration de vivres, une dame-jeanne d'eau-de-vie'''. 

Quant aux profits, ils étaient presque nuls. La grande cul- 
ture y avait échoué: on y pouvait produire le coton, l'indigo; 
mais le prix de revient rendait la concurrence impossible avec 
les produits similaires de l'étranger, même sur le marché de 
la France. On devait se réduire au commerce de la gomme, 
et les guerres incessantes des petits Etats nègres sur le fleuve , 
les incursions des Maures rendaient ce commerce même très 
diflicile et par conséquent peu productif. 

Un effort fut tenté pourtant avant la chute du gouvernement 
de Juillet. En i8/i/i, le capitaine Bouët (depuis amiral Bouët- 
Willaumez), gouverneur de la colonie, avait compris le parti 
que l'on devait tirer du Sénégal, le premier grand fleuve qui, 
de l'intérieur, aboutit à la côte occidentale. Du Sénégal on 
pouvait atteindre la région du Niger et pénétrer plus avant 
dans ce monde inconnu. A cet effet, sur ses indications, l'ami- 
ral de Mackau, ministre de la marine, avait donné une mis- 
sion à un habile explorateur, Anne Raffenel , qui fut arrêté en 
chemin, mais qui en avait vu assez déjà pour faire un exposé 

(') Voyages et eTi)é(lit{om au Sénéifal, cité par M. E. Fallot, Histoire de la 
colonie du Sénégal, p. ."ig. Cf. Ancelle, Les Français au Sénégal , dims la Revue 
de géographie, i883, et Bru>kl, p.a^. 



— /i/i8 — 

lumineux delà question et signaler, avec beaucoup de fenneté, 
la marche à suivre'^'. 

Sur CCS entrefaites éclata la révolution de Février: moment 
de crise pour toutes les colonies; moins toutefois pour le Sé- 
négal q-ue pour les colonies de grande culture. Les colons du 
Sénégal y trouvaient même un avantage. D'anciennes coutumes 
réservaient le privilège de commercer dans le fleuve aux « ha- 
bitants», c'est-à-dire aux sang-melé indigènes et aux noirs. Les 
décrets de 18/18 en conféraient la liberté à tous'-'. Les colons 
en voulurent profiter et se faire donner des garanties. Exposés 
au contre-coup des guerres des petits rois ou chefs de noirs et 
aux incursions des Maures, ils demandaient qu'on remplaçât 
les escales, sorte de foires périodiques où se faisait la traite 
des gommes sous la surveillance, ou, pour mieux dire, dans la 
dépendance des chefs maures, par des établissements de com- 
merce permanents et fortifiés (i85i). Leurs vœux finirent par 
être accueillis et, en i85/i, le capitaine de vaisseau Protêt, 
gouverneur de la colonie, alla reprendre possession de Podor, 
position importante, au coude que fait le Sénégal avant de 
venir envelopper Saint-Louis. 

Ce fut pour Faidhcrbe, arrivé en 1862 au Sénégal, avec 
le titre de sous-directeur du génie, une occasion de se signaler. 
En quarante jours, il construisit à Podor un fort capable de 
braver tous les assauts. Ce n'était pas assez pour nos colons. 
Ils souhaitaient surtout un gouverneur qui ne fût pas dans la 
colonie comme en passant, qui pût suivre un plan conçu en 
vue de la protection et de l'extension de nos rapports avec les 
indigènes. Ils espérèrent le trouver dans Faidherbe, et leur 
attente ne fut pas trompée. Sur leurs instances, Faidherbe fut 
élevé au grade de chef de bataillon et nommé gouverneur de 
la colonie (16 décembre iSbh). 

'') Nouveau voyage dans le pays des nègres. Cf. BRI:^EL, p. 97. 
'-^ Faidherbe, le Sét!é;>al , p. 116. 



— /i^i9 — 

Ce gouvernement, qui tient une place si considérable dans 
la carrière du générai Faidherbe, n'en peut avoir une égaie 
dans cette notice; mais il n'est pas possible de ne pas mar- 
quer, au moins à grands traits, son rôle dans la colonie; car 
c'est sur ce théâtre, agrandi par son action personnelle, qu'il 
fut amené à se livrer aux études dont le titre d'académicien fut 
le prix. 

Ces études, en effet, n'étaient pas sans liaison intime avec 
ses devoirs de gouverneur. 

Il SG trouvait au Sénégal en présence de plusieurs races 
qu'il lui importait de connaître pour savoir comment se con- 
duire dans ses rapports avec elles. Il les a énumérées lui- 
même dans plusieurs écrits qui datent de son premier gou- 
vernement'^^. 

Il y avait la grande division des blancs et des noirs. 

Les blancs (je ne parle pas des colons), su1)divisés en 
Berbères aborigènes et Arabes introduits dans l'Afrique septen- 
trionale, par la conquête, dès le siècle qui suivit Mahomet: 
les Berbères, auxquels se rapportent les Kabyles dans le Tell, 
les Beni-Mzab dans les Oasis, les Touaregs dans le Sahara, 

^^> Les populalions noires des bassins du Sénégal et du haut l\iger (3o août 
t855), dans le BuUelin de la Société de géographie (mai et juin i856); Notice 
sur la colonie du Sénégal et sur les pays qui sont en relations avec elle {Annuaire 
du Sénégal pour Vannée i858 , article reproduit dans les Nouvelles Annales des 
voyages, de la géographie, de l'histoire et de l'archéologie (année 1809, t. I, 
p. 5); et Considérations sur les popidations de l'Afrique septentrionale (Sainl-Loiiis, 
i856, même Recueil, t. III, p. 290). — On y peut joindre les Renseignements 
géographiques sur la partie du Sahara comprise entre l'Oued-Noun et le Soudan, 
1809 {ibid., p. 199). L'Oued-Noim est un petit Etat berbère au sud dn Maroc, 
qui est, depuis longtemps, un important entrepôt de raarciiandises. L'auteur y 
donne des renseignements utiles sur la route des caravanes qui font le transit du 
Sahara occidental, et montre l'avantage qu'aurait la France à s'établir sur des 
points maritimes, comme l'Oued-Noun et Arguin, où il lui serait facile d'attirer 
les relations commerciales qui existent avec le Soudan. Pour ce qui est du Séné- 
gal, les notions capitides en ont été reprises dans le livre que le général Fai- 
dherbe a publié l'année même où il est mort: Le Sénégal, Paris. 188g. 



— /i50 — 

les Zénagn, sur le Sénégal, qui paraît en tenir son nom; les 
Arabes, venus à diverses époques et dont il y eut plusieurs 
tribus, notamment les Beni-Hassan qui assujeltirent les Ber- 
bères et en firent des disciples, des apôtres même de l'Islam. 
En contact avec les noirs sur le Sénégal, Berbères et Arabes 
se mêlèrent à eux. Sur la rive droite, de l'ouest à l'est, chez 
les Trarza et les Brakna, l'élément arabe (race et langue) 
domine; chez les Douaich, l'élément l)erbère. 

Les noirs offraient plus de variétés; chaque peuplade sem- 
blait avoir sa langue et par suite son origine à part. C'est par 
l'étude attentive de ces langues, différentes par les mots, rap- 
prochées par les formes grammaticales, que Faidherbe les a 
rattachées à deux races sœurs, la race Mandingue ou Malinké- 
Soninké, et la race Sérère-Ouolof : la première comprenant 
surtout les populations qui habitent les montagnes du Fouta- 
Djallon et la région du haut Niger et du haut Sénégal; la 
seconde, les tribus répandues dans les plaines d'alluvion qui 
ont pour limites le bas Sénégal , la Gambie et la Falémé , prin- 
cipal affluent du Sénégal'^*. A ces deux grandes divisions de 
noirs, qui sont aborigènes, il faut joindre une troisième race, 
noire-rougeâtre et plus différente encore par la langue que par 
les caractères physiques, les Peuls ou Fouis*-*: race étrangère, 
venue du nord-est, des confins de l'Abyssinie ou des côtes de 
l'océan Indien, fort supérieure en énergie et en intelligence 
aux races tout à fait noires parmi lesquelles elle s'est établie 
victorieusement. Cette population , nomade d'origine et restée 
en certains cantons à l'état de pasteurs, s'est mêlée aussi aux 

'•) Les Woloff ou Ouolof occupant le Cayor, ioVValo, le Djolof et la moitié 
du Baoi; les Sérères, l'autre moitié du Baol, Sin, Salum et Djiegucni. 

'^) ftDans cet idiome, dont la douceur contraste avec la rudesse des idiomes 
voisins, le généial Faidherbe a signalé pour la première fois Taffectalion d'un 
son final, qui divise les mots en trois grandes catégories, à peu près semblables 
à ce que nous appelons genres.» (M. Barbier de Meynard, dans la présentation 
des titres du général Faidherbe, à l'époque de son éieclioa.) 



— /i51 — 
indigènes et a pris alors des habitudes sédentaires, sans rien 
perdre de sa supériorité et de son esprit envahissant: on la 
trouve partout au Sénégal et sur le haut Niger sous le nom 
de Toucouleurs. 

Le ministre, M. Th. Ducos, en différentes dépêches, avait 
tracé au nouveau gouverneur ce programme : 

Nous devons dicter nos volontés aux chefs maures pour le commerce 
des gommes. Il faut supprimer les escales en i85/i, employer la force , si 
l'on ne peut rien obtenir par la persuasion. Il faut supprimer tout tribut 
payé par nous aux États du fleuve, sauf à donner, quand il nous plaira, 
quelques preuves de notre nmnificence aux chefs dont nous serons con- 
tents. Nous devons être les suzerains du fleuve. 11 faut émanciper com- 
plètement le Waio en l'arrachant aux Trarza et protéger en général les 
populations agricoles de la rive gauche contre les Maures. Enfin il faut 
entreprendre l'exécution de ce programme avec conviction et résolution'''. 

Faidherbe était convaincu d'avance de la nécessité d'agir 
ainsi, et la résolution ne lui nmnquait pas. 

Affranchir le fleuve dont nous tenions l'embouchure , l'exoné- 
rer de tout tribut, et, sans se proposer de faire, à propre- 
ment parler, des conquêtes, être maître de son cours, c'était 
fort bien; mais cela ne pouvait pas s'accompbr sans faire la 
guerre : car on trouvait sur les deux rives du fleuve de petits 
Etats nègres, peu famihers au droit des gens, sans compter 
ceux qui mettaient le droit au pillage sous la sanction de leur 
loi religieuse. 

La première chose était d'assurer la domination de la France 
aux environs de Saint-Louis; car la sécurité n'était pas même 
complète sous le canon de Saint-Louis. Il y avait à occuper le 
Walo, dont la population, autrefois répandue sur les deux rives 
du fleuve, avait été rejetée par les Maures ïrarza sur la rive 
gauche et y subissait encore leur empire. Mohammed el-llabib, 

'^) Le Sénégal, p. laa. 



— A 52 — 

roi des Trarza, avait répondu aux propositions do Faidherbe: 
«J'ai roçu tes conditions, voici les miennes: Augmentation des 
coutumes des Trarza, des Brakna et du Walo; — destruction 
immédiate de tous les forts bâtis dans le'pays par les Français; 

— défense à tout bâtiment de guerre d'entrer dans le fleuve; 

— établissement de coutumes nouvelles pour prendre de l'eau 
et du bois à Guet-N'dar et à Bop-Nkior; enfin, préalablement 
à tout pourparler, le gouverneur Faidherbe sera renvoyé 
ignominieusement en France ^^'.j) 

Faidherbe entra chez les Trarza. 11 sut user avec habileté 
des mésintelligences qui existaient entre les tribus maures; et 
Mohammed, forcé de repasser le fleuve pour se défendre sur 
la rive droite, dut enfin, malgré quelques hardis retours of- 
fensifs jusque dans le voisinage de Saint-Louis, abandonner 
le Walo à \i\ France. Les coutumes ou redevances payées aux 
Trarza, aux Brakna, aux Douaich, au Cayor avaient été sup- 
primées en i855, en iSô-y. Deux traités signés en mai et juin 
i858 fixèrent aux Trarza et aux Brakna des limites qu'ils ont 
généralement respectées. 

Un adversaire plus redoutable se rencontra dans un mara- 
bout toucouleur, le cheik el-Hadj Omar, qui, ayant été à la 
Mecque, avait, grâce au prestige religieux, assujetti plusieurs 
tribus et s'était créé une sorte d'empire sur le haut Sénégal et 
le haut Niger. Il avait d'abord paru vouloir ménager les Fran- 
çais, mais cela ne dura guère. Etabli en iSâS, entre les 
deux fleuves, à Dinguiray, il se transporta au nord du Séné- 
gal dans le Kaarta, pillant nos traitants et proclamant même 
qu'il conduirait ses troupes à Saint-Louis. C'était en i85/i; 
tout en se préparant à la lutte contre Mohammed el-Habib, 
Faidherbe était menacé d'avoir à soutenir contre ce représen- 
tant du Prophète une guerre sainte. C'est de ce côté qu'il 
eut à déployer le plus d'elTorts. 

'" Le Sénégal, p. 187. 



-"^•^ lit) Ô "^-^ 

Simple capitaine sous lo gouvernement du capitaine de 
vaisseau Protêt, Faidherbe avait eu l'honneur de mettre en 
défense Bakel'^', qui était alors notre position la plus avancée 
sur le fleuve , et de faire respecter l'asile qu'il y avait donné à 
une femme de la famille du prince du Bondou, notre allié, 
alors qu'elle était réclamée par les hommes d'el-Hadj Omar, 
devenu maître du pays. Hadj Omar avait évité de s'attaquer 
aux Français avant d'avoir soumis ou entraîné les populations 
répandues sur la rive droite du Sénégal. Il y avait à peu près 
réussi et il osait tenter de soulever, au nom du Prophète , les 
nègres du voisinage même de Saint -Louis, au moment oii 
Faidherbe venait de recevoir le titre de gouverneur. 

Après diverses expéditions qui avaient pour objet et eurent 
pour résultat de consolider notre domination sur le bas fleuve , 
Faidherbe revint à Bakel; il poussa même jusqu'à Médine, à 
260 lieues de Saint-Louis, et il acheta du roi du pays, qui 
était prêt à le lui céder pour rien , tant son appui lui était né- 
cessaire contre la domination d'Omar, un terrain où il bâtit 
un fort, gage de protection pour les contrées soumises ou al- 
liées, et point de départ des progrès à faire encore (sep- 
tembre i855). Il en confia la défense à un traitant mulâtre, 
Paul Holl , en même temps qu'il cherchait à se gagner les po- 
pulations asservies par Omar. Omar avait compris tout ce que 
cette place de Médine avait pour lui de menaces. Aussi, l'année 
suivante, vint-il l'attaquer avec toutes ses forces (20 avril 
1867). L'intrépide Holl et sa petite troupe repoussèrent tous 
les assauts. Mais ils auraient nécessairement succombé, si 
Faidherbe , revenu de Saint-Louis et surmontant toutes les difli- 
cultés et de la terre et du fleuve, n'était apparu tout à coup. 
Omar et toute son armée furent mis en fuite (18 juillet). 

Médine était consacrée par cette victoire, avec le double 

"' Le Sénri^dJ , |). iGo-iG-l. 



— 45/4 — 

caractère que Faidhcrbc avait voulu lui donnor. F^à il tenait 
tête aux invasions. De ià il pouvait entrevoir l'accomplisse- 
ment de son idéal : atteindre le Niger, la grande route de 
Tomhouctou! Mais pour cela (c'est la fatalité de ces occupa- 
tions) il avait encore plus d'un combat à livrer et aussi plus 
d'un effort de propagande à faire parmi ces peuples, en leur 
faisant sentir combien la domination de la France était préfé- 
rable au joug d'Omar. Déjà il était assuré de la fidélité des 
tribus voisines de Saint- Louis. Il étendit la sécurité beau- 
coup plus loin, en remontant la Falemé, grand affluent du 
Sénégal, et conclut avec les chefs de ces pays des traités 
qui confirmaient les résultats de la dernière guerre (lo août 
i858). 

Cela fait, il revint en France, et ce fut alors, pendant son 
séjour à Lille, qu'il épousa une femme, sa propre nièce, dont 
l'affectueux dévouement lui fut si précieux et si doux aux 
jours de ses longues souffrances. Dès le i9 février iSSg, il 
était de retour à Saint-Louis, et il put voir combien l'impres- 
sion qu'il avait laissée après lui était forte. Hadj Omar, ap- 
prenant son retour, évita une nouvelle rencontre. Il s'éloigna 
du bas Sénégal, non sans promener sur ses pas le ravage, 
comme dans un pays qu'il abandonnait, et se retira au nord- 
est du fleuve, à Nioro, d'oià il se porta bientôt au delà du 
Niger, dans le Segou , voulant y fixer le siège de son empire. 
Faidherbe, qui l'avait vaincu, ne demandait qu'à vivre en paix 
avec lui, et peu après Omar se montra disposé à un accord 
dont le gouverneur régla les conditions (août -septembre 

i86o)(^^- 

Tout déploiement de force malheureusement ne se trouvait 
pas désormais inutile. Le capitaine do vaisseau, depuis amiral 
Jauréguiberry, succédant à Faidherbe (1861). en fit l'épreuve, 

(') Le Sénégal, p. a3G; Brunel, p. 89. 



— Zi55 — 

non sans profit ni sans gloire; et Faidherbe, quand il revint 
une dernière fois, avec le grade de général, comme gouver- 
neur de la colonie [là juillet i863-i2 juillet 1 865), dut re- 
courir encore aux armes, tant pour affermir notre domina- 
tion dans le bas Sénégal, dans le Çayor, par exemple, si 
important pour les communications par terre de Saint-Louis 
avec l'île de Corée ^^^ que pour soutenir notre protectorat sur 
le cours supérieur ^^\ 

Mais la guerre, dans la première comme dans la seconde 
de ces deux missions, ne fut point la seule chose qui l'occu- 
pât. Il y montra ces hautes qualités d'administrateur dont nos 
officiers de l'armée de terre comme de l'armée de mer ont 
tant de fois donné des preuves éclatantes et qui maintiennent 
si bien le prestige de l'uniforme militaire dans ces gouverne- 
ments lointains. 

Et tout d'abord il organisa dans la colonie la force armée 
dont elle avait besoin pour se défendre. Au peu de troupes 
d'infanterie et d'artillerie de marine dont il disposait, il 
ajouta un bataillon de tirailleurs et un escadron de spahis in- 
digènes, plus capables de supporter dans ce climat les fa- 

n) Pins tard, le général Faidherbe a résumé l'histoire mouvementée de ce 
petit pays, habité par les Ouolofs, depuis les premières explorations des Euro- 
péens jusqu'au moment oîi il écrivait {Notice historique sur le Cayor. Bulletin 
de la Société de géographie, i88â). 

(-' Qu'avait-il sous la main pour obtenir ces résultats? rLes forces du Séné- 
gal, dit-il lui-même, n'ont Jamais dépassé trois bataillons d'infanterie, dont 
deux indigènes, un escadron de spahis, mi-partie français et indigène, et deux 
batteries d'artillerie. Dans deux circonstances seulement la colonie demanda et 
obtint l'envoi momentané de France, en i854, d'une section du génie, et d'Al- 
gérie, en iSOo, de trois compagnies de tirailleurs algériens et d'un peloton du 
train des équipages. 71 — «C'est avec ces faibles ressources, augmentées du con- 
tingent des volontaires peuls et noirs, dit son historien, M. Brunel, résumant 
son œuvre, que Faidherluj, on dix ans, a vaincu les Ouolofs de la côte, les 
Maures du Sénégal, les Toucouleurs du Fouta, les Malinkés et les Sérères de la 
Casamance, arrêté l'invasion d'el-Hadj Omar, conquis enfin un territoire 
presque aussi vaste que la France. n (Bounel, p. 1 16.) 



— /i50 — 

ligues (le lu guerre, cl qui, bien encadrés, ne se monlrent 
pas indignes de leurs chefs. Il ne songeait pas seulement à la 
guerre, il travaillait à se gagner les naturels du pays dans la 
paix, comme le prouvent les sages instructions qu'il donnait 
aux délégués de ses pouvoirs : 

La première condition est de bien adniinislrer les populations sou- 
mises. Les commandants de cercles et de postes devront mettre tous 
leurs soins, toute leur vi<|i]ance à mainte;iir la tranquillitt' dans leur 
commandement, afin que les indigènes puissent travailler et produire 
en loute s('curité pour alimenter nos comptoirs de leurs produits et 
qu'ils recoimaissent que notre domination leur est avantageuse. 

En raison de la di(f('rence de races et de religion, il faut les laisser, 
autant que possible, régler eux-mêmes leurs affaires. Il faut cependant 
surveiller leurs chefs pour s'opposer aux exactions qu'ils voudraient com- 
mettre, tout en leur montrant la considération sans laquelle ils n'au- 
raient plus aucune autorité sur leurs administrés et ne pourraient plus 
être responsables du bon ordre'*'. 

C'est pour rendre ces rapports plus faciles qu'il travaillait à 
donner aux agents de son administration et aux trafiquants 
eux-mêmes, par ses publications, les premières notions de la 
langue du pays'^^; c'est pour cela aussi qu'il fonda des écoles 
où les jeunes Sénégalais étaient instruits dans notre langue, 
et il rédigea même à leur usage plusieurs traités élémen- 
taires '^\ Il alla jusqu'à décréter l'enseignement obligatoire 
pour les deux sexes; mais son arrêté fut sans application. Les 



i'j Bhunel, j). iSï). 

^-' Vocabulaire d'environ i.5oo mots français avec leurs correspondants en ouolof 
de Saint-Louis , on pouJar (longue des Peuls ou Fouis) du Fouta, en soninké de 
Bakel {iH6h). Ce sont les trois langues qu'il avait reconnues et qui lui avaient 
fait tlislinguor aniani de races parmi les nègres du Sénégal. 

'■""^ Cliapiires de j^rograpliie sur le nord-ouest de V Afrique, Imprimerie 
(lu gouvernement (i8()/i). — Traité de géographie, par demandes et réponses, 
destiné surtout au\ jouiios Sénégalais, élevés par les soins du gouvcrnemcnl 
français. 



— ^57 — 

écoles nuaninoins étaient fréquentées. 11 était secondé en cela 
par les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny pour les fdlcs, et par 
les Frères de Ploërmel pour les garçons. Il cite même à pro- 
pos de ces derniers un trait dont je prends l'exposé à son 
récit même. En 1 856 , voyant que les jeunes chrétiens fréquen- 
taient seuls ces écoles et que les musulmans en tenaient leurs 
enfants éloignés, de peur qu'on ne les voulût convertir, il avait 
fondé une école laïque, promettant qu'on n'y enseignerait que 
l'arithmétique et le français : 

rII se produisit alors un fait aussi singulier qu'inattendu; 
les Frères demandèrent à leur supérieur et obtinrent l'autori- 
sation de créer des cours du soir où il ne serait enseigné que 
le français et l'arithmétique. Gomme ils étaient connus des 
noirs et que, abstraction faite de la question religieuse, ils 
jouissaient de leur estime, il arriva que tandis que l'école 
laïque n'avait que vingt à trente élèves, des centaines de 
jeunes musulmans suivirent la classe du soir des Frères, >>au 
grand étonnement du gouverneur '^^. » 

Le gouverneur savait d'ailleurs que si la religion chré- 
tienne n'a guère d'action sur les populations musulmanes, 
elle nous est du plus grand secours contre l'invasion de 
l'islamisme, c'est-à-dire d'un esprit hostile à notre domina- 
tion, au milieu des populations indigènes. Il favorisa toujours 
les missions et applaudissait aux progrès des Pères du Saint- 
Esprit. 11 fut charmé de voir comme ils prenaient bien à kita , au 
point central de notre action dans la contrée comprise entre le 
Sénégal et le Niger : «Les missionnaires du Saint-Esprit, di- 
sait-il, sont aujourd'hui installés à Kita. Ils y sont très heu- 
reux au milieu d'une population mandingue non fanatique. 
Les indigènes connaissent le caractère religieux et le but de 

"1 Le Sénéj^al , p. ^^71. 

XX. '.\ 1 



IML'UIUVKIt ll\TIiO\IP> 



— VoS — 

cette mission et ils laissent cependant leurs enfants s'appro- 
cher des missionnaires '1'. » 

Les dcoles, c'était donc aux yeux de Faidherbe le moyen 
de nous rattacher le pays. A un degré supérieur, il institua 
encore une école dite des otages, qui devint aussi une école 
d'interprètes, et il a raconté lui-même, d'une façon assez pi- 
quante, comment il en conçut l'idée. 

En i853, il était allé à Grand-Bassam, en compagnie du 
capitaine de vaisseau A.-L.-F. Baudin, chef de la division 
navale des côtes occidentales d'Afrique'-'. Grande réception! 
Pour honorer de tels hôtes, un vieux roi du pays exécuta en 
leur présence un pas de danse, au son de vingt dents d'élé- 
phant, embouchées par autant de vigoureux souffleurs noirs : 
a La foule, dit Faidherbe, nous entourait et nous serrait de 
près. Un indigène surtout, aussi peu vêtu que les autres et 
plus répugnant, par suite d'une maladie de la peau dont il 
était affligé, venait toujours se placer contre nous. Je dis à 
l'interprète qui nous accompagnait : «Quel est donc cet 
tt homme? que veut-ii? jj Avant que l'interprète ait pu répondre , 
le noir me dit lui-même, sans aucun accent étranger : c^Capi- 
«taine, je suis un ancien élève du lycée Louis-le-Grand; j'y ai 
«fait toutes mes études. •» On comprendra sans peine ma stupé- 
faction; je ne pus que répéter : ç? Comment, un ancien élève 
wde Louis-le-Grand? — Oui, me dit-il; l'amiral Bouèt m'em- 
«mena en France. Le Ministre de la marine me mit au lycée, 
cret quand j'eus fini mes études, on vint me déposer ici dans 
«mon pays natal. — Mais comment vivez-vous ici? Que faites- 

t') Le Sénégal, p. 899; Brdnel, p. i54. 

(-) C'est par suite d'une faute d'impression (la suite le prouve d'ailleurs) 
qu'on lit i8G3 au lieu de i853 dans le livre de M. Brunel (p. i5i). En i8(J3, 
Baudin, contre-amiral depuis i855, quittait le commandement de la marine 
en Algérie pour passer dans le cadre de réserve, et Faidherbe, qui ne iaisait 
que de revenir au Sénégal (1/1 juillet), n'avait pas le temps d'aller à Grand- 
Bassam. 



— /I59 — 

«vous? — Je gagne de quoi manger, en servant quelquefois 
«d'interprète entre les soldats du poste et les habitants du 
ft village'^'. 55 

Faidlierbe voulut aussi se former des interprètes, mais 
pour cela il n'envoya point les indigènes dans les lycées de 
France, et ne les exposa pas à rentrer, comme des parias, dans 
leur pays, 

La colonie proprement dite et ia ville de Saint-Louis de- 
vaient surtout faire l'objet de sa sollicitude. La ville de Saint- 
Louis, bâtie dans une île du Sénégal, en un point où le fleuve, 
prenant brusquemment la direction du nord au sud, va se 
jeter dans la mer, se trouve ainsi ne tenir ni au continent, ni 
à la mer, dont elle est séparée par une longue lagune, appe- 
lée la pointe de Barbarie. Faidherbe forma le projet de la re- 
lier d'abord à cette lagune par un pont jeté sur le petit bras 
du fleuve. Ce projet, dont il avait envoyé tous les plans au 
Ministère, ne fut pas accueilli; mais, grâce aux lenteurs des 
bureaux, quand le refus en arriva au Sénégal, le pont même 
était fait. Le pont se continue dans la presqu'île par une belle 
avenue de cocotiers qui permet aux habitants de Saint-Louis 
d'aller jouir de la brise de mer, et une ville nouvelle s'élève 
aujourd'hui, parallèlement à ce qu'on peut appeler la métro- 
pole. Faidherbe forma dès lors le dessein de jeter un autre 
pont sur le grand bras, afin de mettre Saint-Louis en commu- 
nication avec son annexe Bouëtville, bâtie par le capitaine, 
depuis amiral Bouët, sur la rive opposée. Ce projet ne fut 
réalisé qu'après lui; mais la ville de Saint- Louis ne lui en sut 
pas moins gré et, pour perpétuer sa mémoire, l'appela «pont 
Faidherbe 55. Autre bienfait dont elle ne lui fut pas moins re- 
connaissante : il entreprit de lui donner de l'eau ^-'. L'inlati- 
gable gouverneur aurait voulu développer, sur le territoire 

O Le Sénéfjal, p. 365. 

'*' Colonies françaiseis , V; Le Séni'i^al , p. 109. 

3i. 



— -'iGO — 

voisin, des cultures auxquelles la population nè[jre aurait pu 
se prêter : la canne à sucre, le café, i'iiuligo; mais ces essais 
ne furent pas plus heureux que jadis. Tout se borne à la cul- 
ture des arachides, bien vue des nègres, car elle produit 
beaucoup et demande peu de travail, et à la culture maraî- 
chère, à cause des profits qu'elle donne au voisinage de 
Saint-Louis'". 

Ce n'est pas là ce qui peut faire du Sénégal une colonie 
agricole. C'est au commerce à lui demander ses produits na- 
turels, tel que la gomme; et tous les gouverneurs ont pris à 
tâche d'y aider. Il y a un autre trafic plus considérable, pra- 
tiqué par les rois de ces contrées, et celui-là les gouverneurs 
ont le devoir impérieux de le supprimer partout où nous pou- 
vons l'atteindre : c'est le trafic des esclaves, c: N'ayant pas les 
moyens d'exporter les produits de leur travail, dit Faidherbe, 
[et n'aimant point d'ailleurs à travailler], les Soudaniens 
s'exportent les uns des autres, car l'homme est une marchan- 
dise qui se transporte elle-même '"^^w; — non pas, hélas! 
avec les ménagements que l'on a dans tous pays pour des 
troupeaux de bétail; mais, grâce à Dieu, l'homme n'est pas 
une simple marchandise. Le général Faidherbe le savait mieux 
que personne. Lorsque en 18 58 le gouvernement métropoli- 
tain, pour complaire aux Antilles, autorisa, sous le nom 
d'émigration, l'engagement pour cinq ans de travailleurs vo- 
lontaires, pris à la côte d'Afrique, il résolut de ne point s'y 
prêter; car, si en France quehjues personnes se flattaient 
qu'ils deviendraient à leur retour «des foyers de lumière et 
de civilisation dans leur pays», il y voyait, lui, le rétablisse- 



(^' Un fait constate les progrès dns à l'action du général Faidherbe : rrDans 
les régions voisines du litloral où on avait dû construire des postes, ces postes 
sont maintenant en ruine, délaissés par suite de la sécurité. n (Voir Rmseipi. 
sur les colonies , n° /i 7 .) 

t^) Le Scnéiral, p. 878. 



— àÇ>[ — 

ment de la traite : la traite avec tous ses abus, et le dépeuple- 
ment jusque dans cette région de la côte où, sous notre pro- 
tection, on commençait à travailler. Il offrit sa démission; on 
ne l'accepta pas et on n'alla pas plus loin'^l Mais au Maroc et 
dans le monde musulman, il y a toujours appel d'esclaves; et 
il ne faut pas que les facilités que nous allons donner au com- 
merce sur le haut Sénégal et sur le haut Niger tournent au 
profit de cet abominable trafic. 

Le Sénégal étant donc, non une colonie de peuplement, 
mais une colonie de commerce, il convenait d'agrandir le 
champ de son action et de lui assurer les communications 
les plus aisées avec la France. Saint-Louis a contre soi un 
obstacle difficile à surmonter pour la grande navigation : 
c'est la barre formée à l'embouchure du Sénégal. Aussi a-t-on 
voulu chercher à la colonie un autre port, et on l'a trouvé, 
un peu plus au sud, à Dakar, derrière les rochers du Cap 
Vert, port accessible aux plus gros navires et relié aujourd'hui 
au chef-Heu par un chemin de fer. Ces travaux , dont l'accom- 
plissement est postérieur au gouvernement de Faidherbe, 
n'avaient pourtant obtenu de lui qu'un médiocre encourage- 
ment, comme menaçant de rejeter un jour Saint-Louis au se- 
cond rang. Il songeait surtout à étendre notre marché, et ses 
yeux se portaient vers ce coude du haut fleuve où l'on est à si 
peu de distance du Niger, du grand chemin de Tombouctou 
et de l'Afrique encore ignorée. C'est par là que le commerce 
français, au sentiment de Faidherbe, devait surtout conqué- 
rir l'Afrique. C'est de ce côté qu'il dirigea plusieurs explora- 
tions : celle du sous-lieutenant aux spahis indigènes Alioun- 
Sal(i86i); celle du lieutenant de vaisseau Mage et du docteur 
Quintin (i8G/i)'-'; intrépides missionnaires qui n'atteignirent 

(1) Loc. cit., p. 386. 

'-) Il écrivait de Saint-Louis ic 17 septembre i864 au rédacteur des NoiiveUeii 
Annales des voyages : ff Je suis depuis longtemps sans nouvelles de M. Majje. Lo 



— /i62 — 

pas le but, mais posèrent des jalons dans la voie où d'autres 
allèrent plus loin, comme le lieutenant de vaisseau Caron, qui 
mena sa canonnière jusqu'au port de Tombouctou (iSSy)'^^ 
C'est dans cette direction qu'il eût voulu un chemin de fer, 
pour suppléer au cours non navigable du Sénégal et traver- 
ser l'espace f|ui le sépare de l'autre fleuve. Ici du moins vit-il 
plus tard l'œuvre entreprise, quoique, mal menée, elle ait été 
en (|uelqu(! sorte délaissée et attende encore une main plus 
habile et une résolution mieux soutenue pour aboutir ''l Fai- 
dherbe, esprit positif et pratique, ne croyait pas à l'avenir du 
Transsaharien, un grand mot capable de nous séduire et en- 
traîner, comme Paris port de mer, et beaucoup d'autres : tt Un 
chemin de fer, dit-il, de 626 lieues de longueur, dont plus de 
5oo dans un désert sans eau!. . . Il faudrait tout porter, 
même l'eau à boire, au personnel de chaque station '^'.w — 

fils de feu el-Hadj Omar, qui règne à Segou, y esl, je crois, bloqué par le parti 
de la réaction. Outre cela , c'est le moment de l'année où les rivières débordées 
interceptent partout les communications dans le Soudan. Je fais cependant tout 
mon possible pour communiquer avec lui.n {Nouvelles Annales des voyages, i86i , 
t. IV, p. ?,r)3.) En iSCif), à Alger, il adresse au même recueil un article sur le 
voyage de MM. Mage et Quintin et il en prend occasion de revenir sur les mi- 
grations et les conquêtes de cette puissante tribu des Peuls qui s'est étendue 
ji;squ'à Tombouctou. 11 réfute l'erreur de ceux qui l'ont confondue avec la tribu 
indigène des Soninké. {Nouvelles Annales f/es voijages, 1866, t. IV, p. 5.) 

(1' Le Sénégal, p. 458; Colonies françaises , t. V, p, igS. 

(-' Voir la lettre du général Faidherbe au président du Sénat, 28 décembre 
1887, Le Sénégal, p. 6, et Colonies françaises , t. V. 

(3) Le Sénégal, p. 3o3; Brunel, p. 119. En iBSg, le général Faidherbe 
s'était déjà expliqué sur la manière dont il comprenait le commei-ce du Soudan 
par le Sahara , en publiant ses Renseignements sur la partie du Sahara comprise 
entre l'Oued-Nuun et le Soudan {Nouvelles Annales des voyages, 1869, t. Ili, 
p. 129). En i8G3, il inséra dans la Revue maritime et coloniale un article sur 
Y Avenir du Sahara et du Soudan. Après un exposé des immigrations des Arabes 
ot des Beri)i'res, attirés aux frontières du Sabara et du Soudan par les profits de 
la traite des noirs, il arrive à cette conclusion, que le Sabarn, par sa constitu- 
tion, est destiné à redevenir un désert. La France ne doit pas chercher à s'y 
frayer des voies commerciales qu'elle serait bientôt obligée d'abandonner. C'est 
sur le haut Niger qu'elle doit s'établir. 



— /i63 — 

Attendons au moins qu'on ait trouvé l'eau à boire ! Sans trop 
compter sur le chemin de fer Sénégal-Niger (Kayes-Bafou- 
labé-Bammakou), les explorations se sont continuées en di- 
verses directions depuis le départ du général Faidherbe^'l 
Nous avons porté le deuil de la mission Flatters, de la mission 
Crampel; mais ces échecs sont le prélude du succès : c'est le 
sang des martyrs! Dybowski nous est revenu, Monteil nous 
revient; et naguère nous avons pu applaudir dans une autre 
enceinte l'intrépide officier qui a montré non plus la route du 
Sénégal au Niger et de Bammakou à Tombouctou, mais la 
route absolument nouvelle du Niger au Congo, le lieutenant 
iMizon. 

Au retour de son second commandement, le général Fai- 
dherbe était venu se refaire de ses fatigues à Alger, avec un 
congé de disponibilité. En 1 867, impatient du repos , il reçut le 
commandement de la subdivision de Bône ; et c'est à ces années 
de loisir relatif que se rapportent plusieurs de ses travaux litté- 
raires. Membre de l'Académie d'Hippone, il soutint l'honneur 
de cette société savante par les mémoires qu'il lui communiqua. 
Citons son Voyage des cinq Nazamoîis d'Hérodote dans l' intérieur 
de l'Afrique (Alger, 1867) : il y voit des Lybicns de la région 
d'Audjala, et assigne pour terme de leur course le Niger; son 
Mémoire sur les éléphants des armées carthaginoises^'^ ^ éléphants, 
selon lui, d'une espèce particulière aux pays berbères, au- 
jourd'hui disparue (1867); ses Recherches anthropologiques sur 

'"' Voir les Explorations au Sénégal et dans les contrées voisines depuis l'anti- 
quité jusqu'à nos jours, par le capitaine Ancelle (1886), et pour la suite les 
Colonies françaises , t. V, Sénégal (1890), p. i8i-ao6 (Missions Pan! Soicillot, 
Zweilel et Moustier, Aimé-Olivier, Jacquemart, Piétri, Monteil et Sorin, Gal- 
liéni, Bayol et Qiiinquundon, Colin, etc.), et Renseignements sur les colomes, 
pul)li('S par le gouvernement dans le Journal officiel et tirés à part. On y trouvera 
les instructions du Sous-Secrétaire d'État, au nom du Ministre de la marine et 
des colonies. 

'^) Extrait du Bulletin de V Académie d'Hippone, n" 3. 



— âO/i — 

les tombeaux méi^altlhiqucs do Roknia (Bôno, 1868)'": contre 
l'opinion générale, il prétend que les Lybiens, à qui il rapporte 
ces tombeaux, ne sont ni des Sémites, ni des Chamites, mais 
des populations venues du nord-ouest de l'Europe, des bords 
de la Balti([ue, jusqu'aux rivages africains. Moins son système 
était admis, plus il s'y attacha. Il en faisait la base d'une no- 
menclature qu'il soumettait à M. Renan, en lui adressant 
dix-huit inscriptions destinées à paraître dans un fascicule 
annexe du Corpus inscriptionum scmiticarum , publié par notre 
Académie'-'. Ces inscriptions elles-mêmes, voilà un appoint 
beaucoup moins contesté qu'il apportait à la science, et la 
même année il en publia un très beau recueil, enrichi de 
planches : Collection complète des inscriptions numidiques (^hbyqucs^ ^ 
avec des aperçus ethnographiques sur les Numides, Lille, iS'yo'"''. 
18 70! — Des devoirs plus impérieux allaient le tirer de 
ces paisibles occupations. Il venait de rentrer en France pour 
chercher dans l'air natal un soulagement au mal qu'il avait 
contracté en Afrique, — mal dont il avait pu se distraire par 
sa grande activité, mais non se défaire, — quand éclata la 
guerre avec la Prusse. Il sollicita un emploi à l'armée du 
Rhin : c'était l'objet des plus patriotiques ambitions. On le 

('' H en trouva par miliiers tant à Roknia qu'au Bou-Merzoug, à Mazela et 
à Tébessa. Bulletin de l'Académie d'Hippone, n"' li et 6. 

'^' Revue africaine, 1 A' année, 1870. 

(■■'' Commandant à Bône, il avait secondé ics recherches du docteur Roboud, 
qui ajouta phis de cent inscriptions aux vingt ou trente que l'on connaissait 
alors. Il alla aussi sur les lieux et en découvrit trente-sept par lui-même. Dans 
l'exposé de celte publication, il dit : trCe n'est pas un essai de traduction que 
nous entreprenons dans ce travail; nous nous bornons, pour le moment, à 
un rôle plus modeste, à vulgariser ce qui a été fait jusqu'à pn'sent, à exposer 
les données, mais seulement les données sérieuses qui se trouvent disséminées 
dans un assez grand nombre de publications , se modifiant ou se contredisant 
les unes les autres. C'est, en un mot, l'état de la question que nous présentons 
(p. 6).n II fit plus qu'il ne le dit. M. Barbier de Meynard lui reconnaît le mé- 
rite d'avoir établi pour ces inscriptions une méthode de déchiiïrement qui de- 
vait en assurer l'inlelligence. 



— ^G5 — 

renvoya en Afrique; et même, comme sa santé semblait ne 
pas sutFire aux exigences du commandement de Bône, on lui 
donna celui de Batna. 

C'est là qu'il reçut la nouvelle de ces désastres jusqu'alors 
inconnus qui se résument en un mot : Sedan î Ce couj) de 
foudre lui arracha un cri d'indignation et de douleur, qui ne 
distinguait rien, et dont il dut regretter l'amertume lors qu'il 
put connaître plus tard l'héroïsme de nos glorieux vaincus. 
Il les allait retrouver, en efïet, rappelé lui-même par le gou- 
vernement de la Défense nationale, qui avait tout d'abord à 
refaire des armées. 

Une de ces armées fut l'armée du Nord. 

Le département du Nord, qui, s'élendant le long de la 
frontière, avait été, dans les guerres de la Révolution, la prin- 
cipale barrière de la France, couvert, depuis le gouverne- 
ment de Juillet, par la neutralité de la Belgique, se voyait 
relégué comme à l'arrière-garde. Mais son rôle n'en devait 
pas être moins considérable. Le réseau de ses places fortes, 
Dunkerque, Lille, Douai, Valenciennes, Cambrai, Maubeuge, 
constituait un vaste camp retranché où une armée nouvelle 
pouvait se reformer, dernier espoir de la patrie. Là se réfu- 
gièrent les débris de l'armée de Sedan. Là se groupèrent, 
autour de ces soldats éprouvés, les jeunes gens demeurés 
jusque-là étrangers à la lutte. Un homme eut une grande part 
à cette organisation, un vieux républicain de 18 4 8, qui avait 
laissé passer l'Empire, attendant son heure, Achille Testelin. 
Investi le 6 septembre des fonctions de préfet du Nord, il put, 
dès le 3o, étendre son action, comme commissaire général de 
la Défense nationale, aux départements voisins (Nord, Aisne, 
Pas-de-Calais, Somme). Le colonel Farre, directeur du génie 
à Lille, lui fut adjoint pour la partie militaire. Un général 
plus en vue avait été désigné pour prendre le commandement 
de l'armée qu'on espérait y voir bientôt réunie. C'était Bour- 



— /iGO — • 

baki (22 octobre). Mais la mission mystérieuse dont il avait 
ét(5 chargé à Metz l'avait, quoique très injustement, rendu 
suspect. Qu'il l'eût demandé ou non, il fut, chose regrettable, 
appelé ailleurs, au moment d'entrer en campagne. C'est ainsi 
que le général Farre, son chef d'état-major général, se trouva 
provisoirement chargé du commandement en chef, ayant pour 
le seconder le général Lecoinle avec les colonels du Bessol et 
Derroja, et à la tête de l'artillerie le commandant Charon. Je 
n'ai pas besoin de dire combien la situation était critique. Le 
chemin de Paris était ouvert par la politique déplorable qui 
avait envoyé l'armée, dont le rôle était de couvrir la capitale, 
s'engloutir à Sedan. Les défenses de la frontière du nord 
étaient tournées; l'ennemi trouvait au premier plan des places 
de troisième ligne, des villes aux fortifications pour ainsi dire 
historiques et de vieille histoire, comme Péronne, bonnes pour 
le temps de la Ligue du bien public, ou comme Amiens, dont 
la citadelle, depuis que la ville était démantelée, ne pouvait 
plus menacer que les habitants. C'est à ces places qu'allaient 
s'attaquer celles des troupes allemandes que laissait libres le blo- 
cus de Paris. C'est là que l'armée en formation dans le nord 
allait combattre. Dans ces premiers moments, elle ne pouvait 
que donner un témoignage de son existence. C'est ainsi que 
le général Farre vint aborder l'ennemi, non sans habileté ni 
sans audace, à Villers-Bretonneux, près d'Amiens (26-27 ^'^~ 
vembre); mais il dut se retirer dans le Pas-de-Calais devant 
des forces très supérieures, retraite qui abandonnât Amiens 
et laissait la Seine-Inférieure sans défense. Rouen et Dieppe 
furent occupés, le Havre menacé. 

C'est le moment où le général Faidherbe, rappelé d'Algé- 
rie, fut mis à la tête de l'armée du Nord. 

Faidherbe était enfant de Lille et avait la confiance du dé- 
partement tout entier : excellente condition pour le comman- 
dement d'une armée improvisée, dont le moral était fort 



— A67 — 

ébranlé par cette suite d'incroyables désastres! Il avait mon- 
tré au Sénégal les qualités d'un chef qui, ayant tout dans la 
main, sait qu'il doit en répondre : un esprit calme et ferme 
qui voit clairement le péril d'une situation sans en être trou- 
blé; calculant juste, agissant en conséquence, unissant à la 
prudence dans la conduite la vigueur dans l'exécution. Il son- 
gea tout d'abord à réorganiser son armée. Au lieu des trois 
brigades qui avaient combattu près d'Amiens , il eut trois divi- 
sions'^', et déjà il sut imposer assez à l'ennemi pour que le gé- 
néral Manteuffel suspendît la marche de ses troupes vers le Havre 
et crût nécessaire de se fortifier sur la Somme. Lui suffirait-il 
de se défendre sur la Somme? Aurait-il à se replier jusqu'à 
l'Oise pour couvrir le siège de Paris? — Par une marche har- 
die Faidherbe dirigea sa i""" division vers Saint-Quentin. Le 
général Lecointe qui la commandait se porta sur Ham dont il 
fit prisonnière la garnison et poussa une pointe jusqu'à la 
Fère. Mais ce n'était pas avec de si faibles troupes que le gé- 
néral en chef pouvait tenir la campagne, si loin de sa base 
d'opérations. C'était assez d'une démonstration cjui prouvait 
que l'armée du Nord était loin d'être réduite à l'impuissance, 
comme on l'avait supposé après le combat de Villers-Breton- 
neux. C'est sur ce même théâtre, dans la vallée de la Somme, 
que Faidherbe allait recommencer la lutte. 

Le général a raconté lui-même, d'un style simple et con- 
cis, les opérations de l'armée qu'il commandait. 

Par suite d'une organisation nouvelle, l'armée du Nord 
comptait alors deux corps : le premier (22" corps), sous le 

C 1" division: { i" brigade, colonel Derroja, 
Ge-niM-al Lecointe. ( 9° brigade, lieutenant-colonel Pittié. 
2' division : i 1" brigade, colonel du Hessol. 

Général Paiilze d'Ivoy. ( 2" brigade, lieutenant-colonel de Gislain. 
3' division : 1" brigade, capitaine de vaisseau Payen. 

a" brigade, capitaine de frégat(! de La Grange. 



Amiral Moulac. 



Faidherbe, Campaipie de l'armée du Nord, 1870-1871, p. 3 



— .'lOS — 

(général Lecointe, comj)renant les divisions Derroja cl du Bes- 
sol; lo second (9 3" corps), sous le général Paiilze d'Ivoy, avec 
la division Moulac et une division de mobilisés; le général 
Farre avait repris ses fonctions de major-général et le colonel 
de Villenoisy lui était adjoint. Il ne faut pas perdre de vue 
que ces deux corps, formés, pour la plus grande partie, de 
troupes nouvelles, étaient à peine armés. La plupart des mo- 
bilisés n'avaient que le fusil à piston; l'artillerie seule pouvait 
se mesurer à chances égales avec l'ennemi, grâce aux nou- 
veaux obus du général Treuillc de Beaulieu et aux pointeurs 
fournis par la marine. Le général Faidherbe tenta la reprise 
d'Amiens; il s'établit sur la rive droite de la Somme, le long 
de l'Hallue, et livra, non sans quelque succès notamment à la 
droite sous le général Derroja, la bataille de Pont-Novelle 
(28 décembre). L'armée coucha dans ses positions. Mais des 
renforts arrivaient à l'ennemi; et qu'aurait-il servi de rentrer 
dans Amiens? Les Prussiens, maîtres de la citadelle, auraient 
brûlé la ville sans le moindre scrupule. Cette diversion néan- 
moins n'avait pas été inutile. Elle eut pour résultat d'arrêter 
la marche des Allemands en Normandie. Amiens ne fut pas 
repris, mais le Havre fut sauvé. — Faidherbe, n'ayant pas 
comme l'ennemi des renforts à attendre dans son campement, 
ramena ses troupes, pour les reposer, derrière la Scarpe, la 
droite à Arras, la gauche à Douai : retraite nécessaire, mais 
dont la conséquence fut d'abandonner tout le pays entre la 
Somme et la Scarpe en proie aux Allemands, qui se signa- 
lèrent, là comme en Normandie, par le pillage, l'incendie et 
le meurtre. 

Mais Faidherbe n'entendait pas se borner à protéger le 
Nord et le Pas-de-Calais. Les Allemands avaient mis le siège 
devant Péronne et envoyé des troupes en observation jusque 
dans Bapaume. Faidherbe marcha sur Bapaume. Son plan, 
conçu avec la netteté qu'il apportait en toute chose, fut exécuté 



— à69 — 

avec la vaillance que son intrépidilc et son mépris do la mort 
inspiraient à ses soldats. Tous les villages occupés par l'ennemi 
devant Bapaunie furent enlevés : on a pu appeler l'ensemble 
de ces opérations la victoire de Bapaume (i-3 janvier). Il se- 
rait entré dans la ville si, pour en déloger les Prussiens, il 
n'eût pas fallu (c'est lui-même qui le déclare) détruire 
par l'artillerie les maisons où ils s'étaient retranchés. Il se 
borna à coucher encore dans ses positions, et le lendemain 
se replia à quelques kilomètres pour refaire , en toute sécu- 
rité, ses jeunes troupes. Le bruit du canon de Péronne avait 
cessé; et l'on disait que les Prussiens en avaient suspendu le 
siège. Quand cette nouvelle fut démentie, et que Faidherbesc 
remit en marche, il était trop tard. Les Allemands avaient 
évacué Bapaume, mais Péronne était prise (9 janvier). 

Faidherbe avait-il trop compté sur la réputation légendaire 
de Péronne ? Au moins n'avait-il point assez tenu compte de 
la façon de procéder des Prussiens. Attaquer les murailles et 
les défenses d'une place, en cheminant soi-même à l'abri des 
tranchées pour en venir à des combats corps à corps ; opposer 
défense à défense et soldat à soldat, jusqu'à ce qu'on arrive 
par une brèche à l'assaut, c'est la méthode que le progrès de 
l'humanité semblait avoir imposée aux guerres modernes. Lan- 
cer des bombes par-dessus les remparts, écraser les habitants 
inoffensifs et contraindre les villes à se rendre par l'excès 
des misères d'une population de femmes et d'enfants qui ne 
trouvent pas dans l'ardeur de la lutte la force d'en supporter 
les périls, c'est le procédé que les Prussiens remettaient en 
honneur. Ils le tentaient alors fort inutilement contre Paris. 
Leurs obus se perdaient dans la masse; la ville était trop 
grande et ne pouvait céder qu'à la famine. Ils avaient réussi 
contre Péronne; et c'est pourquoi il a fallu changer aussi notre 
système de défense : démanteler les places secondaires; garder 
les petites, quand elles défendent un défilé ou commandent 



— A70 — 

dos inonrlnlinns, et qu'au besoin on peut en faire sortir la po- 
piihition invalide; et pour les plus grandes, les entourer d'une 
ceinture de forts qui ne sont peuplés (jue de soldats. 

Paris ne pouvait espérer son salut que d'une diversion qui, 
entamant le blocus, permît d'y introduire des vivres. C'était 
l'objectif proposé à tout ce qui nous restait d'armées; et l'armée 
du Nord, à cet égard, était en première ligne. Sa marche en 
avant, quel qu'en fût le résultat, devait attirer sur elle une 
[)artie des assiégeants et favoriser la sortie que l'on projetait 
alors dans la capitale. Faidherbe répondit à l'appel qui lui 
était adressé. De Bapaume, où il était entré, il aurait pu avoir 
la pensée de se porter sur Amiens : mais il y était attendu 
par le général Von Gœben, qui avait succédé à Manteuffel, 
appelé ailleurs, et Von Gœben, depuis la prise de Péronnc, 
était maître du cours de la Somme. Faidherbe trompa son 
attente en se portant sur Saint-Quentin. 

Saint-Quentin avait une première fois arrêté les Allemands 
par une résistance improvisée, dont Anatole de la Forge, alors 
préfet de l'Aisne, partagea très légitimement l'honneur. Les 
Allemands y étaient revenus, en étaient ressortis. La brigade 
Isnard venait d'y rentrer (i 5 janvier), donnant trop tôt, peut- 
être, l'éveil à l'ennemi, qui allait y reporter le gros de ses 
forces. Faidherbe y vint (18 janvier) sans se faire aucune illu- 
sion sur le résultat : un soldat, même en tombant, sert son 
pays. La lutte était de tout point inégale entre les deux adver- 
saires. L'un n'avait qu'à donner le signal pour faire accourir 
les corps d'armée qu'il savait à sa droite, à sa gauche, et il 
avait pour réserve l'armée qui assiégeait Paris; l'autre combat- 
tait avec toutes ses réserves, n'avant rien derrière soi. L'armée 
du Nord sortit de Saint-Quentin ])our attaquer l'armée de 
Von Gœben, et, après des efforts héroïques, dut se replier, 
cédant devant le nombre (19 janvier). La retraite s'imposait 
et pouvait se tourner en désastre. Le général Pauly (un ancien 



— àl\ — 

capitaine du génie qui avait repris du service devant l'inva- 
sion), Pauly, qui commandait sur les derrières les gardes 
nationaux mobilisés, profita de la nuit pour les étendre sur 
une longue ligne, multipliant ses feux, afin de faire croire* à 
une véritable armée de renfort. Les Prussiens se tinrent pru- 
demment sur leurs gardes et nos divisions défilèrent par la 
route qui, à peu de distance, se bifurque dans la direction de 
Cambrai et du Gâteau. Ceux qui, pour protéger cette retraite, 
combattaient les derniers aux portes de la ville, enveloppés 
par un ennemi supérieur, payèrent par la captivité leur dé- 
vouement à la patrie. Faidherbe lui-même n'échappa , dit le 
récit de l'État-major allemand, que «grâce à l'aide des habi- 
tants». C'est une preuve qu'il voulut, jusqu'à la dernière ex- 
trémité, veiller lui-même à la retraite de ses hommes. Ce petit 
nombre de braves soldats, et les traînards qui ne comptent 
guère, voilà tout le butin du vainqueur. Nos divisions rame- 
naient tous leurs canons. 

Revenu vers le nord, Faidherbe prit ses cantonnements 
sous les diverses places qui couvraient les deux départements 
désormais menacés : Arras, Cambrai, Douai, Lille, Valen- 
ciennes. Il eut à Lille une conférence avec Gambetta qui espé- 
rait contre toute espérance. Ne parlait-on pas de retraite dans 
les Pyrénées et de guerre au couteau? Le devoir d'un général 
comme Faidherbe était de ne laisser au Gouvernement aucune 
illusion, tout en se déclarant prêt à agir selon qu'il en aurait 
l'ordre; et il préparait tout pour rentrer en campagne, quand 
arriva la nouvelle de la capitulation de Paris. 

Ce n'était pas, on le sait, la fin de nos malheurs. Pour 
Paris, ce fut le commencement de ses désastres. Après les 
Prussiens et comme sous la protection du canon des Prussiens, 
s'éleva la Commune. Faidherbe, nommé dé[)uté à l'Assemblée 
nationale par un vote spontané du département de la Somme, 
avait refusé ce mandat pour rester dans son armée. ^L Thiers 



— M-l — 

eut-il la j)(;iis('»; de. le jiiellrc à la tête de l'arinée de Versailles? 
Du moins ne le fit-il pas a[)[)eler par le Ministre de la {juerre; 
car le sentiment de Faidherbc était très net sur les devoirs 
d'un général en face de l'insurrection, quelle qu'elle lût : «Un 
général, a-t-il dit, va où le Ministre de la guerre lui dit d'aller 
et non pas où il veut. Un général qui, ayant un commande- 
ment, resterait neutre entre le Gouvernement et une insur- 
rection armée, commettrait un crime capital''^ w Et M. ïhiers 
rendit hommage à la loyauté de sa conduite, en le nommant, 
deux mois après, grand officier de la Légion d'honneur. 

La santé du général, depuis longtemps compromise, n'avait 
pu résister plus longtemps à cette rude épreuve. Le sentiment 
du péril national et l'ardeur de la lutte lui avaient fait tout 
oublier pendant la guerre; la paix faite, rien ne le soutenait 
plus. En juillet 1871, il accepta la députation qu'il avait re- 
fusée cri février, mais il ne resta pas longtemps à Versailles. 
L'Assemblée ayant déclaré qu'elle ferait la constitution, il se 
retira, prétendant qu'elle excédait ses pouvoirs. Il employa ses 
loisirs en écrivant le récit de la campagne ([u'il venait de faire, 
avec une dédicace à Gambetta par reconnaissance de l'honneur 
qu'il lui devait rt d'avoir commandé une armée française devant 
l'ennomi??. En quittant l'Assemblée, il ne se désintéressait pas 
d'ailleurs des questions qui la dominaient avant tout : la re- 
constitution de notre état militaire. Il rédigea un projet de 
réorganisation d'une armée nationale; chose à noter, ce projet, 
réduisant le service à deux ans et posant le principe de l'obli- 
gation pour tous, admettait une exception pour les jeunes 
gens qui se vouaient à l'instruction publique ou au service des 
cultes reconnus par l'Etat'-'. 

Peu de temps après avoir quitté l'Assemblée, il avait reçu 
du Gouvernement une mission dans la haute Egypte et la Syrie, 

Cl Brunel, p. 3 1/1. 
'^) Brun EL, [). 3 16. 



— /i73 — 

mission qui pouvait paraître alors favorable au rétablissement 
de sa santé, et qui lui donnait l'occasion de compléter ses 
connaissances sur l'Afrique du Nord; mais ce n'est pas ce qui 
fournit une nouvelle matière à ses études. Dès i Sy i , il en avait 
renoué la chaîne par une communication à la Société des 
sciences de Lille, rappelant à peine, sous-entendant plutôt 
tout ce qu'il venait d'accomplir, par ces simples paroles : «J'ai 
bien regretté que depuis un an les événements m'aient empê- 
ché d'assister régulièrement à vos réunions et de prendre une 
part active à vos travaux. L'année dernière, dans votre séance 
du 17 juillet, je devais vous rendre compte de ma publication 
sur les inscriptions numidiques . . . '^' » 11 présentait alors à 
ses confrères de Lille sa Réponse au docteur Judas, sur cette 
publication, acceptant les corrections proposées par ce savant, 
mais maintenant plus fortement sa thèse sur la race blonde 
qui, venue de la Baltique en Libye, subjugua les Libyens et 
se fondit avec eux pour former les Berbères. Il y revient dans 
plusieurs écrits. C'est la conclusion de son mémoire sur les 
Dolmens d'Afrique ^^\ dolmens où il retrouve les dolmens d'Eu- 
rope et qu'il rapporte à une même famille de peuple, la sui- 
vant, à la trace de ces tombeaux, depuis la Poméranie jusqu'en 
Tunisie; la suivant même jusqu'en Egypte, où il croit la recon- 
naître dans les hommes de race blonde, aux yeux bleus, qui 
envahirent cette contrée i,4oo ans avant notre ère, et sont 
désignés dans les stèles sous le nom de Tamahou. A ce titre, 
il leur assigne la première place dans ses Instructions sur l'an- 
thropologic de l'Afrique^^\ rapport où l'on trouve, du reste, autre 
chose que cette hypothèse, (j'est un tableau sommaire des po- 



'•' Mémoires de la Société dus sciencva, vie, ilc; Lille, 3' série, t. IX, p. ^83. 

'■^' Communication au Congrès international d'anthropologie préhistorique de 
Rrnxelles, lirage à port, Paris, 1873, 

'') llapporl présenté à la Société (Fanthropoloifie , dans sa séance du ') jn;ii 
1873, Paris, 187/1. 

ltll'iUHl:itli. HATtu^Ai.r.. 



— Mh — 
pulations de la contrée, de leurs langues, de leurs institutions, 
de leurs mœurs; un résumé de tous les mémoires du général 
sur cette matière et qui garde toute son utilité pratique pour 
les voyageurs comme pour les savants. 

Parmi les travaux de ces années de retraite, i'épigraphie 
n'était point oubliée. En 1872 , il publiait ses Nouvelles iiiscrip- 
tions numidiqucs de S'idl-Arralh, supplément à son mémoire de 
1870, qu'il accroît et, en plusieurs points, rectifie '^^. Il n'ou- 
bliait pas non plus les langues du Sénégal, et il en témoigna 
par deux publications : Essai sur la langue Poul, mémoire où 
il revient avec détail sur cette race, qu'il considère comme la 
plus importante de celles qui ont immigré dans le Sénégal; 
et Le Zénao-a des tribus sénégalaises, contribution à l'étude de 
la langue herbère^\ travail linguistique dont il avait recueilli 
les éléments sous la dictée des indigènes, pendant qu'il était 
gouverneur ^^^; enfin, presque au terme de sa carrière, les 
Langues sénégalaises ''^\ manuel pratique destiné à faciliter les 
relations commerciales dans toute l'étendue de la colonie. 

''' Dans les Mémoires de la Société des sciences de Lille, 3' série, t. X, réédite 
i'année suivante dans la Revue africaine, janvier -février 187a. Cf. Comptes ren- 
dus de l'Académie des inscriptions, 1872, p. lio. En 1875, c'étaient les lectures 
de M. J. Halévy qu'il rectifiait à son tour dans un article du Journal asiatique, 
intitulé : Inscriptions numidiques, mai-juin 1870, p. 07/4. En 1881, il faisait à 
l'Académie des inscriptions une courte communication sur V inscription lybique 
trouvée aux environs de Tunis, inscription comprenant deux textes, l'un punique, 
l'autre libyque : c'est le texte iibyque seul qu'il examinait. Il y faut joindre trois 
mémoires, sur les Inscriptions trouvées aux îles Canaries, sur les populations de 
ces îles et sur les Tamahou de la Libye (1878). II y prouve que le nom des ilcs 
Canaries est d'origine séiiégidienne et que la langue parlée dans ces îles était 
le berbère, dissipant les fables répandues dans Tanliquité et le moyen âge sur 
le peuple fantastique des Guancbes. 

(^) Paris, 1875. 

(3) LiUe, 1877, in-8°. 

W Paris, 1887. Le Ouolof, l'Arabe Hassania, le Soninké ou Sarakholé et le 
Sérère. — A propos du Zénaga, M. Barbier de Meynard a dit : ttNous avons 
dans ce travail un document d'une valeur incontestable pour l'étude d'ensemble 
des dialectes berbères, étude réservée à l'avenir et qui sera le complément ou. 



— Zi75 — 

L'illustre chef de l'armée du Nord n'eut pourtant pas à se 
confiner uniquement dans ces travaux. 

La constitution à laquelle il s'était refusé de travailler était 
faite : et elle avait partagé le pouvoir législatif en deux assem- 
blées, dont l'une semblait créée pour compter, au premier 
rang, des hommes de sa valeur, le Sénat. Il n'y entra point 
pourtant dès l'inauguration du régime nouveau; mais il y fut 
appelé par les suffrages des électeurs du Nord, au premier 
renouvellement triennal, en i 879 ; et l'année suivante le Pré- 
sident de la République l'éleva à la dignité la [)lus haute pour 
un ancien commandant d'armée, celle de Grand Chancelier 
de la Légion d'honneur. 

Ce fut peu de temps après qu'il reçut une autre distinction 
dont il ne se montra pas moins fier : car elle était le couron- 
nement de ses travaux scientifiques. En i88/i, notre Compa- 
gnie se l'attacha comme membre libre. Depuis plusieurs années 
déjà la paralysie l'avait frappé. 11 n'allait plus que rarement 
au Sénat; il ne vint guère plus souvent à l'Académie; il n'y 
pouvait venir que porté dans son fauteuil; mais il suivait avec 
intérêt nos travaux et il s'en entretenait volontiers avec celui 
de nos confrères qui, rapproché de lui par des études com- 
munes, avait plus d'occasions de l'aller voir. 

Ce fut sur son ht de souffrances qu'il dicta le beau livre 
destiné à faire connaître au grand public le pays où s'était ac- 
comphe l'œuvre principale de sa vie et qu'il tenait à servir 

pour mieux dire, l'instrument de première nécessité pour ie décliilTrement des 
inscriptions libyqucs. Ce qu'on peut louer, dès à présent, et sans restriction, 
duns cet essai sur le Zénaga, comme dans les recherches sur les langues afri- 
caines (langues sénégalaises), c'est l'ordre et la méthode, la clarté de l'exposition 
et la sûreté avec laquelle les faits phonétiques sont étudiés et ramenés à leurs 
lois natiui'llcs. Sans chercher à faire nn livre scientiiicjae, tout en ne poni sui- 
vant qu'un but pratique, le général Faidheibc est resté sur le terrain et 
dans les limites de ia bonne et sérieuse linguistique, et par là il a rendu 
service à la science du langngo.n (^Exposé des litres scientifiques du général 
Fin'dlierhe.) 

83 . 



— /no — 

toujours. II voudrait le faire aimer comme il l'aime; et à cette 
lin, en ces temps de voyages circulaires, où l'on ne sait (juc 
choisir pour bien passer un mois de vacances, il trace tout un 
programme d'un voyage de trente jours au Sénégal. On part 
de Bordeaux, on s'embarque à Pauillac sur un paquebot des 
Messageries maritimes. Si on a le mal de mer, on peut s'ar- 
rêter un jour ou deux à Lisbonne, voir la splendidc embou- 
chure du Tage, la tour et le cloître merveilleux de Belem; 
puis on navigue à travers les îles Fortunées. On longe le Sa- 
hara sur une mer dont le fond, parfaitement uni, se continue 
par les sables du désert. On arrive au port de Dakar, d'où un 
chemin de fer conduit à Saint-Louis, en une journée, à raison 
de cinq lieues à l'heure : ce qui donne le temps de se faire 
une idée «des populations du Walo, de leurs habitations, 
de leurs vêtements [peu de chose, il est vrai], de leurs 
usages, etc. '^'w. Dix jours pour aller, dix jours pour rester, dix 
jours pour revenir, — à la condition que ce ne soit point par 
le Sahara et le Maroc. Dans ce livre, où il remonte aux pre- 
miers tejmps de notre colonie, dont il décrit les habitants et 
les produits, il rend compte bien naturellement de ce qu'il y 
a fait; mais il ne s'arrête pas à son gouvernement et il constate 
avec bonheur les progrès accompHs après lui; il aspire à les 
voir se poursuivre. Rien ne peut peindre l'émotion qu'il éprouva 
un jour où lui fut présenté un matelot qui avait fait, sur la 
canonnière le Niger, le premier voyage dirigé vers Tombouctou : 
«Alors, dit-il, vous avez vu le Niger? — Oui, mon général, w 
Puis après un long silence : «Vous êtes bien heureux! Vous 
avez accomph le rêve de toute ma vie '^'.55 Le victorieux gou- 
verneur du Sénégal, le général en chef de l'armée du Nord, 
le Grand Chancelier de la Légion d'honneur portant envie à 
un simple matelot ([ui avait navigué sur le Niger! Avant de 

'■' Le Sénégal, p. /189. 

'^* Revue (le la Société de fféngj'aphic de Lille, 1890, 1" semestre, p. 56. 



— Ixll — 

mourir au moins (29 septembre 1889), il put se dire que son 
grand idéal, la pénétration de l'Afrique par le haut Sénégal et 
le haut Niger, serait incessamment réalisé. 

On aurait une idée bien incomplète du générai Faidherbe 
si on ne le jugeait que par l'esquisse rapide de sa carrière et 
de ses travaux, retracée dans ces pages. Pour y suppléer, il 
faut entendre ceux qui ont eu le bonheur de l'approcher da- 
vantage et de le voir dans l'intimité. «Ceux qui l'ont vu dans 
son cabinet , dit le capitaine Brosselard , oublieront difficile- 
ment le regard froid et troublant de l'homme officiel; mais, 
dans son intérieur, le père de famille avait une tout autre 
physionomie. Il se plaisait dans la société des siens; il aimait 
à connaître les moindres détails de leur existence, il leur 
prodiguait ses conseils, mais avec un tact et des ménage- 
ments qui dénotaient sa profonde connaissance du cœur 
humain '^l 55 

Cette connaissance du cœur humain , il en avait donné une 
autre preuve dans son gouvernement du Sénégal. Homme de 
guerre, usant au besoin des mesures de rigueur contre un 
ennemi absolument étranger au droit des gens et qui ne res- 
pectait que la force, il se montrait plein d'humanité cl de 
sollicitude à l'égard des populations ([u'il avait moins sub- 
juguées que délivrées. Administrateur vigilant, apportant, nous 
dit-on, dans tous ses actes une régularité mathématique, il 
savait ménager ces pauvres gens qui, en fait de civilisation, 
avaient tout à apprendre. C'est un témoignage que lui rendent 
encore ceux qui ont été au Sénégal après lui : « Partout, disent- 
ils, au Sénégal, le nom de Faidherbe est béni. Aux yeux dos 
populations indigènes, il est synonyme de délivrance, de jus- 
tice et de bien-élrc; il représente la disparition des tyrannies 
locales qui, avant lui, faisaient tant de malheureux '^l » 

C Bulletin de la Société de géographie de Lille. 1^90, t"semoslrc, p. Ti/i. 
(') BuossELAfiD, l. cit. 



— â78 — 

Nous avions, nous, h rendre témoignago des grands ser- 
vices qu'il a rendus à la science en nous faisant connaître le 
caractère, les procédés, le génie propre des langues du Séné- 
gal, et, par l'étude des langues, les races qui peuplent ces 
vastes contrées. Mais nous ne pouvions pas ne pas dire ce qu'il 
a fait pour y étendre et y faire aimer notre domination; nous 
ne pouvions pas omettre, nous n'oublierons jamais ce que, 
sur un autre théâtre, en des jours malheureux, il a fait pour 
sauver l'honneur de la France. 



LISTE DES TRAVAUX 
DU GÉNÉRAL FA ID HERBE <" 



1855. Les populations noires des bassins du Sénégal et du haut Niger. 
{Bulletin de la Société de géographie , mai et juin 1806). 

1858. Notice sur la colonie du Sénégal et lespaxjsqui sont en relations avec 

elle. {Annuaire du Sénégal pour 1808.) — ReproduiL dans les 
Nouvelles Annales des voyages, de la géographie , de l'histoire et 
de l'archéologie , année 1 85 9, t. I, p. 5. 

1 859. Renseignements géographiques sur la partie du Sahara comprise entre 

rOucd-Noun et le Soudan. — Même recueil, t. III, p. 129. 

1859. Considérations sur les populations de l'Afrique septentrionale. Ibid., 
[). 290 (le morceau est daté de i856). 

1862. Etude sur la langue sérere. 

(') Le général Faidlierbe, en se présentant à i' Académie des incriptions el 
belles-lettres, lui avait adressé une liste de ses travaux, accompagnée, pour plu- 
sieurs articles, de courtes analyses. Nous en reproduisons les titres, en les com- 
plétant et en y joignant quelques indications bihiiograpliiques, d'après les livres 
mêmes ou les notes de M. Hiiihicr de Meynard. 



— ^79 — 

18G3. L'avenir du Sahara et du Soudan. {Revue maritime et coloniale, 
juin i863). 

186/i. Vocabulaire d'environ i,5oo mots français les plus nmeh avec leurs 
correspondants en ouolof de Saint-Louis, en poular du Fouta, en 
soninhc de Bakel. 

1 864. Chapitres de géographie sur le Nord-Ouest de l'Afnque. Sainl-Louis , 
imprimerie du gouvernement, in-S". 

18GG, Voyage de MM. Mageel Quintin dans l'intérieur de l'Afrique. {Nou- 
velles Annales des voyages, i866, t. IV, p. i.) 

1867. Voyage des cinq Nasamons d'Hérodote dans l'intérieur de la Libye. 
Alger, in-8°, et Bcvnc africaine, 1 1' anne'e, p. 55. 

1867. Mémoire sur les éléphants deê ai^nées carthaginoises. Bône, in-8°. 

— Extrait du Bulletin de l'Académie d'Hippone, n" 3. 

1868. Recherches anthropologiques sur les tombeaux mégalithiques de 

Roknia. Bône,in-8°, et Bulletin de l'Acmlémie d'IIippone, a°' li 
et 6. 

1869. Quelques mots sur l'ethnographie du nord de l'Afrique et sur les 

tombeaux mégalithiques de ces contrées. {Bulletin de In Société 
algérienne de climatologie.) 

1870. Lettre à M. Renan sur les inscriptions libyques. {Revue africaine, 

\h^ anne'e, p. 79.) 

1870. Collection complète des inscriptions numidiques {libyques) avec des 

aperçus ethnographiques sur les Numides. Lille, gr. in-8° avec 
planches. 

1871 . Stir les tombeaux mégalithiques et sur les blonds de la Libye. { Rulle- 

tin de la Société d'anthropologie de Paris, 2° SL^rie, t. IV, 
p. 53-2.) 

1871. hiscriptions numidiques. Béponse à M. le docteur Judas. {Mémoires 
de la Société des sciences, etc.. de Lille, 1871, p. 483.) 

1871. Campagne de l'armée du Nord, 1870-1871, Paris, in-8°. 

1872. Nouvelles inscriptions numidiques de Sidi-Arrath. Lille, iii-A°. — 

Exti-ail dos Mémoires de la Société des sciences de Lille. — Re- 
produit dans la Bcvuc africaine, 1873, p. 67, sous le titre: 
Lpigraphic phénicienne et numidique. 



— /i8U — 

1873. Les doliiieiis d'Afrique, Paris, iii-8°. — Exilait du Compte rendu 
du CoH{jrhs international d'anthropologie et d'archéologie préhis- 
toriques , C)' seclion. Bruxelles, 1872. 

1 873. Sur des inscriptions libyques trouvées aux îles Canaries, sur les popu- 
lations de ces îles et sur les Tamahou de la Libye. 

1 87^1. Découverte d'une inscription libyque aux Canaries. {Revue africaine, 
187/1, p. 93.) 

1 87/i, Nouvelle imcnption punique de Carthage (traduction , avec quelques 
données sur la mythologie phénicienne). 

187/i. Instructions sur l'anthropologie de l'Afrique. Considérations géné- 
rales. Paris, in-8''. 

1875. Essai sur la langue ponl, grammaire et vocabulaire. Paris, in-S". 

1877. Le Zénaga des tributs sénégalaises. Contribution à l'étude de la langue 
berbère. Lille, in-8°, rée'dilë chez Leroux, Paris, 1877. 

1881. Inscription libyque trouvée aux environs de Tunis. — Comptes rendus 
de l'Académie des inscriptions , 1881. 

1881. Notes grammaticales sur la langue sarakholé ou soninké. Extrait de 
la Revue de linguistique, in-S". 

1883. Notice historique sur les Damel du Cayor. 

188/i. La langue française dans les colonies. 

1885. La canonnière du Niger. [Bulletin de la Société de géographie de 
Bordeaux, 8' année, 2' série, n° 7.) 

1887. Langues sénégalaises. Notions grammaticales, vocabulaires, etc. 
Paris, in- 12. 

1889. Le Sénégal et la France dans l'Afrique occidentale. Paris, Ilnclu'lle, 
iu-8°. 



^81 



L'ART ET LES MŒURS 

DANS 

LE NOUVEAU DISCOURS D'HYPÉRIDE, 

PAR M. A. CROISET, 

MEMBRE DE L'INSTITUT. 



Messieurs , 

Les deux dernières années ont été particulièrement fécondes 
en découvertes dans un champ qu'on pouvait croire, il y a peu 
de temps encore, entièrement exploré, celui de la littérature 
grecque. Les papyrus égyptiens nous ont rendu, sans parler 
des fragments, trois œuvres considérables. Deux d'entre elles, 
le traité d'Aristote sur la Constitution athénienne et les mimes 
en vers d'Hérondas, outre leur valeur littéraire absolue, offrent 
par surcroît cet intérêt de nous faire connaître des côtés 
presque nouveaux d'une littérature déjà si riche, quoique si 
mutilée. Avant la pubhcation d'Hérondas, nous savions beau- 
coup moins bien ce qu'étaient les mimes, ces k saynètes et 
monologues» de l'antiquité; avant le traité de la Constitution 
athénienne, nous n'avions qu'une idée imparfaite des études 
historiques sur lesquelles Aristote a édifié sa science théorique 
des gouvernements. Le troisième ouvrage est un plaidoyer 
d'Hypéride, l'orateur contemporain de Démosthène, tour à 
tour son allié et son adversaire dans les luttes de la politicpie. 
Hvpéride, à vrai dire, n'était pas pour nous un inconnu : de- 
puis une quarantaine d'années, grâce à d'autres découvertes 
analogues, des monuments importants de son éloquence étaient 
sous nos yeux. Mais le plaidoyer qui vient de reparaître au 
jour (du moins en grande partie) passait dans l'antiquité pour 
un chef-d'œuvre, et l'intérêt littéraire en est très vif. Le pa- 



— Zi8-2 — 

|)\nis (jiii nous l'a rendu est entré au Louvre grâce à M. Rc- 
villoul, (|ui l'a étudié le premier. Une seconde édition, due à 
notre savant confrère M. Weil, assisté de M. Théodore Reinach, 
a paru récemment et peut être considérée comme définitive; 
elle est d'ailleurs accompagnée d'une traduction française ex- 
cellente. Aujourd'hui, Messieurs, sans entrer dans aucune 
discussion philologique, je voudrais vous présenter quelques 
observations sur les mœurs assez curieuses et sur l'art délicat 
que nous montre ce nouveau discours. 

À première vue, le sujet semble insignifiant: il s'agit d'un 
fond de parfumerie vendu malhonnêtement. L'acheteur avait 
pris à son compte, avec la boutique, certaines dettes mal dé- 
finies contractées par le gérant; il pensait avoir à débourser 
en tout /i,ooo francs environ de notre monnaie : il s'aperçut 
bientôt que les charges montaient à près de 20,000 francs. 
Il demande donc au tribunal la résiliation du marché, et, 
selon l'usage athénien, c'est lui-même qui plaide sa cause; 
mais, selon l'usage aussi, c'est un orateur de profession, un 
logographe, cpii a composé d'avance le plaidoyer que l'inté- 
ressé doit lire ensuite ou réciter devant les juges. Comme le 
logographe, dans le cas présent, est Hypéride, c'est-à-dire l'un 
des plus habiles orateurs d'Athènes, il est évident que la cause 
n'est pas la première venue. On s'aperçoit bien vite, en effet, 
que, sous cette apparence banale, il y a dans l'afTairedes des- 
sous amusants, des personnages bien athéniens, et que la mise 
en scène est charmante. 

Qu'est-ce d'abord que l'acheteur? Il se donne lui-même 
pour un homme honnête et simple, un campagnard, qui s'est 
laissé duper par des intrigants : «Je ne suis point parfumeur, 
je ne suis même pas commerçant : j'ai un champ dont mon 
père m'a fait cadeau, et que je cultive^'U. S'il en est ainsi, 

(1) Col. XII, 1-3. 



— -483 — 

pourquoi s'est-il improvisé parfumeur? La raison, qui n'a rien 
d'honorable, a été très bien vue par les savants éditeurs du 
discours. Ce campagnard peut être naïf, mais il n'est pas inno- 
cent. Il ne se souciait nullement de la parfumerie, mais il se 
souciait beaucoup d'un jeune esclave dont le père, esclave lui- 
même, gérait la boutique. Il se serait bien passé de celle-ci, 
mais le propriétaire a eu l'art de ne vouloir vendre que le tout 
ensemble. L'autre s'est naïvement exécuté. Est-il d'ailleurs si 
naïf? C'est lui, ou plutôt c'est Hypéride c|ui le laisse entendre, 
parce que c'est le meilleur moyen d'apitoyer les juges que de 
présenter l'affaire sous cet aspect. En réalité, il n'est ni plus 
naïf ni plus intéressant que tous les étourdis passablement vi- 
cieux qui deviennent la proie des usuriers et des escrocs. Ce 
campagnard n'est pas un paysan ; c'est très probablement un 
fds de famille qui a fait une lourde sottise et qui voudrait bien 
ne pas en subir les conséquences. Il y avait beaucoup d'im- 
prudents de cette espèce à Athènes , à la fois ville de plaisirs 
et ville d'affaires. La comédie en est pleine. Il était naturel 
qu'un de ces prodigues devînt le client d'Hypéride , peu sévère , 
lui aussi, dans sa vie privée. 

Les trois esclaves de la parfumerie , le père et les deux fils , 
tiennent peu de place dans le plaidoyer. Notons seulement 
cette forme particulière et fréquente de l'esclavage athénien : 
l'exercice d'un commerce ou d'une industrie aux risques et 
périls du maître, à son profit aussi, mais en dehors de sa 
maison, loin de sa surveillance, et, en tout cas, dans une 
demi-indépendance qui était souvent le prélude de l'affran- 
chissement. On sait que la condition des esclaves, à Athènes, 
était relativement bonne, grâce à la douceur générale des 
mœurs. L'esclave d'un négociant, d'un riche banquier, après 
avoir été son commis, pouvait devenir son associé, entrer dans 
sa famille, et lui succéder. Il y avait dans cette classe beaucoup 
d'ancêtres de Scapin, mais il y avait aussi d'honnêtes jfens. 



— /i8/j — 

Ceux (11' notre plaidoyer, si l'on en jug<' par leur entourage, 
risfjuent bien d'avoir été plutôt de la première sorte que de la 
seconde. 

Leur maître, le vendeur de la parfumerie, s'appelle Athé- 
nogène, et c'est contre lui que l'action judiciaire est dirigée. 
Sur ce personnage , point de doute possible : c'est un coquin. 
Quels que puissent être les torts de l'acheteur, et quelque ha- 
bileté qu'il eût mise lui-même à rendre une condamnation 
difficile, il est certain qu'il avait agi frauduleusement. C'est 
encore un personnage curieux. Il n'est pas citoyen d'Athènes : 
on voit par le plaidoyer qu'il est né en Egypte'^*, de race 
grecque évidemment, et que sa condition est celle des mé- 
tèques^^\ c'est-à-dire des étrangers domiciliés, fort nombreux 
à Athènes. Il y est venu comme tant d'autres pour chercher for- 
tune. Il a plusieurs cordes à son arc: d'une part, il trafique, 
il fait gérer une boutique par ses esclaves; de l'autre, il com- 
pose des discours pour les plaideurs embarrassés, il est logo- 
graphe, tout comme Lysias, un autre métèque, et comme 
Hypéride lui-même. Le plaisant de l'affaire , c'est qu'Hypéride, 
par la bouche de son client, lui en fait une sorte de reproche: 
que ne pouvait-on craindre d'Athénogène , ^un logographe, 
un homme d'affaires, et, pour comble, un Egyptien»? Les 
logographes, en effet, comme aussi les orateurs politiques, 
avaient assez mauvaise réputation. Le peuple se méfiait de leur 
habileté et ne crevait pas à leurs scrupules. Aussi voit-on tous 
ceux qui parlent en public se défendre (même mensongère- 
ment) d'être des orateurs de métier, tandis que leurs adversaires 
les en accusent. Il faut avouer que cette mauvaise réputation 
des orateurs paraît n'avoir pas été tout à fait imméritée. Si 
nous n'avions d'autres garants, à cet égard, que les plaisan- 
teries grossières d'Aristophane , nous aurions plus de sujet d'en 

(" Col. U, 2. 

'2) Col. XVI, 3. 



— /t85 — 
douter. Malheureusement les accusations infamantes, souvent 
suivies de condamnations, que tous ces hommes avaient cou- 
tume de diriger les uns contre les autres quand ils voulaient 
écarter un adversaire, semblent donner trop raison à la verve 
des poètes comiques. 

Nous avons maintenant sous les yeux tous les acteurs de la 
comédie, sauf un, celui du complice, ou, si l'on veut, du com- 
père, qui est nécessaire pour allumer les convoitises de l'ache- 
teur et le pousser tout doucement dans le piège. Ce rôle est 
tenu par une femme, Antigona, l'amie d'Athénogène, une de 
ces belles étrangères qu'on trouvait en si grand nombre à 
Athènes et qui n'étaient embarrassées de scrupules d'aucune 
sorte. Celle-ci, paraît-il, avait été dans sa jeunesse au rang des 
plus célèbres. Les années étant venues , elle se consolait de la 
perte de sa beauté en cultivant fructueusement celle des plus 
jeunes et en s'occupant des affaires de ses amis. On va voir 
qu'elle s'y entendait supérieurement. 

Le cHent d'Hypéride raconte avec détails comment la chose 
se lit. Il avait d'abord été trouver Athénogène pour s'entendre 
avec lui sur le prix de son esclave. Athénogène, en habile 
homme, paraît avoir vu tout de suite à qui il avait atlaire: le 
malheureux était aveuglé par la passion; on pouvait le mener 
loin. Il voulait acheter un esclave: on lui mettrait sur les bras 
toute la parfumerie, qui était ruineuse. Rien de plus simple, 
à la condition de ne pas se presser, de faire même quelques 
difïicultés d'abord, pour obtenir davantage. En conséquence, 
Athénogène commença par dire non; l'autre insista : nouveau 
refus, suivi d'une sorte de brouille. C'est alors que l'acheteur 
eut l'idée d'aller trouver Antigona, et de lui demander son 
intervention. Antigona se montra tout de suite bienveillante et 
affectueuse. Elle plaignait le pauvre homme : cet Athénogène 
avait un caractère insupportable; mais il ne fallait pa> perdre 
courage : elle prenait la chose très à cœur et ferait tout pour 



— ^i86 — 

réussir. L'autre fui si ému de tant de bonté (ju'il lit tout de 
suite à sa protectrice un cadeau de trois cents drachmes pour 
lui permettre d'acheter une jeune esclave. Décidément, ce 
campajjiiard ne regardait pas à la dépense. Au bout de quelques 
jours, y\nligoiia le lit revenir : tout allait bien; Alhénogène 
consentait à céder les trois esclaves pour quarante mines, mais 
il fallait se hâter pour ne pas lui laisser le temps de changer 
d'avis. L'autre, enchanté, se procure bien vite l'argent, et 
rendez-vous est pris pour terminer l'affaire. C'est encore Anti- 
gona qui ménage l'entrevue des deux hommes. Spectacle tou- 
chant! elle les réconcilie; elle les exhorte à ne chercher désor- 
mais que le bien de l'un et de l'autre. Le client d'Hypéride 
s'empressa de tout promettre; Athénogène ne fut pas moins 
cordial: r Remercie-la, dit-il: c'est pour l'amour d'elle que je 
vais t'offrir les avantages que tu vas voir, v 

Quels avantages? Le moment critique était venu : il fallait 
aborder la question de la parfumerie; on allait voir si ce 
campagnard avalerait l'hameçon jusqu'au bout, ou s'il se dé- 
gagerait. Mais il était pris, et bien pris; Athénogène, d'ail- 
leurs, en bon logograplie, fut à la hauteur de la situalion. Il 
fit remarquer à son interlocuteur qu'affranchir simplement les 
esclaves pour une somme donnée, selon sa demande, offrait 
plus d'un inconvénient. Une fois affranchis, ils pourraient 
bien ne pas rester fidèles à celui qui aurait payé leur rançon. 
Qui sait d'ailleurs (tant les hommes sont ingrats!) si leur 
reconnaissance n'irait pas plutôt à Athénogène, qui les aurait 
affranchis en fait, qu'à leur véritable bienfaiteur? Il y avait 
beaucoup mieux à faire : c'était d'opérer une vente en bonne 
et due forme; l'autre les acquerrait, avec la bouti([ue, en toute 
propriété; s'il lui plaisait de les affranchir ensuite, il en aurait 
tout le mérite à leurs yeux, et quant aux petites dettes insi- 
gnifiantes que les esclaves pouvaient avoir faites dans leur 
commerce (dettes qui passaient naturellement à la charge du 



— /i87 — 

nouveau propriétaire), elles étaient amplement couvertes par 
les marchandises en magasin. 

Ce beau raisonnement fit son effet sur un interlocuteur 
bien disposé : il consentit. Par une heureuse prévoyance, 
Athénogène se trouvait avoir là, dans un pli de sa robe, un 
petit contrat tout préparé. En donner lecture à un homme 
ravi, qui déjà n'écoutait plus, sceller les pièces, verser l'ar- 
gent, tout cela fut l'affaire de quelques instants; après quoi 
le client d'Hypéride se trouva propriétaire d'un fonds de com- 
merce pour la première fois de sa vie. Trois mois après, il 
s'aperçut qu'il s'était laissé indignement voler! 

J'ai essayé d'analyser fidèlement le récit d'Hypéride. N'est-ce 
pas là d'excellente comédie? une comédie à la façon de Mé- 
nandre, où des caractères très humains, très vrais, s'expli- 
quent eux-mêmes à nous par des actes ou par des paroles, 
avec naturel et avec grâce? Dans ces plaidoyers athéniens, 
l'avocat (ou, pour être plus exact, le logographe) fait œuvre 
de poète dramatique : il ne paraît pas lui-même dans son 
œuvre; il s'efface derrière le personnage qu'il met en scène; 
il vise à la naïveté comme d'autres visent à l'éloquence; pour 
lui, le comble de l'art, ainsi que pour un Ménandre, c'est de 
trouver un langage qui persuade, sans doute, et qui soit par 
conséquent plus clair, mieux déduit, plus habile que n'est 
celui du vulgaire, mais un langage si simple et si aisé que 
nulle part l'écrivain de profession ne s'y trahisse, sinon pour 
le connaisseur délicat que cette simplicité même enchante et 
qui sent l'extrême mérite d'une justesse si sobre et si fine. Ly- 
sias avait excellé le premier dans ce genre de discours : il 
avait fait parler les plaideurs d'Athènes avec un naturel gra- 
cieux, où l'esprit attique avait tout d'abord reconnu sa propre 



miage. 



Dès lors un certain type d'attlcisme fut {i\6; à tel point que 
Démosthène lui-même, le plus passionné, le plus personnel, 



— /48S — 

le |»lu.s |)iiissuiil des oiaUnirs, (|ii;in(l il j)iirlc en son |»r()pre 
nom, s'oblige, ([uand il fait métier de logographe, à contenir 
les éclats de sa voix et à prendre de son mieux le ton de Ly- 
sias. Mais il devait pour cela faire quelque effort. Hypéride, 
au contraire, ressemblait assez naturellement à Lysias, dont 
les critiques anciens aiment à le rapprocher; il avait la même 
souplesse, la même grâce, le même naturel, avec plus d'es- 
prit toutefois, et avec une ironie plaisante, quoique discrète, 
qui semblait à Longin tout à fait exquise. Jusqu'ici, nous en 
étions à peu près réduits, sur ce point, à en croire Longin 
sur parole. Les discours précédemment retrouvés d'Hypéride 
n'offraient guère d'exemples de ces qualités, et du reste ne les 
comportaient pas, à cause de la nature des sujets. Ici, au 
contraire, elles sont très sensibles : tout le récit du plaideur 
est plein d'esprit, et non pas de la sorte d'esprit qu'aurait pu 
montrer Hypéride parlant en son propre nom, comme avocat, 
mais précisément de celui que peut avoir un plaideur qui 
n'en veut pas faire, qui ne songe qu'à son procès, et qui se 
trouve dire des choses amusantes à peu près comme un per- 
sonnage de Ménandre ou de Molière, sans le savoir et sans le 
vouloir, parce que la situation même l'y oblige. 

Nous ignorons quelle fut l'issue du procès. Le client d'Hy- 
péride, dans l'argumentation qui suit le récit des faits, essaie 
d'établir qu'une vente entachée de pareilles fraudes ne saurait 
être sanctionnée par la loi. Son argumentation est fort habile, 
et comme il est obligé, dans cette partie de son discours, 
d'étaler une science de jurisconsulte qui pourrait sembler peu 
d'accord avec la simplicité rustique (ju'il s'était attribuée 
jusque-là, il a soin d'expliquer la chose de la manière la plus 
naturelle en même temps que la plus ingénieuse. «Je vais te 
convaincre, dit-il, par le texte même des lois; car tu m'as mis 
dans un tel état, j'ai eu si peur d'être la victime de tes machi- 
nations, (jue je passe mes nuits et mes jours à étudier les lois 



— /j89 — 

sans songer à autre chose.?? Il discute donc, et fort bien; 
mais nous ne connaissons pas assez la législation athénienne 
pour savoir si son adversaire n'avait pas eu l'habileté de se 
mettre en règle avec la lettre de la loi. Quoi qu'il en soit, le 
plaideur aborde ensuite un autre point qui ne manque jamais 
dans les plaidoyers athéniens : c'est une attaque contre la vie 
politique de l'adversaire. Prouver que celui-ci est un ennemi 
du peuple est un genre d'argument très fort devant les tri- 
bunaux de la démocratie. Les juges d'Athènes, ne l'oublions 
pas, sont des jurés, plus nombreux que les nôtres, et plus 
sensibles aux raisons qui enlèvent une foule. Athénogène, 
paraît -il, avait émigré pendant la guerre contre Philippe; 
c'est du moins ce que prétend son adversaire. S'il ne parvint 
pas à se disculper de ce reproche, il dut avoir de la peine à 
prouver aux juges que la vente était régulière et irrévocable. 
Tel est, Messieurs, dans ses grandes lignes, ce nouveau dis- 
cours d'Hypéride. On en voit l'intérêt : c'est de déterminer pour 
nous un côté qui restait assez vague dans la physionomie d'un 
orateur que l'antiquité plaçait très haut. Au-dessous de la 
fougue ardente et incomparable de Démosthène, à côté de la 
grâce aisée de Lysias, de l'élégance un peu fastueuse d'Iso- 
crate, de la facilité brillante d'Eschine, Hypéride s'était fait 
une place très enviable par une heureuse pondération de qua- 
lités diverses, au premier rang desquelles figurait la finesse 
spirituelle. Le nouveau plaidoyer, qui nous en apporte la 
preuve, n'est donc pas inutile à l'œuvre que nous poursuivons 
par les éludes du passé, et qui est de faire revivre l'âme des 
peuples disparus; il nous aide à concevoir plus nettement ce 
qui s'ap[)elle d'un seul mot : Valtiasme. 



(■M lutku iiir'oit-L* 



— AOO — 



LIVRES OFFERTS. 



SÉANCE DU k NOVKMnRE. 

(Séance levée à cause de la morl de M. le marquis dlIorvey-Sainl-Dcnys.) 

SÉANCE DU 1 1 NOVEMBRE. 
(Séance publique annuelle.) 

SÉANCE DU 18 NOVEMBRE. 

Le Secrktairk perpétuel présente, de la part de Pauleur, M^' De- 
liaisnes, l'ouvrage inlitul*' : Recherches sur le reiahle de Sninl-Beriin el 
sur Simon .1/cfrw/o» (Lille el Valenciennes, 1^9?».. gi'. iii-8"). 

rr L'Académie a déjà eu l'occasion d'apprécier et de récompenser les 
savants travaux de l'ancien archiviste du déparlement du Nord sur l'his- 
toii'e de l'art. Cette nouvelle publication est faite avec un luxe vraùneut 
digne des œuvres qu'il produit, -n 

Le Secrétaire perpétuel offi'e ensuite, au Jiom de M""" de Saulcy, le 
dernier ouvrage de notre savant confrère, achevé grâce à la collaboration 
de M. Frœhner : Recueil de documents relatifs à l'histoire des monnaies 
frappées par les rois de France depuis Philippe II jusqu'à François I" , t. I 
à IV (Paris, Caen et Mâcon, 1879, 1887, 1888 et 1892, m-h"). 

Sont encore offerts : 

L'homme, par M. le marquis de Nadaillac, correspondant de l'In- 
stitut (Paris, 1899, in-8°, extrait du Correspondant); 

Considérations sur remplacement du premier campement de I ercingétori.v 
et la Gorgohina des Botens , avec cartes et plans des lieux à l'appui, par 
M. Léon Mauduit ( Châteauroux , 1891, in-8°, extrait de V Histoire de la 
Châtre); 

Le registre baptistaire de Saint-V allier ( 2 mai 1 568- 1 7 décembre 1 8j5) , 
étude sur l'étal des personnes de cette paroisse et l'origine de leurs noms pa- 
troni/miques, par M. Albei't Caise (Valence, i89>î, in-8", extrait du 
Bulletin de la Société d'archéologie cl de statistique de la Drume); 

L'Intermédiaire des chercheurs et curieux ^ n" 096, 10 octobre 1899 
(Paris, in-8°); 



— A91 — 

Gescliiclde der hildcnden Kunst in Bôhmm, par M. ie D' Joseph Neii- 
wirlli, professpui- do rUniversilé de Prague, I: Allgeineine Vcrhâltiiisse , 
Bauhctrieb und Baudenhmak (Prague, 1898, in-S" avec 5 7 planches). 

M. Héron de Villefosse offr,' à T Académie, au nom de l'auteur. 
M. A.-ClémeuL Pallu de Lesserl, un onvrage intitule': Vicaires et comtes 
d'Afrique (de Dioclétien à l'invasion vandale) [Constantine, 1891, in-8°, 
extrait des Notices et mémoires de la Société archéologique de Constantine , 
vol. XXVI, 1890-1891]. 

ffAn milieu du iv' siècle, sur la fin du règne de Constantin, un ordi'e 
de choses nouveau a remplacé l'ancien. L'autorité civile est i-épartie, 
sauf deiLV exceptions pour l'Asie et pour l'Alrique proconsulaire qni re- 
lèvent directement de l'empereur, entre (piatre préfets du prétoire; 
chaque préfecture est divisée en diocèses ayant à leur tête un vicaire; ie 
diocèse à son tour se subdivise en provinces. Quant au pouvoir militaire, 
il est confié à deux magistri militum, l'un commandant l'infanterie, 
l'autre préposé à la cavalerie, (yui sont représentés dans les provinces, 
suivant l'importance de celles-ci, tantôt par des comtes, tantôt par des 
ducs. 

tM. Pallu de Lessert a entrepris fétudc de cette organisation nouvelle. 
11 traite successivement des vicaii'es d'Afrique et des comtes mihtaires. 
Après avoir constaté la plus grande ancienneté des premiers, il relève 
les titres très variés portés par le vicaire d'Afrique et énumère les rangs 
divers que les vicaires ont occupés dans la hiérarchie nobiliaire. S'occu- 
pant ensuite de leurs attrilnitious, il en démontre l'inqiortance. Ces attri- 
butions ont varié suivant les époques. Au point de vue civil, elles sont 
nombreuses. Le vicaire doit protéger ceux (pii sont opprimés par les 
gouverneurs, arrêter les désertem-s, surveiller les palais impériaux , veiller 
au bon état des routes. 11 est investi d'une part de la juridiction et 
statue tantôt en premier ressort, tantôt en appel. Il joue un rôle im- 
portant dans les affaires relatives à l'administration de l'annone ou 
dans celles qui touchent au cvrsns jmhlicas. Autour de lui si» meut un 
j)orsonnel nombreux d'auxiliaires; c'est i'ojiciuin , dont la Notice des di- 
gnités énumère les membres, sans nous donner, mallifureusemcut, des 
notions précises sur leurs fonctions. 

ffLe comte d'Africpie nous a]i|)aratt comme investi du connnandement 
exclusif dos troupes d'Afrif[uo, said" deux exceptions pour la Ti'ijwlitaine. 
La liste do ces troupes est doiméo dans la Notice dos dignités. Il a sous 
ses ordres les seize prœposili limitum de la Byzacèno et de la Ninuidie, 
établis pour couvi-ir les frontières -et pour assui'er dans l'intérieur du |)ays 

3 a. 



— /i92 — 

la s(?curilô dos rf^gions occupées par des populalions nomades ou incom- 
plètcmcul soumises. Il exerce dans son ressort une certaine juridiction; 
il peut connaître des affaires civiles entre militaires ou entre militaires et 
civils quand le défendeur est militaire. Pour l'usage du cursus puhlicus, il 
est soumis à peu près aux mêmes règles (pie le vicaire. La composition 
de son ojjîcium diflère un peu de celle de ïojficium du vicaire. 

ff Telles sont les différentes questions que M. Pallu de Lessert a ex- 
posées et élucidées avec beaucoup de soin dans l'introduction placée en 
tête de ce volume. 

crLes pages qui suivent sont consacrées à plus de soixante biographies 
particulières de vicaires ou de comtes d'Afrique, écrites à l'aide des do- 
cuments fournis parles textes juridiques ou par l'épigrapliie. Ces biogi-a- 
pliies concernent des personnages qui ont exercé lem-s fonctions depuis 
le commencement du iv' siècle jusque vers l'année k^o, époque de la 
mort de saint Augustin et de la prise d'Hippone par les Vandales. Parmi 
les plus curieuses , il faut signaler celle de l'usurpatem- africain connu 
sous le nom d'Alexandre le Tpan, dont une inscri[)tion de Gonstanline 
nous a révélé naguère les noms complets, L. Domitius Alcxnnder. Dans 
la notice consacrée au comte Romanus, M. Fallu de Lessert est arrivé à 
fixer d'une façon définitive la chronologie de ce gouvernement et la date de 
la révolte de Firmus , qui éclata en 872. Celle du prince indigène Gildon, 
parvenu d'abord aux plus hautes fonctions et fidèle serviteur des Romains , 
puis finissant misérablement après s'être révolté contre ses bienfaiteurs , 
est également fort intéressante. L'histoire d'Héracliauus est analogue à 
celle de Gildon et offre les mêmes péripéties. La dernière notice est con- 
sacrée au comte Boniface , qui livra f Afi'ique aux Vandales. 

tt L'auteur, malheureusement, n'a pu étudier avec ensemble la chrono- 
logie du donatisme, mais il a pris soin d'analyser les derniers travaux sur 
la matière et, en particulier, ceux d'Otto Seeck. Dans l'appendice il a 
présenté cpie